Lyon : 10 pièces à conviction 

Sélection / Cocher dix cases parmi des centaines. Voici dix spectacles à voir cette saison dans presque autant de salles. Des émotions déjà ressenties que l’on veut retrouver. Des découvertes que l’on attend en trépignant.

La Douleur

À vrai dire, ce fut un moment de théâtre qui est resté gravé dans nos mémoires depuis qu’au théâtre de Villefranche, en 2009, Dominique Blanc s’est avancée sur le plateau pour dire les mots de Marguerite Duras. Quelques mois plus tôt, Patrice Chéreau avait créé ce spectacle aux Amandiers de Nanterre avec son actrice adorée, sa Phèdre avec une simplicité extrême qui était celle de ses dernières années. Il fallait cela et cette immense comédienne, devenue sociétaire de la Comédie-Française, pour faire entendre les mots de Duras - qu’elle a longtemps oublié avoir écrit – sur le retour improbable de Dachau de son homme, Robert Anthelme. C’est Thierry Thieû Niang, ancien collaborateur de Chéreau qui assure la nouvelle vie de ce spectacle inoubliable qui s’inscrit au TNP dans une trilogie Duras avec Les Imprudents en novembre et L’Espèce humaine en janvier.

Au TNP, du 28 septembre au 9 octobre

Surexpositions (Patrick Dewaere)

Le pari est un peu dingue et il fonctionne parfaitement. Julien Rocha, metteur en scène implanté dans la Loire, voulait interroger ce que c’est que d’être un artiste, toujours être soumis au regard des autres. Alors il a proposé à l’autrice Marion Aubert, avec qui il avait déjà collaboré, de se pencher sur la figure de Patrick Dewaere pour « voir jusqu’où l’acteur peut se donner, ce que les œuvres leur font ». Pas de biographie mais une vision féminine sur une période si masculine. Aucun règlement de comptes, juste un pas de côté pour redonner vie à Dewaere mais aussi Miou-Miou, Coluche, Blier, Deneuve en s’arrimant à trois films pilier Les Valseuses, La Meilleure façon de marcher et Série Noire. Avec une distribution absolument impeccable.

Aux Célestins, du 13 au 23 octobre

Temps fort Contre-sens

Parce que le festival Sens interdits n’a lieu que tous les deux ans et que ce n’est pas assez, et en attendant de savoir si la Région lui coupe un peu/beaucoup sa subvention (l’heure n’est guère à l’espoir à cet endroit), bienvenue à « Contre-sens » qui regroupe des spectacles témoignant de la décrépitude avancée du monde, la guerre à nos portes depuis six mois. 5 spectacles au programme : Adieu la mélancolie de la chinoise Luo Ying par Roland Auzet à la Croix-Rousse, Sonny de la slovène Natasa Zivkovic à la Maison des Passages, la somme vertigineuse sur la violence d'après La Guerre du Péloponnèse de Thucydide qu’est Aller y voir de plus près de Maguy Marin, plus raide que jamais à Ramdam et une pièce musicale ukrainienne, de Lviv. Enfin, cet épatant travail de Salim Djaferi, Koulounisation, aux Célestins qui en questionnant la langue, retrace de façon implacable et drôle aussi la colonisation imposée à l’Algérie.

Dans la Métropole, du 19 au 30 octobre

Home

Voici encore une pépite belge comme nos voisins savent en faire. Ils sont trois jeunes acteurs et actrices sur le plateau. Ils sont lents, tentent des gestes anodins qui échouent. Ils ont cent ans. En interprétant des personnes âgées enfermées dans une maison de retraite (nommée « home » en Belgique), ce trio dirigé par Magrit Coulon, qui signe son premier spectale (!) excelle à transmettre la terreur, la drôlerie, l’incapacité aussi à manger sans se barbouiller. Jamais ce spectacle n’est poseur ou inquisiteur. Il observe ce que sont certains de nos proches, ce que nous serons sans doute avec une grande attention. Ces « morceaux de nature en ruine » (sous-titre du spectacle) tient le plateau précisément par le travail minutieux mené en amont avec recuiel de témoignages, parfois sonores : la voix de certains vrais résidents est aussi sur scène.

Au Théâtre Jean-Marais (Saint-Fons), le 21 octobre

Borderline(s) investigation #2

L’écologie est au cœur d’un spectacle sur deux et le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas gage de réussite souvent. Pourtant, depuis déjà une bonne dizaine d’années, Frédéric Ferrer, géographe de formation, en fait spectacle. À la lisière de la conférence (ça aussi c’est une mode bien pauvre du théâtre contemporain), il parvient à embarquer le spectateur dans des récits hyper documentés, à la manière d’un bouquin de Florence Aubenas, mais dans un style plus libre et lorgnant vers l’absurde. Borderline(s) investigation entame son 2e volet sur la « limitologie », créé ici même, après le premier épisode né il y a quatre ans.

