Début octobre dans la maison Ozon

ECRANS | Pendant longtemps, François Ozon se méfiait de la presse, des interviews et de la nécessité d’expliquer ses films. Depuis Potiche, on le sent plus détendu, plus sûr de lui et prêt à rentrer dans les méandres de son œuvre avec humour et malice. La preuve avec cet entretien. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

On se dit en voyant Dans la maison que c'est le film où vous répondez le plus ouvertement aux reproches adressés à votre cinéma mais aussi où vous le définissez par rapport à la littérature, comme une théorie de votre pratique…
François Ozon : Au départ, c'est une pièce de théâtre, ce n'est pas moi qui l'ai écrite. Mais quand on fait une adaptation, c'est qu'on s'y retrouve, qu'il y a des choses qui vous plaisent. Ce qui m'a plus, c'est la relation prof-élève et que ce ne soit pas dans un seul sens, qu'il y ait une interactivité, que le gamin apporte autant au prof que le prof au gamin, cette idée de la transmission. Quant à répondre exactement à ce qu'on me reproche, c'est vous qui le dites, je ne l'ai pas théorisé.

Il y a quand même des dialogues qui évoquent le fait d'aimer ses personnages ou de les regarder de haut…
Ah ! Ce qui m'amusait dans tous ces trucs théoriques que dit le prof, c'est que ça me rappelait ces gens qui veulent donner des cours sur le scénario, ces théoriciens venus des Etats-Unis. Je lis ça et je n'arrive jamais à rentrer dans ce moule, cette méthode. Je sais que ce sont des cours qui fascinent et que tout le monde adore. Ça m'amuse car ce sont des mecs qui analysent les films après-coup, sans savoir qu'un film implique du montage, de la mise en scène. Ce qu'il faudrait, c'est analyser le scénario à la base. Quand on connaît la vie d'un film, surtout les films américains où l'on coupe énormément de choses au montage, où on a aucun scrupule vis-à-vis de cela, ça remet un peu en cause toutes leurs théories. Dans le film, il y a la théorie : quel doit être le rapport aux personnages ? Comment doit-on raconter une histoire ? Et puis la pratique, qui est toujours un peu différente. On sent ça dans le film : quand le personnage de Germain dit quelque chose au gamin, et que celui-ci fait exactement ce qu'il lui a dit, Germain n'est pas content non plus.

Avez-vous eu des mentors comme Germain peut l'être dans le film ?
Pas aussi fort que cela ! Mais j'ai eu des profs très importants pour moi : Rohmer, quand j'étais en fac, que j'ai eu pendant six mois. Il a su que je venais à ses cours quand je suis devenu un peu connu et surtout parce que je travaillais avec des acteurs qu'il a fait tourner, Marie Rivière, Melvil Poupaud… Éric Rohmer m'avait dit qu'il souffrait beaucoup que les acteurs de ses films ne soient pas réutilisés par d'autres metteurs en scène. Joseph Morder aussi a été important ; il donnait des cours en super 8, il nous obligeait à raconter les films en trois minutes, à faire un montage caméra, c'est-à-dire penser le film au moment du tournage. Et le troisième, c'est Jean Douchet, que j'ai rencontré au moment de la FEMIS. C'est de lui dont j'ai été le plus proche ; on se voit encore, on se parle, il vient voir régulièrement mes films.

Les références littéraires du film étaient-elles dans la pièce ?
Non. Il y avait des références trop pointues à la culture espagnole, à Cervantes par exemple. J'ai pris Flaubert parce que j'aime beaucoup, qu'il a une écriture behaviouriste et que ça correspond à quelque chose de très cinématographique. Il fallait trouver un livre pour assommer Fabrice, et l'idée est venue de façon assez naturelle… Quand, à la fin, il dit «C'est du Barbara Cartland», Fabrice avait proposé «C'est du Lelouch». On s'est dit, il est encore vivant, est-ce que ça vaut le coup d'être méchant ?

