Aimer, boire et filmer

ECRANS | Une sélection 100% française pour ce mois de mars au cinéma, même si, entre Alain Resnais, Quentin Dupieux et le docu engagé de Julie Bertuccelli, il y a quelques abîmes… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Photo : © F comme Film - Arnaud Borrel


Peut-on être encore jeune à 92 ans ? Il serait facile de choisir la démagogie et de répondre oui… Or, Alain Resnais et la démagogie, ça fait deux ! Dans Aimer, boire et chanter (26 mars), il assume clairement son âge et signe un film de vieux. Mais attention, rien de péjoratif là-dedans… En adaptant pour la troisième fois une pièce de l'Anglais Alan Ayckbourn, il montre comment des couples plutôt rouillés ou mal assortis sont bousculés par l'annonce de la mort prochaine de George Riley, leur "ami". Le dispositif, qui ne cache rien de la théâtralité d'un texte où, justement, les personnages passent une partie de l'action à répéter une pièce de théâtre, paraît d'abord assez lourd, sinon assez laid. Mais le film finit par passionner en créant un magnifique dialogue entre le champ — des personnages englués dans leurs mensonges et paralysés par le temps qui passe — et le hors champ — un George invisible, la pièce qu'on ne verra jamais et surtout une jeunesse qu'ils se contentent de regarder de loin. Dans son dernier acte, Resnais finit par entrer chez eux pour s'offrir de splendides envolées de mise en scène. Et de laisser tomber les ruminations crépusculaires de ses derniers films pour une œuvre joyeuse et libre, à l'image de son titre.

Police peu académique

Libre, Quentin Dupieux l'est depuis longtemps. Au point de tourner, entre deux projets conséquents (Wrong et le futur Réalité) un faux film mineur, Wrong cops (19 mars), où des flics effectivement ripoux se croisent dans une intrigue aussi absurde que rigoureusement filmée. Un trafic de drogue dans des rats morts, un policier mélomane avec un œil crevé qui cherche le morceau électro parfait, un trésor trouvé dans un jardin qui servira à dissimuler un passé de modèle nu dans des revues porno… Dupieux ose tout, et derrière le bricolage potache et récréatif, impose une fois de plus un univers archi-personnel, complètement dingue mais très sain en ces temps de normativité cinématographique.

Terminons avec un très beau documentaire : La Cour de Babel de Julie Bertuccelli (12 mars). La réalisatrice de Depuis qu'Otar est parti est allée filmer des enfants issus de l'immigration dans une classe d'accueil parisienne. Il y a le portrait de ces jeunes, attachants, volontaires, drôles et intelligents ; et il y a ce que leurs trajectoires révèlent du monde d'aujourd'hui : les guerres qui continuent et l'enfer économique, la place des femmes dans certains pays et celles des minorités dans d'autres. C'est le tour de force du film : trouver le point de convergence entre un regard local et une vision globale, entre émotion et politique.


Aimer, boire et chanter

De Alain Resnais (Fr, 1h48) avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot...

De Alain Resnais (Fr, 1h48) avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot...

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Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples est bouleversée pendant quelques mois, du printemps à l’automne, par le comportement énigmatique de leur ami George Riley.


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Aimer, boire et chanter

ECRANS | Pour sa troisième adaptation d’Alan Ayckbourn et, donc, son tout dernier film, Alain Resnais choisit de laisser en sourdine ses ruminations crépusculaires pour une comédie qui célèbre la vie et la vieillesse, les artifices du théâtre et la force du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Aimer, boire et chanter

Dans Aimer, boire et chanter il y a, comme dans tous les films d’Alain Resnais un dispositif formel fort et très visible. Trop ? C’est ce que l’on pense lors des premières séquences, où le choix de toiles peintes découpées en rideaux pour les entrées et sorties est d’un goût contestable. Cette théâtralité, qui renvoie à la pièce d’Alan Ayckbourn que Resnais adapte ici — la troisième après Smoking / No Smoking et Cœurs — est cependant justifiée par le leitmotiv qui lance chacun des actes : Colin (Hyppolite Girardot) et sa femme Kathryn (Sabine Azéma) répètent eux-mêmes une pièce de théâtre, mais n’en dépassent jamais les premières répliques, la vie et le naturel finissant par reprendre le dessus. On ne verra jamais cette pièce à l’écran, tout comme on ne verra jamais son acteur principal, George Riley, dont son médecin Colin révèle la mort prochaine. Alors que ses amis (le couple formidable Caroline Silhol / Michel Vuillermoz), son épouse (Sandrine Kiberlain) et son rival (André Dussollier) s’inquiètent, se lamentent ou se réjouissent de la disparition annoncée de leur collègue, George retrouve une nouvelle jeunesse. Et ce sont plutôt les secret

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Wrong cops

ECRANS | Avoir une double vie, de nos jours, n’a rien d’extraordinaire. Et si avant on trompait sa femme, c’est surtout la routine que l’on cherche à tromper (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Wrong cops

