James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

Le Mans 66 / Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant Logan), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une “course“ dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route. Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ?

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James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune — en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque.

Quel est votre rapport aux voitures ?

J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vis. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîte de métal, on change : la voiture est comme une extension de nous-même.

Aujourd’hui, il peut sembler déplacé de consacrer un film à une industrie synonyme de pollution…

Oui, on aurait pu faire en sorte que le carburant soit végétal (rires). Non, je plaisante, on ne l’a jamais envisagé ! Evidemment, ces questions sont importantes, je le reconnais mais ce film n’a pas vocation à participer au débat politco-environnemental actuel. Et il ne s’agit pas de glorifier l’automobile, mais de raconter une mission, d’évoquer un objectif et comment il a été atteint.

D’un point de vue technique, qu’est-ce qui vous a demandé le plus de travail ? Les scènes de course, de pilotage ?

Le plus important, ça aura été la patience. Les scènes de course sur la piste du Mans ont pris le plus de temps. Mais quand on fait un film sur une course automobile, la piste ne fait pas tout ! Les spectateurs vont venir pour les acteurs, pour connaître l’histoire des personnages, et la dimension spectacle comme la surcharge sensorielle doivent porter les personnages.

Christian Bale et Matt Damon jouent lorsqu’ils pilotent ; notre mission est de permettre au spectateur d’entrer dans la tête et le cœur des personnage — et là, la technologie est secondaire.

Vous êtes vous inspiré d’autres films sur des courses automobiles ?

À la vérité, il n’y en a pas beaucoup, peut-être dix… J’en ai vu la plupart. Pied au plancher (1983), notamment, dont j’ai aimé la beauté. Et d’autres que j’aime moins. Quand je suis en préparation, instinctivement, j’essaie de ne pas regarder de film sur la même thématique, parce que je ne veux pas que ça me perturbe. Dans le cas contraire, vous risquez d’adopter (ou de rejeter) quelque chose dans votre film, et perdre quelque chose quelque part. J’avais suffisamment à faire de mon côté pour que ce film soit un film d’action qui puisse fonctionne auprès des adultes. En effet, mon public cible, ce n’est pas les 12-13 ans, comme certains Fast et Furious. Le Mans 66 n’est pas un film pop corn, mais un film dramatique adulte.

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