Balik, Danakil : « Les casseroles finissent toujours par sortir »

Porté par un 7e album studio sorti à la rentrée dernière, Danakil sillonne actuellement les routes de France pour une série de concerts et de retrouvailles avec son fidèle public. A quelques jours de leur passage sur le festival La Rue des Artistes à Saint-Chamond, rencontre avec Balik, sur qui les années passent sans effriter la moindre conviction.


 

22 ans de carrière… Quel regard portes-tu sur toutes ces années ? Est-ce que tu réalises, ce qui est arrivé à la bande de copains de lycée qui voulait juste faire de la musique pour se faire plaisir ?

Ce qu'il y a de sûr, c'est que jamais on n'aurait pu imaginer que ça allait se passer comme ça. J'ai parfois des images qui me reviennent en tête, et je me rends compte que c'est passé très vite ! Mais effectivement, au départ ce qui nous liait, c'était cette passion commune pour la musique : on a commencé à jouer ensemble par pur plaisir, et tout s'est fait par étape. A chaque fois que l'on en franchissait une, cela nous donnait la motivation pour la suivante, et ainsi de suite.

La manière dont les choses se sont passées pour vous reste tout de même assez folle : un paquet de lycéens montent des groupes de musique, mais très peu font carrière, et encore moins avec leur groupe d'origine. C'est quoi, le secret Danakil ?

A mon avis, il y a deux facteurs. Le premier, c'est que les gens ont de la sympathie pour le groupe, ils ont tout de suite bien accroché avec nos chansons, et ça se vérifie dans le temps. Le deuxième, c'est que notre saxophoniste Mathieu est quelqu'un qui a toujours eu un véritable esprit d'entreprendre. Et c'est un peu lui, qui nous a donné notre dynamique. D'ailleurs, aujourd'hui, il joue un peu moins avec nous, puisqu'il est à la tête du label.

Est-ce que votre longévité vient aussi un peu du fait que vous faîtes du reggae ? C'est une musique de collectif, dans lequel le message est très important, peut-être un peu prémunie des bagarres d'ego ?

C'est vrai que le reggae est une musique très universelle, avec un message universel, et c'est ce qui accroche les gens quel que soit leur âge. Au sein du groupe, on se retrouve effectivement tous, derrière les valeurs qu'on a envie de défendre, c'est l'une de nos forces. Tout ça explique sans doute que notre public soit assez divers, et s'étire aujourd'hui sur 3 générations. En salle, on peut parfois voir des grands parents avec leurs enfants et leurs petits-enfants…

Notre public s'étire sur 3 générations

Parlons un peu de ce dernier album, Rien ne se tait, tiré de la 4e chanson. Ça aurait pu être « tout se sait » ?

Oui, c'est l'idée. Au départ, j'avais envie d'écrire un texte qui porte sur la place de l'Homme dans la nature, ça partait d'une réflexion purement écolo. Et puis, je me suis rendu compte que la période que l'on est en train de vivre nous permet de réaliser plein de choses, non seulement au sujet de l'urgence écologique, mais sur tout ce qui nous entoure : les mœurs changent, la parole se libère, les casseroles finissent par sortir. En résumé, rien ne se tait…

Comme toujours, vous avez enregistré un disque très engagé. Qu'est-ce que tu attends de tes morceaux, une fois qu'ils tombent dans les oreilles du public ? Qu'ils fassent bouger les choses, qu'ils réconfortent les gens ?

Je ne suis pas assez ambitieux pour imaginer que nos titres puissent changer les choses. Par contre, je crois fort au côté fédérateur de la musique, qui permet une réflexion commune, et qui se concrétise en concert : là, nos chansons génèrent des moments de partage, et ça, c'est du concret. On a très souvent affaire à des gens qui viennent nous voir pour nous dire que notre musique les a fait chanter, danser, leur a fait du bien… C'est ça, finalement, l'objectif poursuivi.

Il arrive que le reggae soit dénigré pour ses thèmes de prédilection, comme la paix, la justice, la domination du nord sur le sud, la dénonciation de la pauvreté… Pourtant, ce sont des sujets sur lesquels tout le monde est à peu près d'accord. Comment tu expliquerais cet antagonisme ?

Ce que je sais, c'est que si tu laisses les gens qui sont dans la merde seuls, face à la responsabilité d'en parler… Tu ne vas nulle part. Ca me désole un peu, mais ceux qui portent ce regard-là sont sans doute suffisamment éloignés de toutes ces situations dures et douloureuses pour ne pas en avoir suffisamment conscience, et pour estimer que ce sont des thématiques qui ne valent pas la peine d'être traitées... Cela dit, c'est une réaction humaine. Dès que tu es une personne publique, certains te dénigrent, c'est comme ça, d'une certaine manière, il faut de tout pour faire un monde. De mon côté, j'écris ce que je ressens, et notre démarche est on ne peut plus sincère.

Le premier titre de l'album, « Rendez-nous la justice », traite des violences policières et de ce qui est arrivé à votre ami Max au sortir d'une manif. Une manière pour vous d'exprimer que « ça » n'arrive pas qu'aux autres ?

Oui. On a personnellement expérimenté ça, notre ami est un activiste, mais il s'est vu accuser de quelque chose qu'il n'avait pas commis, et il va le payer toute sa vie. Aujourd'hui, et l'actualité du moment le prouve, les questions qui concernent la police doivent être posées, tant du point de vue des violences, que de la formation, que des fausses accusations…

Vous avez bâti votre carrière sans appui médiatique, excepté les médias locaux ou spécialisés. Comment tu l'expliques, et est-ce que c'est quelque chose qui vous convient ?

D'une manière générale, le reggae est absent de la sphère médiatique. C'est une musique hors du temps, hors des modes. C'est peut-être aussi pour ça que son public est si divers, donc d'une certaine manière, c'est un peu une chance. 95% des groupes qui passent en radio sont signés par des Majors. Certaines de nos chansons sont radio edit, mais on est indépendants, et en plus, on fait une musique plutôt contestataire. Cela dit, on a toujours fait avec. Aujourd'hui, en plus, Danakil n'en a plus vraiment besoin, et j'irais même jusqu'à dire que l'absence de médiatisation fait partie de l'identité du groupe. On a créé un circuit parallèle grâce à notre label, et on n'est pas les seuls. PNL, Nekfeu… Beaucoup aujourd'hui ont choisi l'indépendance, et ne souffrent pas de déficit de notoriété pour autant. C'est un joli pied de nez, et ça permet de n'avoir que les bons fruits de la notoriété, sans jamais se laisser dépasser par le truc.

Un petit mot sur Dub Inc ? On est à Sainté, du coup, on suit de près vos différentes collab…

On travaille ensemble depuis longtemps. On a la même histoire, on a le même rapport à l'indépendance. Je viens de sortir un morceau avec aux qui a bien tourné (« Nos Héros » NDLR). Ils font partie des gens avec qui on aime collaborer, tout comme Yanis Odua. Entre nous, c'est une sorte de concurrence saine.

 

Danakil, plateau partagé avec Karimouche et Los [K]sos, Dans le cadre de La Rue des Artistes.
vendredi 17 juin à partir de 19 heures
Parc Nelson Mandela à Saint-Chamond.


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