Cannes, à la Vie, à l'amour…

ECRANS | En couronnant ce qui est incontestablement le meilleur film de la compétition, La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, Steven Spielberg et son jury ont posé un beau point final à un 66e festival de Cannes passionnant en son centre, moins stimulant dans ses périphéries. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 28 mai 2013

Y croyait-on vraiment ? Imaginait-on Steven Spielberg se lever de sa chaise durant la cérémonie du palmarès cannois pour annoncer, du haut de sa stature de cinéaste mondialement reconnu et présentement président du jury, la Palme à La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche, chef-d'œuvre du naturalisme à la française relatant la passion entre Adèle et Emma à coups de grands blocs de réalité réinventée, des premiers regards à la dernière étreinte en passant par de longs moments d'intimité physique ? C'est pourtant ce qui s'est passé, et on en est encore ému.

Car si La Vie d'Adèle n'était pas notre film préféré de la compétition — on dira lequel après — c'était d'évidence le meilleur, le plus incontestablement ample et abouti, le plus furieusement contemporain, que ce soit dans sa matière romanesque, ses personnages ou son dispositif. Kechiche est aujourd'hui l'héritier direct de Pialat, même s'il développe aussi sa propre singularité et même si, avec ce film-là, il dévoile sa part la moins sombre, la plus solaire, comme une antithèse absolue de son précédent et terrible Vénus noire. C'est aussi l'éclosion de deux comédiennes, qu'il convient toutefois de distinguer dans leur approche du jeu : Adèle Exarchopoulos tient le film du premier au dernier plan, et elle a ce charme des apparitions, ce naturel des comédiennes qui donnent tout comme s'il n'y avait pas d'après ; Léa Seydoux, en revanche, a déjà du métier, ici ou dans le grand ailleurs hollywoodien, et elle compose une Emma aux cheveux bleus avec ce qu'il faut de technique pour la faire oublier, ce qu'il faut de précision pour que cela se transforme en magie.

Les deux réunies composent un couple dont la crédibilité est pour beaucoup dans l'immersion émotionnelle et sensuelle que procure la vision du film, dont les trois heures passent en un souffle si bien qu'on en redemanderait presque — sympa, Kechiche a sous-titré son film Chapitre 1 et 2, laissant l'espoir d'un Chapitre 3 et 4 pour plus tard.

Palmarès dans le désordre

Et le reste du palmarès et de la compétition, alors ? En dehors d'un inexplicable Prix de la mise en scène à Amat Escalante et son Heli dont on ne pense pas vraiment du bien, Spielberg et son jury ont récompensé de bons films un peu dans le désordre, laissant sur le bord de la route quelques œuvres pourtant passionnantes. Pas vraiment contestable, le Grand Prix à Inside Llewin Davis des frères Coen a salué ce faux film mineur qui s'avère, la boucle de son récit bouclée, un film monde dans la lignée métaphysique de Barton Fink ou A serious man. Suivant la destinée d'un folkeux fictif et foireux dans le Greenwich village de 1961, le film ouvre sans arrêt des abîmes de sens derrière son allégresse faite de dialogues punchy, de tribulations comiques et de chansons interprétées in extenso. La réflexion des Coen sur l'absurdité de l'existence et l'absence de Dieu n'a jamais été aussi joyeuse qu'ici, et ils la complètent par une pertinente illustration du double sens du mot «révolution» : tour complet sur soi-même avant retour au point de départ et bouleversement radical de l'ordre des choses.

Le Japonais Hirokazu Kore-Eda a lui reçu le prix du jury pour Tel père, tel fils, jolie variation autour de ses thèmes de prédilection — l'enfance, la famille, la transmission — dont on regrette juste la dernière demi-heure, qui ressemble à l'addendum d'un scénariste un peu trop consciencieux. Jia Zhangke aurait sans doute été bien plus à sa place avec le prix de la mise en scène qu'avec le prix du scénario qui lui a été remis pour son formidable A touch of sin, mais il est bon d'avoir distingué ce cinéaste qui a pris le risque d'emmener son cinéma vers de nouveaux horizons, plutôt que de capitaliser sur sa réputation. C'est-à-dire l'inverse d'Asghar Farhadi et du Passé, bon film au demeurant, mais sans grande surprise de sa part. Intelligemment, le jury a finalement récompensé ce qu'il y a de mieux dans le film, à savoir Bérénice Bejo, dont la prestation est exceptionnelle en femme vacillante et pétrie de culpabilité.