Dans le film, il y a deux voyeurismes qui se croisent : l'un dans l'observation, l'autre dans l'exploration…
La dernière séquence amène à ça. Elle n'était pas dans la pièce, mais pour moi c'était important de montrer leur besoin l'un de l'autre, et le besoin de se raconter des histoires, quitte à se brûler les ailes.

Il y a aussi un voyeurisme social…
Ça non plus ce n'était pas tellement développé dans la pièce, mais ça m'intéressait de montrer que ce gamin qui au début sort de nulle part ait une envie de normalité. Quand on est enfant, on veut des parents modèles, une famille idéale.

C'est le deuxième film que vous faites avec Mandarin productions, après avoir longtemps travaillé avec Fidélité. Qu'est-ce que ça a changé dans votre façon de travailler ?
Avoir plus d'échanges. Avec mes producteurs précédents, il y en avait très peu sur l'aspect artistique et sur le scénario. Mandarin est très investi sur le film. Ils m'emmerdent, d'une certaine manière, ils me poussent dans mes retranchements, ils se font l'avocat du diable, ils ont envie que mon film touche le public, et pas une niche. Ce que je comprends tout à fait. Ils me poussent à expliquer les choses, à aller au bout des scènes ; parfois, je les envoie balader, mais ça me travaille, j'y pense et c'est un vrai dialogue que je n'avais pas avec Fidélité.

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 29 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais envie de

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"Eté 85" : Cherchez le garçon

Drame | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance — et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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Melvil Poupaud : « J’ai toujours visé le long terme plutôt que le succès immédiat »

Grâce à Dieu | Dans le film d’Ozon, il incarne celui grâce auquel le scandale éclate enfin. Riche d’une carrière de plus de trente ans dans le cinéma (mais pas seulement), Melvil Poupaud enchaîne les partitions exigeantes et variées sans jamais se diluer. Conversation avec un comédien si précieux qu’il en devient indispensable…

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

Melvil Poupaud : « J’ai toujours visé le long terme plutôt que le succès immédiat »

Dans Grâce à Dieu, François Ozon a fait appel à vous pour la troisième fois. À chaque fois, c’est dans ses drames les plus réalistes. Est-ce le fait du hasard, ou bien discutez-vous ensemble de la manière dont il vous emploie ? MP : Je ne sais pas, je serai effectivement curieux de savoir pourquoi il pense à moi pour des rôles toujours assez dramatiques. Dans ma carrière, je n’ai pas fait énormément de franches comédies — plutôt des comédies romantiques. Peut-être qu’il sent en moi un potentiel de tragédien. Mais je ne peux pas plaindre : ce sont des rôles qui ont toujours marqué. Le Refuge était plus petit, mais Le Temps qui reste ou celui-ci marquent ma filmographie et mon expérience d’acteur. Je ne vais pas lui demander de changer de registre (sourire), ça me réussit plutôt pas mal. À tous les deux, d’ailleurs. Votre liberté dans le cinéma français est très singulière : vous épousez des rôles forts (prêtre suborneur chez Ramos, victime combative chez Ozon, personne intergenre quête

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"Grâce à Dieu" : La voix est libre

Biopic | D’une affaire sordide saignant encore l’actualité de ses blessures, Ozon tire l’un de ses films les plus sobres et justes, explorant la douleur comme le mal sous des jours inattendus. Réalisation au cordeau, interprétation à l’avenant. En compétition à la Berlinale 2019.

