Gravité sur la rentrée ciné

ECRANS | Après un été en demi-teinte, les quatre prochains mois devraient confirmer le cru exceptionnel de cette année 2013. Avec les locomotives cannoises et une pléiade d’auteurs dont on trépigne de découvrir les nouveaux opus, la rentrée est en effet salement musclée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 30 août 2013

Après le marteau-piqueur estival qui faisait résonner semaine après semaine le même air connu fait de blockbusters, d'animation pour gamins décérébrés, de films d'auteur qu'on ne savait pas où mettre ailleurs et de comédies françaises dont tout le monde se fout, le cinéma reprend ses droits comme à chaque rentrée, avec des œuvres plus audacieuses et moins routinières. C'est évidemment le cas des deux gagnants du dernier Cannes, en l'occurrence La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche (9 octobre) et Inside Llewin Davis des frères Coen (6 novembre). Rien de commun toutefois entre le roman naturaliste sur les amours adolescentes déployé magistralement, trois heures durant, par Kechiche, et le vagabondage d'un folkeux dépressif et poissard dans l'Amérique des années 60 raconté en mode faussement mineur et vraiment métaphysique par les Coen. Rien, sinon une envie de pousser les murs du cinéma, en faisant imploser les limites de la durée d'un côté, et celles des structures scénaristiques de l'autre. En cela, ce sont les deux grands films insoumis de cette rentrée.

On espère pouvoir y adjoindre en cours de route le nouveau Bong Joon-ho, Snowpiercer (30 octobre), adaptation d'une bande dessinée française par le cinéaste de The Host, qui imagine un futur où ce qui reste de l'humanité se retrouve dans un train fonçant à toute vitesse à travers les glaces, les riches en tête de wagons, les pauvres derrière. Dans le même registre de superproduction ambitieuse et, on croise les doigts, intelligente, Gravity (23 octobre) marque le retour d'Alfonso Cuaron derrière une caméra cinq ans après la déflagration des Fils de l'homme. Son distributeur, Warner, a laissé filtré tout l'été de larges extraits de ce survival d'un genre nouveau où Sandra Bullock se retrouve perdue dans l'immensité spatiale ; le moins que l'on puisse dire est qu'ils donnent, au sens strict, le vertige.

Gravity fera écho au très beau deuxième film de J. C. Chandor, All is lost (11 décembre), qui lui aussi crée du spectacle en montrant le combat d'un homme seul face aux éléments, en l'occurrence un océan hostile. Robert Redford tient d'un bout à l'autre ce récit d'aventures qui peut se lire aussi comme une pertinente parabole sur la crise économique contemporaine.

Marathon men

Connaissez-vous David Gordon Green ? Sans doute pas — ou mal, tant ses derniers films, commandes comiques sans envergure, ne reflètent pas le style de ce cinéaste discret, auteur de quelques magnifiques OVNIS au début des années 2000. C'est ce Green-là qui est de retour avec Prince of Texas (23 octobre), malheureuse «traduction» française de Prince Avalanche, road movie a pied sur une route en construction entre Emile Hirsch et Paul Rudd. Green a depuis réalisé un autre film, Joe, avec Nicolas Cage, qui sortira sur les écrans au début de l'année prochaine. Une productivité qui n'a d'égale que celle de Steven Soderbergh, même si ce metteur en scène cher à notre cœur a décidé de mettre fin à sa carrière après Ma vie avec Liberace (18 septembre), formidable bio filmée de ce pianiste follement gay — l'occasion pour Michael Douglas de livrer une composition d'anthologie. La santé du film et sa science irrésistible de la narration nous poussent à prier pour qu'il revienne au plus vite sur sa décision.

Plus rapide encore, James Wan vient à peine de triompher avec son terrifiant Conjuring qu'il remet le couvert de son tout aussi effrayant Insidious pour un chapitre 2 (2 octobre) qui devrait le consacrer définitivement maître de l'horreur contemporain. Enfin, Alex De la Iglesia rejoint ses boulimiques de la caméra en optant pour le rythme soutenu d'un film par an : en 2013, ce sera Les Sorcières de Zugarramurdi (30 octobre), retour aux sources du fantastique après le chef-d'œuvre historico-baroque Balada Triste.

