Before midnight

ECRANS | De Richard Linklater (ÉU-Grèce, 1h48) avec Julie Delpy, Ethan Hawke…

Christophe Chabert | Lundi 24 juin 2013

Tous les neuf ans, Linklater, Delpy et Hawke reviennent prendre des nouvelles du couple qu'ils ont inventé avec Before sunrise : après la rencontre, après les retrouvailles, voici le temps du bilan. Céline et Jesse sont mariés, ils ont deux jumelles et passent leur été sur une île grecque dans une résidence pour écrivains.

Before midnight fonctionne à nouveau sur une unité de temps — une journée — mais Linklater et ses deux comédiens-scénaristes radicalisent un peu plus leur dispositif cinématographique : le film n'est constitué que de grands blocs de dialogues tournés en plans-séquences dont le plus "spectaculaire" dure 14 minutes, et se déroule entièrement dans une voiture en mouvement. Ces longues discussions, où les conflits peuvent être larvés ou ouverts, où ce qui s'exprime clairement est aussi important que les hésitations et les atermoiements des personnages, et où la mise en scène cherche à se rendre invisible — la grande scène de dispute à l'hôtel prouve pourtant qu'elle est souveraine, des seins dénudés de Julie Delpy à ses entrées et sorties faussement théâtrales — ne sont futiles qu'en apparence. Before midnight pose avec acuité toutes les questions qui hantent un couple, des fantômes des amours précédentes au choix nécessaire entre vie privée et accomplissement professionnel.

Surtout, Linklater ne perd jamais de vue que tout ici est avant tout question de "rôles" à tenir : Céline et Jesse se projettent sans cesse dans un futur hypothétique, jusqu'à une très belle inflexion temporelle où ils regardent la soirée qu'ils sont en train de vivre comme un souvenir déjà lointain, dont ils écrivent et commentent la fin tout en l'écrivant au présent. Une idée à l'image du film tout entier : il enregistre l'instantané d'un couple qui se délite comme s'il voulait l'inscrire dans une éternité quasi-mythologique.

Christophe Chabert


Before Midnight

de Richard Linklater (ÉU, 1h48) avec Julie Delpy, Ethan Hawke...

de Richard Linklater (ÉU, 1h48) avec Julie Delpy, Ethan Hawke...

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Céline, son mari Jesse et leurs deux filles passent leurs vacances chez des amis. La veille du retour à Paris, les amis offrent au couple une nuit dans un hôtel sans les enfants. Les vieilles rancœurs remontent à la surface et la soirée en amoureux tourne au règlement de comptes


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"La Vérité" : Tout sur sa mère

ECRANS | De Hirokazu Kore-eda (Fr.-Jap., 1h47) avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Margot Clavel…

Vincent Raymond | Mercredi 18 décembre 2019

Star de cinéma, Fabienne vient de publier ses mémoires titrés La Vérité et va entamer un nouveau tournage. Sa scénariste de fille Lumir, son époux et leur petite Charlotte, débarquent alors de New York. Leur séjour permettra de régler de vieilles querelles, mais aussi panser des plaies… « On ne peut se fier à sa mémoire ». Aux allures de mantra, cette réplique est un peu la clef de La Vérité : on l’entend sortir de la bouche de Lumir (reprochant les arrangements de sa mère avec la vérité dans son livre), mais aussi de celle de la fantasque Fabienne, faisant remarquer en retour à sa fille que le point de vue d’une enfant est trompeur. Si l’actrice revendique dans sa vie comme son art le “mentir vrai“ d’Aragon, en assumant également une incorrigible mauvaise foi et ses caprices, elle sait — par le bénéfice de l’âge — que toute vérité est relative, subjective. Que la perfection qu’elle suppose, forcément impossible à atteindre. Et que l’écrit est un pis-aller au jeu, donc à la vie. Acteurs 1, scénaristes 0 ? Difficile de savoir qui aura le dernier mot ! Kore-eda accomplit ici une œuvre d’une

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Lolo

ECRANS | Quand Julie Delpy signe une comédie familiale, il ne faut pas forcément s’y rendre avec sa smala. Ni avec son ou sa fiancé(e). Ni en célibataire. Plutôt en groupe de potes en fait…

Vincent Raymond | Mercredi 28 octobre 2015

Lolo

Depuis qu’elle est réalisatrice, Julie Delpy cuisine la famille à toutes les sauces. En s’inspirant de sa pittoresque tribu, à l’origine de son caractère pour le moins fantasque. Ainsi, dans sa prolifique filmographie, une continuité indiscutable relie 2 Days in Paris (2007) et 2 Days in New York (2012) : deux comédies enlevées jouant sur les stéréotypes culturels, où elle confronte son couple mixte (car à chaque fois, elle partage la vie d’un Étatsunien) avec son père, Français bohème décontracté du slip (quand il en porte un…). Le Skylab (2011) montait un cran plus haut en plaçant des ados au milieu d’une maison de vacances des années soixante-dix transformée en cocotte-minute familiale – une sorte de Hôtel de la plage revu et corrigé par Sautet. Pour Lolo, Delpy réussit le prodige d’aller plus loin dans la perversité, avec une œuvre dont elle est visiblement persuadée qu’elle est grand public. Son Lolo ressemble à Tanguy, l’ado attardé de Chatiliez qui s’incruste chez ses parents. En pire, puisque ce fils exclusif et sournois fait fuir les amants de sa mère afin de conserver sur elle une emprise

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Boyhood

ECRANS | Pari fou de Richard Linklater : filmer pendant douze ans Ellar Coltrane, de son enfance à sa sortie de l’adolescence, dans un film hautement romanesque et souvent bouleversant qui montre la naissance d’un personnage et d’un comédien dans un même geste d’une grande force cinématographique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 juillet 2014

Boyhood

En 2001, Richard Linklater tournait un drôle de film d’animation en forme de rêverie documentaire et philosophique, Waking life. Dans une des séquences, deux filles discutaient dans un café et l’une d’entre elles disait ceci : «On pense à une image de soi bébé et on dit : «C’est moi.» Pour faire le lien entre cette image et ce que l’on est aujourd’hui, on doit inventer une histoire : «C’est moi quand j’avais un an ; plus tard, j’ai eu les cheveux longs, puis nous avons déménagé à Riverdale et me voilà !» Il faut une histoire, une fiction pour créer cette connection entre nous et ce bébé, pour créer notre identité.» 2001, c’est le moment où Linklater commence à tourner Boyhood, qu’il achèvera douze ans plus tard ; impossible aujourd’hui de ne pas voir dans ce film unique et hors norme la mise en pratique de cette théorie de l’identité évoquée dans Waking life. Ces douze années — et les 165 minutes du film — c’est le temps nécessaire pour raccorder, par le biais d’une fiction, l’image du jeune Ellar Coltrane, gamin insouciant traversant les rues sur son vélo, de celle du même Coltrane, adolescent tout juste débarqué à l’université, regar

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