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Lyon, années 2010. Fervent chrétien de quarante ans, Alexandre découvre qu’un prêtre ayant abusé de lui lorsqu’il était jeune scout est encore au contact de mineurs. Il saisit donc la hiérarchie épiscopale et Mgr Barbarin afin que le religieux soit écarté. Un long combat contre l’hypocrisie, l’inertie et le secret s’engage, révélant publiquement un scandale moral de plusieurs décennies… Il faut en général une raison impérieuse pour qu’un cinéaste inscrive à sa filmographie une œuvre résonant avec l’histoire immédiate. Surtout si l’originalité de son style, sa fantaisie naturelle et ses inspirations coutumières ont peu à voir avec la rigueur d’une thématique politique, sociétale ou judiciaire. De même que Guédiguian avait fait abstraction de son cosmos marseillais pour Le Promeneur du Champ de Mars, François Ozon pose son bagage onirique pour affronter un comportement pervers non imaginaire dans un film filant comme une évidence dès la première image du trauma à la révélation. A-t-on déjà vu en France pareille écriture scénaristique, à la fois méthodique et limpide, dans l’adaptation d’un f

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L’Amant double : Maux comptent double

ECRANS | Une jeune femme perturbée découvre que son ancien psy et actuel compagnon mène une double vie. Entre fantômes et fantasmes, le nouveau François Ozon transforme ses spectateurs en voyeurs d’une œuvre de synthèse.

Vincent Raymond | Mardi 30 mai 2017

L’Amant double : Maux comptent double

Conseillée par sa gynécologue, Chloé, une jeune femme perturbée, entame une psychanalyse auprès de Paul Meyer. Mais après plusieurs séances, la patiente et le thérapeute s’avouent leur attirance mutuelle. Le temps passe et ils s’installent ensemble. C’est alors que Chloé découvre que Paul cache d’étranges secrets intimes, dont une identité inconnue… L’an dernier sur la Croisette, c’est Elle de Verhoeven qui avait suscité une indignation demi-molle en sondant les méandres obscurs du désir féminin et en démontant sa machinerie fantasmatique — sans pleinement convaincre, pour X ou Y raison. Au tour de François Ozon de s’y employer, dans le même registre élégamment sulfureux et chico-provocateur. Car l’on sait, à force, que le réalisateur adore frayer avec les tabous, s’amusant à les titiller sans jamais outrepasser les frontières de la bienséance : courtiser le scandale est à bien des égards plus excitant (et moins compromettant) que d’accepter de baiser sa rouge bouche offerte. Voyons voir C’est dans

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Une nouvelle amie

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h47) avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Une nouvelle amie

Argument de vente déjà bien calé en Une des magazines, la transformation de Romain Duris en femme dans le nouveau film de François Ozon est son attraction principale. Il faut prendre le mot "attraction" au pied de la lettre : non seulement un phénomène freak plutôt réussi — Duris a souvent joué sur son côté féminin, mais le film se plaît à mettre en scène ce grand saut d’abord comme un apprentissage maladroit, puis comme une évidence naturelle — mais aussi le centre d’une névrose obsessionnelle qui saisit Claire — formidable Anaïs Demoustier, aussi sinon plus troublante que son partenaire — lorsqu’elle découvre que le mari de sa meilleure amie choisit de se travestir après le décès de son épouse. Embarrassée, troublée et finalement séduite, elle accompagne sa mue tout en la guidant pour des motifs opaques — voit-elle en lui une «nouvelle amie» prenant la place de la précédente ou un pur objet de désir ? Autant de pistes formidables qu’Ozon ne fait qu’ébaucher, préférant jouer à l’auteur démiurge épuisant les possibles de son scénario. On passe ainsi sans transition de Vertigo à La Cage aux folles, de Chabrol à Mocky, de la peinture ironique à

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«L’essence d’un réalisateur est d’être un voyeur»

ECRANS | François Ozon, réalisateur de Jeune & Jolie, quatorzième long-métrage d’une œuvre qui se réinvente sans cesse, inégale mais toujours surprenante. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 juillet 2013

«L’essence d’un réalisateur est d’être un voyeur»

