Tiken Jah Fakoly : « Aujourd'hui, il y a urgence »

Tiken Jah Fakoly

Le FIL

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Reggae / ​À la fois Indigné et généreux dans chacune de ses chansons, le reggae man Tiken Jah Fakoly mène depuis vingt-cinq ans le même combat pour l'unité de l'Afrique et son droit à se défaire des politiques qui la maintiennent dans la misère. Pour son dixième album, Le monde a chaud, enregistré à Abidjan dans un studio flambant neuf, Tiken s'attaque à la brûlante actualité du réchauffement climatique. Rencontre.

Pourquoi es-tu retourné en Côte d'Ivoire enregistrer ton nouvel album ?

C'était avant tout un retour aux sources car c'est là-bas que ma carrière a commencé. Les albums de mes débuts qui m'ont permis d'être connu et reconnu en France ont tous été enregistrés en Afrique, mais à force de travailler avec des gens du monde entier, mon audience est devenue plus internationale et ma musique s'est considérablement ouverte. Mon objectif était clairement d'atteindre un public large qui n'est pas forcément fan de reggae, afin que mon message soit diffusé au plus grand nombre. Pour mon nouvel album j'ai choisi de retrouver le son du reggae africain joué par des jeunes Africains. J'ai créé un nouveau studio à Abidjan, le studio Radio Libre. Comme la Côte d'Ivoire est une terre de reggae, il y a beaucoup de groupes. Nous avons organisé des auditions lors desquelles chaque groupe a joué trois morceaux et nous avons finalement retenu deux formations qui se partagent les titres de l'album.

Est-ce que cela veut dire que tes prochains albums seront enregistrés dans ce nouveau studio ?

Tout dépend de l'inspiration car chaque album a son histoire. Le studio est là, ouvert à tout le monde. J'ai voulu créer un bâtiment entièrement dédié au reggae, avec des salles de répétition, une radio et la première bibliothèque reggae d'Afrique. Mais pour ma part, je ne peux pas dire de quoi parlera l'album suivant ni où je serai dans deux ou trois ans !

Pourquoi fais-tu régulièrement appel à d'autres artistes pour écrire tes chansons ?

Quand je suis venu de Côte d'Ivoire mon français était bien, mais il n'était pas ouvert. Ça se ressentait dans les textes. Au bout d'un moment je me suis dit que le plus important était de tout faire pour que le public ait accès au message, le plus facilement possible. J'ai donc pris l'habitude de ne pas travailler tout seul sur mes albums, même si bien sûr pour certains titres j'ai écrit paroles et musiques. D'ailleurs, quand je demande à quelqu'un de faire une chanson avec moi, je donne le refrain et surtout j'explique mes idées. C'est important qu'une fois sur scène je me sente vraiment dedans. J'ai donc eu la chance de collaborer avec des gens comme Magyd Cherfi du groupe Zebda, Mike du groupe Sinsemilia, Gaël Faye, Kerredine Soltani, Erwan Seguillo... Soprano était déjà venu il y a une douzaine d'années sur Ouvrez les frontières, il chante avec moi sur le titre phare du nouvel album.

Les titres Le monde est chaud et Ecologie ouvrent puis ferment votre dernier album : le climat est-il une nouvelle urgence qui se surajoute à toutes les autres ?

La première fois que j'ai entendu parler d'écologie, c'est dans les chansons de Bob Marley qui évoquaient plus précisément la pollution. Les Rastas sont très proches de la nature et sa protection a toujours été un combat présent dans le reggae. Mais aujourd'hui, on le sait, il y a urgence. La nature n'a pas de voix, mais elle s'exprime par ce que j'appelle des gestes, des manifestations que l'on doit savoir détecter comme le faisaient les anciens de tous les continents. Bien entendu cette urgence ne s'applique pas seulement à l'Afrique, mais au monde entier. C'est vrai que dans le système global l'Afrique est victime, elle pollue moins et reçoit tout autant les effets négatifs. Mais comme la maîtrise du climat est un combat commun, l'Afrique doit aussi contribuer à trouver les solutions. Quand on entend certains dirigeants du monde dire qu'ils ne croient pas au réchauffement climatique, il est donc encore plus nécessaire que des voix s'élèvent pour alerter la population. Si on ne peut plus compter sur les politiques, il faut donc compter sur les peuples. Nos dirigeants connaissent pourtant les études scientifiques, ils ont pleinement conscience des risques et des dangers, ils font des grandes réunions à Paris, à Marrakech, mais ils ont du mal à prendre le courage d'appliquer les décisions car ils vont y laisser beaucoup de millions.

Quand les politiques font des meetings, ils donnent de l'argent pour louer des salles, faire venir des bus et fournir des tee-shirts. Tandis que lorsque le public paie sa place de concert ou son disque, il prête l'oreille.

Les artistes ont-ils donc à ce sujet un rôle à jouer ?

Oui, évidemment, les artistes ont un rôle très important à jouer pour faire passer le message. Quand les politiques font des meetings, ils donnent de l'argent pour louer des salles, faire venir des bus et fournir des tee-shirts. Tandis que lorsque le public paie sa place de concert ou son disque, il prête l'oreille. Moi j'essaie justement de contribuer à tout ça à mon échelle et ma manière, à travers mes chansons. Beaucoup de personnes écoutent mes disques, viennent à mes concerts, se déplacent dans les festivals. Le public ne prend pas forcément le message à cœur, mais au moins il l'a entendu, il a maintenant la possibilité de l'analyser puis d'agir.

Sur le livret de l'album, tu commentes la chanson Dieu nous attend avec des paroles assez dures envers tes compatriotes...

Parce que c'est la réalité ! J'ai écrit que nous, les Africains, nous sommes encore dans les commérages, les grands discours, l'oisiveté, la méchanceté, l'incivisme, la sorcellerie et les ragots. Pendant ce temps la spoliation des richesses de l'Afrique continue, notre continent est devenu l'enjeu de toutes les convoitises et le théâtre des pires exactions. Beaucoup d'Africains veulent quitter leur pays car ils oublient que l'or est sous leurs pieds. Depuis vingt-cinq ans j'essaie d'éveiller les consciences avec mes chansons, parce que le monde change très vite et on ne peut regarder les trains passer sans rien faire. C'est mon combat, une sorte de flambeau. Je ne vais pas prendre les armes ou défiler le poing levé, ce n'est pas mon rôle. On n'a jamais vu Bob Marley manifester dans la rue, car il faisait passer son message dans ses textes ou ses interviews.

Tiken Jah Fakoly, jeudi 5 décembre à 20h30, Le Fil à Saint-Étienne

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