On redouble d'attention(s)

Panorama ciné janvier / Prêt·es pour la seconde manche de la saison ? Comme en littérature, le mois de janvier est celui d’une nouvelle rentrée pour le cinéma. Et il flotte parfois un parfum de redites…

La suite d’un succès du box-office est au cinéma ce qu’une pub pour du parfum est à une star à la mode : inévitable, mais souvent dispensable. Sans surprise, Philippe de Chauveron prolonge donc avec Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ? (30 janvier) les tribulations de sa famille Verneuil surcomposée, dont le patriarche survolté (Clavier, évidemment) doit convaincre ses gendres de ne pas quitter le merveilleux Hexagone, où ils se sentent brimés… Comment dire ? À part une pique à destination de ces enfants gâtés (on leur suggère le SMIC, pour rigoler), moqués parce qu’ils ont tous voté Macron, on reste dans une vraie-fausse dénonciation des racismes et communautarismes. Chauveron recase au passage des “gags“ invendus de À bras ouverts (2017), en intégrant dans l’histoire un réfugié afghan, brave bouc émissaire sur lequel se défouler — pas de Rrom disponible ? — et ajoute un mariage lesbien. Du pur style pathétique bourgeois éclairé téléfilm. Préférez à la même date Minuscule 2 - Les Mandibules du Bout du Monde, tendre et réjouissante nouvelle aventure animalière. Cette fois, la coccinelle de l’opus précédent s’envole dans les Caraïbes pour sauver sa progéniture. Et bénéficiera de l’aide de la fourmi et de l’araignée. Thomas Szabo & Hélène Giraud continuent à mêler décors réels et arthropodes de synthèse pour ce film d’animation jeune public sans parole mais pas sans dialogue. Action, émotion et aventures sont au programme.

On s'adapte ?

Si l’on considère que l’adaptation au cinéma est une manière de suite à l’écran, alors Continuer de Joachim Lafosse (23 janvier) rentre dans les clous. Tirée du roman de Laurent Mauvignier, cette chevauchée kirghize entre une mère et son ado délinquant va droit à l’essentiel : la rudesse des paysages permet à l’âpreté des sentiments de s’exprimer, de la violence à la compréhension, avec en prime un excellent duo Kacey Motten-Klein/Virginie Effira — laquelle confirme la belle inflexion observée l’an dernier. Quant à Edmond (9 janvier), il permet à Alexis Michalik de transformer son triomphe théâtral racontant l’épopée de l’écriture de Cyrano de Bergerac en premier long métrage, en offrant à Olivier Gourmet un splendide rôle de comédien hâbleur. Enfin, avec Glass (16 janvier) on touche au combo magique puisque M. Night Shyamalan revenu du purgatoire s’attelle ici à une double suite : celles d’Incassable (2000) ET de Split (2016) en réunissant ses trois interprètes James McAvoy, Bruce Willis et Samuel L. Jackson. Alléchant, on en reparlera sous peu.

Faux-semblants

Le titre, le sujet évoquent des suites, mais en fait, non : il s’agit bien d’œuvres originales. Toutes ressemblances etc. Dans Doubles Vies, (16 janvier) Olivier Assayas réunit une énorme distribution (Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne, Christa Théret, Pascal Greggory…) pour évoquer les questions de chassés-croisés amoureux dans un milieu du livre en proie à la numérisation et aux cessions de maisons d’édition. C’est bavard, parisien, à la Sautet, à la Allen, mais d’un irrépressible charme et d’une redoutable actualité quant aux questions technologico-éthiques. Quant à L'Ordre des médecins de David Roux (23 janvier), il mérite de se frayer un chemin singulier dans la jungle des films (et maintenant de la série) initiée par Thomas Lilti. Car en dépit de ce que le titre peut laisser supposer, il s’agit ici surtout des ordre et désordre d’un médecin ; de sa vie réduite par la force des choses à la pratique hospitalière, jusque dans sa sphère privée rattrapée, dévorée, par son métier. D’une certaine manière, elle est la pathologie de son existence tout en étant son remède — la dose fait le poison, pour reprendre Paracelse. L’interprétation de Jérémie Rénier, en toubib assistant sa mère malade, est particulièrement réussie.

Triple déception

Poursuivant la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Éva Ionesco aborde dans Une jeunesse dorée (16 janvier) la stupéfiante (!) époque du Palace peuplée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. Peuplé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno…), évoquant des ambiances des Nuits de la pleine lune, cet auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de la jeune Galatea Bellugi — lui a-t-on demandé de surjouer la vulgarité ingénue ? — et l’incapacité à restituer le parler de l’époque. Autre triste surprise, The Place (30 janvier), premier film distribué en France du Transalpin Paolo Genovese, dont Perfetti sconosciuti avait inspiré Le Jeu de Fred Cavayé. Tout se passe ici dans un café où un homme, perpétuellement vissé à sa banquette, règle tous les problèmes de celles et ceux qui font appel à lui en échange de services hétéroclites. Est-il un mafieux, l’incarnation du fatum, un bienfaiteur pervers ? Le concept tourne hélas rapidement à vide : Genovese ne parvenant pas à transcender ni son argument théâtral, ni son huis clos. Dommage, car il avait de la matière. Enfin, cela est assez rare pour être mentionné, le programme d’animation jeune public P'tites histoires au Clair de lune compile quatre films très inégaux et/ou un peu usés. Sur la thématique de la Lune, on est prêt à jurer qu’il y en avait de plus qualitatifs dans la production récente. Ils ont dû rester dans la face cachée…

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