Son épouse

ECRANS | De Michel Spinosa (Fr, 1h47) avec Yvan Attal, Janagi, Charlotte Gainsbourg…

Christophe Chabert | Lundi 14 avril 2014

Curieux film, aussi téméraire que raté, Son épouse tranche avec l'ordinaire du cinéma français. Cela tient autant à son sujet aux accents fantastiques qu'au dépaysement de l'action, démarrée dans la grisaille d'une campagne française avant de s'expatrier vers une Inde inédite, celle des asiles où sont enfermées des femmes "possédées". C'est Joseph (un Attal fantomatique) qui effectue le voyage, sur les traces de sa défunte épouse Catherine (une Gainsbourg fantôme), ex-junkie disparue dans des conditions troubles du côté de Madras. Une jeune Tamoule, Gracie, prétend être habitée par son esprit, ébranlant le cartésianisme de Joseph.

Comme Corneau dans Nocturne indien il y a vingt-cinq ans, ce choc des cultures et des croyances se traduit dans la mise en scène de Michel Spinosa (auteur du très bon Anna M.) par une certaine langueur hébétée, le rythme du film se calquant sur celui de son protagoniste, errant dans un monde dont il ne comprend ni la langue, ni les traditions, ni les valeurs. Belle idée, que le film saborde par sa construction dramatique en flashbacks, ramenant à intervalles réguliers l'action vers un laborieux psychodrame conjugal dont le seul but est d'éclairer la culpabilité de Joseph. Son épouse ne décolle vraiment que dans la scène, très forte, où Catherine va acheter de la dope à un dealer Hollandais perché — Jeroen Perceval, vu et aimé dans Bullhead et Borgman. Les deux faces du film — l'Occident dépressif et l'Inde interdite — fusionnent et Spinosa capte enfin cette inquiétante étrangeté qu'il poursuivait jusqu'ici sans succès.

Christophe Chabert

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Charlotte Gainsbourg: « Ce qui m’intéressait, c’était voir sa peau, avoir un contact physique. »

Jane par Charlotte | La fille de qui l’on sait et sa mère se livrent (et se délivrent) l’une l’autre dans un double portrait au miroir tenant autant de la catharsis que de l’apprivoisement mutuel, à la lisière timide du public et du public. Rencontre avec Charlotte Gainsbourg.

Vincent Raymond | Mercredi 12 janvier 2022

Charlotte Gainsbourg: « Ce qui m’intéressait, c’était voir sa peau, avoir un contact physique. »

Concrètement, comment en êtes-vous arrivée à ce dialogue ouvrant le film, au Japon autour d’une tasse de thé avec votre mère ? Charlotte Gainsbourg : Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour démarrer. Je me suis d’abord adressée au producteur de mes clips. Du coup, c’était facile de mettre sur pied une équipe avec le chef-op’ que je connaissais. Entre le temps où j’ai demandé à ma mère si l’idée pouvait la séduire et le fait d’aller au Japon pour que ça se concrétise, ce n’a pas été si long. Mais elle n’a pas aimé ce premier échange. Elle ne savait pas ce que je voulais faire ; moi-même je ne savais pas. J’avais mis au point une interview avec plein de questions en me disant qu’il fallait que je sois la plus sincère possible, que ce soit direct, intime et pas professionnel. Mais justement, c’était choquant pour elle d'avoir à répondre à des questions personnelles devant une équipe qu’elle ne connaissait pas, en pensant peut-être que j'allais faire un documentaire comme elle en déjà fait plein. Du coup, elle accusé le coup et m’a dit « on arrête, je ne veux pas recommencer

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"Lux Æterna" : Demande à la lumière !

ECRANS | ★★★★☆ De Gaspar Noé (Fr., 0h50) avec Béatrice Dalle, Charlotte Gainsbourg, Felix Maritaud… Sortie le 23 septembre 2020

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Sur le plateau du film sur la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg jusqu’à ce que le tournage reprenne. Déclenchant chaos et douleurs… En à peine une heure, Noé livre un concentré magique de ce qui fait l’essence d’un tournage (et qui, en définitive, n’est pas si loin du sentiment amoureux) : l’euphorie, la complicité, la duplicité, la trahison, le rire, l’angoisse, la perversité, la manipulation, l’imprévu, le profit, l’incompréhension… Bref, un catalogue de passions humaines comprimées dans un climax et s’achevant littéralement sur une petite mort oculaire, un insoutenable orgasme de poésie écarlate stroboscopique à déconseiller absolument aux épileptiques photosensibles. Clairement placé sous le patronage artistique de devanciers qu’il prénomme au lieu de les nommer (Dreyer, Godard, Fassbinder…), scandé d’images d’Häxan, vrai-faux film schizoïde en split-screen, auto-making-off, règlement de compte avec les caprices des uns, l’orgueil des autres, les parasites de tout poil (sollicitateur

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"Mon chien Stupide" : Chienne de vie !

