Une autre vie

ECRANS | D’Emmanuel Mouret (Fr, h35) avec JoeyStarr, Jasmine Trinca, Virginie Ledoyen…

Christophe Chabert | Lundi 20 janvier 2014

Photo : © Pascal Chantier


Aurore, pianiste qui ne joue plus depuis la mort de son père, rencontre Jean, électricien spécialisé dans la pose d'alarmes, qui vit avec Dolores, modeste vendeuse de chaussures. S'ensuit un triangle amoureux mélodramatique, à l'émotion contenue par une mise en scène qui préfère les chuchotements aux cris, la pudeur à l'hystérie, et qui revient comme un aimant sur la question centrale du cinéma d'Emmanuel Mouret : une phénoménologie du sentiment amoureux qui scrute les lapsus, les actes manqués et les hésitations plutôt que les discours emplis de certitudes.

En délaissant son ton habituel de fantaisie légère à la Rohmer pour les violons du drame conjugal à la Truffaut — et en laissant sa place à l'écran à un JoeyStarr un peu pétrifié par l'enjeu —Mouret se prend les pieds dans le tapis du pléonasme. Film sérieux ne veut pas forcément dire film qui se prend au sérieux, et c'est tout le problème d'Une autre vie, dont on se demande sans cesse ce qui l'empêche de retrouver ne serait-ce qu'un peu de cette quotidienneté badine qui faisait le charme de Changement d'adresse ou de L'Art d'aimer.

Seul le beau personnage De Dolores — géniale Virgine Ledoyen, comme d'habitude, et tant pis pour ceux qui continuent à ne pas voir la grande actrice qu'elle est — victime désignée devenue ange exterminateur froid et manipulateur, tire le film vers les hauteurs qu'il prétend atteindre. Le reste du temps, Mouret fait comme ses comiques qui acceptent un rôle dramatique pour obtenir des prix : il oublie ses racines et mime le mélodrame plus qu'il ne le fait exister.

Christophe Chabert


Une autre vie

D'Emmanuel Mouret (Fr, 1h35) avec Joey Starr, Virginie Ledoyen... Jean, électricien, pose des alarmes dans des demeures du sud de la France. Il y rencontre Aurore, célèbre pianiste. Malgré leurs différences, ils tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre et envisagent ensemble une autre vie.
Cinéma Le Méliès Jean Jaurès 10 place Jean Jaurès Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" : Pas sages à l’acte

ECRANS | ★★★★☆ De Emmanuel Mouret (Fr., 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne… Sortie le 16 septembre 2020

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces références, ce que l’on apprécie à l’écran est bel et bien du Mouret et l’on en redemande.

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JoeyStarr & Cut Killer en clôture du Foreztival 2019

Festival | La programmation complète du 15e Foreztival a (enfin) été dévoilée avec plus d'une quarantaine d'artistes présents cette année du 2 au 4 août à Trelins. Après avoir (...)

Nicolas Bros | Dimanche 28 avril 2019

JoeyStarr & Cut Killer en clôture du Foreztival 2019

La programmation complète du 15e Foreztival a (enfin) été dévoilée avec plus d'une quarantaine d'artistes présents cette année du 2 au 4 août à Trelins. Après avoir déjà annoncé du très lourd avec, pêle-mêle, VALD, Thérapie Taxi, Goran Bregovic, Feu ! Chatterton ou bien Tiken Jah Fakoly, pour ne citer qu'eux, le plus gros festival forézien vient de lâcher ses derniers noms. Parmi ceux-ci on retrouve notamment le "Jaguarr" JoeyStarr et son acolyte Cut Killer en format sound system pour la clôture du festival, le dimanche soir. Une venue qui risque de marquer l'histoire du petit village de Trelins qui, chaque année, met la barre de plus en plus haut... Autres artistes annoncés lors de cette dernière salve : Tha Trickaz, Throes + The Shine, le rap sud-africain de Yugen Blackrok ou encore le groupe de reggae local Naksookhaw. Avec pour objectif d'attirer comme lors de l'année 2018, plus de 30 000 spectateurs, le Foreztival entend bien poursuivre sur sa lancée. Foreztival #15, du 2 au 4 août 2019 à Trelins Plus d'infos sur cette page

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Emmanuel Mouret, Cécile de France, Édouard Baer : « Pour moi, le cinéma est dans les ellipses, dans ce que l’on suppose »

"Mademoiselle de Joncquières" | La rencontre entre Emmanuel Mouret et Diderot provoque celle de Cécile de France avec Édouard Baer. Conversation avec trois d’entre eux — Diderot étant naturellement excusé…

Vincent Raymond | Jeudi 13 septembre 2018

Emmanuel Mouret, Cécile de France, Édouard Baer : « Pour moi, le cinéma est dans les ellipses, dans ce que l’on suppose »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? EM : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments…

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"Mademoiselle de Joncquières" : Mensonges et trahisons (et plus si affinités)

Relations textuelles | Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination (...)

