Zurich, belle et rebelle

« Je ne suis pas celle que vous croyez », semble susurrer à l’oreille de celles et ceux qui la visitent la plus vaste des cités suisse. Vitrifiée dans le cliché de capitale financière, Zurich est avant tout une cité au charme fou, pétrie d’Histoire et de culture subversive, ayant l’étonnante faculté de rallonger l’été…  

Mettons d’emblée les choses au clair : oui, elle figure au 7e rang des villes les plus chères au monde… après Genève qui pointe à la 3e place. Mais si l’on dit que Paris vaut bien une messe, Zurich vaut largement le prix du séjour. Tout spécialement à l’arrière-saison, où la cité lacustre sise au pied de l’Uetliberg se pare de nuances mordorées. Si la douceur ambiante encourage les plus courageux à se baigner dans la Limmat — la rivière se jetant dans le lac —, on préférera battre le pavé, sans craindre la soif : 1200 fontaines, souvent ornées d’œuvres d’art, dispensent gratuitement une eau fraîche et pure.

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De la vieille ville…

Tout débute par un point de vue en hauteur, sous les tilleuls du Lindenhof. La place appartient aux Zurichois, mais ils partagent volontiers avec leurs hôtes de passage la vue sur la Limmat, l’Université et la Poly — Röntgen, Einstein, von Braun, Gabriele Possanner (première doctoresse d’Autriche-Hongrie)  y furent étudiants. On redescend pour arpenter les rues de la vieille ville, qui vit se propager la Réforme en Suisse dès le XVIe siècle à partir du Grossmünsster et du Fraumünster. Loin d’être fossilisés dans leur gloire, ces vénérables lieux de culte sont agrémentés de vitraux contemporains signés Chagall ou Augusto Giacometti — père d’Alberto. Curiosité notable, Augusto a aussi réalisé les sublimes fresques ornant le plafond du comico de Zurich — alias la “Blüemlihalle”, Bahnhofquai 3 — qui peut se visiter librement comme un musée ; inutile donc de se faire interpeler. Exilé résidant au 14 de Spiegelgasse en 1916, Lénine ne devait guère priser ces lieux ; peut-être leur préférait-il le Cabaret Voltaire voisin (Spiegelgasse 1) ? Berceau du Dadaïsme, ce lieu de légende est toujours actif — à la différence de Lénine — et abrite un café ainsi qu’un lieu d’expos.

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…À Zurich Ouest

Prenez votre courage à deux pieds (ou le tram 4) pour gagner Zurich-Ouest. Forgé (et gentrifié) à partir des anciens quartiers industriels, ce district mêle de l’urbanisme ultra-moderne à des bâtiments requalifiés, à l’instar de la fameuse Markthalle Im Viadukt (Limmatstrasse 231), débordant de produits frais locaux, complétée jusqu’à la Geroldstrasse par une enfilade de boutiques tendance et de troquets façon guinguettes, parfaits pour siroter un verre en soirée. Tant que vous y êtes, le magasin de sacs et bagages upcyclés Freitag est à côté : on le reconnaît à sa tour faite de conteneurs. 

 

On se fait des toiles ?

Richement dotée en musées et galeries (à faire pâlir d’envie sa voisine Bâle, hôte de l’incontournable Art Basel), Zurich possède avec le Kunsthaus (Heimplatz, tlj. sf lu.) un écrin unique à la mesure de ses collections : trois bâtiments — dont le tout dernier signé par l’architecte Chipperfield — hébergent l’une des plus spectaculaires réunions d’œuvres représentatives du patrimoine mondial. En guise d’avant-goût, on admire à l’extérieur de l’édifice La Porte de l’Enfer de Rodin ; à l’intérieur, gare au syndrome de Stendhal : Chagall, Klee, Mondrian, Rothko, Picasso, Van Gogh, Monet, Giacometti, Magritte et surtout un ensemble à tomber de toiles de Vallotton. Certaines sections du Kunsthaus sont temporairement closes à la suite d’une incendie mais les expositions en cours (Niki de Saint-Phalle ; Aristide Maillol à partir d’octobre) ne sont pas affectées. Bon plan : l’entrée est gratuite le mercredi. 

Le début de l’automne marque aussi le retour du ZFF (le festival du film de Zurich), dont la 18e édition se déroulera du 22 septembre au 2 octobre à la fois dans les salles de la ville mais aussi en plein air près de l’Opéra et du lac, place Sechseläuten. Sur les 160 films projetés, nombreuses seront les productions germanophones, mais aussi les avant-premières d’œuvres internationales susceptibles de concourir lors des Oscar avec, à la clef, un parterre de stars pour illuminer les nuits zurichoises…


Où dormir ?