En revanche, le Prix d'interprétation masculine au vétéran Bruce Dern dans le très faible Nebraska d'Alexander Payne est assez piteux, dans une compétition qui brillait par de formidables performances d'acteur. On pense bien sûr à Michael Douglas dans Behind the candelabra de Steven Soderbergh, où il révèle des talents insoupçonnés de fantaisie et d'émotion pour camper le pianiste gay et outrancier Liberace ; mais Mathieu Amalric, excellent dans Jimmy P. d'Arnaud Desplechin et dans La Vénus à la fourrure de Polanski, aurait tout aussi bien pu prétendre au titre, tout comme Mads Mikkelsen, intense dans Michael Kohlhaas ou Oscar Isaac, révélation du film des Coen.

Champagne et lutte armée

Palmarès pas mal du tout, donc, et compétition de fort bon niveau, aussi. Dont on peut se plaire à tracer des lignes qui relieraient les films entre eux. Par exemple, la thématique «lutte armée» qui traverse à la fois A touch of sin, le rugueux Michael Kohlhaas d'Arnaud Des Pallières et l'étonnant Borgman, retour surprise du Hollandais Alex Van Warmerdam après des années d'oubli. Chez Jia Zhangke, c'est l'idéal communiste d'une Chine laminée à sa base par l'individualisme et la privatisation qui fait de la résistance, même si le récit, construit en quatre histoires distinctes, va vers un désenchantement qui n'augure rien de bon pour l'avenir du pays ; chez Des Pallières, c'est dans le texte d'Heinrich Von Kleist où un marchand de chevaux au XVIe siècle prend les armes et lève une armée de paysans pour réparer l'injustice qui lui a été faite, qu'il trouve des accents presque mélenchoniens, notamment quand une tentative d'amnistie des combattants se transforme en marché de dupes ; enfin, chez Van Warmerdam, les damnés de la terre en sortent — littéralement — pour aller troubler l'ordre bourgeois résumé à un couple avec enfants, via une machination diaboliquement orchestrée par ce groupuscule sans nom et sans obédience, mais aussi par un scénario et une mise en scène constamment surprenants.

Deuxième thème récurrent, et radicalement opposé au précédent : le champagne et la gueule de bois qui va avec. Que ce soient les numéros exubérants et queer de Liberace à Las Vegas chez Soderbergh, soufflés en quelques mois par l'irruption du SIDA, l'errance mondaine de Toni Servillo dans La Grande Bellezza, traversant fêtes et orgies avec la sensation d'entrer dans son crépuscule, ou l'euphorie puis le spleen qui structuraient Gatsby le magnifique, la compétition cannoise a proposé un lot de films où l'insouciance et la légèreté se nimbaient d'un parfum de cercueil et d'amertume.

Jim Jarmusch et son Only lovers left alive, très bonne surprise de fin de festival, s'inscrit dans ce courant, avec plus de bonne humeur. À travers son couple de vampires glamour qui s'ennuient face à leur propre éternité, Jarmusch se livre à un autoportrait en vieux con has been et débranché, ce qui ne manque ni de panache, ni d'autodérision. Bloqué au XXe siècle de l'écrit et de l'analogique, il jette quelques piques à la jeunesse numérisée du XXIe, mais avec ce qu'il faut d'élégance et d'ironie pour ne jamais sombrer dans le ressassement à la Wenders…

Fragile et tardif

Quelques films, toutefois, ont posé question dans la compétition : on ne parle pas du navet de Takashi Miike Shield of straw, indigne d'y figurer, ou de Grigris de Mahamat-Saleh Haroun, dont la naïveté et les défauts sont à peu près égaux à ceux de son précédent Un homme qui crie. Plutôt de The Immigrant de James Gray et Jimmy P. d'Arnaud Desplechin. Deux films difficiles, qui ne répondaient ni aux attentes placées dans leurs cinéastes, ni dans le cahier des charges qu'on avait sans doute abusivement écrit à propos de leurs dernières œuvres. Gray n'a pas livré la fresque attendue, mais un drame en chambre aux influences russes (Tchekhov, Dostoievski), qui nous a laissé froid sans qu'on sache si c'était son but ou sa limite.

Desplechin, lui, s'est presque trop bien coulé dans le moule américain, au point de s'éloigner radicalement de son style si particulier. Pourtant, Jimmy P., œuvre complexe brassant souvenirs de la deuxième guerre mondiale et du génocide indien, éclosion de la psychanalyse et récit d'amitié entre deux homme que tout oppose, est un beau film fragile, trop fragile pour Cannes sans doute.

