Les sorties ciné du 2 et 9 février

Indispensables

★★★★☆ Petite Solange

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D’une grande maturité pour ses 13 ans, Solange croit en l’harmonie pérenne du cocon familial. Hélas, son grand frère part pour ses études, puis ses parents se déchirent… Et toute son enfance vole en éclats. Mais personne ne s’en soucie car Solange fait bonne figure. Jusqu’à quand ?

Un sujet simple (en apparence), un portrait resserré à l’essentiel, une interprète idéale. Cette chronique volontairement atemporelle — mais quand même furieusement truffaldienne, jusque dans son image figée finale — accompagne, avec une admirable douceur, l’adolescente dont les repères se fissurent peu à peu. Invisible à ses proches, le drame de cette incomprise nous est rendu épouvantable par l’attention que lui porte… la caméra. Si Axelle Ropert, qui avait déjà fait preuve d’un tact inouï avec les enfants dans Tirez la langue, mademoiselle, se transcende ici, elle est bien aidée par la jeune Jade Springer ainsi que par la prodigieuse partition élégiaque de Benjamin Esdraffo, enveloppant la solitude et les désarrois de Solange d’une mélancolie suave. Un immense “petit” film, joliment lauré par le Prix Jean-Vigo.

Un film de Axelle Ropert (Fr, 1h25) avec Léa Drucker, Philippe Katerine, Jade Springer… (sortie le 2 février)


À voir

★★★☆☆Enquête sur un scandale d'état

2015. Alors qu’une colossale saisie de cannabis au cœur de Paris fait les choux gras des autorités, un journaliste est approché par un indicateur lui affirmant être au service d’un haut responsable de la police et assurer une mission paradoxale : faire du trafic de drogue. L’enquête commence…

Thriller politique contemporain, de surcroît inspiré d’un travail d’investigation, le nouveau film de Thierry de Peretti relève la multiple gageure d’être allusif et globalement compréhensible sans tomber dans le didactisme pesant. De la même manière, il cerne ses protagonistes en laissant à chacun une part de nuances et de gris : il n’y a pas de “chevalier blanc”, mais des personnages portés simultanément par leurs convictions ET leurs ambitions ; où se trouve leur vérité ? Peut-être dans cette grande scène de prétoire quasi finale, sorte de synthèse absolue de l’intrigue où les comédiens semblent eux-mêmes transcendés par la situation et leur rôle. La tension et la véracité qui s’en dégagent doivent sans doute beaucoup au travail de plateau orchestré par Thierry de Peretti, par ailleurs homme de théâtre.

Un film de Thierry de Peretti (Fr., 2h03) avec Roschdy Zem, Pio Marmaï, Vincent Lindon… (sortie le 9 février)


★★★☆☆Les Vedettes

Collègues mais surtout pas amis, Daniel et Stéphane bossent dans un magasin d’électroménager au cœur d’une zone commerciale. En galère de thunes, Daniel provoque leur licenciement afin de les inscrire à un jeu télé, où il pense que Stéphane à toutes ses chances…

French touch de l’absurde, Beckett low-fi, Twillight Zone du nonsense en banlieue pavillonnaire… Avec Les Vedettes, la troupe du Palmashow se satellise dans une zone déjà bien fréquentée, où gravitent déjà (et en percutant parfois) des corps célestes nommés Quentin Dupieux, Eric & Ramzy, Kervern & Delépine ou Fabcaro. Il est d’ailleurs rassurant que s’installe ce registre de comédie à mi-chemin entre Tati (pour la critique de la sur-modernité domestique) et les Coen (pour le côté foutraco-anarchiste, avec des références explicites au Big Lebowski). Refusant la course au gag — ça repose —, cet anti buddy movie semble vouloir en permanence mettre en lumière les angles morts du quotidien, du territoire, des relations humaines et même de la musique. Bref, tout ce qui cette masse floue qui n’est pas dans la hype mais parle au plus grand nombre et sans cynisme vis-à-vis de ses personnages. C’est peut-être cela, un film populaire.

Un film de Jonathan Barré (Fr., 1h42) avec Grégoire Ludig, David Marsais, Julien Pestel… (sortie le 9 février)


★★★☆☆Mort sur le Nil

Après avoir résolu le crime de l’Orient-Express, Hercule Poirot s’octroie un repos mérité en Égypte où son ami Bouc le convie à une croisière privée sur le Nil. Bien malgré lui, Poirot va devoir enquêter sur le mystérieux assassinat d’une riche jeune mariée, bientôt suivi d’autres meurtres…

Que vous connaissiez par cœur l’intrigue ou non ; que vous ayez aimé Le Crime de l’Orient-Express version Branagh ou pas, cette suite vous surprendra par sa manière habile de trahir le roman… en demeurant cependant plus conforme au rythme d’un Agatha Christie. Densifiant le personnage de Poirot de manière totalement inattendue (quel début !), elle boucle également le diptyque avec une intelligence teintée de mélancolie, donnant à l’ensemble des deux films une délicate coloration sentimentale. Le whodunit devient un prétexte pour redéfinir un héros dont la surface nous est par trop connue, au point qu’elle en était devenue caricaturale. Et si Brannagh fait semblant d’user de cette caricature, c’est pour mieux la mettre à mal en dévoilant les vérités les plus secrètes de son enquêteur — on comprend enfin pourquoi il est autant obnubilé par sa propre personne. Une proposition

