Un plan parfait

ECRANS | De Pascal Chaumeil (Fr, 1h45) avec Diane Kruger, Dany Boon…

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Le navet français de cette rentrée, ce n'est ni Les Seigneurs, ni Astérix, ni Stars 80, tous échappant peu ou prou à l'infamie, mais bien ce calamiteux Plan parfait. C'est une surprise car Pascal Chaumeil avait, avec son très bon Arnacœur, su revitaliser un genre (la comédie française) en lui insufflant charme et légèreté, et en misant sur un impeccable double duo d'acteurs (Paradis / Duris et Damiens / Ferrier). Un plan parfait tente de refaire le coup mais le casting est sa faiblesse la plus criante : le tandem Kruger / Boon n'est jamais crédible, elle peu à l'aise avec des gags il est vrai éculés, lui jamais émouvant dans la partie romantique. Quant aux deux seconds rôles comiques, ils ont été confiés à des comédiens dont la médiocrité et la vulgarité posent franchement question. Surtout, Chaumeil n'arrive jamais à dépasser le programme de son pitch, qui reprend sans génie la formule Francis Veber en version homme / femme, si bien qu'on a en moyenne trente minutes d'avance sur son scénario. Enfin, Un plan parfait surfe sur la «morale» de la comédie populaire française où les riches disposent des pauvres à leur guise. Qu'ils les méprisent ou qu'ils les autorisent à entrer dans leur cénacle, c'est toujours eux qui décident de la répartition des rôles. Lucidité ou idéologie ? À vous de voir — ou pas !

Christophe Chabert

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"Le Lion" : L’espion qui venait de l’asile

ECRANS | De Ludovic Colbeau-Justin (Fr., 1h35) avec Dany Boon, Philippe Katerine, Anne Serra…

Vincent Raymond | Mercredi 29 janvier 2020

Médecin en hôpital psychiatrique, Romain s’est vu confier le cas de Léo Milan, “le Lion”, un malade surexcité se disant agent secret. Quand la compagne de Romain disparaît, le Lion y voit un coup des services ennemis et accepte d’aider son toubib, à condition qu’il le fasse évader… Inépuisable mais loin d’être simple à réussir, le buddy movie est un genre payant lorsque sa mécanique, bien huilée, est respectée : il suffit en général d’allier deux caractères dissemblables, et plus spécifiquement d’adjoindre à un costaud sûr de lui un velléitaire ayant le tracassin (clown banc & auguste), et de les plonger dans une quête (compte à rebours, poursuite, fuite etc.). Force est de constater que les scénaristes du duo Matt Alexander ont respecté les codes à la lettre. Et que l’association fonctionne entre Dany Boon — de plus en plus attiré par les emplois physiques — Philippe Katerine — qui ne surexploite pas ici, à raison, son aura de Pierrot lunaire. Cavale burlesque autant que film d’action dans la lignée des Bébel-Lautner (la B.O. très blaxploitation en rajoute une jolie couche vintage années 1970), la réalisation de Ludovic Colbeau-Justin est à la

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"Le Dindon" : Du plomb à la patte

FEYDEAU-DO | De Jalil Lespert (Fr., 1h25) avec Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol…

Vincent Raymond | Mercredi 25 septembre 2019

Séducteur impénitent, Pontagnac suit chez elle Victoire qu’il aimerait mettre dans son lit, ignorant qu’elle est l’épouse de son ami Vatelin. Quand celui-ci apparaît, il faut composer. Encore plus quand un autre soupirant de Victoire débarque. Et davantage à l’irruption de Mme Pontagnac… Transposer une pièce de Feydau : pourquoi pas ? La situer au début des années 1960 : l’idée se défend, révélant à quel point les codes de la bourgeoisie patriarcale ont peu évolué jusqu’au schisme sociétal de 68. Reste la question de l’adaptation… C’est-à-dire pas uniquement un ripolinage cosmétique visant à “actualiser“ ici quelques répliques, là du décor, ailleurs des situations ou des personnages ; juste rendre le matériau compatible avec les contraintes propres à l’écran. Bien sûr, il ne faut pas attendre d’un vaudeville sa métamorphose en fresque de David Lean (ce serait un contresens stupide), mais à tout le moins qu’il trouve une équivalence dans sa mécanique rythmique. Ici, seul le deuxième acte parvient à s’abstraire de la langue pour donner vie aux corps en osant burlesque et absurde : le premier reste prisonnier d’une exposition laborieuse et le troisième d’un dénouement mol

