Elefante blanco

ECRANS | Sans atteindre les hauteurs de son précédent Carancho, le nouveau film de Pablo Trapero confirme son ambition de créer un cinéma total, à la fois spectaculaire, engagé, personnel et stylisé, à travers un récit qui mélange foi, politique et désir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Le prologue très Werner Herzog d'Elefante blanco semble avancé en territoire inconnu. Pour échapper à des guerilleros, Nicolas (Jérémie Rénier) se réfugie dans la jungle avant de dériver sur un fleuve. Entre l'urgence et le lyrisme, Pablo Trapero affirme son envie d'un film qui embrasserait tout ce que le cinéma peut offrir comme spectacle. Déjà, dans son précédent Carancho, il disait le désespoir social de l'Argentine à travers un récit codifié façon film noir, ponctué d'éclats de violence et de grandes envolées stylistiques. Elefante blanco tente de réitérer l'exploit — et y parvient presque.

La patte Trapero

Nicolas est en fait un prêtre missionnaire. Il est envoyé dans un bidonville de Buenos Aires où exerce son ami Julian (le toujours parfait Ricardo Darin), prêtre lui aussi, qui tente depuis des années de renouer un lien social en construisant un hôpital. Cachant la maladie qui le ronge, sentant sa fin approcher, il voit en Nicolas un successeur possible. Mais leurs tempéraments sont opposés : Julian est calme, raisonné, diplomate ; Nicolas est sanguin, casse-cou, en quête d'action. Deux mondes entre lesquels va se glisser une assistante sociale (la sublime Martina Gusman), tentation charnelle qui pourrait donner le coup de grâce à ce passage de flambeau. D'autant plus que la violence s'empare du bidonville, rongé par le crime et le trafic de drogue, tandis que le gouvernement essaie de l'assainir en le vidant de sa population. Elefante blanco tire profit de ce qui aurait pu être sa faiblesse : le conflit entre un grand sujet et l'envie de créer des trajectoires purement romanesques. On l'a dit, Trapero croit profondément en l'essence populaire du cinéma, à partir du moment où elle repose sur une générosité dans le spectaculaire. Jamais didactique, toujours focalisée sur les élans de ses personnages — courage, peur, mensonge, sacrifice ­— la mise en scène s'autorise ainsi des instants de virtuosité pure, comme ce plan-séquence magistral où l'on traverse le bidonville jusqu'au QG du chef du cartel — avec surprise scénaristique à la clé, ou dans les incroyables scènes d'émeute, totalement immersives. Cette façon de chercher du souffle à tous les niveaux, de refuser le réalisme social pour oser l'ampleur de la fiction, est sans doute ce qui fait de Trapero un des cinéastes les plus intéressants du moment.

Elefante blanco
De Pablo Trapero (Arg-Fr, 1h45) avec Ricardo Darin, Jérémie Rénier, Martina Gusman…


Elefante blanco

De Pablo Trapero (Esp-Arg, 2h) avec Ricardo Darin, Jérémie Renier, Martina Gusman...

De Pablo Trapero (Esp-Arg, 2h) avec Ricardo Darin, Jérémie Renier, Martina Gusman...

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Dans la banlieue de Buenos Aires, Julian et Nicolas, deux prêtres et amis de longue date, œuvrent pour aider la population. Julian se sert de ses relations politiques pour superviser la construction d'un hôpital. Nicolas le rejoint après l'échec d'un projet qu'il menait dans la jungle, où des forces paramilitaires ont assassiné les habitants. Profondément choqué, il trouve un peu de réconfort auprès de Luciana, une jeune assistante sociale, athée et séduisante. Alors que la foi de Nicolas s'ébranle, les tensions et la violence entre les cartels dans le bidonville augmentent. Quand le ministère ordonne l'arrêt des travaux pour l'hôpital, c'est l'étincelle qui met le feu aux poudres


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Slalom : Sortie de piste

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"Everybody knows" : Ce qui nous liait

