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Constance Meyer : « Depardieu met en valeur l'instinct dans l'art »

Robuste / Parmi les premiers longs métrages présentés lors du dernier festival de Sarlat figure celui de Constance Meyer, Robuste, qui met face à face un Depardieu presque autobiographique face à une Déborah Lukumuena peu impressionnée. Deux acteurs colossaux bien servis par une réalisation subtile.

Vos courts métrages mettaient déjà en scène Gérard Depardieu en situation de fragilité, sont-ils peu ou prou des prologues à Robuste ?

Constance Meyer : Il y a une forme de continuité qui n’est pas forcément voulue. J’ai toujours écrit des rencontres qui modifient un peu les trajectoires des deux personnages. Ce n’étaient jamais des films complètement flamboyants avec des retournements de situation très fort, plutôt dans une forme de choses sous-jacentes, d’intimité. En cela, je pense que Robuste ressemble aussi aux courts métrages que j’ai faits, qui sont toujours des face à face, la rencontre de deux univers, de deux solitudes et de deux personnages qui s'apportent quelque chose et se font grandir.

Dans Robuste Georges (Gérard Depardieu) vit en vase clos, souffre de tachycardie, est harcelé par des avocats, collectionne les poissons de hauts fonds dans des aquarium pressurisés ; sa garde du corps Aïssa (Deborah Lukumuena) subit le stress de sa versatilité, de ses caprices mais aussi de sa vie personnelle et de ses combats de lutte. C’est un film sur la pression…

Je pense que c’est par imprégnation le monde dans lequel on vit : il y a une pression ambiante et qui doit probablement transparaître dans le film. Après, ce qui m’intéressait c’était la confrontation entre ce qu’on vit intérieurement et qu’on vit physiquement et ce qui se passe autour. Le personnage de George est à un moment donné de sa vie ; il a eu une carrière, il est célèbre mais il y a un manque d’envie, une fuite permanente de ses responsabilités de père, d’acteur. La rencontre avec Aïssa va lui permettre de renouer avec une envie de vivre — un retour à la vie qui est en fait un retour à son art, à ce qui le tient debout.

Vous avez écrit les rôles pour vos acteurs ; or l’alchimie aurait pu ne pas fonctionner à l’écran entre les deux comédiens…

Tout à fait. Ça, c’est toujours un risque, mais j’ai organisé deux rencontres entre Déborah et Gérard et je les observés. Ils ont lu le scénario, je ne leur ai pas demandé de jouer, et pendant ce temps-là, j’ai fait semblant de les écouter mais en fait je les regardais. Et je trouvais que c’était magnifique, que ça marchait, qu’il y avait quelque chose. En plus, ils avaient tous les deux cette intelligence de rester, de ne pas chercher à exposer quoi que ce soit, ils étaient eux-mêmes. Ils se regardaient, ils se parlaient… C’était déjà mes personnages ; je n’avais besoin de rien d’autre.

Il y a une part d’animalité chez Georges qui, sur le plateau, renifle sa partenaire de jeu. Est-ce quelque chose que vous aviez déjà observé chez Gérard Depardieu ou que vous avez surpris dans cette séquence ?

En fait, avec Depardieu, je crée des situations dans lesquelles, comme je le connais bien, je sais qu’il va probablement faire certaines choses. Je répète avec les autres acteurs ; lui arrive au dernier moment et je lui dit : « voilà, il va se passer ça, ça et ça ». Et souvent, il se passe ce que je crois qu’il va se passer ou pas, d'ailleurs, ou des choses complètement plus folles ou des choses beaucoup plus pudiques ou beaucoup plus poétiques. On n’est jamais à l’abri d’une surprise ! C’est quelqu’un qui met énormément en valeur l’instinct dans son art, dans l’art en général. À lui. Dans l’art en général. Il n’aime pas dire qu’il faut travailler avant ; ça l’énerve. Peut-être que ça l’énerve parce qu’en fait, il travaille malgré lui, mais la réflexion, le côté un peu prise de tête des des réalisateurs, ça peut certainement l’énerver.

Comment avez-vous travaillé avec BabX, qui a signé la B.O. ?

Alors c’est un génie lui aussi : il fait tout. Il écrit, il compose, il produit, il chante. Il est souvent dans l’ombre et il est incroyable. Alors on a travaillé en entonnoir, vraiment : on a commencé par se dire: « vu que ça s’appelle Robuste, on va faire une bande originale avec des instruments robustes ». On voulait des tubas, des fanfares, des trucs dingues ; on s’était imaginé des choses “fortes“. Et puis, je suis revenu à un truc qui me tient vachement à cœur : la voix et le chœur, par élimination, à mesure que je montais le film. Parce qu’il fallait quelque chose de très épuré. On a d’abord demandé à une amie de BabX de faire un gospel —j’adore le gospel — donc pendant toute une période, j’ai monté le début du film avec ce gospel, qui m’a énormément bercée et accompagnée. Ensuite, je l’ai enlevé et il a créé grâce un logiciel des chœurs avec des voix synthétiques ; on a enregistré certains chœurs avec de vrais chanteurs — le madrigal, toutes les musiques un peu médiévales anglaises inspirées de poètes anglais — et puis on a gardé pour d’autres les voix synthétiques qu’on a mixées et qui donnent un effet étrange.

Le cinéma est-il pour vous une forme de sport de combat ?

C’est un sport de combat dans le sens où il y a des corps qui se regardent et s’affrontent, mais pas dans le côté forcément combatif du processus. Même si je n’aime pas trop le voir comme ça, il faut quelque chose de très déterminé. On peut aussi choisir de pas voir les choses comme des obstacles ou comme des batailles à mener. Pour préserver aussi la créativité, il faut être entouré de gens, d’alliés qui ont envie de faire la même chose et du coup, ça ressemble beaucoup moins à une bataille ou à un combat qu’à une entreprise collective où tout le monde s’accorde sur la même envie. Il y a toujours un peu cette image du chef de guerre, que je n’aime pas trop…

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