Les Garçons et Guillaume, à table !

ECRANS | De et avec Guillaume Gallienne (Fr, 1h25) avec André Marcon, Diane Krüger…

Christophe Chabert | Lundi 18 novembre 2013

Ce premier film de Guillaume Gallienne tiré de la pièce de Guillaume Gallienne avec Guillaume Gallienne dans le rôle de Guillaume Gallienne — à quand le mug ? provoque des ovations partout où il passe. Qu'y voit-on pourtant, sans grossir le trait ? Gallienne entrer sur scène pour y jouer ledit spectacle, avant que celui-ci ne s'anime sous la forme d'une suite de saynètes souvent vulgaires et réalisées comme des programmes courts pour la télé, avec toujours le texte de Gallienne en voix-off.

Ça reste du théâtre, mais c'est surtout du "théâââtre", c'est-à-dire cette écriture factice, pleine de licences poétiques et de bons mots, ce que le cultureux aime à appeler avec une pointe de condescendance une "langue". Le cinéma, lui, est oublié en route sinon lorsque Gallienne incarne aussi cette drôle de créature qu'est sa mère, même si elle n'est qu'un alibi pour revenir au vrai sujet du film : le comédien lui-même et son identité (sexuelle).

Et là, l'incompréhension monte d'un cran ; efféminé et maniéré, le regard que sa famille pose sur lui le persuade d'abord qu'il est une fille. D'où quiproquos. Mais quand on vient lui dire qu'il est homo, il ne comprend pas, puis tente de vérifier la chose. Cela donne deux séquences hallucinantes où Gallienne arrive à convoquer en même temps les pires clichés homophobes — un club où des couvertures de Têtu vivantes se trémoussent torse nu, un profond mépris de classe — Pantin comme antichambre de l'enfer — et des relents de racisme — le pauvre Réda Kateb doit prendre tout cela en charge par son seul personnage.

Cela prépare le vrai scandale du film : une morale sans ambiguïté où l'on dit qu'être gay, ce n'est pas grave, mais qu'être hétéro, c'est quand même mieux. La famille, le mariage — la première fille est la bonne — la grande bourgeoisie — dont Gallienne vient et dont il ne se moque absolument jamais — bref, la norme sous toutes ses formes, triomphe. Sous les applaudissements, en plus. Vu son succès — envoyez vos courriers à la rédaction qui transmettra, Les Garçons et Guillaume, à table ! a sans doute capté quelque chose de l'air du temps ; mais cet air-là est assez nauséabond.

Christophe Chabert


Les Garçons et Guillaume, à table !

De Guillaume Gallienne (Fr, 1h25) avec Guillaume Gallienne, André Marcon... Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !"
Cinéma Alhambra 2 rue Praire Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Les Garçons et Guillaume, à table !

De Guillaume Gallienne (Fr, 1h25) avec Guillaume Gallienne, André Marcon...
Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" Cinéma Alhambra 2 rue Praire Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Le Dindon" : Du plomb à la patte

FEYDEAU-DO | De Jalil Lespert (Fr., 1h25) avec Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol…

Vincent Raymond | Mercredi 25 septembre 2019

Séducteur impénitent, Pontagnac suit chez elle Victoire qu’il aimerait mettre dans son lit, ignorant qu’elle est l’épouse de son ami Vatelin. Quand celui-ci apparaît, il faut composer. Encore plus quand un autre soupirant de Victoire débarque. Et davantage à l’irruption de Mme Pontagnac… Transposer une pièce de Feydau : pourquoi pas ? La situer au début des années 1960 : l’idée se défend, révélant à quel point les codes de la bourgeoisie patriarcale ont peu évolué jusqu’au schisme sociétal de 68. Reste la question de l’adaptation… C’est-à-dire pas uniquement un ripolinage cosmétique visant à “actualiser“ ici quelques répliques, là du décor, ailleurs des situations ou des personnages ; juste rendre le matériau compatible avec les contraintes propres à l’écran. Bien sûr, il ne faut pas attendre d’un vaudeville sa métamorphose en fresque de David Lean (ce serait un contresens stupide), mais à tout le moins qu’il trouve une équivalence dans sa mécanique rythmique. Ici, seul le deuxième acte parvient à s’abstraire de la langue pour donner vie aux corps en osant burlesque et absurde : le premier reste prisonnier d’une exposition laborieuse et le troisième d’un dénouement mol

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"The Operative" : Sous couverture, dans de sales draps

