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Au Musée des Confluences, des Sioux et des hommes

Expo / Remarquable, passionnante et très complète exposition que Sur la piste des Sioux proposée par le Musée des Confluences et portée par une sublime collection d'objets. Plongée terrible et magnifique dans la construction de cet Indien imaginaire qui hante nos fantasmes western depuis un siècle et demi.

Pourquoi une exposition sur les Sioux pour évoquer la représentation populaire des Indiens d'Amérique ? Parce que nous dit Steve Friesen, ancien directeur du Buffalo Bill Museum and Grave, ces représentations ont en quelque sorte fait de traits particuliers, ceux du Sioux, une généralité, celle de l'Indien. En grande partie parce que le premier vecteur de cette imagerie, les Wild West Show, ont essentiellement recruté des cavaliers sioux (lakotas pour la plupart). Du fait de leur expérience, les mêmes lakotas seront recrutés par le Hollywood des premiers westerns. Le cavalier des plaines devenant peu à peu et pour longtemps l'archétype de l'Indien. Un archétype qui demeure encore aujourd'hui indélébile.

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Alors pour décortiquer cette fabrique de l'image, le comité scientifique de l'exposition Sur la piste des Sioux a commencé par faire réaliser par le CREDOC une enquête sur les représentations des Indiens d'Amérique du Nord en France. Dont le résultat trône en ouverture de l'exposition sous la forme d'un diorama récapitulant les clichés autour de cette figure : une plaine plantée d'un tipi où l'on fume le calumet au milieu de majestueux bisons.

On entre alors dans un palais des représentations, ponctué de bornes historiques replaçant cette imagerie dans le contexte des époques auxquelles elle se réfère : d'abord une section beaux-arts où trônent peintures, lithographies, sculptures aussi, relatant l'image relative aux premières rencontres, directes ou indirectes avec l'autochtone, parmi lesquelles des œuvres, dont une originale de Karl Bodmer ou des pièces du musée itinérant de George Catlin, persuadé de l'imminente disparition des Indiens, au XIXe. On trouve également dans cette section les romans western qui firent fureur fin XIXe, les photos de Roland Bonaparte réalisées au Jardin d'acclimatation qui diffusèrent les stéréotypes du "Peau-Rouge". Et bien sûr quelques unes des 50 000 photos DU photographe des Indiens : Edward S. Curtis dont la place des clichés dans l'imaginaire collectif est immense.

Wild West Show

On pénètre ensuite dans l'arène – un terrain de sable en trompe l'œil – consacrée à l'histoire des Wild West Show de Buffalo Bill qui sillonnèrent le monde – jusqu'à Villeurbanne ! – de 1883 à 1912, et aux villages indiens, qui figent l'image des preux (et cruels) cavaliers des plaines et le récit tordu de la conquête de l'Ouest.

C'est du village indien de l'exposition universelle de Bruxelles de 1935 que le collectionneur belge François Chladiuk a acquis une invraisemblable collection de costumes – tuniques, mocassins, coiffes, dans un remarquable état de conservation – ayant appartenu à plusieurs familles lakotas – une collection unique au monde puisqu'une trentaine de ses pièces sont reconnaissables sur les photos d'archives présentées. Le benjamin de la famille Littlemoon, Walter, est d'ailleurs venu ouvrir l'exposition et cette section particulièrement émouvante qui se clôt sur l'évocation des boarding schools, pensionnats où l'on rééduquait l'Indien pour l'éloigner de cette culture pour laquelle on achetait des billets de spectacles.

Ou dont on a fini par se servir dans la publicité et la communication en exploitant la caricature pour vendre des pneus, du sirop, ou guider les automobilistes (Bison Futé). Une salle évoque également les liens entre les marqueurs de la culture indienne et... le scoutisme, mais aussi leur diffusion à la télévision (un salon des années 1960 y est reconstitué où défilent les images d'Indiens), dans la bande-dessinée, les jouets ou les images promotionnelles, souvent parfaitement racistes.

Jouer aux Indiens

Puis vient le western, c'est la dernière section, qui dès le début du XXe siècle fait de l'Indien un être de fiction total : trois écrans nourris d'extraits de films nous montrent comment cet Indien fictif a malgré tout évolué au fil des époques et au gré de films comme La Flèche brisée, Little Big Man ou Danse avec les Loups.

Le mot de la fin, dans une salle qui évoque la réappropriation de leur image par les natifs revient au dramaturge québécois d'origine huronne, Yves Sioui Durand : « jouer aux Indiens c'est plus facile ! Le folklore a toujours été plus facile ! Mettre en scène cette fausse identité qui sert de ressort à une identité qui n'existe pas, outrer ce maquillage, ce déguisement pour distraire les touristes, comme si on leur disait : regardez ! Tout va bien ! Nous sommes toujours là, inchangés ! Nourrir de notre chair les gouvernements qui poursuivent notre assimilation, notre disparition, cela ne m'intéresse pas. »

Manière de dire que ce Sioux imaginaire, cette construction de l'Indien, ce mensonge, que l'exposition met en lumière échoue évidemment à incarner les centaines de nations autochtones d'un demi-continent. Et pour cause, dit Walter Littlemoon : « personne, depuis l'arrivé des colons, ne s'est jamais demandé, ni ne nous a demandé, qui nous étions. Le Blanc ne s'est jamais vraiment intéressé à nous. Je suis heureux de pouvoir assister à une exposition qui répare cette injustice et rétablit la vérité de qui nous sommes. »

Sur la piste des Sioux, Au musée des Confluences ​jusqu'au 28 août 2022

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