De & avec Kenneth Branagh (É.-U., 2h07) avec également Armie Hammer, Gal Gadot, Annette Benning…


★★★☆☆ Les Jeunes amants

Des années après une première rencontre, Pierre revoit Shauna. Elle a 70 ans ; lui 25 de moins et une famille, mais le coup de foudre est tel qu’il va y succomber. Malgré les autres, le temps qui joue contre eux et la maladie qui galope. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’amour…

Si Carine Tardieu a réussi à faire sien ce sujet que Sólveig Anspach n’avait pu mener à son terme, c’est que toutes les thématiques de ses trois longs précédents s’y retrouvent : lien familial et intergénérationnel, maladie et, naturellement, naissance de l’amour. Osant le registre lyrique du mélo dans ses outrances douloureuses et passionnelles, matérialisant la douleur de la séparation et le vide de l’absence, ce film fait en définitive fi de la question de l’âge des deux protagonistes pour interroger la relation amoureuse à 360°, à toute époque de la vie.

Un film de Carine Tardieu (Fr, 1h52) avec Fanny Ardant, Melvil Poupaud, Cécile de France…(sortie le 2 février)


★★★☆☆ Arthur Rambo

Star montante de la littérature hissée des banlieues par l’ascenseur social et son art du verbe, Karim D. voit la gloire naissante torpillée quelques heures après l’exhumation de vieux tweet provocateurs…

Inspiré de l’affaire Medhi Meklat, ce conte moral tient de la tragédie moderne puisqu'il respecte la triple unité de temps, de lieu et d’action — la gageure du théâtre classique s’applique terriblement bien à notre monde globalisé en constante accélération. C’est aussi une métaphore saisissante du principe de contagion, appliquée ici aux idées nauséabondes — ou comment la vieille recette consistant à se servir de la haine de l’autre comme d’un piédestal personnel se réinvente à chaque époque. Bûcher des vanités, miroir des hypocrites et des ambitieux, ce petit tourbillon en dit très long sur notre temps sans mémoire auquel il serait d’urgent de réapprendre l’importance des faits, la valeur des mots et le sens du passé.

Un film de Laurent Cantet (Fr, 1h27) avec Rabah Naït Oufella, Sofian Khammes, Antoine Reinartz… (sortie le 2 février)


★★★☆☆ Vanille

Contre son gré, la petite Vanille est expédiée par son Breton de père en vacances en Guadeloupe d’où était originaire sa mère. Après les bouderies de rigueur, elle découvre une île surprenante. Et un mystère à résoudre, puisqu’un voleur de cheveux rôde, opérant par magie…

Vanille joue la carte du métissage tous les étages. Mêlant décors en images réelles (il serait sans doute orgueilleux de tenter de contrefaire la luxuriante nature guadeloupéenne) à une animation ronde et bariolée, rappelant dans ses anamorphoses dynamiques le style psyché-pop de George Dunning ou de Guy Peellaert, son intrigue emprunte aux mythes et folklores locaux comme au contexte réaliste contemporain. Un joli Cristal du court-métrage à Annecy qui mériterait de donner naissance à une prolongation : le cadre et les personnages ont le potentiel pour. À signaler que l’ensemble du programme mérite le détour.

Un film d’animation de Guillaume Lorin (Fr, 0h43) (sortie le 2 février)


★★★☆☆ Les Voisins de mes voisins sont mes voisins

Un immeuble presque normal où… un randonneur psychorigide se coince avec son chien dans l’ascenseur ; un ogre se casse les dents ; une danseuse fait du bruit en répétant ; les jambes d’une femme coupée en deux par un magicien se cachent dans la cave… Bizarre ? Si peu…

Voici un film d’animation complètement brindezingue qu’on pourrait faire passer pour les enfants (car innocent en surface), mais dont les adultes apprécieront à la fois le ton libre, surréaliste, décorrélé du plausible — l’histoire se déroule, en effet, simultanément autour des années 1990, 2000 et aujourd’hui — et l’incessante recherche formelle qu’il déploie. À chaque personnage correspond un univers graphique, ce qui n’exclut pas des autozappings stylistiques. Culotté et loufoque, parfois perché (on comprend pourquoi Arielle Dombasle y donne de sa voix), mais en tout cas résolument atypique.

Un film d’animation de Anne-Laure Daffis & Léo Marchand (Fr, 1h30) avec les voix de Arielle Dombasle, Valérie Mairesse, Elise Larnicol… (sortie le 2 février)


★★★☆☆ White Snake

Xuan, jeune villageois, recueille une belle inconnue amnésique qui s’avère être Blanca, un serpent blanc ayant pris forme humaine. Avec les siens, elle lutte contre un émissaire de l’Empereur de Chine désireux de s’approprier la puissance et l’immortalité des reptiles…

Inspiré des contes traditionnels, ce long-métrage à grand spectacle issu des studios chinois n’a esthétiquement rien à envier à ses concurrents, qu’il s’agisse des textures comme du travail sur les couleurs. Il présente en outre l’intérêt non négligeable pour un wu xia pian de ne pas occidentaliser à la Disney (ou à la anime) les physionomies des protagonistes. On y gagne en authenticité et en immersion dans cet univers interdépendant des tradition et culture asiatiques.