ECRANS | De et avec Yvan Attal (Fr., 1h45) avec également Charlotte Gainsbourg, Pascale Arbillot, Éric Ruf…

Vincent Raymond | Mercredi 23 octobre 2019

Jadis écrivain prometteur, Henri n’a rien produit de potable depuis des années. La faute en incombe, selon lui, à sa femme et ses enfants qu’il accuse de tous ses maux. Lorsqu’un énorme molosse puant et priapique débarque ex nihilo dans sa vie, il y voit un signe bénéfique du destin. Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui aimerait bien souvent se comporter comme eux. Incorrect au plus haut degré, l’égotique Henri est de cette race d’anars domestiques en ayant soupé des convenances et du masque social ; peu lui chaut de dire ses quatre vérités son épouse ou à sa progéniture. En cela, il évoque beaucoup le narrateur de American Beauty (1999) — dont on se demande par ricochet s’il n’a pas été inspiré par le roman posthume de John Fante que Yvan Attal adapte ici. Mais aussi cet autre écrivain obsessionnel et râleur héros de Kennedy et moi (1999), campé par Jean-Pierre Bacri. D’ailleurs, cela peut-être l’enseignement principal de Mon chien stupide, Yvan A

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"L’Île aux Chiens" : Rōnins canins

Ouah l’animation ! | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mercredi 4 avril 2018

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et le parque sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme compos

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Pierre Niney : « Apparement, je ne joue que des menteurs… »

"La Promesse de l'Aube" | Pierre Niney enfile un nouveau costume prestigieux : celui d’un auteur ayant au moins autant vécu d’existences dans la vraie vie que dans ses romans, Romain Gary. Rencontre avec un interprète admiratif de son personnage.

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Pierre Niney : « Apparement, je ne joue que des menteurs… »

Comment êtes-vous passé du statut de lecteur de Gary — et de connaisseur selon votre metteur en scène — à celui d’interprète de son personnage ? Pierre Niney : Eric Barbier dit que je connais très bien Romain Gary, mais ce n’est pas vrai (sourires) ! Je connaissais La Promesse de l’aube que j’adorais, mais peu Gary. Il m’a parlé de son film, qui est une adaptation d’une adaptation de certains épisodes de la vie de Gary, et notamment de ce lien complètement fou, démesuré, toxique et inspirant avec sa mère. On a pris la liberté de s’écarter d’une réalité factuelle de la vie de Gary. Ce n’est donc pas un biopic, car ce n’était pas l’intention du livre — un autobiographe a rarement l’intention de dire la stricte vérité — ; surtout pas Gary, dans aucun de ses livres. Le fils de Romain Gary, Diego, avait fait la remarque : « ma grand-mère s’appelait Mina et pas Nina » Cette distance-là est importante. Je joue donc un “personnage”, à qui il arrive des choses extraordinaires qui sont réellement arrivées à Gary dans beaucoup de moments

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"La Promesse de l'aube" : La mère de toutes les batailles

ECRANS | de Eric Barbier (Fr., 2h10) avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon… (20 décembre)

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Mexique, fin des années 1950. S’isolant de la fièvre de la Fête des morts, le diplomate et écrivain Romain Gary, entreprend la quarantaine révolue de raconter dans un livre ce qui l’a conduit à mener toutes ses vies : une promesse faite à la femme de sa vie, sa mère… Le roman de Romain Gary se prête merveilleusement à l’adaptation (donc aux nécessaires trahisons) dans la mesure où l’auteur était le premier à enjoliver des faits trop plats afin de gagner en efficacité romanesque — il pratiquait le “mentir-vrai” d’Aragon à un niveau d’expert. Ce préalable étant connu, on peut considérer qu’une transposition prenant quelques libertés avec le texte-source à des fins narratives ou esthétiques fait preuve de la plus respectueuse des fidélités à l’égard de l’esprit du romancier. Telle cette version signée Éric Barbier, d’une ressemblante dissemblance. Le cinéaste y déploie ses qualités que sont l’ambition et la sincérité, indispensables atouts pour marier l’épique, le picaresque, l’académisme et le cocasse autour de cette drôle de fresque où la mère devient un personnage sous la plume d