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"The Operative" : Sous couverture, dans de sales draps

ECRANS | de Yuval Adler (All.-Isr.-Fr., 1h 56) avec Diane Kruger, Martin Freeman, Cas Anvar… (24 juillet)

Vincent Raymond | Mardi 23 juillet 2019

Recrutée par le Mossad pour infiltrer une entreprise iranienne, Rachel a dérogé aux règles en nouant une liaison avec l’homme qu’elle devait espionner. Des années plus tard, elle reprend contact avec son superviseur avec à la clef un marché visant à la prémunir de toutes représailles… Jadis monopolisé par James Bond et sa collection d’épigones, le cinéma d’espionnage a depuis déserté le registre spectaculaire ou ludique pour investir celui d’une authenticité et d’une complexité souterraine plus en adéquation avec le monde contemporain ; celui où un bureaucrate des services de renseignement couleur beige terne à l’instar du Smiley de John Le Carré est plus à redouter qu’un milliardaire mégalomane. De fait, ce sont bien les stratégies “d’intelligence“ via le système de recrutement et d’utilisation des “correspondants“ que Adler dépeint ici, dans toute sa perversité manipulatrice. Ramener l’humain au centre du jeu quand il est d’habitude question d’intérêts étatiques et d’actions menées par des agents surhumains, voilà qui est intéressant. Et de même que certains de ses com

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La Ch’tite famille : Dany Boon ne perd pas le Nord

ECRANS | de et avec Dany Boon (Fr., 1h47) avec également Laurence Arné, François Berléand, Line Renaud…

Vincent Raymond | Mercredi 28 février 2018

La Ch’tite famille : Dany Boon ne perd pas le Nord

Designer star, Valentin s’est créé un passé d’orphelin par honte de sa famille nordiste prolétaire. L’irruption inopinée de celle-ci chamboule son quotidien ultra-maniaque et est la cause indirecte d’un accident le rendant amnésique mais aussi Ch’ti à nouveau. Un malheur ? Une chance. On se souvient que le précédent Dany Boon, RAID Dingue, était littéralement inégal : après un début burlesque très convenable, le film s’enlisait dans la gaudriole franchouillarde improbable à base de travestis avec accent d’Europe centrale — Clavier aurait été lapidé s’il s’était commis là-dedans. Par un effet de symétrie assez singulier, La Ch’tite famille souffre d’un commencement désastreux (sur-caricatures de bouseux du Nord et de Parisiens prétentieux, défilé de copains people, décors hurlant le studio), que rattrape une suite à dominante tendre, illuminée par Laurence Arné — dont le personnage insupportable de prime abord évolue (et c’est heureux) très favorablement. Ce retour aux basiques a tout de la piqûre de rappel inconsciente

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"In the Fade" : Soudain, le vide

Drame | de Fatih Akın (All.-Fr., avec avertissement, 1h46) avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar…

Vincent Raymond | Jeudi 11 janvier 2018

Allemagne, de nos jours. Katja a épousé Nuri, un commerçant d’origine turque, jadis petit délinquant mais rangé des voitures depuis qu’ils ont eu leur fils Rocco. Leur bonheur familial est brusquement réduit à néant quand un attentat perpétré par des nazis tue Nuri et Rocco… Depuis Head On (2004), on sait qu’il faut compter avec Fatih Akin sur les épaules de qui pèsent la plupart des espoirs placés dans le renouveau du cinéma allemand, après le malheureux feu paille Florian Henckel von Donnersmark. Avec ce film complexe à l’indiscutable maîtrise (successivement une tragédie, un film de procès et un revenge movie), Akin embrasse sans barguigner la somme des réalités contemporaines d’outre-Rhin — notamment la résurgence d’activistes nazis décomplexés. Il signe en sus un bouleversant portrait de femme dans toutes les acceptions organiques du terme, offrant à Diane Kruger son premier réel grand rôle dans sa langue maternelle. Le fort signifiant politique de ce retour aux sources artistique — dûment distingué à Cannes — lui confère une étiquette de c