Mais c'est Roman Polanski qui a frappé un grand coup le dernier jour — trop tard sans doute — avec La Vénus à la fourrure. C'est ce film dingue que l'on a préféré entre tous, en définitive, car voir un immense cinéaste faire défiler tout son cinéma entre les quatre murs d'un théâtre et avec deux acteurs merveilleux, le tout grâce à une science du spectacle, des émotions et de la mise en scène qui serait celui d'un vieux briscard s'il ne témoignait aussi d'une insolente juvénilité, a quelque chose de jouissif et d'inattendu.

Tout n'est pas perdu…

En dehors de ce centre de gravité passionnant qu'était la compétition, Cannes a été plus contestable. Les séances spéciales ont frappé par leur manque d'intérêt et Un certain regard a fait l'effet d'un grand pêle-mêle d'auteurs où se croisaient le meilleur (Alain Guiraudie et son explosif Inconnu du lac, dont on va reparler très vite) et le pire (Claire Denis présentant un film à l'inachèvement criminel, Les Salauds), avec pas mal de bof bof au milieu (Fruitvale station, un grand prix de Sundance très moyen, ou encore Omar, qui a reçu un accueil très favorable mais aussi très douteux, les spectateurs confondant le film avec la cause qu'il défend de manière pour le moins expéditive).

La Quinzaine des réalisateurs, de son côté, s'est embourbée dans d'obscures séries B échappées du marché du film et dont l'avenir passe par la VF des multiplexes et les bacs à soldes DVD (The Last days on mars ou Magic Magic). Une révélation, toutefois, celle de Jeremy Saulnier et son stupéfiant Blue ruin, croisement entre les thèmes de Jeff Nichols dans Shotgun stories et la maîtrise des Coen dans Blood simple — rien que ça.

Pour la blague, on s'amusera en disant qu'au cours de ce festival de Cannes, un des moments forts à été celui où tout est perdu ; All is lost, titre du deuxième film de J.C. Chandor après Margin call, présenté hors compétition, et tour de force prodigieux : un one-man-film sans dialogue autour d'un homme dérivant sur l'océan. L'homme, «notre homme» comme il est dit au générique, c'est Robert Redford, rendu à sa pleine dimension d'acteur légendaire, portant le film sur ses épaules, celui-ci devenant presque un documentaire sur le comédien, son professionnalisme et sa sagesse. Du naturalisme de Kechiche au spectacle intime de Chandor, finalement, c'est le même amour de l'acteur et la même célébration de la vie qui a irrigué ce beau festival.

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ECRANS | Retour en grande forme de Jim Jarmusch avec ce film à la force tranquille qui imagine des vampires dandy, rock’n’roll, amoureux et dépressifs, gardiens d’une culture mise en péril par la révolution numérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

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Christophe Chabert | Dimanche 1 décembre 2013

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Un carnage sur une route de montagne, un homme qui prend les armes pour massacrer les édiles corrompues qui l’ont humilié, une maison de passe où les hôtesses rejouent sur un mode grotesque les grandes heures de l’Histoire maoïste, une femme répandant des serpents sortis de nulle part… Tout au long des 130 minutes de A touch of sin, on est à deux doigts de se pincer pour être sûr que l’on assiste au nouveau film de Jia Zhang-Ke, maître chinois d’un cinéma contemplatif, post-antonionien et avide de métaphores. En même temps, le cinéaste semble avoir pris acte d’un système qui montrait largement ses limites lors de ses derniers opus et dont l’acmé, le sublime Still life, paraissait indépassable. Or, non seulement il choisit de prendre son cinéma à rebrousse-poil, adoptant une franchise dans le propos et une frontalité graphique qu’on ne lui connaissait pas, mais il parvient à conserver ce qui a toujours fait le prix de sa mise en scène : une manière unique d’inscrire les personnages dans un décor qui raconte autant leurs impasses intimes que les apories de la Chine d’aujourd’hui. Les armes ou les larmes Inspiré par quatre faits-divers qu

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Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

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«Je suis désolé». Ce sont les premiers mots que l’on entend dans All is lost, et ce seront quasiment les seuls. Ils proviennent d’une lettre rédigée, après huit jours de survie et au moment où il pense que «tout est perdu», par un homme dont on ne saura rien : ni son nom, ni son passé, ni le pourquoi de sa présence sur un voilier de plaisance baptisé le Virginia Jean qui a eu le malheur de heurter un container de baskets coréennes à la dérive. Cet homme, «notre homme» comme il est écrit au générique de fin, c’est Robert Redford. L’acteur, que l’on ne voyait plus trop sur les écrans sinon dans ses propres films, mais dont on connaissait l’activisme (controversé) au sein du festival de Sundance, est donc seul à l’écran pendant une heure quarante. Et il y est impressionnant, magistral, fascinant. J. C. Chandor remet Redford non seulement au cœur d’un film, mais aussi au cœur de la légende du cinéma américain, aux côtés de Newman, Pacino, De Niro, et All is lost, en plus d’être un passionnant film d’aventure minimaliste à côté duquel