Avoir une double vie, de nos jours, n’a rien d’extraordinaire. Et si avant on trompait sa femme, c’est surtout la routine que l’on cherche à tromper aujourd’hui. Faire de la musique électronique, poser pour des revues porno gays, trafiquer de la drogue cachée dans des rats crevés, creuser son jardin pour y déterrer un trésor : rien de bien méchant, dans le fond, que ces petits secrets-là. Chez Quentin Dupieux, cependant, ces hobbys sont ceux d’une bande de flics ripoux et dégénérés, dont la bêtise satisfaite va entraîner une cascade de quiproquos graduellement absurdes et tragiques. Duke, le plus tordu de tous, après avoir abattu sans le faire exprès son voisin, harcèle un adolescent en l’obligeant à écouter de la musique pendant qu’il se détend en slip sur son canapé ; Sunshine, pour éviter l’infamie familiale d’une révélation sur ses activités pornographiques, doit céder au chantage de sa collègue Holmes ; quant à De Luca, il laisse s’exprimer pleinement son penchant pour le harcèlement sexuel des femmes à forte poitrine… Sous le soleil écrasant de Los Angeles et avec ce style désormais reconnaissable, Quentin Dupieux croise les histoires de cette brigade corrompue jus

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La Cour de Babel

ECRANS | Un an dans une classe d’accueil parisienne avec des adolescents venus de tous les coins du monde : un beau documentaire de Julie Bertuccelli qui, en adoptant un point de vue local, dresse une carte des troubles qui agitent le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

La Cour de Babel

L’école, nouveau lieu d’élection du documentaire français ? Le triomphe d’Être et avoir, la Palme d’Entre les murs — une fiction, certes, mais avec de gros morceaux de réalité à l’intérieur — et le succès au long cours du très réac’ Sur le chemin de l’école pointent en tout cas la salle de classe comme miroir d’une société, de ses conflits, de ses espoirs et de ses doutes. Avec La Cour de Babel, Julie Bertuccelli opère une parfaite synthèse de tous ces films-là, posant sa caméra pendant un an dans une classe d’accueil parisienne, c’est-à-dire un "sas" de remise à niveau pour adolescents étrangers fraîchement arrivés en France. Il y a là une institutrice modèle — Brigitte Cervoni — des élèves attachants, certains très doués — Felipe, un Chilien qui raconte son histoire dans une BD particulièrement inspirée, Andromeda, une Roumaine à l’intelligence éclatante et au regard débordant de bienveillance — et des parents fiers de la volonté d’apprendre manifestée par leur progéniture… Le film avance à coups d’évén

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André Dussollier : «Quand on joue, il n’y a plus de masques»

ECRANS | En tournée pour la sortie de "Diplomatie" de Volker Schlöndorff, rencontre avec le grand André Dussollier autour du film, mais aussi du prochain film d’Alain Resnais, "Aimer, boire et chanter" dont, au moment de l’entretien, on ne savait pas encore qu’il serait le dernier… Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

André Dussollier : «Quand on joue, il n’y a plus de masques»

Comment êtes-vous passé de ce texte, Diplomatie, que vous avez beaucoup joué au théâtre à sa version cinématographique ? Y avait-il une forme de désapprentissage ? André Dussollier : Avec Niels Arestrup, on était prêts à tenter une aventure nouvelle. Il y a eu des moments en jouant la pièce où je me suis dit c’est dommage qu’il n’y ait pas une caméra. Au théâtre, on est souvent de profil face au public, qui est loin. Diplomatie, c’est un sujet qui correspond bien au cinéma, cela nous donne le privilège de parler de façon douce comme les diplomates, on va affronter ces grands problèmes en face à face, d’homme à homme, en susurrant parfois alors que c’est la guerre autour de nous. Je pense que la diplomatie se passe comme ça, à mots feutrés. Ce n’est pas que ça n’allait pas au théâtre, mais on s’adaptait à des contraintes techniques différentes. Il fallait oublier tout ce qu’on avait fait au théâtre, et l’avantage, c’était de travailler avec un metteur en scène qui n’avait pas vu la pièce, et qui nous regardait comme s

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Aimer, boire et filmer

ECRANS | Une sélection 100% française pour ce mois de mars au cinéma, même si, entre Alain Resnais, Quentin Dupieux et le docu engagé de Julie Bertuccelli, il y a quelques abîmes… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

Aimer, boire et filmer

Peut-on être encore jeune à 91 ans ? Il serait facile de choisir la démagogie et de répondre oui… Or, la démagogie et le regretté Alain Resnais, ça faisait deux ! Donc, pour son ultime Aimer, boire et chanter (26 mars), il assumait clairement son âge et signe un film de vieux. Mais attention, rien de péjoratif là-dedans… En adaptant pour la troisième fois une pièce de l’Anglais Alan Ayckbourn, il montre comment des couples plutôt rouillés ou mal assortis sont bousculés par l’annonce de la mort prochaine de George Riley, leur «ami». Le dispositif, qui ne cache rien de la théâtralité d’un texte où, justement, les personnages passent une partie de l’action à répéter une pièce de théâtre, paraît d’abord assez lourd, sinon assez laid. Mais le film finit par passionner en créant un magnifique dialogue entre le champ — des personnages englués dans leurs mensonges et paralysés par le temps qui passe — et le hors champ — un George invisible, la pièce qu’on ne verra jamais et surtout une jeunesse qu’ils se contentent de regarder de loin. Dans son dernier acte, Resnais entre chez eux pour s’offrir de splendides envolées de mise en scène. Curieusement, là où ses fi

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Panorama Ciné 2014

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 3 janvier 2014

Panorama Ciné 2014

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire, dont on vous parle juste à côté. Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le Volume 1 nous a conquis par son insolente liberté de forme et de ton ; le même jour, par un hasard de calendrier, Riad Sattouf, formidable auteur de BD et réalisateur d’une des meilleures comédies françaises de ces dernières années (Les Beaux Gosses), mettra lui aussi Charlotte Gainsbourg à l’honneur dans sa fable caustique Jacky au royaume des filles. Belles et bêtes Au petit jeu des comédiens qui vont truster l’affiche en 2014, on trouve,

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