The Ryan initiative

ECRANS | De et avec Kenneth Branagh (ÉU, 1h45) avec Chris Pine, Keira Knightley…

Christophe Chabert | Lundi 27 janvier 2014

Drôle d'idée que de "ressusciter" l'espion Jack Ryan, figure littéraire so guerre froide inventée par Tom Clancy, transcendée par MacTiernan dans À la poursuite d'octobre rouge avant de se vautrer dans une série de films très à droite sous les traits d'Harrison Ford. Plus étrange encore : confier les commandes de ce blockbuster à Kenneth Branagh, dont les motivations sont ici encore plus troubles que dans son précédent Thor, qui avait au moins le mérite de chercher une inspiration shakespearienne chez son super-héros.

De la mise à jour contemporaine — Ryan naît en tant qu'espion sur les cendres du World Trade Center et dans les combats en Afghanistan — à la romance vaudevillesque entre lui et une médecin plutôt mal incarnée par Keira Knightley, rien ne prend, et la mise en scène, malgré l'élégant travail chromatique conduit par le chef opérateur Haris Zambarloukos, ne sait jamais quel style adopté. Film d'espionnage à l'ancienne ? Film d'action post-Greengrass ? Le montage, maladroit, achève de mixer hystériquement toutes ces options, et Branagh, à défaut de trouver sa voie derrière la caméra, se venge devant en jouant le méchant Russe avec une théâtralité assumée qui renvoie aux personnages colorés et improbables qu'aimait endosser son maître Laurence Olivier à la fin de sa carrière — dans Ces garçons qui venaient du Brésil ou Le Limier. Son cabotinage ne fait que renforcer la fadeur de Chris Pine en Jack Ryan, héros palot d'un film insipide.

Christophe Chabert


The Ryan Initiative

De Kenneth Branagh (ÉU, 1h45) avec Chris Pine, Kevin Costner...

De Kenneth Branagh (ÉU, 1h45) avec Chris Pine, Kevin Costner...

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Ancien Marine, Jack Ryan est un brillant analyste financier. William Harper le recrute au sein de la CIA pour enquêter sur une organisation financière terroriste. Jack Ryan part à Moscou pour rencontrer l’homme d’affaires qu’il soupçonne d’être à la tête du complot.


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Repères : L’Orient-Express, un train pas comme les autres

ECRANS | 1883 : Ouverture par la Compagnie internationale des wagons-lits de l’Orient-Expres, ligne de luxe reliant Paris à Vienne via Munich ; la ligne (...)

Vincent Raymond | Mercredi 13 décembre 2017

Repères : L’Orient-Express, un train pas comme les autres

1883 : Ouverture par la Compagnie internationale des wagons-lits de l’Orient-Expres, ligne de luxe reliant Paris à Vienne via Munich ; la ligne Simplon-Orient-Express qui dessert Istambul par Venise, Belgrade et Sofia, ouvre en 1919. 1934 : Publication du roman d’Agatha Christie (1890-1976) Le Crime de l’Orient-Express, se déroulant à bord du Simplon-Orient-Express. 1963 : Dans Bons Baisers de Russie (1963) de Terence Young, James Bond embarque dans le train légendaire où il affronte un tueur du Smersh. 1974 : Première adaptation cinématographique du roman d’Agatha Christie par Sidney Lumet, avec Albert Finney en Poirot. Un Oscar de Meilleure actrice dans un second rôle pour Ingrid Bergman et cinq autres citations. Suivront deux téléfilms en 2001 et 2010 — le second avec David Suchet, interprète de la série télévisée Hercule Poirot pendant un quart de siècle. 1976 :

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Kenneth Branagh : « Un metteur en scène est un détective »

ECRANS | Kenneth Branagh était sans doute le mieux placé pour donner, des deux côtés de la caméra, une nouvelle existence cinématographique au classique d’Agatha Christie. Rencontre avec un cinéaste et comédien à l’humour et l’élégance toutes britanniques…

Vincent Raymond | Mercredi 13 décembre 2017

Kenneth Branagh : « Un metteur en scène est un détective »

Réaliser ce film, était-ce pour vous le moyen de prendre part au meurtre tout en incarnant le personnage d’Hercule Poirot ? C’est la première fois que j’ai l’occasion d’être à la fois réalisateur et détective, et je trouve que c’est un mélange parfait, puisque tous deux sont à la recherche de la vérité. Et lorsqu’il Hercule Poirot mène son investigation pour trouver qui a commis le crime, il demande aux personnages d’être soit à l’intérieur, dehors, dans la cuisine, dans le tunnel pour les interroger — ce sont des indications de metteur en scène, c’est une mise en scène. Metteur en scène et détective sont à la recherche d’une vérité exprimée par l’acteur ou par le personnage : il s’agit toujours de débusquer la vérité et le mensonge. Et en même temps, c’est très amusant d’être au milieu de tout cela. Le Crime de l’Orient-Express arrive après Cendrillon ou Thor. Y a-t-il chez vous une volonté de vous approprier des thèmes connus et de les rendre contemporains ? Pour moi, la modernité vient de