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Filles et fils de décembre

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Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Filles et fils de décembre

Rappelons aux distraits que ce mois de décembre se terminera par rien moins que la sortie du nouveau Martin Scorsese, Le Loup de Wall street, encore tenu jalousement secret. Et que le mois de janvier débutera par la première partie de Nymphomaniac de Lars Von Trier, lui aussi pas encore montré à la presse à l’heure de boucler… En attendant, il y a une foule de très bons films à l’affiche, au point de ne pouvoir les citer tous. Commençons par le bouleversant Suzanne (18 décembre) de Quatell Quillevéré, où l’itinéraire d’une jeune fille a priori équilibrée — un père aimant, une sœur complice — se transforme en chemin de croix suite à une série de mauvais choix. Elle tombe enceinte au lycée, elle rencontre un garçon qui s’avèrera un voyou, elle se retrouve en prison… La réussite de Suzanne tient à ce que Quillevéré raconte ce mélodrame avec une sécheresse surprenante, laissant des béances dans le récit et préférant l’opacité de Suzanne à toute analyse sociologique ou psychologique réductrice. C’est aussi un superbe trio d’acteurs : Sara Forestier, Suzanne énigmatique et pourtant attachant

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The Immigrant

ECRANS | Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

The Immigrant

Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens attendant leur visa… C’est aussi une image forte venue du cinéma américain, celle qui ouvrait Le Parrain II. En se transportant au début du XXe siècle, James Gray semble promettre une grande fresque en costumes, éminemment romanesque, qui le placerait en descendant naturel de Coppola. Mais une fois ses rôles principaux distribués — d’un côté, Ewa, Polonaise prête à tout pour retrouver sa sœur, restée en quarantaine sur l’île, et de l’autre, Bruno, souteneur qui lui promet de l’aider si elle accepte de rejoindre sa «famille» —, le film se jouera avant tout en intérieurs : un théâtre burlesque, des bains publics ou l’appartement de Bruno Weiss, qui devient une nouvelle prison pour Ewa. En cela, The Immigrant tient plus du roman russe que de la reconstitution hollywoodienne, et la mise en scène de Gray, somptueuse, d’une sidérante fluidité, préfère l’intimisme à la démesure. Chaque miroir, chaque vitre est à la fois un cadre enserrant Ewa à l’intérieur du cadre, mais aussi une paroi sale ou r

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Fondu au Gray

ECRANS | The Immigrant n’est que son cinquième film, mais James Gray est déjà une sorte d’institution cinéphile, un auteur vénéré et une exception culturelle au sein d’un cinéma américain qui l’ignore encore royalement. Rencontre avec un cinéaste ambitieux, érudit et plein d’esprit, et critique d’un film qui alterne splendeur et frustration. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Fondu au Gray

La légende James Gray commence en l’an 2000 à Cannes, où le cinéaste présente son deuxième film, The Yards, en compétition. L’accueil est mitigé et la presse déroutée par une mise en scène maîtrisée et élégante, mise au service d’un récit de genre très codifié. Quelques mois après, lors de la sortie française, le vent a tourné, le film a été revu (à la hausse) et le culte autour de Gray est lancé. Dans le même temps, Gray entre en guerre avec son producteur, le tyrannique Harvey Weinstein, qui veut remonter le film pour son exploitation américaine. Le blocage dure longtemps et Gray semble en passe d’aller rejoindre la cohorte des cinéastes maudits. Il faudra sept ans pour qu’il tourne à nouveau, mais avec le très beau La Nuit nous appartient, le scénario se reproduit à l’identique : déception des spectateurs cannois, réhabilitation lors de sa sortie en salles, et relative indifférence aux États-Unis. Tandis que la légende du metteur en scène perfectionniste et capricieux grossit, surprise, il ne mettra qu’un an pour réaliser un nouveau film, Two Lovers. Un "petit" film en termes de budget et de sujet, mais un pur chef-d’œuvre qui, malgré une au

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La Vénus à la fourrure

ECRANS | Une actrice, un metteur en scène, un théâtre et La Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch : un dispositif minimal pour une œuvre folle de Roman Polanski, à la fois brûlot féministe et récapitulatif ludique de tout son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