¿Quién? | Sous le délicieux présent, transperce le noir passé… Asghar Farhadi retourne ici le vers de Baudelaire dans ce thriller familial à l’heure espagnole, où autour de l’enlèvement d’une enfant se cristallisent mensonges, vengeances, illusions et envies. Un joyau sombre. Ouverture de Cannes 2018, en compétition.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Comme le mécanisme à retardement d’une machine infernale, une horloge que l’on suppose être celle d’une église égrène patiemment les secondes, jusqu’à l’instant fatidique où, l’heure sonnant, un formidable bourdonnement précipite l’envol d’oiseaux ayant trouvé refuge dans le beffroi. C’est peut dire que l’ouverture d’Everybody knows possède une forte dimension métaphorique ; sa puissance symbolique ne va cesser de s’affirmer. Installée au sommet de l’édifice central du village, façon nez au milieu de la figure, cette cloche est pareille à une vérité connue de tous, et cependant hors des regards. Elle propage sa sonorité dans les airs comme une rumeur impalpable, sans laisser de trace. Battant à toute volée sur une campagne ibérique ensoleillée, telle une subliminale évocation de l’Hemingway période espagnol, cette cloche rappelle enfin de ne « jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour [soi]“. Pour l’illusion du bonheur et de l’harmonie, également, dans laquelle baignent Laura et ses enfants, qui revient en Espagne pour assister au mariage de sa sœur. Et retrouver sa fa

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Kóblic : Chasse au pilote

ECRANS | de Sebastián Borensztein (Arg.-Esp., 1h32) avec Ricardo Darín, Oscar Martinez, Inma Cuesta… (5 juillet)

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Kóblic : Chasse au pilote

Argentine, sous la dictature. Pilote dans l’armée, Kóblic déserte après avoir dû larguer des opposants au-dessus de l’océan. Pensant se fondre dans l’anonymat d’un village du Sud, il est identifié par un flic local retors et vicieux, qui veut connaître la raison de sa présence chez lui… Si le point de départ — c’est-à-dire les méthodes d’élimination — rappelle Le Bouton de nacre de Patricio Guzmán, évoquant la dictature du voisin chilien, ce puissant contexte historique reste à l’état de lointain décor. La menace qu’il représente s’avère plus que diffuse, les personnages se retrouvant, dans ce Sud profond, livrés à eux-mêmes et à leurs passions. Incontournable interprète du cinéma argentin, Ricardo Darín donne du flegme tourmenté au héros-titre, dans une prestation honorable mais prévisible. Heureusement qu’il a face à lui ce caméléon d’Oscar Martinez, dé

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L’Amant double : Maux comptent double

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L’Amant double : Maux comptent double

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"Truman" : un film lumineux

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Vincent Raymond | Lundi 18 juillet 2016

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Les Nouveaux sauvages

ECRANS | De Damián Szifron (Arg-Esp, 2h02) avec Ricardo Darin, Oscar Martinez…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Les Nouveaux sauvages

Prenant au pied de la lettre l’adage qui veut qu’un Argentin, c’est un Italien qui parle espagnol, Les Nouveaux sauvages se veut hommage aux comédies italiennes à sketchs façon Les Monstres. Mais Damian Szifron, qui vient de la télévision et ça se sent, en offre en fait une caricature où le mélange d’empathie, de critique sociale et de mélancolie des Risi, Scola, Gassman et Tognazzi serait remplacé par une misanthropie ricanante face à un monde contemporain où violence, frustration et aigreur sont devenues des sentiments ordinaires. Passé le prologue, plutôt amusant, le film s’enfonce dans une laideur morale et un regard complaisant qui, au passage, ne gomme pas les réelles inspirations de Szifron, à la limite du plagiat : de Duel à Chute libre, chaque sketch semble piquer des idées à d’autres films pour les passer à la moulinette d’une réalisation clipesque qui renvoie aux formats courts façon Canal +. L’ultime segment où une femme fait payer, le jour de son mariage, ses infidélités à son époux volage, en dit long sur la vision conservatrice du cinéaste, qui pense mettre à mal les valeurs familiales mais ne fait que louer une beauferi

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