article partenaire
RCW 86, rémanent coloré.

Myriam Peres, de l'idée à l'objet

Design / Le concours "révélateur de talents", organisé par la marque Cinna, récompense chaque année les meilleurs jeunes créateurs du moment. En 2019, c'est Myriam Peres, une Parisienne tout juste diplômée de l'ESADSE (École supérieure d'art et design de Saint-Étienne), qui a remporté le premier prix de la catégorie "outdoor" avec son "Jardin d'hiver".

« Je pense qu'il ne faut pas faire du design pour soi. » Pour Myriam, la lauréate du concours Cinna 2019, le travail d'un designer est avant tout de créer un objet destiné à l'usage des autres. « Nos créations ne doivent pas être des gadgets. Elles doivent être légitimes, avoir leur place dans le monde réel » explique-t-elle.

Si créer comporte son lot de responsabilités, Myriam s'est formée à les endosser aussi bien au cours de son cursus qu'au travers de sa passion pour le dessin. Aussi loin qu'elle se souvienne, elle a toujours eu la fibre créatrice. « J'ai commencé à gribouiller à deux ans, puis j'ai dessiné, dessiné, dessiné tout le temps... j'adore ça ! » Mais ce format présente rapidement pour elle certaines limitations. « Quand tu dessines, explique-t-elle, c'est forcément en 2D et moi je voulais donner du volume à tout ça. Le design d'objet répond à cette envie. »

Dessiner le réel

Le "déclic", elle l'a eu en visitant l'école ENSCI (École nationale supérieure de création industrielle) à Paris. Elle se rappelle de « l'odeur du bois et des ateliers de menuiserie. Il y avait tous ces gens qui s'activaient, un véritable lieu de vie. » En prépa artistique à l'époque, elle apprend le dessin, le modèle vivant, le nu et tente, au cours de l'année, 13 concours différents. « J'étais tarée ! » plaisante-t-elle.

J'ai commencé à gribouiller à deux ans, puis j'ai dessiné, dessiné, dessiné tout le temps... j'adore ça !

Mais visiblement, la folie paie. Elle est acceptée au sein de l'École Supérieure d'Art et Design de Saint-Étienne (réputée comme étant la deuxième meilleure école de design de France, NDLR), où elle étudie pendant six ans en "mention objet". Pendant ses études à l'ESADSE, Myriam participe à plusieurs projets d'envergure.

Toujours plus

À l'occasion de la Biennale internationale du design de Saint-Étienne 2017, elle conçoie le banc We need to talk. L'œuvre rend hommage au Pénétrable de Jésus-Rafael Soto et l'adapte au mobilier urbain. « Je voulais recréer à plus petite échelle cette pluie de fils bleu qui nous coupent du monde » précise-t-elle. Avec ces myriades de cordelettes qui cachent l'usager, elle installe dans l'espace public, « un endroit où l'on puisse s'asseoir et parler sans être trop aperçu. »

Elle prend part, en mars dernier, à l'exposition Stefania pendant la Biennale 2019. Cette œuvre, entièrement réalisée par des étudiants de 28 écoles européennes et chinoises, prend la forme d'une ville utopique. Chaque groupe d'étudiants met en forme un bâtiment et ensemble donnent naissance à une véritable cité à l'intérieur-même de la Cité du Design. « Nous, on travaillait sur la mairie, mais il y avait aussi l'école, la serre, le club, la station-service, etc » détaille-t-elle.

C'est également en mars 2019 qu'elle se voit décerner le 1er prix du concours Cinna pour sa création Jardin d'hiver. Un fauteuil qui offre une utilisation adaptée au temps et aux saisons. Une coque en tressage rotin permet de s’isoler des rayons du soleil en créant une alcôve ombragée. « Pour l'outdoor, le rotin ou l'osier correspondaient à des matériaux qui m'intéressaient. C'est quelque chose que j'ai souvent vu en extérieur chez mes parents par exemple » raconte-t-elle avant d'ajouter, « j'ai d'abord cherché des formes, directement à partir du matériau. Je travaille souvent de cette manière. »

Le temps de la réflexion

Pour son travail de recherche, ses influences ont été nombreuses et variées. C'est un fastidieux processus créatif dont Myriam détaille les étapes. « Je me suis intéressée aux anciens couffins pour bébés et pour poupées, ou alors des berceaux faits en osier. Cette forme-là, cet ovale tronqué, je me suis dit que j'allais un peu le détourner, le reprendre et le transformer en réel objet. » Réunir ces idées, pour en faire un concept cohérent, requiert pour elle un certain travail en amont. En début de projet, « j'ai une longue phase de "veille"... parfois trop longue », reconnaît-t-elle volontiers, mais « ce n'est pas de la procrastination », lance la jeune femme.

Trouver un compromis entre ce qui est faisable et ce que l'on a envie de faire. Mais ce qui est intéressant, c'est de relever le défi et de rester fidèle à son dessin, en dépit des difficultés !

C'est pendant cette période que « je vais emmagasiner des textes, aussi bien des romans que des interviews, des images ou des films. Je vais faire un agglomérat, une liste, récolter et collectionner de multiples choses » récapitule-t-elle. « J'accumule plein d'idées, puis je les trie et je les filtre. Enfin, je vais pondre quelque chose qui a un rapport... ou pas. » Elle ne fait pas forcément une synthèse de ses observations. Parfois, cette collecte d'informations constitue pour elle un terreau fertile où germent de nouvelles idées.

