Deluxe : « Il faut donner l'opportunité aux artistes de gagner leurs sous avec leur musique »

Interview / Toujours aussi festif quoi qu’ayant aujourd’hui bien entamé le chemin de la maturité, le groupe (un poil) déjanté Deluxe se produira le 1er octobre sur la scène du Fil. A quelques heures de leur passage sur la fête de l’Huma, rencontre au calme avec Pépé, le saxophoniste de la bande.

15 ans d’existence, un 6e album sorti au printemps, des concerts toujours très attendus du public, comme celui du 1er octobre à Saint-Etienne… Et tout ça, en ayant commencé à jouer dans la rue. Est-ce que malgré tout ça, vous continuez à douter, ou est-ce que vous vous sentez aujourd’hui un peu plus installés ?

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On n’est jamais installé… Lorsque l’on se produit sur scène et que l’on rencontre un public unanime, on est vraiment content sur le coup, mais on garde à l’esprit que les choses changent tout le temps et très rapidement. C’est ce qui nous pousse à toujours nous remettre en question. Le propre d’un artiste est d’être un éternel insatisfait, donc même lorsque les choses se passent bien, on se demande ce que l’on peut encore améliorer. C’est en quelque sorte le pacte avec le diable qu’impliquent les métiers passions : tu fais ce que tu aimes et c’est super, mais en contrepartie, tu doutes en permanence, avec la sensation un peu désagréable que cela entraîne.

Votre album sorti au printemps s’intitule Moustache Gracias. On imagine qu’il s’agit d’une manière pour le groupe à la moustache de remercier son public fidèle… Cette envie de dire merci est-elle liée à la période de confinement que l’on a traversée ?

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Oui, bien sûr ! C’est assez drôle d’ailleurs, car les gens nous remercient d’avoir été présents pendant le confinement, et on les remercie aussi d’avoir été là, et d’avoir continué à nous suivre. C’est un vrai partage ! C’est une expérience qui n’a été simple pour personne, mais en ce qui nous concerne, elle nous a apporté de nouvelles choses : apprendre à travailler ensemble, mais séparément par exemple… Le fait que l’on soit toujours là après ça, c’est quelque chose de très positif pour nous, en tout cas.

Cet album Moustache Gracias est donc un bébé confinement… Est-ce que c’est à cause du mood de cette période que l’on y trouve quelques morceaux plus calmes, voire, plus sombres qu’à l’accoutumée, ou est-ce simplement parce que vous prenez de l’âge et que la vie devient un brin moins joyeuse à mesure que l’on vieillit ?

En fait… C’est un peu des deux. Dans la musique, ce sont toujours les émotions qui parlent. Et, si cet album est un peu plus mélancolique que les précédents, c’est parce que le moment durant lequel on l’a fabriqué était un peu comme ça. C’est juste la vie. Et puis, cela correspond aussi au fait qu’aujourd’hui, on assume davantage ces émotions que l’on a envie de transmettre : on grandit, on s’en sent plus capable.

Dans l’un de vos morceaux, « Tout Casser », Liliboy chante « Toutes ces fêtes où j’traîne, c’est du temps d’perdu ». Ce n’est pas un moyen de nous dire discrètement que la fête est bientôt finie ?

Non, pas d’inquiétude. On en revient aux émotions : elle chante juste l’émotion qui peut nous traverser à un moment donné. La fête n’est jamais finie, mais effectivement, avec l’âge, on prend conscience qu’il y a d’autres choses importantes…

Autre nouveauté dans cet album : quelques textes en français. Pourquoi cette envie vous est-elle venue à ce moment, et pas avant ?

En réalité, faisait un moment qu’on en avait envie, mais on ne se sentait pas légitime pour le faire. C’est pas évident du tout, d’écrire en français. Liliboy est une chanteuse franco-américaine, sa langue natale est l’anglais… Le duo avec La Rue Kétanou nous a mis le pied à l’étrier, nous a offert la légitimité dont on avait besoin. On a passé le cap. On a très envie de réitérer sur un autre album d'ailleurs, mais ce sera sans pression : si ça vient tant mieux, sinon, on ne forcera pas.

Parmi les choses qui ne changent pas, on trouve sur cet album foule de featuring : Youssoupha, La Rue Kétanou que tu viens de mentionner, Féfé… Comment vous construisez ces collaborations ? Elles naissent de rencontres, c’est vous qui démarchez des artistes, ou est ce qu’à l’inverse, les artistes font la queue devant chez vous pour collaborer avec vous ?

Personne ne fait la queue, non, ça ne se passe pas comme ça ! La plupart de ces collaborations naissent de rencontres en effet, parce que la musique, c’est une aventure humaine avant tout. Ce sont toujours des artistes que l’on aime beaucoup. Ça a été le cas avec La Rue Kétanou, comme cela avait été le cas avec Mathieu Chedid ou IAm. Ça a été différent avec Féfé et Youssoupha. On était en plein confinement, on les a contactés via les réseaux sociaux, on leur a proposé les projets, ils ont aimé, ils ont dit oui. Et en sortie de confinement, ils sont venus enregistrer dans nos studios.

Ce qui est intéressant, c’est que vous collaborez à chaque fois avec des artistes aux registres très différents…

C’est un peu ce que l’on attend de la musique en fait. On aime quand elle n’a plus de frontière. Une collaboration, pour nous, c’est un moyen de demander aux artistes concernés qu’ils nous emmènent ailleurs, et vice-versa. Ça donne des morceaux que l’on n’aurait jamais faits sans eux.

On a entendu dire que vous aviez un gros kiff sur Benjamin Epps… Un feat à venir ?

C’est Pietre qui est vraiment en kiff oui, mais on aime tous beaucoup Benjamin Epps. C’est un super artiste, et une collaboration avec lui pourrait éventuellement être en projet. En tout cas, cela fait partie des pistes que l’on explore.

A propos de votre label, que vous avez crée maintenant il y a quelques années : c’est une manière pour vous de vous sentir plus à l’abri dans l’industrie musicale qui n’est parfois pas tendre avec les artistes, ou une vraie volonté d’indépendance de votre part ?

Encore une fois, c’est un peu des deux. En fait, on a vraiment envie de décider de tout, alors que, lorsque tu arrives dans un label, il y a plein de choses dont tu ne décides pas. Et encore, on fait partie des chanceux, car on ne nous a jamais obligés sur nos choix artistiques et notre musique. Mais je crois vraiment que davantage d’artistes devraient se lancer, et devenir indépendants. Parce que tu ne peux pas avoir de meilleur ambassadeur de ta musique que toi-même… Et puis… il faut donner l’opportunité aux artistes de gagner leurs sous avec leur musique. Nous, on a également monté notre boîte d’édition.  Parce que ça suffit de donner autant d’argent à des gens qui n’ont absolument rien fait sur ton album !

Vous serez au Fil de Saint-Etienne le 1er octobre… Que doit-on s’attendre à voir et à entendre sur scène ?

On fait des morceaux de tous nos albums, pour qu’il y en ait pour tout le monde… Et puis, on fait bien sûr des morceaux de Moustache Gracias, y compris certains des morceaux plus calmes, qui entrecoupent les autres. Cela donne des moments plus musicaux.

Deluxe, samedi 1er octobre à 20h30 au fil de Saint-Etienne

 

 

 

 

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