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Ludivine Ducrot : « Faire du Fil un véritable lieu de vie et pas seulement un lieu de diffusion »

Grand entretien / Elle a pris ses nouvelles fonctions le 1er septembre. Ludivine Ducrot est la nouvelle directrice du Fil, la salle de musiques actuelles de Saint-Etienne, après le départ de Thierry Pilat pour Lyon et la Halle Tony Garnier. Née en Haute-Savoie, cette acharnée de travail connaît déjà bien le Fil et ses équipes. Elle aura la difficile tâche de faire revenir le public dans la salle stéphanoise tout en essayant d'attirer encore plus de curieux.

Quel est votre parcours professionnel ?

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Je suis originaire du village d’Habère-Poche en Haute-Savoie et j’ai 41 ans. J’ai fait mes études supérieures en sociologie à Chambéry et info-com Lyon. Pendant mes études à Lyon, j’ai fait un stage de 6 mois à la Nacre, l’agence régionale du spectacle vivant puis au Toboggan à Décines-Charpieu dans le Rhône. J’ai ensuite enchaîné les expériences dans des structures de production dans la coordination puis j’ai travaillé au Centre de musique traditionnelle à Saint-Fons, à la Biennale du Fort de Bron, etc. En 2010, je suis revenue à la Nacre en tant que conseillère juridique pendant huit ans. Enfin, en 2018, j’ai pris la direction de Grand Bureau, le réseau régional des musiques actuelles. Le défi était relevé car il fallait structurer ce dernier. Puis avec l’arrivée du Covid, il a fallu être proche des différents acteurs du secteur et des pouvoirs publics. Parallèlement, depuis que j’ai 14 ans, j’interviens pour le festival Rock’n’Poche dans mon village. Bénévole jusqu’en 2005, j’ai travaillé ensuite à mi-temps pour cet événement, à la coordination puis la direction.

Avec votre arrivée au Fil, allez-vous garder des missions au festival Rock’n’Poche ?

Oui, même si ce sera beaucoup moins qu’auparavant. Je vais conserver un rôle pour la programmation artistique en 2022 pour les 30 ans du festival. Mais effectivement je vais abandonner ma double activité.

Connaissez-vous bien Saint-Etienne ? Que représente selon vous la salle du Fil dans le paysage des musiques actuelles de la région ?

Saint-Etienne est une ville qui m’a toujours intéressée car je sais qu’elle a une histoire sociale assez forte. J’habitais Lyon et je savais que les valeurs et le principe de fonctionnements ne sont pas les mêmes entre les deux cités. Ensuite, pour parler du Fil, je me suis penchée assez tôt dessus, car c’est une salle créée par un collectif d’associations. Dans les profils des autres lieux de diffusion de la région, c’est souvent une association qui arrivait au début. Ici, c’est vraiment un effort commun. De plus, la configuration est idéale avec une grande salle de 1 200 places et une plus petite salle adjacente, le club. On peut multiplier les projets. Si on ajoute à cela les studios et son emplacement géographique, le Fil constitue une salle qui peut assurer de nombreuses missions. Enfin, j’ai déjà beaucoup travaillé avec le Fil pour des rencontres professionnelles notamment via Grand Bureau.

Le Fil constitue une salle qui peut assurer de nombreuses missions.

Quelles sont les grandes lignes de votre projet artistique à destination du Fil ?

Dans le cadre de ma candidature à ce poste de directrice du Fil, j’ai proposé plusieurs choses. Tout d’abord, concernant la programmation, il est important d’avoir selon moi un éclectisme tout en gardant une part belle faite aux découvertes. J’ai proposé que lors de la venue d’une tête d’affiche en grande salle, une découverte soit programmée au club. Il faut que ce dernier soit un incitateur de découvertes. Nous allons essayer de travailler le contre-pied. C’est-à-dire que lorsque les spectateurs viennent voir une esthétique musicale, on leur propose une tout autre esthétique dans la petite salle afin d’ouvrir le champ des possibles. D’autre part, certaines études ont démontré que les jeunes ont de plus en plus de mal à pousser les portes des salles de musiques actuelles. Mon objectif est de les faire rentrer le plus jeune possible dans les salles, afin de les rendre fidèles aux salles de concert. Il nous faudra donc ouvrir là-aussi à un maximum d’esthétiques différentes, ne pas se fermer. Je vais également être attentive à ce que l’on programme de plus en plus de propositions avec des groupes où ce sont les femmes qui ont le « lead ». Il y en a déjà de plus en plus et c’est agréable de voir des artistes féminines qui sont leader de groupes. Mais il faut poursuivre, tout comme le fait que la scène soit ouverte à la diversité musicale d’une part, mais aussi à la diversité sociale. Il faut qu’on arrive à avoir des groupes représentatifs du public qui vient chez nous, afin qu’il puisse se reconnaître en eux.

Quid des autres missions du Fil ?