Un film d'animation de Ji Zhao & Amp Wong (Chi, 1h38), dès 8 ans (sortie le 2 février)


★★★☆☆ La Disparition ?

À l’occasion du 40e anniversaire de l’élection de François Mitterrand, Mathieu Sapin veut raconter en BD le Parti Socialiste et comment la glorieuse rose éclose en mai 1981 est devenue un champ d’épines et de ruines en 2011. Témoins et acteurs, dont Julien Dray, parlent…

Plus aboutie que Macadam Popcorn, la nouvelle co-équipée Pozzi-Sapin embarque cette fois un imposant passager tout au long de cette “traversée” rétrospective. Un pied à l’intérieur du parti, l’autre dehors, Julien Dray a toujours été volubile dans les médias (et a même participé jadis à une émission de Karl Zéro comme débatteur régulier alors qu’il détenait ses mandats). Sa présence n’a rien d’exceptionnel. Et son regard critique peut être taxé d’une forme d’aigreur personnelle. Plus rare est la parole du roué Gérard Colé, spin doctor à la française de Mitterrand, révélant sa vérité sur 1981. Même s’il a des allures de bonus vidéo de la BD de MatSap, le documentaire est intéressant pour les mordus d’Histoire et de politique. Un bilan globalement positif, comme disait Georges Marchais.

Un film de Jean-Pierre Pozzi (Fr, 1h25) avec Mathieu Sapin, Julien Dray… (sortie le 9 février)


★★★☆☆ Jean-Michel le caribou et les histoires d'amour interdites

Jean-Michel et Gisèle filent le parfait amour et d’autres habitants Vlalbonvent aimeraient bien les imiter. Mais à cause d’une stupide série de quiproquos, le maire décrète l’interdiction de toutes les romances et charge Christiane d’appliquer la loi ! Jean-Michel ne va pas la laisser faire…

Comment aborder avec les tout-petits la complexité du sentiment amoureux poussant parfois à des comportements paradoxaux sans recourir (tout de suite) à Andromaque ni Le Cid ? En passant par les sympathiques héros de Magali Le Huche qu’ils fréquentent plus couramment. Si le rendu fait parfois un peu matière plastique, restituer le trait de l’autrice n’est pas évident, et l’idée générale (et généreuse) passe.

Un film d'animation de Matthieu Auvray (Fr-Bel, 0h42), dès 3 ans (sortie le 9 février)


À la rigueur

★★☆☆☆ Pour toujours

Couple installé depuis une dizaine d’années, Arturo et Alessandro n’ont plus l’étincelle commune. Et voici que débarque leur amie Annamaria, qui leur confie ses deux enfants le temps d’une hospitalisation. Cette parentalité, aussi soudaine que temporaire, va précipiter les choses…

Belle distribution, beaux décors, beaux sentiments… Téléfilm de prestige à la lumière aussi dorée que la classe sociale des protagonistes, ce mélo bariolé, peuplé de personnages secondaires qu’on croirait piochés chez Almodóvar (pour leur côté baroque comme leur diversité à la fois revendiquée et naturellement intégrée), n’arrive pas à se départir de l’écrasante étiquette de “film-dossier“ pataud sur l’homoparentalité à l’usage des mal-comprenants. Bah oui, deux papas aimants, c’est mieux que pas de maman ou une grand-mère maltraitante, fin de l’histoire.

Un film de Ferzan Ozpetek (It, 1h54) avec Stefano Accorsi, Jasmine Trinca, Edoardo Leo… (sortie le 9 février)


On peut s’en passer

★☆☆☆☆ Super-héros malgré lui

Comédien en galère, Cédric se voit, par miracle, proposer un rôle de justicier masqué qui pourrait enfin lancer sa carrière. Mais un accident lui fait perdre la mémoire et croire qu’il est réellement un héros, alors qu’un ennemi public n°1 est traqué par la police…

L’autre miracle, celui de Nicky Larson…, n’aura été qu’un feu de paille : la “Bande à Fifi” renoue ici avec ses scénarios en carton bouilli et sa potacherie repeinte aux couleurs de la génération Y, inoffensive à tous les étages par crainte sans doute de fâcher tel segment de la clientèle — ironiquement, une séquence montrant un tir à balles réelles sur un tournage, revêt une dimension très provocatrice alors qu’il s’agit d'une totale coïncidence avec l’affaire Baldwin. Mais le principal problème demeure le jeu de Philippe Lacheau, toujours bloqué sur trois mimiques ahuries.

Un film de & avec Philippe Lacheau (Fr, 1h22) avec également Élodie Fontan, Tarek Boudali (sortie le 9 février)

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