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Recrutée par le Mossad pour infiltrer une entreprise iranienne, Rachel a dérogé aux règles en nouant une liaison avec l’homme qu’elle devait espionner. Des années plus tard, elle reprend contact avec son superviseur avec à la clef un marché visant à la prémunir de toutes représailles… Jadis monopolisé par James Bond et sa collection d’épigones, le cinéma d’espionnage a depuis déserté le registre spectaculaire ou ludique pour investir celui d’une authenticité et d’une complexité souterraine plus en adéquation avec le monde contemporain ; celui où un bureaucrate des services de renseignement couleur beige terne à l’instar du Smiley de John Le Carré est plus à redouter qu’un milliardaire mégalomane. De fait, ce sont bien les stratégies “d’intelligence“ via le système de recrutement et d’utilisation des “correspondants“ que Adler dépeint ici, dans toute sa perversité manipulatrice. Ramener l’humain au centre du jeu quand il est d’habitude question d’intérêts étatiques et d’actions menées par des agents surhumains, voilà qui est intéressant. Et de même que certains de ses com

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Allemagne, de nos jours. Katja a épousé Nuri, un commerçant d’origine turque, jadis petit délinquant mais rangé des voitures depuis qu’ils ont eu leur fils Rocco. Leur bonheur familial est brusquement réduit à néant quand un attentat perpétré par des nazis tue Nuri et Rocco… Depuis Head On (2004), on sait qu’il faut compter avec Fatih Akin sur les épaules de qui pèsent la plupart des espoirs placés dans le renouveau du cinéma allemand, après le malheureux feu paille Florian Henckel von Donnersmark. Avec ce film complexe à l’indiscutable maîtrise (successivement une tragédie, un film de procès et un revenge movie), Akin embrasse sans barguigner la somme des réalités contemporaines d’outre-Rhin — notamment la résurgence d’activistes nazis décomplexés. Il signe en sus un bouleversant portrait de femme dans toutes les acceptions organiques du terme, offrant à Diane Kruger son premier réel grand rôle dans sa langue maternelle. Le fort signifiant politique de ce retour aux sources artistique — dûment distingué à Cannes — lui confère une étiquette de c

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"Maryline" : Démise en scène

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Venue de sa province, Maryline se rêve comédienne. Outre la blondeur attachée à son prénom si lourd à porter, elle dégage un je-ne-sais quoi séduisant les cinéastes. Las ! Son incapacité à fendre l’armure la plombe et elle végète, quand elle ne s’auto-détruit pas dans l’alcool… La bonne nouvelle, c’est que Guillaume Gallienne a renoncé à jouer dans son second long métrage — il nous devait bien cela, après avoir doublement imposé sa présence dans Les Garçons et Guillaume, à table ! La mauvaise, c’est le choix de la presque jeune Adeline D’Hermy, empruntée au Français. Son visage marqué est dépourvu de la cinégénie requise pour ce rôle : on ne perçoit jamais la radieuse séduction censée émaner de son personnage. La malheureuse semble pourtant se donner du mal pour être à la hauteur ; sans beaucoup de succès malheureusement : on est plus enclin à la conspuer avec ses opposants qu’à éprouver de la compassion pour elle. Paradoxalement, le réalisateur parvient à tirer de ce malaise un effet productif à la toute fin de son film, quand Maryline au bord

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"Tout nous sépare" : Tant mieux…

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Un homme idéal

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Un plan parfait

ECRANS | De Pascal Chaumeil (Fr, 1h45) avec Diane Kruger, Dany Boon…

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Un plan parfait

Le navet français de cette rentrée, ce n’est ni Les Seigneurs, ni Astérix, ni Stars 80, tous échappant peu ou prou à l’infamie, mais bien ce calamiteux Plan parfait. C’est une surprise car Pascal Chaumeil avait, avec son très bon Arnacœur, su revitaliser un genre (la comédie française) en lui insufflant charme et légèreté, et en misant sur un impeccable double duo d’acteurs (Paradis / Duris et Damiens / Ferrier). Un plan parfait tente de refaire le coup mais le casting est sa faiblesse la plus criante : le tandem Kruger / Boon n’est jamais crédible, elle peu à l’aise avec des gags il est vrai éculés, lui jamais émouvant dans la partie romantique. Quant aux deux seconds rôles comiques, ils ont été confiés à des comédiens dont la médiocrité et la vulgarité

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir été écrit sur mesure. Il y a dans Au service de sa Majesté un petit charme très français du second rôle savoureux, plus digeste que la pratique éculée de la guest écrasante. Guillaume Gallienne, Vincent Lacoste, Valérie Lemercier, Catherine Den

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