Je vais aussi passer du temps sur l’accompagnement des groupes au Fil. Il existe déjà des programmes, mais il faut les rendre encore plus lisibles par les groupes, mais aussi par le public. Ce dernier ne voit pas le travail qui est mené au Fil sur ce point. Enfin, à propos de la médiation et de l’accueil des publics, je souhaite que l’on mène une étude dans les prochains mois afin de mieux connaître les profils qui viennent dans la salle, mais également ceux qui ne s’y rendent pas. J’ai souvent entendu que programmer au Fil n’est pas facile, car le public est compliqué… Mais je pense que la ville possède des publics passionnés que je souhaite connaître davantage afin de programmer de manière intelligente. Cette étude va commencer à l’automne et sera gérée par un organisme externe. Cela devrait nous permettre de comprendre pourquoi certaines personnes ne rentrent pas dans notre salle et ainsi trouver les moyens de l’ouvrir encore davantage le Fil. C’est d’ailleurs aussi pourquoi j’ai insisté dans ma candidature sur le fait que je veux faire de la salle un véritable lieu de vie et pas seulement un lieu de diffusion. Une salle où l'on se sent bien et où l'on vient vivre une expérience globale et non simplement voir un concert.

Vous allez donc essayer de faire venir des publics nouveaux au Fil ?

Nous allons travailler avec un triptyque afin de mieux cibler les publics : une programmation, un public, une communication dédiée. Le but étant d’abord de faire revenir le public dans la salle après la crise, mais également faire venir un public nouveau au Fil, pour rajeunir les cibles. De nombreuses études ont démontré que si on fait rentrer un public très jeune dans une salle, on peut arriver à le fidéliser. Si ce n’est pas fait, il devient très compliqué de l’attirer plus tard. C’est un point important et un travail que l’on va mener sur l’ensemble de la métropole stéphanoise. Nous souhaitons attirer un public de proximité et qui soit fidèle à des esthétiques ou à des concepts de soirées.

L’idée que j’ai, c’est de créer des maillages à l’échelle de la ville avec tous les lieux qui proposent de la diffusion et ainsi travailler sur des soirées communes afin de croiser nos publics.

Côté territorial, y a-t-il des liens avec d’autres structures que vous souhaitez créer ?

J’ai toujours travaillé avec une logique de partenariat. C’est un point important pour moi. L’idée que j’ai, c’est de créer des maillages à l’échelle de la ville avec tous les lieux qui proposent de la diffusion et ainsi travailler sur des soirées communes afin de croiser nos publics. Il y a bien entendu la Comédie qui est juste en face de nous, c’est donc une évidence, mais je pense aussi au Pax, au Solar, à la Comète, etc, mais aussi les multiples associations que compte la ville avec lesquelles nous pouvons monter des partenariats au long cours. C’est déjà existant, mais nous allons l’intensifier. Le tissu associatif stéphanois est très important et c’est une véritable richesse. Ce n’est pas forcément le cas dans d’autres villes. Cela est aussi valable pour la Loire qui est un département très dynamique.

Le numérique est un élément qui a été développé ces derniers temps au Fil avec notamment le déploiement d'outils de captation et de diffusion live de concert. Quelle est votre position sur cette orientation numérique et quels sont vos projets par rapport à cela ?

Le numérique, je le vois avec deux entrées possibles pour le Fil. La première correspond à la plus classique, c'est la captation de concerts. C'est un élément important et utile, car cela est devenu un vrai support additionnel pour le volet artistique. Nous, on vend du spectacle vivant, mais nous nous rendons bien compte que le support vidéo est devenu indispensable. Nous allons poursuivre les captations, en choisissant les concerts pendant lesquels nous déploierons cet outil. Cela dépendra des besoins d'un artiste, mais aussi du Fil, car nous devons mettre en avant certains concerts. Le second point, le plus important selon moi, est la manière d'utiliser la vidéo pour faire venir de nouveaux publics et découvrir nos activités. Enfin, en 2022, nous travaillerons sur la création numérique, c'est-à-dire la façon dont le numérique peut intervenir en tant que vraie création artistique. Il faut que l'on se densifie en interne avant de pouvoir proposer cela et que les artistes locaux, régionaux et nationaux puissent s'appuyer sur notre compétence sur ce point.

Il pourrait y avoir un référent numérique au Fil pour gérer l'ensemble de ces points ?

Oui, tout à fait. Mais pas avant 2022 ou 2023. 2021/2022, c'est d'abord se remettre debout après la crise sanitaire.

Et les équipes du Fil ne bougent pas avec votre arrivée ?

Non, l'équipe reste la même avec certaines personnes qui sont là depuis longtemps, fidèles et c'est une vraie richesse pour le Fil. C'est aussi cela que j'apprécie ici. Je connais les qualités professionnelles de chacun et en plus, cette équipe est multi-générationnelle et très attachée à sa ville. C'est vraiment intéressant.

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