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« En traitant Fillon d'escroc, Philippe Poutou a fait du bien à plein de gens »

Humour / Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, on peut s’accorder sur un truc : Pierre-Emmanuel Barré fait partie de la catégorie des humoristes intelligents (même si d’après ce qu’il dit, sa femme en doute). A quelques jours de son passage à Saint-Etienne, entretien fleuve avec un agitateur de la scène, beaucoup plus réservé à la ville.

C’est cool, d’avoir accepté notre demande d’interview, il parait que vous n’aimez pas ça…

Oui c’est vrai, je me trouve nul en interview. Mon truc, c’est de faire des blagues, pas de répondre à des questions : du coup, je suis pas forcément très à l’aise…

Vous allez bien, quand même ? La période est un peu tendue, mais on imagine que vous êtes content de pouvoir enfin être sur scène avec votre spectacle Pfff ?

Oui, je suis vraiment heureux de ça, d’autant qu’on a bien galéré. J’ai commencé mon spectacle en mars 2020… Et je l’ai arrêté aussi en mars 2020, du coup. On en est à la 5e reprise, là ça à l’air d’aller, mais on espère fort que ça va tenir.

Avec ce spectacle, vous affichez deux objectifs : repartir plus riche, et que les gens repartent moins cons. Ça marche jusqu'ici ?

Sur le premier objectif, ça se passe bien, je repars en effet un peu plus riche à chaque fois. Sur le deuxième, c’est plus compliqué en revanche, parce que le spectacle comporte quand même pas mal de conneries ! Plus sérieusement, cette histoire est liée au fait que j’ai choisi une formule conférence pour ce spectacle. Je trouve que ça permet d’autres choses que le stand up, j’ai un pupitre, j’utilise de la vidéo, c’est plus théâtral, et cela me permet de faire différemment de mes précédents spectacles.

Pfff a l’air d’être plutôt bien accueilli ?

Normal, puisqu’en deux ans j’ai eu bien le temps de le bosser ! Par rapport aux précédents, ce spectacle-là, je le retouche un peu moins, parce que j’aborde des sujets un peu plus intemporels. Par contre, oui, sans rire, je l’ai beaucoup travaillé. Et puis, la scène est le plus grand espace de liberté qu’on puisse avoir. La seule condition, par contre, c’est d’être marrant, et pas de choquer pour choquer.

Sauf que ce qui est drôle, c’est assez relatif… Tout le monde ne rit pas des mêmes choses, et c’est d’ailleurs pour ça que les débats sur ce que doit être l’humour n’en finissent pas…

C’est sûr que si je fais une blague sur les accidents de voiture, et que 100% des spectateurs de la salle dans laquelle je me trouve viennent de perdre quelqu’un dans un accident de voiture, elle risque de faire un flop. Mais généralement, les gens qui viennent me voir en spectacle sont réceptifs à mon humour…

"Il y a un côté cathartique pour les gens"

Dans ce spectacle, vous ressortez un peu les hachoirs, certains diront que Pierre-Emmanuel Barré est toujours un sale con. Mais en 2022, est-ce que c’est pas un peu d’utilité publique, d’être un sale con ? Est-ce que c’est pas un peu nécessaire, de remuer la merde ?

En tout cas, je pense qu’il y a en effet un côté un peu cathartique pour les gens. C’est comme Philippe Poutou qui a traité François Fillon d’escroc lors de la campagne présidentielle de 2017 : ça a fait du bien à plein de gens. Ça provoque toujours un soulagement, d’entendre quelqu’un dire ce que l’on pense soi-même.

Les gens ont besoin de se sentir représentés aussi, et peut-être que, ayant de plus en plus de mal à trouver de vrais représentants dans la sphère politique, ils se tournent vers les artistes ?

Alors, oulah ! J’espère que personne ne compte sur moi pour faire changer les choses par contre ! Je n’ai pas d’autre prétention que celle de faire rigoler les gens, lesquels, s’ils viennent voir ce que je fais, sont généralement déjà d’accord avec ce que je raconte. Ce serait très prétentieux de ma part de chercher à convaincre, ou à guider les gens dans une réflexion, je trouve…

Vouloir faire rire ne vous exonère pas d’une certaine forme de militantisme pourtant…

Pour faire rire, en effet, je donne mon avis sur les choses qui m’entourent, mais je ne le fais pas pour convaincre. Si certains peuvent enclencher une réflexion en m’ayant entendu, tant mieux, mais ce n’est pas un objectif pour moi. Je parle juste de ce que je connais. Par exemple, je parle du végétarisme par ce que je suis végétarien, et que donc, ça me touche directement.

Outre la scène, vous êtes aussi présent sur Youtube, où le Journal de campagne a remplacé le Journal du confinement. Quand on vous regarde, on a l’impression d’une cocotte-minute, qui lit l’actu toute la semaine, qui monte progressivement en pression, et puis qui d’un coup explose, il faut allumer la caméra, et cracher tout ce que vous avez à dire…

Ca peut donner cette impression en effet, mais par contre, c’est très écrit, très préparé, et ce qui sort n’est pas si spontané que ce qu’on pourrait croire. Cela dit… Oui, les sujets les plus inspirants sont les sujets les plus énervants. J’aurais du mal à faire des vannes sur les baies vitrées, parce que je n’ai rien contre les baies vitrées !

Justement. Vous maniez l’humour sur des sujets politiques, sociétaux. Vous faîtes plutôt partie de la case « humoristes intelligents »…

J’aimerais tellement que ma femme entende ce que vous dîtes ! Vous pourriez lui faire un mot ?

On peut s’arranger oui ! Mais plus sérieusement ?

Plus sérieusement, j’essaie de faire rire avec ce qui me fait rire. L’humour d’observation, je ne sais pas faire. Pour moi, plus il y a de fond, mieux c’est. Ca ne veut pas dire que de temps en temps, je ne regarde pas des spectacles plus légers, parce que par moment, ça peut faire du bien de se marrer avec une simple histoire de bite. Mais ce n’est pas ce qui me fait le plus rigoler.

Votre actu, c’est la scène et Youtube, mais plus de télé, plus de radio. Vous vous sentez comment, sans ça ?

Plutôt bien, ça ne me manque pas spécialement. J’ai l’impression d’être mon propre patron, et ça me va bien, parce que j’avais du mal à rendre des comptes à des rédacteurs en chef qui veulent savoir ce que vous allez dire, qui peuvent avoir un droit de regard, voire, qui peuvent même verser dans l’autocensure de peur de choquer des gens. Et puis, internet est un outil formidable, qui me permet de faire de la promo pour mon spectacle en montrant ce que je fais. Ou même de la promo pour mon livre, parce que j’ai aussi écrit un livre !

Ah ! Vous voyez, que vous êtes un type intelligent !

Alors, attention, parce qu’il y a aussi des livres très cons... Mais pour en revenir à ce qu’on disait, je me suis rendu compte que, souvent, les projets auxquels j’ai participé mais qui ont été initiés par d’autres personnes se sont soldés par un échec. Je crois que j’aime bien faire exactement comme je veux, en fait.

Pierre-Emmanuel Barré, Pfff, mercredi 19 janvier à la Comète à Saint-Etienne

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