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"Le Crime de l’Orient-Express" : Crème de Poirot à la neige

ECRANS | Les plus fameuses bacchantes de la littérature policière sont de retour sur Kenneth Branagh, nouvel avatar d’Hercule Poirot dans une version dynamisée du classique d’Agatha Christie. S’il n’efface pas celui de Lumet, ce "whodunit all-star game" est promesse d’une jolie série…

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Kenneth Branagh n’a jamais manqué de panache. Las, le Britannique a eu l’exquise malchance de partager avec ses trop illustres devanciers Welles et Olivier un goût structurant pour Shakespeare. De l’avoir défendu avec ferveur sur les planches et de s’être jeté dans plusieurs de ces adaptations ambitieuses qui, à moins d’un engouement aussi inespéré que soudain pour le théâtre élisabéthain, attisent la méfiance des studios comme du grand public. Toutefois, parce qu’il est à l’instar d’Orson et Lawrence un comédien éclectique prenant du plaisir à (tout) jouer, le cinéaste n’a jamais été mis au ban du métier. Il s’est même refait du crédit auprès des financeurs en signant du blockbuster pour Paramount et Disney. Envisageait-il déjà de redonner jeunesse et visage neufs au héros iconique d’Agatha Christie ? Le revoici en position de force à sa place favorite : des deux côtés de la caméra, en route pour une potentielle franchise. Son Poirot embarque ici in extremis à bord du train de luxe pour un trajet agité : son wagon va se trouver immobilisé et il aura à résoudre le meurtre d’un antipathique passager

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Imitation game

ECRANS | Encore une bio filmée ? Encore un film à oscars ? Certes, mais Morten Tyldum réussit à faire de la vie d’Alan Turing, mathématicien génial, inventeur de l’ordinateur, artisan de la défaite des nazis contre l’Angleterre et homosexuel dans le placard un surprenant puzzle à la Citizen Kane. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 26 janvier 2015

Imitation game

En 1940, Alan Turing incorpore une équipe de mathématiciens réunis par les services secrets britanniques afin de décoder le langage utilisé par les nazis pour envoyer des messages informant des positions anglaises. Les méthodes de Turing le mettent en porte-à-faux avec ses collègues : il s’isole et commence à bricoler une machine complexe et coûteuse, tout en tentant de convaincre le ministre de la défense de financer son projet avant-gardiste. Le film de Morten Tyldum — cinéaste norvégien dont les œuvres précédentes n’ont même pas eu droit à une sortie en salles chez nous — ne commence pourtant pas ici, mais quelques années après. Turing est arrêté par la police et interrogé sur ses activités qui, secret défense oblige, ont été effacées par l’administration. Et, régulièrement, le film plonge dans son passé : élève introverti, il avait noué une amitié forte avec un autre jeune garçon, Christopher. Ce puzzle narratif, directement emprunté à Citizen Kane, va faire apparaître le Rosebud de Turing, qui n’est pas tant son homosexualité, rapidement révélée, que ce qui a fait tenir ensemble toutes les pièces de son existence. Citizen Turing Qu’on se l

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Star Trek : Into Darkness

ECRANS | J. J. Abrams fait encore mieux que le premier volet avec ce nouveau Star Trek, blockbuster autoroute sans temps morts, qui ne cherche pas à être autre chose que ce qu’il est : un morceau de mythologie transformé en récit survolté et spectaculaire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 juin 2013

Star Trek : Into Darkness

Nouvelle mission pour le capitaine Kirk et le Docteur Spock : venir en aide à une peuplade primitive menacée d’extinction par un volcan en éruption. Tandis que Kirk cavale sur terre pour rejoindre l’Enterprise, Spock se téléporte au cœur du volcan pour y placer une bombe qui viendra l’éteindre. Dans le crescendo des dix premières minutes d’Into darkness se joue déjà toute la virtuosité de J. J. Abrams : chaque personnage porte son enjeu, et leurs interactions créent une multitude de conflits qu’il faut résoudre. Spock, le Vulcain garant de la règle et de son strict respect, se heurte à Kirk pour qui la réussite d’une mission et la préservation de son équipe vont de pair. Tout cela est raconté avec une myriade de péripéties, de l’action et un suspens constant, sans parler d’une 3D maîtrisée — on me souffle que la version IMAX est encore plus impressionnante — et d’une remarquable direction artistique — la flore est rougeoyante, les indigènes ont la peau blanche comme du plâtre écaillé et les yeux noirs sans pupille. Mais il y a plus : ce peuple vit encore dans la vénération d’idoles archaïques, représentées sur un parchemin que l’on déplie comme on dressait un an

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