Hôtel Helmhaus****. Il y a les palaces exubérants, et puis les hôtels-boutiques tels que le Helmaus, feutré et élégant. Idéalement situé dans la vieille ville, en bord de Limmat et à un quart d’heure de la gare, l’établissement a su métamorphoser une bâtisse du XIVe siècle sans en gommer l’âme. D’un accueil et d’un confort irréprochables — appréciable après les longues balades urbaines —, le Helmhaus se distingue aussi par l’audace des œuvres graphiques ornant ses murs.

Schifflände 30,  8001 Zürich / Dès 190CHF / +41 (0)44 266 95 95  / www.helmhaus.ch

Où manger ?

Bauernschänke. Aux manettes de ce resto bistronomique, le jeune prodige créatif Nenad Mlinarevic (Cuisinier de l’année 2016 et juré du Masterchef suisse). Des produits de saison, beaucoup de légumes, énormément de saveurs et une note pas trop salée. Coup de cœur pour la soupe en entrée et le kombucha maison.

Rindermarkt 24, 8001 Zürich / Menu midi 39CHF, soir 120CHF et carte / +41 44 262 41 30 / www.bauernschaenke.ch / Du lu. au ve. de 11h30 à 14h30 et de 18h à 24h, le sa. de 18h – 24h.

Zunfthaus zur Waag. Installé dans les murs d’une ancienne “maison de corporation“ (une sorte de chambre de l’artisanat), ce splendide restaurant cultive la tradition gastronomique locale avec dévotion. Le lieu idoine pour savourer un émincé de veau à la zurichoise avec rognons et rösti. Pas de panique : la carte est aussi veggie friendly.

Münsterhof 8, 8001 Zürich / Carte env. 50CHF / +41 44 216 99 66 /www.zunfthaus-zur-waag.ch/en / Du lun. au sa. de 11h30 à 14h et de 18h à 22h.

Où manger/acheter du chocolat ?

Partout, bien sûr ! Selon le budget et le moment, on peut varier les plaisirs. Pour l’exotisme architectural du lieu, on ira chercher son Toblerone au Lidl occupant l’ex Fraumünsterpost — l’équivalent de la Poste Centrale place Bellecour. Les plaques king size (200g et 400g) issues des ateliers fribourgeois Cailler ou celles d’Ovomaltine se shopperont à deux pas, au Coop du Bahnhofbrücke. Envie de raffinement ? La Confiserie Sprüngli de la Paradeplatz (Bahnhofstrasse 21) offre une bouffée de nostalgie cacaotée : au rez-de-chaussé, la boutique vend les spécialités maison ; à l’étage, on prend le thé en dégustant ces bijoux. En cas d’urgence, filez vers la Lindt Home of Chocolate (Schokoladenplatz 1, 8802 Kilchberg), où jaillit une fontaine de chocolat de 9m de haut. Battu, Willy Wonka.

Se déplacer ?

Sésame multimodal, la Zürich Card donne un accès libre à tous les transports en commun (tram, train, bus, funiculaire, bateau, téléphérique) en 2e classe dans Zurich et ses environs, et octroie de nombreuses entrées libres ou réductions dans les musées. Existe en formule 24h (27CHF) ou 72h (53CHF). À noter pour les cyclistes son pendant, la Zürich Card (location d’un vélo classique ou électrique 24h pour 32CHF ou 72h pour 62CHF).

Comment y aller ?

En train : la meilleure option, de loin ! AR Lyon Part-Dieu<->Zurich (via Mulhouse et Bâle) pour 170€ et 4h53 par trajet. Si le retour s’effectue en fin de journée, on recommande l’itinéraire via Genève. Un peu plus long d’1h, il offre en contrepartie un panorama à couper le souffle en surplomb du Léman, aux abords de Lausanne : on y embrasse d’un coup d’œil le lac et les reliefs du Chablais français. Un spectacle rare.

En voiture : 426 km et 4 h 34 min via A42 et A41 par Genève puis A1 en Suisse. 104, 54 € de péage+vignette autoroute suisse, sans compter l’essence et le parking sur place.

En avion : de Lyon Saint-Exupéry, à partir de 185€AR, 3h25 et 109kg de CO2 par trajet avec escale à Paris (!) ou Amsterdam (!!). Sans commentaire.

Renseignements 

Tourist Information / Gare Centrale (Hauptbanhof) /8001  Zürich / +41 44 215 40 00 / Ouvert 7j/7 de 8h à 20h30 sf. di. de 8h30 à 18h30 / www.zuerich.com/fr/visite/shopping/tourist-information 

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