La Vénus à la fourrure

La caméra remonte un boulevard sous l’orage et s’engouffre dans un théâtre, sur une musique de sabbat païen. À l’intérieur, Thomas, auteur et metteur en scène d’une adaptation de La Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch, y peste au téléphone contre les jeunes actrices idiotes qu’il vient d’auditionner pour le rôle de Wanda. Et soudain surgit une dernière comédienne, trempée des pieds à la tête, plus toute jeune et même pas sur le planning des auditions, qui mâche ostensiblement son chewing-gum et parle «genre» comme une charretière. Elle supplie Thomas de lui laisser sa chance et, de guerre lasse, il accepte de lui donner la réplique. Soudain, la voici métamorphosée, instantanément juste, débarrassée des oripeaux de la gourde citadine, crédible en demoiselle autrichienne du XIXe siècle. La déesse du carnage Ce n’est que le premier des nombreux jeux de rôles qu’orchestre Roman Polanski avec une étourdissante virtuosité. Chez Sacher-Masoch, le héros tombait sous le charme de Wanda et acceptait de devenir son esclave ; dans le dispositif gigogne et ludique de Polanski, i

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Cannes – Jour 10 : Bouquet final

ECRANS | The Immigrant de James Gray. Only lovers left alive de Jim Jarmusch. La Vénus à la fourrure de Roman Polanski.

Christophe Chabert | Samedi 25 mai 2013

Cannes – Jour 10 : Bouquet final

Au moment où n’importe quel festivalier voit apparaître sur son visage des rides de fatigue qui le font ressembler à Bruce Dern dans Nebraska, il fallait pourtant se ressaisir d’urgence, car Thierry Frémaux, dans un hallucinant tir groupé final, avait placé en fin de compétition de très gros morceaux signés par de très grands cinéastes. C’est d’ailleurs à l’aune de cette attente, pour le coup gigantesque, que The Immigrant de James Gray a déçu. Attention, tout de même… Gray, dont les quatre derniers films ont tous été présentés en compétition, y a systématiquement récolté les mêmes commentaires perplexes ou frustrés, avant que lesdits films, à leur sortie, ne reçoivent un accueil enthousiaste d’une presse ayant revu son jugement à la hausse, et de spectateurs qui ont l’avantage considérable de ne pas s’être empiffré 35 films en dix jours. Mais la déception est soigneusement entretenue par Gray lui-même. En effet, The Immigrant part sur une piste qu’on identifie immédiatement comme coppolienne façon Parrain 2. Plan sur la stat

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Cannes – Jour 9 : Une certaine idée de la langueur

ECRANS | Nebraska d’Alexander Payne. Michael Kohlhaas d’Arnaud Des Pallières. Magic Magic de Sebastian Silva.

Christophe Chabert | Vendredi 24 mai 2013

Cannes – Jour 9 : Une certaine idée de la langueur

Jeudi matin, tout le monde était encore sous le choc de La Vie d’Adèle. Comme pour Holy motors l’an dernier, un film se plaçait soudain au centre de toutes les attentions. Plus encore qu’Holy motors l’an dernier, La Vie d’Adèle rassemblait peu à peu tous les festivaliers, presse, exploitants et finalement public lors d’une ultime projection qui se terminait vers 1 heure du matin par quinze minutes de standing ovation — record cannois en 2013. Dur dur de passer derrière, et c’est Alexander Payne qui en a fait les frais. Ça aurait pu être pire, car Nebraska est une toute petite chose, un feel good movie qui n’a pas l’ambition de Sideways et de The Descendants — d’ailleurs, Payne, scénariste prodigieux, n’en a pas écrit le script — et qui, du coup, a surtout permis de reprendre son souffle après la déflagration Kechiche. En scope (comme 80% des films de la compétition cette année) et noir et blanc, Nebraska est un road movie à tendance springsteenienne — qui avait signé un fameux album éponyme

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Cannes – Jour 8 : Amour (encore)

ECRANS | All is lost de J.C. Chandor. La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche

Christophe Chabert | Vendredi 24 mai 2013

Cannes – Jour 8 : Amour (encore)

