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Benoît Lambert, Artisan de la scène

L'Avare

La Comédie de Saint-Etienne

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Fraîchement nommé à la tête de la Comédie de Saint-Etienne, Benoît Lambert y portera un projet collectif, mené en synergie avec plusieurs artistes. Portrait d’un penseur, devenu un homme de théâtre d’expérience.

Un jeudi matin de la fin du mois d’août, dans les méandres des bureaux de la Comédie de Saint-Etienne. A peine rentré de vacances et déjà au charbon, Benoît Lambert nous accueille, avenant, au sortir d’une réunion avec ses équipes. Tandis qu’en préambule de l’entretien qu’il nous accorde, se pose la question de la photo qui illustrera son portrait, l’homme tranche, un sourire un brin résigné aux lèvres : « De toute manière, les appareils photos ne m’aiment pas ». Auto-flagellation ? Non, du tout. Juste que son « narcissisme n’est pas là ». Nouveau directeur de la Comédie de Saint-Etienne, Benoît Lambert est de ceux qui préfèrent regarder qu’être vus… Spectateur, pas comédien.

Rien d’étonnant, donc, à ce que son goût pour le théâtre se soit d’abord concrétisé par la mise en scène. Lui qui, gamin puis ado, éprouvait une certaine fascination pour les acteurs, est devenu « un spectateur qui fabrique lui-même les spectacles qu’il a envie de voir ». Jamais rassasié par Molière, l’ancien directeur du Théâtre Dijon Bourgogne présentera ainsi en janvier prochain son Avare, après avoir déjà monté Les Fourberies de Scapin en 1995, Le Misanthrope en 2006 et Tartuffe en 2014. « Molière était avant tout un acteur, c’était même une super star. Le moteur de son théâtre, c’est son propre plaisir à jouer telle ou telle scène. Avec lui, tout part du plateau, c’est pour ça, à mon avis, qu’il est encore autant joué aujourd’hui. »

Besoin d’inconfort

Comme metteur en scène pourtant, Benoît Lambert ne saurait se satisfaire pleinement de « seulement faire du théâtre », si absorbant et fascinant soit-il. Lui qui, ancien élève de l’ENS, obtint il y a de cela 30 ans un doctorat en sciences sociales, est de ceux qui ont besoin de se confronter à des choses plus inconfortables, en allant là où ils n’ont encore jamais mis les pieds. D’où, sans doute, Pour ou contre un monde meilleur, projet fou mené dès 1999 tel un feuilleton, qui l’occupera une vingtaine d’années : « Tout ceci avait beaucoup à voir avec mon amour de la philosophie et des sciences humaines et sociales. J’étais ado, lors de la chute du mur de Berlin. Dès ce moment-là, on a cru changer de monde… Avant de comprendre, 12 ans plus tard, lorsque deux avions se sont plantés dans des tours, qu’on n’en avait peut-être pas totalement fini avec la bipolarité de l’ancien. C’est comme ça que durant 20 ans, à travers ce cycle de spectacles, il a été question de se demander où on en était, de notre désir de changer le monde… »

Mettre en scène pour interroger, questionner… Pour porter, si ce n’est un message, au moins un regard, sur tel ou tel sujet. Mais en prenant toujours garde, de ne pas laisser la pensée le déborder. Lorsqu’il parle de son métier, Benoît Lambert se dit « artisan », « bricoleur », bien plus qu’intellectuel : « Ce qui m’a sauvé, c’est la pratique : de là d’où je viens, je dois prendre garde à ne pas me laisser prendre par l’hypertrophie de la pensée. Lorsque j’ai monté mes premiers spectacles, le comédien Emmanuel Vérité avec qui j’ai débuté me disait souvent “ Calme-toi sur ce que tu as à dire, ne prémédite pas trop. Ta réflexion trouvera forcément sa place à un moment donné”. »

Lanceur de balles

Et puis, même si son parcours a sans doute fait de lui celui qui cherche à comprendre le monde, Benoît Lambert ne croit pas que l’on puisse démontrer quoi que ce soit par le théâtre : 25 ans après son premier spectacle, et malgré la force apparente de ses convictions, il affirme bien volontiers ne rien avoir à apprendre au public en tant que metteur en scène : l’expérience de l’art, dit-il, est en effet tout à fait différente de l’expérience de la science. « Une œuvre n’existe que dans l’œil de celui qui la voit. Un spectacle est seulement une balle qu’on lance, le reste ne nous appartient pas : le spectateur est libre d’y voir ce qu’il veut, et d’interpréter les choses comme il veut. D’une certaine manière, savoir ne sert à rien. »

Ainsi partage-t-il ce qu’il pense avoir compris de ce qui l’entoure par d’autres moyens. En livrant par exemple ses connaissances sur Molière aux comédiens qu’il dirige dans L’Avare, pour les aider à travailler. Ou encore prochainement, en dirigeant l’école de la Comédie, ce qui par ailleurs, l’émeut beaucoup : « C’est une joie immense, de savoir que je vais pouvoir aider ceux qui seront appelés à créer un théâtre qui n’existe pas encore. L’art que l’on pratique est issu d’une tradition orale, il ne s’apprend pas dans un manuel. Je ne suis pas acteur, mais tel un coach qui parvient à guider des sportifs malgré le fait qu’il n’ait pas leur niveau, je suis ravi de pouvoir enseigner le théâtre à de jeunes gens, même si je ne serai jamais capable de faire ce qu’eux feront. »

Une affaire collective

Pour cette raison comme pour toutes les autres, Benoît Lambert est aujourd’hui « très heureux » de prendre les rênes de l’institution qu’est La Comédie de Saint-Etienne. Pétri d’envie de poursuivre l’histoire de la structure, il espère continuer à la faire rayonner dans la ville, dans la région, dans le pays, et dans l’univers théâtral : « mon rôle aujourd’hui est de lui donner une orientation dans la continuité. Mais il ne s’agit pas de moi, ou, en tout cas, il ne s’agit pas que de moi. Des artistes vont venir travailler ici, nous façonnons un art collectif, et le projet qui sera porté sera incarné par une équipe ».


Benoit Lambert en 6 dates

1971 : naissance à Rennes, « par le fruit du hasard des affectations de ses parents, tous deux professeurs »

1991 : entrée à l’ENS

1993 : création de sa compagnie, Le Théâtre de la Tentative, avec Emmanuel Vérité

2011-2014 : Benoit Lambert est le parrain de la promotion 25 de l’école de la Comédie de Saint-Etienne

2013 : nomination au poste de directeur du Théâtre Dijon Bourgogne

2021 : nomination au poste de directeur de la Comédie de Saint-Etienne

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