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RCW 86, rémanent coloré.

"1917" : La guerre, et ce qui s'ensuivit

Le film du mois / En un plan-séquence (ou presque) Sam Mendes plonge dans les entrailles de la 1ère Guerre mondiale pour restituer un concentré d’abominations. Éloge d’une démarche sensée fixant barbarie et mort en face, à l’heure où le virtuel tend à minorer les impacts des guerres…

1917, dans les tranchées de France. Deux caporaux britanniques sont dépêchés par un général pour transmettre au-delà des lignes ennemies un ordre d’annulation d’assaut afin d’éviter un piège tendu par les Allemands. Une mission suicide dont l’enjeu est la vie de 1600 hommes…

Depuis que le monde est monde, l’Humanité semble avoir pour ambition principale de se faire la guerre — Kubrick ne marque-t-il pas l’éveil de notre espèce à “l’intelligence“ par l’usage d’une arme dans 2001 : l’Odyssée de l’espace ? Et quand elle ne se la fait pas, elle se raconte des histoires de guerre. Ainsi, les premiers grands textes (re)connus comme tels sont-ils des récits épiques tels que L’Iliade et L’Odyssée ayant pour toile de fond le conflit troyen.

À la guerre comme à la guerre

Si la pulsion belliciste n’a pas quitté les tréfonds des âmes, comme un rapide examen géopolitique mondial permet de le vérifier, la narration littéraire occidentale a quant à elle suivi une inflexion consécutive aux traumatismes hérités des deux conflits mondiaux. Art plus jeune et régi par d’autres impératifs — celui de servir d’instrument de conditionnement propagandiste, notamment —, le cinéma a pris davantage de temps pour se départir d’une fascination enfantine pour la pyrotechnie ou la chorégraphie des scènes de combats : l’héroïsation des vainqueurs se mariant si bien au spectaculaire de l’image. Rares furent les films de guerre assumant leur antimilitarisme tels que Les Sentiers de la gloire, La Colline des hommes perdues ou Johnny Got His Gun ! Même Il faut sauver le soldat Ryan, Black Hawk Down ou Démineurs témoignent par leurs séquences toujours plus réalistes et/ou leur montage frénétique d’une forme de complaisance pour la chose militaire. Comment représenter, sans basculer dans l’apologie inconsciente, la violence et la boucherie des guerres passées, au moment où celles-ci se font de plus en plus virtuelles ?

Ce (long) préambule était nécessaire pour expliquer le propos de Sam Mendes et l’usage qu’il fait ici du plan-séquence “absolu“ figeant dans une unité quasi parfaite l’action, le lieu et le temps. En apparence, cette unité calque la continuité des FPS, où le joueur en mode subjectif se comporte en prédateur. Sauf qu’ici les prises de vues papillonnent autour des protagonistes, les encerclent, les inscrivent (et le public avec eux) dans une position de proies. Ce sentiment d’épreuve renforcé par le dispositif du temps réel, rappelle le parti pris de Erik Poppe pour Utøya 22 juillet ; ici encore, le procédé répond à un questionnement moral, non à une logique de poudre aux yeux. Ni de recyclage opportuniste. Du grand cinéma, donc.

1917 de Sam Mendes (G.-Br.-E.-U., 1h55) avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong…

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