Sommes-nous fatigués ? Même pas ! Alors que l’on en est à déjà trente films vus lors de ce festival de Cannes, la journée du mercredi nous a remis de l’essence dans le moteur. Bien sûr, il a fallu passer au réveil par l’inutile Only god forgives d’un Nicolas Winding Refn qui a pris un gros melon et se regarde filmer en roue libre. La douche froide festivalière réservée à son film devrait le faire vite revenir sur terre. Ce fut d’autant plus dingue d’enchaîner avec l’inattendu All is lost de J.C. Chandor, qui possède l’ambition énorme d’être constamment modeste. Chandor, révélé par Margin Call, huis clos plutôt bavard et théâtral, en prend ici le contre-pied parfait : entièrement en extérieurs, avec un seul acteur et pour tout dialogue trois mots : «God», «Fuck» et «Help». Avec tout cela, il arrive à faire un grand spectacle qui, exploit, n’utilise aucune des cordes du blockbuster contemporain. C’est pourtant un film catastrophe dans la plus belle tradition du genre, mais une catastrophe circonscrite à un tout petit point au milieu de l’océan :

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Cannes - Jour 7 : Le Queer lui va si bien…

ECRANS | Behind the candelabra de Steven Soderbergh. As I lay dying de James Franco. Grigris de Mahamat Saleh Haroun. Les Salauds de Claire Denis.

Christophe Chabert | Jeudi 23 mai 2013

Cannes - Jour 7 : Le Queer lui va si bien…

Judicieusement placé en plein milieu de la compétition, le dernier film (le dernier ?) de Steven Soderbergh, Behind the candelabra, nous a redonné de l’énergie pour terminer le festival. C’est un film champagne mais c’est aussi, comme Gatsby et La Grande Bellezza, un film qui inclue dans son programme sa propre gueule de bois. Pourquoi Soderbergh tenait-il tant à ce biopic du pianiste excentrique et homo Liberace, sorte de Clayderman de Las Vegas, certes talentueux mais surtout très doué pour faire la retape de sa propre image, showman avéré mais dont la vie privée a été soigneusement falsifiée pour ne pas effrayer son fan club de mamies pudibondes. C’est par cet angle (mort)-là que Soderbergh choisit de raconter Liberace : son jeune amant Scott, tombé sous le charme de ce sexagénaire qui refuse de vieillir et qui va le transformer en portrait de Dorian Gray vivant ; pendant qu’il rajeunit à coups de liftings, Scott vire freak à force de régime californien à base de dope médicalisée, puis de substances illicites. Soderbergh ne cache rien de la monstruosité de le

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La Grande Bellezza

ECRANS | L’errance estivale d’un écrivain qui n’écrit plus dans la Rome des fêtes et des excès. Derrière ses accents felliniens, le nouveau film de Paolo Sorrentino marque l’envol de son réalisateur, désormais au sommet de son inventivité visuelle et poétique, portant un regard à la fois cruel et plein d’empathie sur le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

La Grande Bellezza

De jour, un touriste asiatique fait un malaise en contemplant Rome depuis ses hauteurs ; de nuit, une fête orgiaque et débridée attire la faune des mondains romains. Cette bonne dizaine de minutes n’a rien à voir avec ce qu’on appelle traditionnellement une «exposition» au cinéma. C’est plutôt un poème filmique, sans dialogue et sans intrigue, où la caméra semble défier la gravitation. Depuis Les Conséquences de l’amour, on connaît la virtuosité de Paolo Sorrentino, sa capacité à intensifier les sensations par un travail extrêmement sophistiqué sur les focales, les mouvements de caméra et un montage musical épousant l’humeur des séquences. Mais jamais il n’avait osé s’affranchir à ce point de la dramaturgie pour tenter une immersion non pas dans une histoire, mais d’abord dans un monde, pour restituer ses propres perceptions d’une ville dont il abhorre les excès et dont il adore la beauté. Les inconséquences de l’amour Ce qui est, peu ou prou, le sentiment de Jeb (Toni Servillo), autrefois auteur d’un roman culte (L’Appareil humain), devenu journaliste faute

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Cannes - Jours 5 et 6 : Mauvais genres

ECRANS | Shield of straw de Takashi Miike. The Last days on mars de Ruairí Robinson. Blue Ruin de Jeremy Saulnier. Borgman d’Alex Van Warmerdam.