Vincent Raymond | Jeudi 13 septembre 2018

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, Mouret dépasse la cru

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Caprice

ECRANS | Après le virage dramatique raté d’"Une autre vie", Emmanuel Mouret revient à ce qu’il sait faire de mieux, le marivaudage comique autour de son éternel personnage d’amoureux indécis, pour une plaisante fantaisie avec une pointe d’amertume. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 avril 2015

Caprice

L’ingrédient typique d’une bonne comédie pourrait se résumer à cela : prenez un individu ordinaire, plutôt bien dans sa vie et dans sa peau, puis faites lui traverser des épreuves dramatiques pour lui mais drôles pour le spectateur, avant de le ramener dans son environnement initial. Le discret culot dramaturgique de Caprice, le nouveau film d’Emmanuel Mouret, consiste à renverser ce schéma. Au départ, Clément — Mouret lui-même, retrouvant avec délectation son registre d’amoureux indécis et maladroit — est un instituteur pas franchement en veine : divorcé et gérant tant bien que mal la garde alternée de son fils, il passe ses soirées seul au théâtre à admirer Alicia — Virginie Efira, une actrice hors de sa portée sociale. Le bonheur va lui tomber dessus sans prévenir : non seulement Alicia s’éprend de lui, mais il séduit sans le vouloir une autre fille, Caprice — Anaïs Demoustier, aussi charmante qu’envahissante. Trop de bonheur Le problème de Clément, c’est donc que tout va (trop) bien et ce soudain accès de félicité provoque en retour atermoiements et culpabilité. Mouret ne fait ici que retrouver ce qui a toujours été son territoire de

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Miele

ECRANS | De Valeria Golino (It-Fr, 1h36) avec Jasmine Trinca, Carlo Cecchi…

Christophe Chabert | Lundi 23 septembre 2013

Miele

L’entrée en matière de Miele est intrigante et réussie : on suit une jeune femme fébrile et sur la brèche, entre l’Italie, l’Amérique et le Mexique, accrochée à ses écouteurs, sans savoir exactement ce qu’elle cherche. Junkie ? Dealeuse ? La révélation est plus inattendue : sous le pseudonyme de Miele, Irène pratique illégalement des suicides assistés. La scène où on découvre son activité est forte, décrivant avec précision ce protocole qui doit prendre en compte les victimes tout en dissimulant les preuves de ce qui reste un délit. Jasmine Trinca est d’ailleurs au diapason de ce mélange de froideur et d’empathie, vraiment formidable. Mais Valeria Golino choisit ensuite de centrer son film autour de la relation entre Miele et un homme misanthrope et blasé qui décide de mourir par affliction. La cinéaste s’embourbe alors dans une ode au retour à la vie qui confond sensibilité et sensiblerie, mais surtout vient entériner sans le vouloir l’idée que le suicide assisté n’est pas forcément légitime médicalement. Cela reste latent, car Golino insiste surtout sur la métamorphose de Miele, qui à son tour s’ouvre au monde et cesse d’être une passeuse — de mort, de sexe ou

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Les Seigneurs

ECRANS | D’Olivier Dahan (Fr, 1h37) avec José Garcia, Jean-Pierre Marielle, Ramzy, JoeyStarr, Gad Elmaleh, Franck Dubosc…

Christophe Chabert | Vendredi 21 septembre 2012

Les Seigneurs

Typique du cinéma industriel qui se développe en ce moment dans l’Hexagone, Les Seigneurs est avant tout un film de producteur, en l’occurrence l’ancien comédien Isaac Sharry. Olivier Dahan, certes réalisateur de La Môme mais qu’il avait tourné juste après une commande déjà bien foireuse pour Luc Besson (Les Rivières pourpres 2), ne vient donc qu’apporter sa griffe à un récit archi-calibré (en gros, un entraîneur à la dérive est engagé pour s’occuper d’une équipe de dernière zone sur l’île de Molène, Bretagne, et convainc tous ses anciens camarades de renfiler les gants pour défendre l’usine menacée de fermeture). Le problème, c’est que Dahan est plus une erreur de casting qu’un atout : il ne sait manifestement pas mettre en scène de la comédie, sinon en surdécoupant le jeu de ses comédiens ou en les cadrant large quand ils font leur numéro, et en jouant sur des effets qui rappellent rien moins que Les Fous du stade avec Les Charlots. Quant au foot, n’en parlons même pas — de toute façon, seul Carlos Reygadas a su le filmer dans Batalla en el cielo. Dès qu’il esquisse un pas de côté vers la chronique sociale ou l’émotion, on sent Dahan

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