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"Tout nous sépare" : Tant mieux…

ECRANS | de Thierry Klifa (Fr., 1h38) avec Catherine Deneuve, Diane Kruger, Nekfeu…

Vincent Raymond | Mercredi 8 novembre 2017

Tout chez Thierry Klifa trahit le désir de faire des “coups” : confronter la briscarde Deneuve à l’apprenti comédien Nekfeu, faire que Nicolas Duvauchelle la rudoie salement ; donner à Diane Kruger un rôle de camée estropiée et meurtrière… Oh, il reconnaît bien volontiers avoir bâti en partie sur ou son scénario autour de l’image de la Reine Catherine empoignant un fusil de chasse à la manière de Clint Eastwood pour défendre son territoire, mais cette fugace séquence n’est pas de nature à bouleverser ni cours du récit, ni l’Histoire du Cinéma. Tout au long du film, la comédienne reste en effet fidèle à ce qu’elle a toujours incarné et représenté : une bourgeoise (ici cheffe d’entreprise) à la paupière distante et la diction précieuse, fumant du bout de ses ongles peints en rouge des cigarettes slim. La dimension tragique de ce polar pâtit en sus d’une séquence de meurtre terriblement maladroite, puisque l’emballement des personnages menant au geste fatal sonne faux. Si l’on a du mal à croire à la réalité de l’acte, la suite du drame nous indiffère.

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Lolo

ECRANS | Quand Julie Delpy signe une comédie familiale, il ne faut pas forcément s’y rendre avec sa smala. Ni avec son ou sa fiancé(e). Ni en célibataire. Plutôt en groupe de potes en fait…

Vincent Raymond | Mercredi 28 octobre 2015

Lolo

Depuis qu’elle est réalisatrice, Julie Delpy cuisine la famille à toutes les sauces. En s’inspirant de sa pittoresque tribu, à l’origine de son caractère pour le moins fantasque. Ainsi, dans sa prolifique filmographie, une continuité indiscutable relie 2 Days in Paris (2007) et 2 Days in New York (2012) : deux comédies enlevées jouant sur les stéréotypes culturels, où elle confronte son couple mixte (car à chaque fois, elle partage la vie d’un Étatsunien) avec son père, Français bohème décontracté du slip (quand il en porte un…). Le Skylab (2011) montait un cran plus haut en plaçant des ados au milieu d’une maison de vacances des années soixante-dix transformée en cocotte-minute familiale – une sorte de Hôtel de la plage revu et corrigé par Sautet. Pour Lolo, Delpy réussit le prodige d’aller plus loin dans la perversité, avec une œuvre dont elle est visiblement persuadée qu’elle est grand public. Son Lolo ressemble à Tanguy, l’ado attardé de Chatiliez qui s’incruste chez ses parents. En pire, puisque ce fils exclusif et sournois fait fuir les amants de sa mère afin de conserver sur elle une emprise

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Eyjafjallajökull

ECRANS | D’Alexandre Coffre (Fr, 1h32) avec Dany Boon, Valérie Bonneton, Denis Ménochet…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

Eyjafjallajökull

Tel le produit d’une éruption volcanique incontrôlée, Eyjafjallajökull est un grand mixe de comédie des contraires façon Francis Veber, de comédie du remariage style Hollywood classique et de comédie cartoonesque tendance Vil le coyote. Sur le papier, un tel projet paraît enthousiasmant… Mais avec Dany Boon dans le coffre arrière — littéralement, lors d’une séquence du film — puis une main sur le volant du scénario et un œil dans le rétro de la mise en scène, c’est évidemment une toute autre affaire, chaque ingrédient venant affadir le précédent pour un résultat plutôt branlant. Cette longue scène de ménage sur les routes d’Europe n’ose jamais aller au bout de son incongruité, ramenant les écarts d’humour noir et méchant dans le giron du conformisme tout public — tout ce chambard pour un mariage ; notez l’audace. On le sait, la comédie française est à la peine depuis un bon moment ; il faut reconnaître à Alexandre Coffre le désir de lui filer un petit coup de boost. On sent hélas que les décideurs cravatés de l’entertainment hexagonal ont mis ici les deux pieds sur le frein. Christophe Chabert

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