Christophe Chabert | Mardi 21 mai 2013

Cannes - Jours 5 et 6 : Mauvais genres

C’est une question qui revient chroniquement sur le tapis concernant les sélections cannoises. Doivent-elles s’ouvrir au cinéma de genre, et éviter ainsi de vivre repliées sur un cheptel d’auteurs qui ont vite fait de s’enfermer dans la formule du film pour festivals ? Il faut reconnaître à Thierry Frémaux d’avoir réussi quelques beaux coups en la matière dans le passé : on se souvient de l’accueil triomphal réservé au Labyrinthe de Pan ou à Drive. Le polar de Takashi Miike devait servir de caution genre au sein de la compétition cette année, mais l’affaire a tourné à l’eau de boudin pure et simple. Shield of straw a même quelque chose d’une grosse erreur de casting, comme un film du marché qui se serait égaré sur le tapis rouge du Grand Théâtre Lumière… Miike est un cinéaste inégal et éclectique, mais au cours de sa longue carrière, on ne l’avait jamais vu raté à ce point un de ses films — qui, il est vrai, n’ont pas tous eu droit à une distribution française. Dès le début, les personnages exposent avec un manque élémentaire de subtilité scénaristique les enjeux : un je

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Cannes, Jour 4 : psy-folk

ECRANS | Grand central de Rebecca Zlotowski. Jimmy P. d’Arnaud Desplechin. Inside Llewin Davis de Joel et Ethan Coen.

Christophe Chabert | Dimanche 19 mai 2013

Cannes, Jour 4 : psy-folk

Le déluge s’est donc abattu sur Cannes. Ce fut un joyeux bordel qui a plongé une partie des festivaliers dans la morosité, ce que l’émeute à l’entrée de la projection presse d’Inside Llewin Davis n’a fait qu’intensifier. Pourtant, ce fut sans doute la plus belle journée en matière de cinéma depuis le début de ce Cannes 2013 ; enfin, a-t-on envie de dire, car jusqu’ici, la compétition n’avait pas tout à fait tenu ses promesses. Avant d’en venir aux deux très gros morceaux de ce samedi, un mot sur Grand central de Rebecca Zlotowski. Histoire d’amour adultère et portrait d’une équipe s’occupant de l’entretien d’une centrale nucléaire, le film reproduit, avec plus d’ambition et de maîtrise, les qualités et les défauts de son précédent Belle épine. Zlotowski aime peindre des environnements forts et y implanter des enjeux intimes, mais les deux ne s’interpénètrent jamais vraiment. Les séquences dans la centrale sont assez impressionnantes, reprenant des codes importés du thriller ou du film d’horreur, et la cinéaste y décrit avec précision

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Cannes, jour 3 : enfance et partage

ECRANS | Stop the pounding heart de Roberto Minervini. Tel père, tel fils d’Hirokazu Kore-Eda. L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie.

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Cannes, jour 3 : enfance et partage

En attendant un samedi qui s’annonce salement excitant (avec Desplechin et les frères Coen, rien que ça !), ce vendredi a été frappé par une certaine nonchalance. On a gentiment tenu jusqu’au bout de Stop the pounding heart, qui bénéficie d’une généreuse séance spéciale hors compétition. Ce documentaire autour d’une tribu de Texans qui passent leur temps à faire du rodéo, prier Dieu, tirer avec des armes à feu et traire des chèvres, rejetant tout ce qui pourrait écorner leur système de valeurs archaïques — école, médecine, technologie — est déjà beaucoup trop joli pour être honnête. On a vraiment du mal à croire que le cinéaste (Roberto Minervini) a réussi à tirer autant de poses graciles de la part de ses «interprètes» dont le vocabulaire et l’intelligence avoisinent le zéro pointé, par la seule force de sa patience et de son obstination. Plus encore, la stylisation permanente de l’image et la neutralité du dispositif (ni voix-off, ni interviews) posent sérieusement la question du point de vue de Minervini sur ces mabouls : pense-t-il faire œuvre d’ethnologue en regardant comme une loint

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Le Passé

ECRANS | Pour son premier film tourné hors d’Iran, Asghar Farhadi prouve à nouveau qu’il est un des cinéastes importants apparus durant la dernière décennie. Mais ce drame du non-dit et du malentendu souffre de la virtuosité de son auteur, un peu trop sûr de son talent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Le Passé

Il n’aura pas fallu longtemps à Asghar Farhadi pour devenir la star du cinéma d’auteur mondial. Découvert par les cinéphiles avec le très fort A propos d’Elly, puis couvert de récompenses — ours d’or, césar, oscar — et adoubé par le grand public pour Une séparation, le voilà qui quitte son Iran natal pour tenter l’aventure en français dans le texte avec Le Passé. Il faut rappeler ce qui a fait la force du cinéma de Farhadi : une vision inédite des classes moyennes iraniennes, dont les cas de conscience exposés dans des récits puissants et brillamment construits avaient quelque chose d’universel, et que le cinéaste parvenait à faire vivre grâce à des mises en scènes tendues comme des thrillers. Le Passé peut d’abord  se regarder comme un grand jeu des sept erreurs : qu’est-ce qui reste du Farhadi iranien dans sa version française, et qu’est-ce qui s’en écarte ? La classe moyenne est toujours au centre du récit, mais comme une donnée presque routinière, et le choc des cultures entre un mari iranien et sa femme française, qui plus est vivant avec un nouvel amant d’origine algérienn

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Cannes, jour 2 : Du vieux avec des jeunes

ECRANS | Jeune et Jolie de François Ozon. The Bling ring de Sofia Coppola. A touch of sin de Jia Zhang-ke.