Au Pôle Pixel (programmation TNG), du 15 au 17 novembre

Dorothy

Elle était il y a un an tout juste sur le plateau du TNP, lors des 101 ans de l’institution. Zabou Breitman racontait comment Roger Planchon avait d’elle une actrice dans George Dandin en 1987. C’était tendre, précis et très drôle. Au même moment, elle se mettait en scène dans le rôle de Dorothy Parker, poétesse et chroniqueuse du New Yorker dans les années 1950, luttant contre la xénophobie au point de léguer son héritage à Martin Luther-King. L’idée de Zabou est de la faire mieux connaitre en France. À sa table, l’actrice remet en lumière celle qui a co-écrit quelques scénarii (parmi les premiers) des films d’Hitchcock en s’appuyant sur cinq de ses nouvelles.

Au théâtre de la Renaissance, du 24 au 26 novembre

Le Consentement

Bien sûr, cette pièce coche des cases « médiatiques » : une actrice – Ludivine Sagnier – égérie de Ozon et du cinéma français depuis 20 ans, un roman qui a achevé de renverser début 2020 la figure littéraire qu’était alors encore un peu Gabriel Matzneff, celui de Vanessa Springora. Le metteur en scène, Sébastien Davis lui est issu de l’ENSATT il y a déjà longtemps, formé par Vassiliev. Ne pas s’arrêter aux éventuels warnings people et avoir la curiosité de voir ce que donnera au plateau ce livre agile de l’ado des années 80 devenue éditrice qui n’a pas pris là une revanche mais a écrit sa vérité en ne reniant jamais avoir accordé ce consentement à son aimé. Méthodiquement, elle interroge ce que recouvre cette notion quand on a 14 ans et que l’autre est un adulte. Et comment une époque a pu s’en accommoder.

Au théâtre de la Croix-Rousse, du 4 au 7 janvier

Il faut tenter de vivre

On l’a écrit, on le redit : Pierre Bidard est un artiste à suivre. Sorti de l’ENSATT (département acteur) en 2019, il met en scène ses camarades avec sa compagnie de la Vallée de l’Egrenne. Cette saison, ils reprennent ce spectacle inspiré de La Montagne magique de Thomas Mann et le poussent vers la secte. Ces gens retirés dans un sanatorium sont une façon pour lui de s’approcher de la notion de « communauté » et de ce que ça fait d’être au monde quand on est inadapté. Grand travail sur la précision des gestes, les sons et les objets, sur la lenteur, ce qui reste et ce qui s’évapore. On y retourne !

À la Maison Ravier (programmation Elysée), du 19 au 21 janvier

Hate radio

Le phénomène de reprises qui envahit le théâtre lyonnais a du bon. Revoir Milo Rau avec un de ses meilleurs spectacles. Un des plus brutaux aussi. Le Suisse met une partie du public sur le plateau au plus près des vitres du studio de la radio des Mille Collines, celle qui au Rwanda, durant le génocide a fait l’apologie de la haine, donner en pâture le nom de ceux à abattre. Patrick Penot qui avait fait venir ce spectacle dans Sens interdits 2015 parle de Milo Rau comme d’ « un philosophe. C'est plus qu'un metteur en scène. J'ai l'impression qu'il s'est donné une mission non pas politique parce qu'il n'est pas idéologue, mais une espèce de mission sacrée de faire ouvrir les yeux à ceux qui ont envie d'un peu de lucidité. Il construit un mausolée des violences ». Les personnages passent des disques, se vannent aux pauses pub et l’(in)humanité explose au micro.

Au théâtre de la Croix-Rousse, du 18 au 21 janvier

La Langue de mon père

C’est l’histoire d’une jeune femme arrivée en France depuis la Turquie il y a trois ans seulement. Elle se met apprendre le français et aussi le kurde de son père au moment où lui-même l’oublie puisque cette langue était interdite dans son pays d’origine, celui à cheval sur deux continents. C’est le rôle de la langue et le racisme que Sultan Ulutas Alopé explore seule en scène dans son propre texte dont elle n’a fait jusque-là que lecture publique. Si ce travail se joue au printemps, il y aura eu déjà maintes occasions de se rendre dans ce théâtre des Clochards célestes qui fait peau neuve avec une nouvelle graphie haute en couleurs, à l’image de sa direction dont c’est la première saison réalisée à 100%.

Aux Clochards célestes, du 5 au 9 avril

UtoPistes

C’est le retour de ce festival de cirque porté par la compagnie de Mathurin Bolze, MPTA (les Mains, les Pieds et la Tête Aussi, quel titre !). Si la programmation de ce qui se tiendra dans diverses salles de la métropole n’est pas encore connu entièrement, on sait déjà que ce sera le grand retour du maitre ès jonglage : Johann Le Guillerm avec Terces (« secret » si on lit dans l’autre sens) qui explore le minimal, sous chapiteau à Parilly (avec une scénographie aventureuse comme il les invente). Ce sera aussi l’occasion de revoir, au TNP, Ali que le trampoliniste organisateur avait créé il y a 15 ans avec son complice Hedi Thabet, unijambiste. Les Baro d’Evel viendront enfin montrer aux Célestins après une tournée européenne. Au même endroit, le Galactik Ensemble créera Presque Fresque que l’on espère moins démonstratif que Zugswang.

Dans la Métropole, du 23 mai au 23 juin

 

 

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