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Nouveau cratère sur Mars

A voir d'ici la fin de l'année

Et aussi… / Les films qu'on a vus des 15, 22 et 27 décembre. Et ceux qu'on n'a pas (encore) vus…

★★★★☆Bad Luck Banging or Loony Porn de Radu Jude (Rou, int-16 ans avec avert., 1h46). avec Katia Pascariu, Claudia Ieremia, Olimpia Mălai… (15/12) Leș Ours d’Or se suivent et ne se ressemblent pas… tout en ayant des points communs. Comme Le Diable n’existe pas, Bad Luck Banging or Loony Porn évoque un tabou — non pas la mort mais le sexe, avec le calvaire d’une professeure très bien notée, dont une vidéo (très) intime a été publiquement mise en ligne et vue par ses élèves et forcée de sauver son job lors d’une réunion avec les parents de l’école où elle exerce. En trois actes bien sentis, Radu Jude étrille l’hypocrisie de son pays fièrement nationaliste (longs plans sur sa dualité quartiers décrépis/zones commerciales mondialo-standardisée), et de ses concitoyens prompts à s’ériger en chantre des bonne mœurs (mais cependant volontiers libidineux, voyeurs, délateurs, prévaricateurs, révisionnistes, homophobes, misogynes, racistes, ne cherchant même plus à refouler leurs penchants hideux sous le masque des convenances ; on croirait une partie de l’électorat français). Entre les deux, il compose un miscellanées alphabétique et visuel d’une grande inventivité, qui révèlera les détails de l’inconscient roumain aux néophytes. D’une prodigieuse richesse dialectique et critique, intensément drôle (même si l’on rit jaune) et surprenant jusque dans son dénouement, ce film inscrit dans ses remerciements feu le groupe de cinéphiles La Loupe — qui incitait plus au partage d’œuvres introuvables qu’au piratage. Et donc, la preuve, à la création.

★★★★☆Un héros de Asghar Farhadi (Ir.-Fr., 2h07) avec Amir Jadidi, Mohsen Tanabandeh, Sahar Goldust… Asghar Farhadi construit une nouvelle mécanique infernale pour une tragédie absurde où un pauvre bougre se retrouve contraint (par les uns et pour arranger les autres) de revendiquer une bonne action qu’il n’a pas commise. Son geste achèvera de dévaster son existence et de souligner les paradoxes moraux, les veuleries quotidiennes dans une implacable chute de dominos — preuve qu’il ne faut pas rendre service ? Sur fond de dette d’honneur et d’argent, de morale et d’apparences, de vraie vanité déguisée en fausse dévotion, ce portait toujours ambiguë de la société iranienne passé par Cannes part grand favori pour le troisième Oscar du film en langue étrangère de Farhadi.

★★★☆☆Chère Léa De Jérôme Bonnell (Fr., 1h30) avec Grégory Montel, Grégory Gadebois, Anaïs Demoustier… Excellant dans l’art de la délicatesse et la captures des fragilités sentimentales ordinaires, Jérôme Bonnell retrouve Anaïs Demoustier pour cette tendre histoire où un homme, réfugié dans un café pour rédiger une longue lettre à sa maîtresse, se lie d’amitié avec le cafetier au cours d’une journée plus que rocambolesque. Une bromance entre l’électrique Grégory Montel et le rassurant Grégory Gadebois, traversée par de lumineux personnages féminins, et une galerie de portraits de gens de ce bistrot quartier rappelant le réalisme poétique de Renoir. Une leçon de mise en scène, également : on tire parti rarement aussi intelligemment d’un lieu quasi unique.

★★★☆☆Le Test de Emmanuel Poulain-Arnaud (Fr., 1h30) avec Alexandra Lamy, Philippe Katerine, Matteo Perez… (29/12) Course-poursuite trépidante où une famille régentée par une executive mother survoltée doit trouver qui a bien pu abandonner un test de grossesse positif dans les toilettes, cette comédie joliment décalée, remarquablement bien interprétée (notamment par les jeunes acteurs) ne se prive pas d’écorner les manies éducationnelles des CSP+, ridicules dans leurs interactions “bienveillantes” avec leur progéniture. Une mémorable séance de psychanalyse achève de convaincre que tout ce petit monde est bel est bien névrosé.

★★★☆☆Belle de Mamoru Hosoda (Jap, 2h02) avec les voix de Louane Emera, Kaho Nakamura, Koji Yakusho… (29/12) D’accord, il n’atteint pas les sommets stratosphériques de ses précédents anime — n’empêche : un Mamoru Hosoda demeure un événement. Nouvelle fable sur le hiatus entre le monde réel et son “double” — particulièrement d’actualité ici puisqu’il traite d’un métavers où une ado complexée et solitaire s’épanouit grâce à son avatar, icône de la pop — Belle renoue avec ses thèmes chéris de Hosoda et son impressionnante maîtrise graphique (payant son tribut à Satoshi Kon). Du caviar pour les yeux ; on peut toutefois avoir le tympan fragilisé par les chansons…

★★☆☆☆La Panthère des neiges de et avec Marie Amiguet & Vincent Munier (Fr., 1h32) avec également Sylvain Tesson… (15/12) Narrant la traque photographique du félin susnommé au Tibet, ce documentaire n’est autre que le point de départ (et par conséquent le making of) du best seller de Sylvain Tesson, Prix Renaudot 2019 — une de ces écoles de patience et d’auto-exploration-du-moi-intérieur qui font florès de nos jours, transformant leurs auteurs en gourous du développement personnel. Comme le film s’attache à la quête longtemps infructueuse du matou secret, on aurait pu s’attendre à une jolie carte postale dépaysante ; las, la logorrhée de Tesson, dont la voix off meuble le silence d’extraits de son récit, nous prive de la méditation de l’affût et des paysages.

★★☆☆☆Mystère de Denis Imbert (Fr., 1h23) avec Vincent Elbaz, Shanna Keil, Marie Gillain… (15/12) Une gamine dévastée par la disparition de sa mère retrouve goût à la vie à la campagne en recueillant un chiot en cachette de son père. Seulement, il s’agit en réalité d’un louveteau et sa maison est cernée d’éleveurs hostiles aux loups, alors forcément, ça va coincer. Grâce à une gentille vétérinaire (substitut maternel idéal), tout cela se terminera classiquement bien. Sinon, ce film pose une question fondamentale : Tchéky Karyo s’est-il reconverti en paysan d’alpage à mi-temps ?

★☆☆☆☆ The Cloud in Her Room de Xinyuan Zheng Lu (Chi.-H.-K., 1h41) avec Zhou Chen, Ye Hongming, Jin Jing… (22/12) On doit sans nul doute au Père Fouettard l’idée de caler juste avant Noël cet objet filmique abstrait et abstrus made in China. Dissimulant vraisemblablement une ou plusieurs histoires derrière sa forme semi-expérimentale un brin tape-à-l’œil et un noir et blanc très esthétique (c’est déjà ça) The Cloud in Her Room raconte possiblement des vestiges de relations sentimentales mais donne surtout l’impression de se contempler. Tigre d’or au festival de Rotterdam en février 2020. Comme quoi…

Pas (encore) vus

15/12 : Spider-Man: No Way Home de Jon Watts ; 22/12 : Tous en scène 2 de Garth Jennings ; Matrix Resurrections de Lana Wachowski ; 29/12 The Card Counter de Paul Schrader ; The King's Man : Première Mission de Matthew Vaughn ; Lamb de Valdimar Jóhannsson ; Tromperie de Arnaud Desplechin.

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