Christophe Chabert | Jeudi 16 mai 2013

Cannes, jour 2 : Du vieux avec des jeunes

Ce deuxième jour — moins pluvieux que ce qui avait été annoncé — a marqué l’irruption de la jeunesse dans les différentes sélections. Pas la jeunesse des cinéastes, mais la jeunesse comme sujet d’étude. Ce qui, en soi, dit déjà la limite de Jeune et jolie de François Ozon (en compétition) et The Bling ring de Sofia Coppola (en ouverture d’Un certain regard) : deux films qui prétendent faire un point sur la jeunesse contemporaine, mais qui n’en gardent en définitive qu’une matière à dissertation, sentimentalo-cul chez Ozon, sociologique chez Coppola. Jeune et jolie est en cela particulièrement contestable. Il attrape son héroïne, Isabelle (Marine Vacth, très bien, même si le film aurait pu lui ouvrir une palette d’émotions encore plus grande), 17 piges, dans la lunette d’une paire de jumelles, sur une plage déserte, en plein bronzage topless. Ozon s’offre un effet de signature très visible par rapport à son œuvre, mais c’est une fausse piste ; pas de voyeurisme là-dedans, mais le portrait en «quatre saisons et quatre chansons» d’

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Cannes, jour 1 : Attention ! film méchant…

ECRANS | Heli d'Amat Escalante

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Cannes, jour 1 : Attention ! film méchant…

Il y a du monde cette année à Cannes. L’explication facile serait de dire que la présence de Steven Spielberg comme président du jury et l’annonce d’une pléthore de stars dans les divers films de la compétition ont attiré le chaland. Il n’a pas été déçu par la disponibilité dudit Spielberg, qui signait des autographes à la sortie de la conférence de presse, puis par la classe internationale d’un Leonardo Di Caprio dont l’étoffe d’acteur mythique, à la hauteur d’un Pacino ou d’un De Niro, se peaufine film après film — et sa prestation grandiose dans Gatsby le magnifique le prouve encore. Il se trouve que par ailleurs il pleut cette année à Cannes. Et pas qu’un peu. Le souvenir du déluge tombé lors du premier dimanche de l’édition 2012 est dans toutes les têtes et les prévisions météo n’annoncent rien de bon pour les jours à venir. Le festivalier était donc déjà trempé jusqu’à l’os, et nous avons dû subir notre première longue queue au milieu d’une foule de parapluies serrés pour pouvoir accéder au  film en compétition de la soirée, Heli du Mexicain Amat Escalante.

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Cannes, l’exception française…

ECRANS | De quoi le 66e festival de Cannes (du 15 au 26 mai) sera-t-il fait ? Les films français et américains trustent majoritairement les sélections, les grands cinéastes sont au rendez-vous de la compétition et les sections parallèles promettent leur lot de découvertes… Pendant ce temps, en coulisses, le cinéma hexagonal s’agite et s’inquiète. Christophe Chabert

Marc Chassaubene | Lundi 13 mai 2013

Cannes, l’exception française…

Alors que débute le 66e festival de Cannes – avec en ouverture la version Baz Luhrmann, attendue comme kitsch et mélodramatique, de Gatsby le magnifique – le cinéma français est en émoi. Après l’adoption de la nouvelle convention collective fixant la rémunération des techniciens, les syndicats de producteurs indépendants et une poignée de cinéastes sont montés au créneau pour protester contre ce texte qu’ils jugent mortel pour une partie des films produits dans l’hexagone. Comme si cela ne suffisait pas, la Commission européenne s’apprête à négocier de nouveaux accords de libéralisation commerciale avec les États-Unis, pour lesquels la question de l’exception culturelle serait dans la balance. Autant dire que ce qui s’annonçait comme une belle fête pourrait s’avérer plus houleuse que prévue… Sans parler de la crise, cette foutue crise dont les effets devraient aussi se faire sentir du côté du marché du film, sinon dans le nombre de festivaliers accrédités. Promesses pour une grand-messe

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