Dans vos derniers films, vous vous aventuriez vers des choses inédites chez vous. Dans Jeune & Jolie, vous reprenez les choses là où vous les avez laissées avec 5X2 : un concept très fort, la question du désir qui redevient centrale…François Ozon : L’envie première était de reparler de l’adolescence. Je me suis rendu compte que je n’avais pas parlé de l’adolescence depuis Sous le sable, qui est un film important car c’est là que j’ai rencontré Charlotte Rampling. J’ai ensuite fait beaucoup de films avec des personnages nettement plus matures, et le fait de travailler avec les deux jeunes acteurs de Dans la maison m’a donné envie de retourner vers l’adolescence. Je ne pense pas tellement à mes films d’avant, mais disons que ça me ramenait à mes premiers courts-métrages. Je pouvais reparler de l’adolescence et du désir adolescent mais avec mon regard d’aujourd’hui, une distance que je n’avais pas à l’époque. Chaque film est un peu une expérimentation, je vo

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Jeune & jolie

ECRANS | Avec ce portrait d’une adolescente qui découvre le désir et brave les interdits, François Ozon prouve sa maîtrise actuelle de la mise en scène, mais ne parvient jamais à dépasser le regard moralisateur qu’il porte sur son héroïne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 juillet 2013

Jeune & jolie

Jeune & jolie : un titre qui est autant une référence au magazine pour adolescentes qu’une mise au point de la part de François Ozon. Il ferme ainsi sa longue parenthèse d’actrices vieillissantes et revient à la jeunesse érotisée de ses premières œuvres, courtes ou longues. L’introduction tient lieu d’énorme clin d’œil : sur une plage déserte, Isabelle, seize ans — prometteuse Marine Vacth, sorte de Laetitia Casta en moins voluptueuse —, retire le haut de son maillot de bain, se pensant à l’abri des regards. En fait, la scène est vue depuis les jumelles de son petit frère et en deux plans, trois mouvements,  Ozon s’offre un digest de son premier âge de cinéaste : la plage comme lieu de fantasmes, ses alentours comme repaire des désirs troubles. Clin d’œil donc, mais trompe-l’œil aussi : ce voyeurisme-là n’est qu’une fausse piste et même si par la suite tous les regards se tourneront vers Isabelle pour percer son inexpliquée conversion à la prostitution, Ozon ne cherche jamais à créer de suspens malsain autour de ses activités : au contraire, c’est l’éviden

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Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

Dans la maison

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu’il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d’art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l’une d’entre elles sort du lot. L’élève y raconte son envie de s’introduire dans la maison d’un de ses camarades pour s’approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des «femmes de la classe moyenne» (bonjour Flaubert !). Germain pense qu’il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu’il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l’on ne sait jamais si ce que l’on nous raconte est le fruit d’une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n’est que le reflet de l’imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l’un rencontre le voyeurisme réel de l’autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d’auteur frustré, d’adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s’amuse manifestement — et on s’amuse av

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Un réel en jeux

ECRANS | Le mois d’octobre cinématographique sera placé sous le signe de la frontière brouillée entre le réel et sa représentation, de Ozon aux Taviani en passant par Garrone et le nouveau venu Juan Carlos Medina. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 28 septembre 2012

Un réel en jeux

Une semaine avant la Palme d’or cannoise, l’Ours d’or berlinois sortira lui aussi en salles, avec moins de tintouin. Dommage, car non seulement César doit mourir (17 octobre) marque la renaissance des vénérables frères Taviani, mais il est le plus beau résumé de la question qui traverse les films de ce mois d’octobre : comment l’art peut transcender l’étroitesse du réel. César doit mourir raconte la création par les détenus d’une prison de haute sécurité du Jules César de Shakespeare ; le film débute par la représentation (en couleurs), puis revient en arrière (et en noir et blanc) sur les auditions et les répétitions. Choc d’abord en découvrant le talent fulgurant de ces "acteurs", pour la plupart condamnés à de lourdes peines. Puis fascination lorsque les Taviani, dans un geste fort, mêlent le texte shakespearien au quotidien des prisonniers, si bien que l’on ne sait plus ce qui appartient à l’un ou à l’autre. Un autre cinéaste italien s’interroge sur la réalité et la fiction, Matteo Garrone, jusqu’à en faire le titre de son film : Reality (3 octobre). Il organise le combat entre le cinéma d’un côté

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