"Les Grands Squelettes" : Vies, modes d'emploi

De Philippe Ramos (Fr., 1h10) avec Melvil Poupaud, Denis Lavant, Anne Azoulay…

Une heure dans vie de passants ; une heure parmi leurs pensées, leurs désirs, leurs amours, leurs douleurs. Une heure emprunté à chacune et chacun, figée dans le grand manège de la journée et du monde…

Impossible de ne pas penser d’entrée à La Jetée (1962) de Chris Marker, référence obligée lorsqu’un cinéaste s’aventure dans un film à narration photographique. Au-delà de la performance ou du gadget, la forme doit servir le fond et c’est bien entendu le cas ici — au reste, Philippe Ramos avait déjà montré son appétence pour les tableaux fixes dans l’excellent Fou d’amour.

En saisissant au vol des individus lambda, en s’immisçant dans leur course ordinaire, il réalise des instantanés de leur vie, au plus intime de leur psyché et de leur affect. L’interruption de leurs mouvement rend leur voix plus audible et l’oreille plus captive aux inflexions ténues de leurs confessions : ce qu’ils se disent à part soi, ils ne le confieraient sans doute pas à des tiers.

Tout juste long métrage, Les Grands Squelettes va à l’os de ses personnages dont il établit une sorte de “livre des heures“. Méditation métaphysique condensant une journée et s’achevant avec la figure effrayante d’un diable veilleur d’âmes (l’indispensable Denis Lavant, spectre hirsute des nuits parachevant une distribution de luxe), cette expérience se révèle d’une incroyable densité. L’équivalent d’une vanité au cinéma, ou d’une variation sur A Day in the Life.

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