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Nouveau cratère sur Mars

3 semaines de restrictions, des années de répercussion

2022, tout va mieux ? Pas si sûr, pour un certain nombre de professionnels de la culture, qui une fois de plus se voient contraints de slalomer entre plusieurs pièces d’un bon casse-tête. Assis, on t’a dit !

En septembre, tous, savaient que l’affaire ne serait pas simple : éloigné des salles durant des mois, le public semblait avoir perdu l’habitude de la sortie, lui préférant vraisemblablement les soirées entre potes, ou les plans canap’-bon petit plat maison-Netflix. Ces nouvelles pratiques s’étaient d’ailleurs traduites dans le mode de « consommation » de la culture, davantage centré sur l’envie de dernière minute. Exit les abonnements et l’anticipation, bonjour les places à l’unité et la spontanéité.

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Pour contrebalancer ce changement de donne, les professionnels du secteur ont passé 4 mois les manches retroussées, pour aller chercher les spectateurs un à un, et les convaincre de venir s’asseoir dans l’obscurité -ou rester debout !- pour un bon moment de musique, de théâtre, de danse ou de cinéma… A la clé, des résultats, puisque nombre d’entre eux estiment aujourd’hui avoir réussi à remplir assez correctement leurs salles.

Et puis, patatra. Depuis la fin décembre, l’épidémie et les mesures de restriction prises par le gouvernement pour tenter de la freiner viennent de nouveau compromettre la dynamique. Jusqu’au 23 janvier, les salles ne pourront plus accueillir plus de 2000 personnes lors des représentations, et les spectateurs devront obligatoirement être assis… Et tant pis pour les programmations déjà établies et les places déjà vendues.

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Embouteillages

Las, Simon Javelle, programmateur de C’Kel Prod ?, qui organise et co-produit de très nombreux concerts et spectacles chaque année (notamment dans de grandes salles comme le Zénith ou le Scarabée), a bien du mal aujourd’hui à rester optimiste : « On a l’habitude, c’est le même cauchemar depuis 2 ans. Le gros problème, comme à chaque fois, c’est qu’on n’a pas de visibilité sur la fin. Les mesures sont prises jusqu’au 23 janvier. Mais on doit travailler à leur éventuelle prolongation : est-ce que certaines de nos prochaines dates, qui sont déjà complètes au Zénith, pourront se jouer ? Pas sûr… Alors, on pose des options de report. Mais ce n’est pas une solution viable. A force de reporter, ça bouchonne. Résultat, on va se retrouver avec des dizaines de dates potentiellement reprogrammées à l’automne, qui viendront s’ajouter à la programmation initiale. Et on sait que le public ne pourra pas aller partout, donc, on sera perdant. Je ne parle que de l’automne, mais les répercussions vont sans doute s’étaler sur plusieurs années. »

Deuxième problème : le message renvoyé par ces mesures restrictives ne motive pas vraiment les publics à acheter des places pour les concerts et autres spectacles qu’ils seraient susceptibles d’aller voir dans les mois à venir : eux-aussi peinent en effet bien logiquement à rester optimistes dans pareil contexte. « Le discours ambiant freine toutes les ventes. D’habitude, Noël est une très bonne période pour la vente de places, au point que cela se poursuit sur tout le mois de janvier. Là, on a un peu limité la casse à Noël, mais depuis, il ne se passe plus rien », poursuit Simon. Or, qui dit pas de places vendues, dit… Risque d’annulation de certaines dates de tournées pour les artistes, et donc là-aussi, manque à gagner, pour tout le monde.

Manque à gagner

En attendant d’en savoir davantage, les acteurs culturels font les comptes, minutieusement, croisant les doigts pour tenir… Au moins jusqu’à ce que les aides du gouvernement arrivent à bon port. Mais là aussi, le flou est perceptible. Au Solar, club de jazz stéphanois qui a ouvert ses portes en septembre, Alexis Burlot qui en assure la gestion se pose aujourd’hui pas mal de questions. Entre certaines dates qui vont devoir être annulées parce que l’esthétique nécessite que les spectateurs soient debout, (les jam session du lundi, la soirée lindy hup/swing du 15 janvier qui sera reprogrammée plus tard, et potentiellement d’autres si les mesures étaient prolongées), la réduction de la jauge à raison d’un bon tiers, et surtout, l’impossibilité de faire tourner le bar les soirs de concert, le manque à gagner pourrait être considérable : « On est une jeune structure… On a fait un très bon début d’exercice puisqu’on a accueilli plus de 3000 personnes en 3 mois, pour une jauge maximale de 120 personnes en configuration debout. Pour autant, nos reins ne sont pas forcément très solides, il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps. On sait que des mesures compensatoires vont être mises en place, mais on ne sait pas encore quelle forme elles prendront… » En outre, bien des structures n’ont d’ailleurs toujours pas perçu les précédentes, destinées à compenser les réductions de jauges sur la période de mai à octobre 2021.

Nouvelle donne... Structurelle

Et, si elles peuvent paraitre plus inquiétantes sur le papier pour les responsables de salles privées qui ne bénéficient pas de subventions, ces restrictions se révèlent néanmoins tout aussi déconcertantes pour les salles soutenues par les collectivités et/ou l’Etat. Au Fil, Ludivine Ducrot, directrice arrivée au sein de la structure dans le courant de l’été dernier ne peut s’empêcher de voir loin… Voire, très loin. Impossibles à maintenir en configuration assise, puisque mettant en scène des musiques aux esthétiques rock, métal ou new wave, les dates de janvier ont d’ores et déjà été reportées ou annulées… Et l’on se prépare en ce moment même à réserver un sort identique aux dates de février, pour anticiper l’éventuelle prolongation des restrictions à laquelle tout le monde semble se résoudre : « Pour le moment, des reports restent possibles, il nous restait des créneaux disponibles en avril/mai, qu’on s’était gardé sous le coude en sentant le vent tourner. Il faut qu’on évite au maximum les reports de reports de reports, pour rester dans la cohérence des tournées. Mais cette situation pose énormément de questions, notamment quant à la périodicité des programmations : qu’est-ce qu’on doit faire à l’automne et à l’hiver prochain ? Il faut sans doute que l’on aborde les choses différemment en partant des esthétiques que l’on peut proposer, pour savoir quand les proposer, sans non plus se laisser guider par la possibilité ou non d’organiser des concerts debout, sinon, des genres musicaux vont être mis en danger. »

Initialement conjoncturelle, la crise que traverse le monde de la culture est en effet en passe de devenir structurelle, provocant des réflexions quant à d’éventuels changements de modèle de diffusion. « On risque de voir se mettre un œuvre un renforcement du phénomène festival, avec des têtes d’affiche qui vont écumer le plus de dates possibles en été, qui par ailleurs coûteront plus cher, et des tournées beaucoup plus light pour prendre le moins de risque possible, tout en assurant leur survie, poursuit Ludivine Ducrot. Or, on constate que notre plus gros problème finalement, c’est que l’on manque cruellement d’expérimentations sur la propagation du virus dans les salles de concert. A nous aujourd’hui de démontrer que l’on a des protocoles solides, quitte à les faire évoluer en investissant par exemple dans du matériel destiné au renouvellement de l’air, ou à la mesure des taux de CO2 dans les salles. Tout cela a un coût… Mais il faut absolument que l’on arrête les mesures prises dans l’urgence, et que l’on travaille désormais sur le long terme ».

Toutes les programmations, annulations, ou dates reportées sont régulièrement mises à jour sur les sites internet et réseaux sociaux des structures concernées

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