Signatures internationales

Quelques belles signatures seront de la partie d'ici Noël, que ce soit Ridley Scott avec son thriller écrit par Cormac MacCarthy, Cartel (13 novembre), ou Martin Scorsese, dont Le Loup de Wall Street (25 décembre) marque sa cinquième collaboration avec Leonardo Di Caprio. En France, les espoirs reposent sur Albert Dupontel et son 9 mois ferme (16 octobre) qu'on annonce dans la lignée grinçante de Bernie ou Enfermés dehors, et, dans une certaine mesure, Jean-Pierre Jeunet, dont le T. S. Spivet (16 octobre aussi) cherchera à retrouver le succès d'Amélie Poulain.

L'année se terminera avec un des meilleurs films vus à Cannes, A touch of sin de Jia Zhang Ke (11 décembre), récit multiple illustrant la violence qui gangrène les relations humaines en Chine, d'une ampleur visuelle impressionnante, mais aussi avec une grosse énigme : celle du dernier Lars Von Trier, Nymphomaniac (25 décembre et 1er janvier). Présenté en deux parties, le film promet du cul non simulé en quantité pour raconter l'histoire d'une nymphomane de son adolescence à son âge adulte. Certes, Guiraudie et Kechiche lui ont un peu grillé la politesse cette année, mais si le rusé cinéaste danois va jusqu'au bout de son défi, cela promet quelques cris d'effroi des puritains de tout poil. Qu'on nous pardonne ce calembour final douteux : à Noël, quoi de meilleur qu'un film de boules ?

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, prônant d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissé sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que S

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Les Sorcières de Zugarramurdi

ECRANS | Alex de la Iglesia fait de nouveau exploser sa colère dans un film baroque et échevelé, comédie fantastico-horrifique qui règle ses comptes avec la crise espagnole et aussi, mais là le bât blesse, la gente féminine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 13 janvier 2014

Les Sorcières de Zugarramurdi

L’Espagne va mal, plombée par la crise et le retour d’un obscurantisme rallumé par le gouvernement Rajoy. Il n’en fallait pas plus pour raviver la colère d’Alex de la Iglesia, dont le cinéma s’est toujours nourri à égale mesure de culture geek et de révolte politique. L’entrée en matière des Sorcières de Zugarramurdi restera comme un de ses gestes les plus éminemment subversifs : en plein cœur de Madrid, un Christ, un soldat vert et Bob l’éponge vont faire un hold-up dans une boutique de cash contre or, autrement dit un usurier moderne qui profite de la précarisation ambiante. La charge est violente, mais pas autant que les images elles-mêmes, puisque le casse vire au carnage, et la mise en scène à un impressionnant morceau de bravoure où de la Iglesia arrive à faire sentir physiquement le chaos de la situation. Les faux mimes et gangsters amateurs doivent donc fuir à bord d’un taxi direction la frontière franco-espagnole, avec étape à Zugarramurdi. En chemin, les voilà qui dissertent hystériquement sur les raisons qui les ont poussés à commettre leur forfait : leurs ex-femmes ou nouvelles copines qui les ont réduits à l’état de mâles pleurnichards et dévirilisé

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Vox Populi : les films du mois

ECRANS | En dehors de quelques films événements mais, chacun à leur manière, discutables, on conseillera en ce mois de janvier de ne pas rater deux séances d’un docu musical formidable : Twenty feet from stardom. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 3 janvier 2014

Vox Populi : les films du mois

Dire qu’on attendait beaucoup du nouveau film de Steve McQueen après Hunger et Shame est un euphémisme. 12 years a slave (22 janvier) marque pour lui un tournant, puisqu’il se rapproche d’Hollywood avec cette fresque tirée de l’histoire vraie de Solomon Northup, musicien new-yorkais noir qui, en 1840, fut kidnappé, emmené dans le Sud et vendu comme esclave. Malgré les efforts incroyables de Chiwetel Ejiofor pour faire sentir la dignité et le calvaire de Nothrup, malgré la beauté de la photographie et la précision des cadres composés au micromètre par McQueen, le film semble coincer entre son désir d’être une grande œuvre classique et la pulsion arty du cinéaste, qui rejaillit dès que sa muse Michael Fassbender entre dans les plans. Cette fascination pour le maître plutôt que pour l’esclave est troublante et laisse une drôle de sensation : celle d’un film à sujet qui semble ne jamais assumer son statut, formellement impressionnant mais émotionnellement glacé. Autre grand cinéaste européen, Alex de la Iglesia livre lui aussi avec Les Sorcières de Zugarramurdi (8 janvier) un film à la fois jouissif et inc

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane — dont voici les cinq premiers, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 23 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe — Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin — dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman — Stellan Skarsgard — qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. «Ça va être une longue histoire» dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une «nymphomane»… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices — ralentis, split screen, retours en arrière — et changeant sans cesse de formats — pellicule et numérique, scope et 1, 85, couleur et noir et blanc — de style — caméra à l’épaule ou compositions méticul

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Snowpiercer

ECRANS | Après The Host et Mother, Bong Joon ho frappe à nouveau très fort avec cette adaptation cosmopolite d’une bande dessinée française des années 80, récit de SF se déroulant dans un train tournant sans fin autour d’un monde rendu à l’ère glaciaire. Épique et politique, une fable très sombre d’une grande intelligence dans son propos comme dans sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Snowpiercer

Même après sa fin, le monde continue de tourner. Enfin, pas exactement, car ce sont plutôt les humains qui le peuplent, derniers survivants d’une hasardeuse expérience scientifique ayant plongé la planète dans une nouvelle ère glaciaire, qui en sont réduits à faire des révolutions à bord d’un train-arche en mouvement perpétuel. La révolution, à l’autre sens du terme, couve dans les wagons de queue, où sont stockés dans des conditions de salubrité dégradantes les miséreux, à qui l’on enlève leurs enfants pour les emmener dans les wagons de tête, ceux des nantis. Bong Joon ho, génial cinéaste sud-coréen de The Host et de Mother, a trouvé dans Le Transperceneige, BD française culte parue dans les années 80, cette cruelle métaphore d’une lutte des classes qui survit à l’apocalypse, repensant l’habituelle distribution verticale des rôles (les riches en haut, les pauvres en bas) dans une habile horizontalité. C’est à peu près tout ce qu’il a gardé du récit original, se laissant toute liberté créative pour raconter une histoire qui lui est propre et inventer une mise en scène où le spectateur i

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Prince of Texas

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h34) avec Paul Rudd, Emile Hirsch…

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Prince of Texas

Après trois comédies graduellement décevantes, Prince of Texas marque le retour en forme de David Gordon Green, dont on avait tant aimé L’Autre rive. Retour discret toutefois : ce road movie minimaliste où deux hommes tracent une route au milieu de nulle part séduit par sa nonchalance, son humour pince-sans-rire et son goût des creux dramatiques. Il ne s’y passe donc pas grand chose, et lorsque des événements importants arrivent aux personnages, c’est hors de leur périmètre, méticuleusement respecté. Le film ne quitte donc jamais cette route sans début ni fin, mais y fait transiter des lettres, des anecdotes et des fantômes, le temps de séquences suspendues où les caractères vacillent peu à peu — le psychorigide comprend la vacuité de son existence, le chien fou se découvre doué d’une forme insoupçonnée de compassion. Petit film donc, parfait pour patienter avant le prochain David Gordon Green, Joe, avec Nicolas Cage. Christophe Chabert

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Insidious chapitre 2

ECRANS | Après la somme qu’était Conjuring, James Wan allait-il faire avec ce deuxième Insidious le film d’horreur de trop ? Que nenni ! Passée une maladroite introduction, ce chapitre 2 s'avère au contraire son film le plus fou, baroque et expérimental. Un grand cinéaste, cette fois, c’est sûr ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Insidious chapitre 2

James Wan n’en a pas fait mystère, Insidious chapitre 2 marque ses adieux au genre qui l’a rendu célèbre : le film d’épouvante. Il peut passer à autre chose l’esprit tranquille : il lui a rendu ses lettres de noblesse et parvient même, dans son ultime effort, à en pousser encore les murs. Deux mois à peine après la sortie de Conjuring et son succès planétaire, il y avait pourtant un petit risque : comment surpasser sa magistrale première heure, aboutissement de la méthode Wan fondée sur la suggestion et le contrôle de l’espace, du temps et des mouvements d’appareil pour créer des climats d’angoisse vintage d’une efficacité redoutable ? Le début d’Insidious chapitre 2 laisse penser qu’en effet, le cinéaste signe peut-être ici son film de trop. Si cette première demi-heure fait peur, c’est plus pour son côté débraillé et sa façon d’embrayer sans conviction sur la conclusion du premier volet que par ses instants de terreur. Peu inspirée, la mise en scène arrive tout juste à faire sursauter avec l’habituel et pour la premièr

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Gravity

ECRANS | Alfonso Cuarón propulse le spectateur en apesanteur dans un espace hostile et angoissant pour une expérience cinématographique hors du commun qui est aussi une réflexion humaniste sur l’idée de renaissance. Rien moins qu’une date dans l’histoire du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 septembre 2013