Après avoir laissé libre cours à son imagination vient le retour, parfois difficile, à la réalité. Il lui faut, maintenant, composer avec les contraintes techniques de l'objet à créer. Face à l’écueil de la faisabilité, le projet connaît de nombreuses modifications. Au final, pour la jeune designer, le challenge est de trouver « un compromis entre ce qui est faisable et ce que l'on a envie de faire. Mais ce qui est intéressant, c'est de relever le défi et de rester fidèle à son dessin, en dépit des difficultés ! »

Le design de demain

Ayant tout juste décroché son diplôme, Myriam s'apprête à entrer pour de bon dans le monde professionnel. Si elle a gouté à l'exotisme du design "à l'américaine" au cours d'un stage chez Sebastian ErraZuriz, elle souhaite désormais, « aller vers du design objet plus classique, vers une boîte qui est plus petite, peut-être un petit peu plus intime. J'ai quelques idées mais je ne vais évidemment pas name-dropper (littéralement "lâcher des noms", NDLR) ! », déclare-t-elle.

En plus des exigences des commanditaires, des normes de sécurité, des choix esthétiques et des limitations techniques, elle estime qu'il « faut une certaine éthique dans ce métier », notamment dans le choix des matériaux. « Nous humains, on nait, on vit et on redevient poussière. Pour les objets, c'est pareil. Il faut prendre ça en compte quand on crée quelque chose » soutient-elle.

Myriam, ainsi que les autres jeunes créateurs rentrant sur le marché du design, seront amenés à concevoir les objets qui composeront nos villes de demain. Une responsabilité, dont elle a pleinement conscience.

pour aller plus loin

vous serez sans doute intéressé par...

Mercredi 13 avril 2022 Direction le restaurant de la Cité du Design pour un menu du jour digne d’une bonne brasserie avec une vue sur un jardin d’hiver étonnant.
Mercredi 6 avril 2022 Le thème : Bifurcations. La promesse : quatre mois de grande fête autour du design, à laquelle tous les Stéphanois pourraient prendre part. Les questions : la biennale Design sera-t-elle accessible à tous les publics, suffisamment...
Mardi 29 mars 2022 Des dernières Biennales Design stéphanoises aux salons du Conseil de l’Union Européenne à Bruxelles, la créatrice textile Jeanne Goutelle marque peu à peu de son empreinte colorée et responsable une œuvre où le réemploi de tissus industriels permet...
Lundi 28 mars 2022 Désormais habillée de couleurs acidulées, Saint-Etienne joue à fond la carte « design » qu’elle revendique par-delà ses frontières. Dans l’espace public pourtant, le design permet surtout des transformations moins perceptibles mais dont le...
Mardi 29 mars 2022 Durant les quatre mois qui vont suivre, la Biennale Design de Saint-Étienne nous invite à « bifurquer ». Envisager la société telle qu’elle est, l’envisager ensuite telle que l’on aimerait qu’elle soit… Puis envisager les chemins possibles...
Mercredi 9 mars 2022 Lieu hybride, attenant à l'École de Design, cette cafétéria moderne constitue une adresse où les recettes n’ont pas de frontières tant qu’elles sont cuisinées avec des produits bios et locaux. Exemple avec le sandwiche du vendredi. Par Anaïs...
Mardi 8 février 2022 Bifurcations. C’est le nom donné à la biennale du Design, qui aura lieu du 6 avril au 31 juillet 2022. Au menu : une réflexion sur les changements possibles de notre société, traduite en expositions à la cité, mais aussi dans toute la métropole...
Vendredi 29 octobre 2021 Le soleil qui s’efface derrière les collines stéphanoise, les dernières feuilles rougies par l’automne balayées par le vent frais sur l’esplanade Jacques Bonnaval. 9 novembre, on y est … enfin presque. Dans quelques jours, le Positive Education...
Mercredi 9 juin 2021 Un nouvel espace vient d'ouvrir à la Cité du design : la Cabane du Design. 350 m² afin d'expliquer le design aux enfants mais pas seulement. « La (...)
Lundi 8 mars 2021 Longtemps espéré, le maintien de la Biennale internationale design de Saint-Etienne en 2021 ne sera pas. L'événement est reporté d'un an.
Mardi 8 décembre 2020 André Wogenscky, Ludwig Mies Van Der Rohe, Jean Parthenay, Charles et Ray Eames, Maarten Baas, Pierre Guariche... Voilà (...)
Mardi 8 décembre 2020 L'exposition Flops ! Quand le design s’emmêle passe en revue de façon décomplexée une sélection d'objets franchement improbables, voire (...)
Mardi 6 octobre 2020 La Fabuleuse Cantine est une réussite bien stéphanoise. La structure qui met en avant la cuisine anti-gaspi et zéro-déchet vient de prendre ses nouveaux quartiers dans le Bâtiment des forces motrices au coeur de la cour de l'ancienne Manufacture...
Mardi 6 octobre 2020 C'est une première ! Sur plus de 2 400 m² répartis entre la Cité du design et le Musée d'art moderne et contemporain, Saint-Étienne accueille sa première Biennale dédiée à de jeunes artistes issus d'écoles d'art françaises. Son nom : Biennale...
Mercredi 9 septembre 2020 Après sa récente nomination, le nouveau directeur de l’École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne, Eric Jourdan, embraye déjà avec des nouveautés pour (...)
Mercredi 4 décembre 2019 200 documents, 30 jeux à tester, 5 espaces, l’expo "Design-moi un jeu vidéo" à la Cité du design est un événement avec d’un côté un contenu fourni permettant de comprendre les étapes de création du jeu vidéo, mais également pour son côté accessible,...

restez informés !

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter