Prisoners

ECRANS | Deux enfants kidnappés, un père prêt à tout pour les retrouver, un suspect tout trouvé, un détective tatoué et solitaire : les ingrédients d’un film noir très noir sur la contagion du mal signé Denis Villeneuve qui, après Incendies, réussit haut la main ses débuts aux États-Unis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 7 octobre 2013

Qu'y a-t-il dans les caves des honnêtes gens ? Des cadavres, des enfants martyrisés, mais aussi de la paranoïa sécuritaire et de la mauvaise conscience qui peut, à tout moment, refaire surface et transformer une grise mais paisible bourgade en succursale de l'enfer. Le labyrinthe de Prisoners — figure que le film utilise comme un motif de l'intrigue mais aussi comme modèle de narration — est sans issue, et c'est ce qui impressionne en premier lieu : Denis Villeneuve, pour ses débuts aux États-Unis, ne fait aucune concession rassurante au spectateur. Aidé par un scénario remarquable, il plonge aux confins de la noirceur humaine pour montrer comment le mal se propage et finit par tout gangrener.

C'est l'enlèvement de deux fillettes qui enclenche l'engrenage : le père de l'une d'entre elles — stupéfiant Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles — se persuade que le coupable est un vieux garçon un peu attardé, malgré les dénégations du suspect et sa remise en liberté au terme de sa garde-à-vue. Il va donc le séquestrer et le torturer pour provoquer ses aveux. En parallèle, un flic désespérément solitaire et taciturne — Jake Gyllenhaal, empâté et tatoué, un peu au forcing dans un registre tourmenté — suit patiemment une autre piste, tentant de résister aux pressions qui l'entourent.

Les caves et le labyrinthe

Quelque part entre James Ellroy et Dennis Lehane, Prisoners retrouve la meilleure veine du genre noir en y ajoutant une dimension politique très troublante. Sans quitter des yeux son récit, prenant, émaillé de séquences dérangeantes et de morceaux de bravoure brillamment mis en scène, Villeneuve saisit quelque chose d'une corruption qui se généralise au fur et à mesure où l'émotion prend le pas sur la justice et la raison.

Personne, spectateur compris, ne sort indemne de cette descente au cœur des ténèbres, mais ce sont surtout les valeurs établies qui morflent le plus. À commencer par la religion, qui n'est ni un secours, ni un rempart ; au contraire, elle ne fait qu'attiser la violence alentour. Quant à la famille, d'abord idéalisée, elle finira par produire un envers monstrueux, déformé par le besoin de vengeance. Ainsi va Prisoners : ouvrir les caves des honnêtes gens, c'est aussi en respirer l'air putride, jusqu'à l'asphyxie.

Prisoners
De Denis Villeneuve (ÉU, 2h33) avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Paul Dano…


Prisoners

De Denis Villeneuve (ÉU, 2h32) avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal...

De Denis Villeneuve (ÉU, 2h32) avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal...

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Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller.


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"Les Frères Sisters" : De sang et d’or

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr., 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Jeudi 13 septembre 2018

Mieux vaut ne pas avoir ne différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et de traumas, ce néo-western-pépite

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Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Entretien | Hugh Jackman a posé les griffes de Logan et enfilé la tenue de Monsieur Loyal de l’inventeur du spectacle moderne, Phineas Taylor Barnum. Showtime !

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Pour quelles raisons vous teniez à ce film et à ce que vous vouliez réussir et éviter à tout prix, en tant qu’artiste et être humain ? Hugh Jackman : J’ai grandi dans l’amour des comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly — comme Chantons sous la pluie. En 2009, alors que je présentais la cérémonie des Oscars, son producteur Larry Mark m’a proposé de faire un musical. Mais à l’époque, c’était difficile de convaincre Hollywood sur un projet totalement original et neuf — l’ironie étant que Lala Land était parallèlement en production, sans que nous le sachions. L’essentiel dans un musical étant le livret, c’était risqué de soumettre onze chansons originales à l’approbation du public. Lorsque Justin Paul en a écrit cinq, on a su que l’on tenait quelque chose — et le sudio aussi. D’abord, le sujet “Barnum” s’adaptait parfaitement à un musical : avec ses rêves et son imagination, le personnage était plus grand que nature. Et le voir chanter, danser, sauter en l’air, cela ai

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"The Greatest Showman" : Un joyeux Barnum

Musical | de Michael Gracey (E.-U., 1h46) avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Des poussières de son enfance miséreuse aux paillettes de la gloire, en passant par ses échecs, la vie romancée à la façon d’une comédie musicale de l’inventeur du spectacle moderne, l’entrepreneur Phineas Taylor Barnum (1810-1891). Créée ex nihilo pour le cinéma, sans passer par la case Broadway — une exception partagée avec Lala Land —, cette comédie musicale adopte les codes du grand spectacle contemporain pour en conter la genèse, avec ce qu’il y a d’extravagance, de scintillant, mais aussi de clichés et de tape-à-l’œil façon Baz Luhrmann — la mise en abyme est de ce point de vue réussie. Et quel meilleur ambassadeur pour incarner Barnum que Hugh Jackman ? Ultime représentant de ces showmen plus qu’accomplis : absolus, conservant leur crédibilité sur toutes les scènes, il fait évidemment le job. Paradoxalement, sa franchise sert la rouerie vaguement cynique de l’entrepreneur, dont on ne parvient à savoir ce qui chez lui primait de la soif de reconnaissance sociale et de l’argent ou du désir d’entertainment. Partit

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"Sugarland" : Le sucre, notre poison quotidien

ECRANS | Pour prouver la nocivité du sucre, un Australien s’impose le régime moyen de ses compatriotes et observe les résultats sur son organisme. Une plongée terrifiante dans nos assiettes donnant envie de gourmander nos dirigeants. Sans aucune douceur.

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Après avoir découvert ce documentaire, le moindre hydrate de carbone d’extraction industrielle vous semblera plus pathogène qu’un virus Ebola fourré au cyanure ; même l’écoute d’un titre de Sixto Rodriguez vous incitera à tester votre glycémie à jeun et d’expier par précaution avec une heure de step. Sortant sur les écrans en pleine période de détox, Sugarland aura-t-il une influence sur le consommation des crêpes au sucre durant la Chandeleur d’ici moins de dix jours ? Peu de chances, en tout cas, de le voir programmé dans des salles vendant du pop-corn : il y a des limites au masochisme. Le réalisateur australien Damon Gameau, lui, l’est tout de même un brin. Suivant le principe de Supersize Me! (2004), il s’inflige devant la caméra pendant deux mois le régime “normal” d’un de ses compatriotes comptant 40 cuillers à café de sucres quotidiennes (!) Des sucres cachés, présents dans l’alimentation transformée en apparence saine et/ou bio, qu’il ingurgite donc sans même recourir à la junk food. Évidemment catastrophiques, les résultats sur son organisme révè

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"Blade Runner 2049" : L’avenir, c’était moins pire avant

ECRANS | Denis Villeneuve livre avec Blade Runner 2049 une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de Dick & Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan “Ford Escort” Gosling.

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner, K. est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, “celui qui s’est risqué” à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié Ridley Scott. Demi-suite en forme de résonance — y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer — ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur Terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact). Bref, de remettre en cause ce qui s’apparente de près ou de loin à une certitude d’airain. La singularité de Blade Runner en était une. Plus maintenant. Du futur, faisons ta

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Logan : Little Miss Wolverine

ECRANS | Confirmation d’une tendance : les dérivations des X-Men surclassent les recombinaisons des Avengers. Mangold le prouve à nouveau dans ce western crépusculaire poussant un Wolverine eastwoodien dans ses tranchants retranchements — au bout de son humanité.

Vincent Raymond | Mercredi 1 mars 2017

Logan : Little Miss Wolverine

Fin des années 2020. Chauffeur de limousine de location, Logan n’est plus qu’une loque catarrheuse et alcoolique prenant soin d’un Professeur Xavier nonagénaire avec l’aide de Caliban. Sa routine explose quand surgit Laura, traquée par une horde de tueurs. Une jeune mutante à part : elle est sa fille. Si le cadre dystopique et anxiogène semble issu des cauchemars de Frank Miller, Logan pourrait quant à lui être un avatar eastwoodien, traînant sa splendeur passée comme un boulet et implorant inconsciemment la délivrance dans un ultime râle d’héroïsme. Le James Mangold de Copland (1997) ou Walk the Line (2005) semble de retour : après avoir signé un Wolverine III en demi-teinte, où les exigences du grand spectacle prenaient le pas sur les potentialités dramatiques offertes par le cadre politico-historique, il ici radicalise son propos, confrontant le mutant griffu aux limites ultimes de ses ambivalences et de sa noirceur. Telles serres, telle fille Une dystopie proche dans le temps, et qui s’approche dangereusement de la réalité : Mangold montre des multinationales “fabric

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Chappie

ECRANS | Déroute intégrale pour Neill Blomkamp avec ce blockbuster bas du front, au scénario incohérent et à la direction artistique indigente, où il semble parodier son style cyberpunk avec l’inconséquence d’une production Luc Besson. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 5 mars 2015

Chappie

S’il fallait une preuve que la politique des auteurs a des limites, Chappie jouerait à merveille ce rôle : on y voit un cinéaste, le Sud-africain Neill Blomkamp, dont on a pu apprécier la cohérence de ses deux premiers films — District 9 et Elysium — commuer sa rage punk en une grotesque parodie sur un scénario écrit à la va-vite, incapable d’élaborer le moindre discours et même pas foutu d’assurer le minimum syndical en matière de blockbuster futuriste. Pourtant, tout est là : l’alliance entre l’humain et la machine — ici, un robot policier doté d’une intelligence artificielle et récupéré par des gangsters très méchants pour lui faire commettre un braquage permettant d’honorer leurs dettes — un futur proche qui ressemble à une extrapolation de nos ghettos sociaux contemporains, un goût de la destruction et des ruines urbaines… Cet effet de signature n’est qu’un trompe-l’œil : Blomkamp ne retrouve jamais la substance politique, même manichéenne et schématique, de ses œuv

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à co

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12 years a slave

ECRANS | Après Hunger et Shame, Steve McQueen adapte l’histoire vraie de Solomon Northup, homme libre devenu esclave, mais hésite entre grande forme hollywoodienne et effets de signature, entre son héros au parcours édifiant et l’esclavagiste fascinant incarné par sa muse Fassbender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 20 janvier 2014

12 years a slave

Django unchained, Lincoln, 12 years a slave ; la question de l’esclavage aura inspiré récemment des cinéastes importants, chacun avec leur angle et leur manière. Western pop et politique marqué par la blaxploitation pour Tarantino, biographie dialectique, lyrique et fordienne pour Spielberg… L’approche de Steve McQueen est la plus frontale : le film se targue de regarder en face la question, ce que résume le premier plan où les esclaves alignés regardent la caméra et le spectateur. Au centre de ce théâtre ordinaire de l’asservissement, Solomon Nothrup ne se distingue pas du groupe, et pourtant son histoire est littéralement extra-ordinaire : homme libre, marié et père, violoniste dans la bonne société new-yorkaise, il est kidnappé et vendu à un propriétaire sudiste qui finira à son tour par le céder pour éponger ses dettes à un autre «maître» plus cruel et violent. La figure de Nothrup lance 12 years a slave sur les rails

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Train de Vie

ECRANS | Le mois d’octobre va déborder de grands films sur les écrans, avec en pole position la Palme d’or cannoise et un film de SF aussi spectaculaire que politique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 26 septembre 2013

Train de Vie

Revenons quelque part en mai, à la sortie de la première projection de La Vie d’Adèle, chapitres 1 et 2. Sidération générale, émotion intense, impression d’avoir vu un de ces films qui vous marquent à jamais… Le 9 octobre, c’est le même genre de sentiments qui vous attendent : pendant trois heures, vous verrez vivre et grandir Adèle (Exarchopoulos, révélation), de son premier amant à sa love story fracassée avec Emma (Léa Seydoux, confirmation), dans une suite de séquences séparées par des ellipses coupantes, entremêlant flux vital et élan romanesque. Kechiche invente ici un naturalisme poétique où la mise en scène semble épouser les affects de ses personnages, comme si Adèle projetait sur le monde ses rêves et ses peurs ; c’est aussi une formidable peinture de tout ce qui peut séparer un couple, de la distance sociale à la distance tout court, du non-dit au trop-en-dire. Le film avance sur un fil superbement tendu, équilibrisme qui tient en haleine de la première à la dernière seconde. Un chef-d’œuvre, point barre. La sortie de cette Palme d’or ne doit pourtant pas éclipser celle, le même jour, de l’excellent film de Denis Villeneuve,

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Wolverine : le combat de l’immortel

ECRANS | Wolverine va se promener au Japon dans une aventure impersonnelle et ennuyeuse au possible, signe d’une franchise qui avance en roue libre et d’un cinéaste, James Mangold, totalement perdu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 24 juillet 2013

Wolverine : le combat de l’immortel

Face à ce Wolverine, qui laisse pas mal de temps pour penser à autre chose tant il sollicite peu la participation du spectateur, contraint d’en suivre les péripéties anémiques et les scènes d’action aussi rares que foireuses, on se dit qu’Hollywood est devenue une centrifugeuse folle prise au piège de sa productivité. Que faire pour maintenir en vie la franchise X-Men en attendant qu’un cinéaste ambitieux s’attelle à retrouver son essence de saga ? Décliner son personnage-phare dans des aventures prétextes que l’on regardera comme on lit le 115e numéro de Strange : d’un œil distrait avant de s’endormir. Ainsi va ce Combat de l’immortel : Logan / Wolverine survit à l’explosion atomique de Nagasaki et, soixante ans plus tard, après avoir vainement tenté de jouer les ermites barbus au milieu de la forêt — Into the wild beast ? — est contraint d’aller au chevet du soldat japonais qu’il avait sauvé à l’époque. Devenu un magnat de l’industrie tokyoïte, il s’apprête à léguer sa fortune à sa petite fille qui, évidemment, ne sera pas indifférente au charme du Glouton, entre temps passé par un bon bain chaud pour retrouver so

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Les Misérables

ECRANS | À force d’adaptations, le roman de Victor Hugo devait en arriver là : la version filmée de la version anglaise de la comédie musicale. Elle confirme les limites de Tom Hooper derrière une caméra et accumule les faiblesses manifestes et les fautes de goût impardonnables. Pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 11 février 2013

Les Misérables

Les Misérables n’est pas un bon film. On pourrait même passer la critique entière à en lister les défauts. À commencer par le travail de Tom Hooper lui-même, dont le trop admiré Discours d’un roi montrait déjà les limites : par exemple, Hooper s’avère absolument incapable de donner une forme aux passages non chantés. Alternant grand angle et longues focales, ils sont cousus n’importe comment par un montage aberrant réduisant l’action à une bouillie d’images incohérentes. On peut aussi s’interroger sur la valeur musicale de la partition de Schönberg et Boublil : ces "tubes" pensés pour des chanteurs à voix ont pris du plomb dans l’aile, et seul l’investissement des comédiens permet de leur donner un nouveau souffle. Au milieu de ce casting all stars, on trouve une incroyable faute de goût : Russell Crowe dans le rôle de Javert. L’acteur sort sa grosse voix dans les passages parlés, mais part dans les aigus dès qu’il se met à chanter, sapant toute la crédibilité du personnage. Le récit est ce qui résiste le mieux à ce duplicata musical et cinématographique : on se surprend, même si on la connaît par cœur, à se laisser emporter par l’histoire racontée par

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