Gravity

Un carton en préambule nous annonce froidement que dans l’espace, il n’y a ni lumière, ni son, ni oxygène et par conséquent aucune chance de survie pour un être humain. Puis un long panoramique majestueux, intensifié par la 3D, survole la Terre vue depuis le télescope Hubble en cours de réparation par une équipe de scientifiques. Parmi eux, Matt Kowalsky, un vieux briscard qui effectue sa dernière sortie spatiale (George Clooney, plus Clooney que jamais) et Ryan Stone qui, à l’inverse, passe pour la première fois du laboratoire au vide intersidéral (Sandra Bullock, absolument géniale dans ce qui est sans doute le meilleur rôle de sa carrière). Le dialogue, remarquablement écrit, croise conversation anodine, plaisanterie potache et interaction avec la NASA, qui finit par demander en urgence l’annulation de la mission ; les débris d’une station orbitale foncent directement vers les astronautes. Il faut préciser que tout cela se déroule en temps réel et en un seul plan, avec une caméra qui semble elle aussi en apesanteur, créant un hyperréalisme jamais vu sur un écran. Dans Les Fils de l’homme déjà, Alfonso Cuarón cherchait à atteindre ce degré d’immersion.

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Train de Vie

ECRANS | Le mois d’octobre va déborder de grands films sur les écrans, avec en pole position la Palme d’or cannoise et un film de SF aussi spectaculaire que politique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 26 septembre 2013

Train de Vie

Revenons quelque part en mai, à la sortie de la première projection de La Vie d’Adèle, chapitres 1 et 2. Sidération générale, émotion intense, impression d’avoir vu un de ces films qui vous marquent à jamais… Le 9 octobre, c’est le même genre de sentiments qui vous attendent : pendant trois heures, vous verrez vivre et grandir Adèle (Exarchopoulos, révélation), de son premier amant à sa love story fracassée avec Emma (Léa Seydoux, confirmation), dans une suite de séquences séparées par des ellipses coupantes, entremêlant flux vital et élan romanesque. Kechiche invente ici un naturalisme poétique où la mise en scène semble épouser les affects de ses personnages, comme si Adèle projetait sur le monde ses rêves et ses peurs ; c’est aussi une formidable peinture de tout ce qui peut séparer un couple, de la distance sociale à la distance tout court, du non-dit au trop-en-dire. Le film avance sur un fil superbement tendu, équilibrisme qui tient en haleine de la première à la dernière seconde. Un chef-d’œuvre, point barre. La sortie de cette Palme d’or ne doit pourtant pas éclipser celle, le même jour, de l’excellent film de Denis Villeneuve,

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Ma vie avec Liberace

ECRANS | Pour ses adieux au cinéma, Steven Soderbergh relate la vie du pianiste excentrique Liberace et de son dernier amant, vampirisé par la star. Magistralement raconté, intelligemment mis en scène et incarné par deux acteurs exceptionnels. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 septembre 2013

Ma vie avec Liberace

Tout ce qui brille n’est pas or. Pour Liberace, pianiste virtuose et showman invétéré, c’est surtout le strass qui doit briller, en mettre plein la vue au point d’entraîner une étrange cécité chez ses fans. Lorsque Scott Thorson découvre son spectacle et l’enthousiasme du public straight et âgé qui le regarde, il se demande : «Comment peuvent-ils aimer un truc aussi gay ?». Son compagnon lui répond qu’ils ne veulent pas voir ce qui pourtant saute aux yeux. En cela, Liberace est autant un formidable personnage qu’un pur produit de son époque : du queer criard qui se terminera dans un grand crash larmoyant. La beauté du dernier film de Steven Soderbergh, c’est qu’il fonctionne sur le même type de santé paradoxale : le scénario de Richard LaGravenese est un modèle de storytelling, plein de verve et de répliques cinglantes, mais il explore les facettes les plus sombres de Liberace. Quant à la mise en scène, elle capte le kitsch scintillant qui constitue l’univers domestique du pianiste, avant d’en révéler la dimension cauchemardesque, à l’image de cette moumoute qui, une fois retirée, fait apparaître un visage soudain monstrueux. Triste et gay Scot

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Une rentrée cinéma en apesanteur

ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Une rentrée cinéma en apesanteur

Une rentrée sans palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre un cinéma ethnographique quasi-documentaire et son exact contraire, la fable fantastique à base de monstres mythologiques, Zeitlin fusi

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