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"Le Brio" : Laborieux

ECRANS | de Yvan Attal (Fr., 1h35) avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana, Yasin Houicha…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Inégal, parfois maladroit, le film à sketches précédent d’Yvan Attal (Ils sont partout) ne méritait pourtant pas de se faire agonir : il riait de l’antisémitisme et des antisémites sans se perdre dans les lourdeurs du film à thèse — et suivait l’exemple des Monty Python, Mel Brooks ou Woody Allen avec, il est vrai, moins de métier. Dommage, donc, que le réalisateur n’ait pas poursuivi dans cette veine et que son nouveau sujet (de société) soit traité sur un mode aussi conventionnel. Dans ce Pygmalion à la fac, l’équivalent de Higgins est un prof provocateur un brin réac et le pendant d’Eliza une étudiante en droit issue de banlieue, qu’un concours d’éloquence va rapprocher. Mais entre les deux, que de cabotinages et de démonstrations ! Que de professions de foi naïves sur la méritocratie ou l’éthique ! Dans cet emploi de beauf supérieur, Auteuil se dieupardeuïse, mais n’arrive pas être totalement crédible en odieux salaud. Sans doute parce qu’on le voit trop réciter ses répliques goujates. Quant à Camélia Jordana, abonnée aux rôle d’étudiantes, elle sauve sa mise dans ses scènes avec sa mère et sa

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Every Thing Will Be Fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en le tournant en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 avril 2015

Every Thing Will Be Fine

On le croyait engoncé dans sa stature d’icône has been, contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c’est ce que prouve Every Thing Will Be Fine. Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d’un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen, l’a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada, l’a revêtu d’un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l’a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur ; il aurait de toute façon du mal puisque l’histoire est du genre intimiste de chez intimiste. On y suit sur une douzaine d’années les vicissitudes d’un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa compagne (MacAdams). Après une énième dispute, il écrase par accident l’enfant d’une jeune femme secrète (Gainsbourg) vers qui il sera attiré comme un aimant. Le récit avanc

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Samba

ECRANS | Retour du duo gagnant d’Intouchables, Nakache et Toledano, avec une comédie romantique sur les sans papiers où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situation dramatique — la visite dans le centre de rétention — ils la contrebalancent par un moment de comédi

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Le Dernier diamant

ECRANS | D’Éric Barbier (Fr, 1h45) avec Yvan Attal, Bérénice Béjo…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Le Dernier diamant

Dans la grande poubelle à films foireux du mois d’avril, Le Dernier diamant est un exemple fascinant : ce film d’arnaque à la française où un escroc fraîchement libéré de prison tente de dérober un diamant inestimable à une riche héritière révèle, même au moins attentif des spectateurs, sa fabrication chaotique. Il démarre comme une comédie policière enlevée façon Ocean’s eleven et s’achève dans un bain de sang à la Johnnie To ; les dialogues — surtout ceux de Bérénice Béjo, qui grille en un rôle toute la crédibilité acquise chez Hazanavicius et Farhadi — sont grotesques de sérieux explicatif, comme le scénario qui récapitule sans cesse l’intrigue pour les mal-comprenants, jusqu’à une scène où des révélations top confidentielles se font au milieu d’un parc public — super discret, donc. Mais le plus incroyable reste le montage hystérique, aussi vain qu’épuisant, du film, qui vient compenser la mollesse manifeste d’une mise en scène accumulant les gros plans jusqu’à la nausée. Éric Barbier a longtemps été considéré comme le cinéaste maudit de la génération IDHEC — celle de Desplechin, Rochant, Ferran… En fait, après cette daube hallucinante, on se

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Jacky au royaume des filles

ECRANS | Après Les Beaux gosses, Riad Sattouf monte d’un cran son ambition de cinéaste avec cette comédie sophistiquée, aussi hilarante que gonflée, où il invente une dictature militaire féminine qu’il rend crédible par des moments de mise en scène très inspirés… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 janvier 2014

Jacky au royaume des filles

Il était une fois la République Démocratique de Bubune, où les femmes ont le pouvoir qu’elles exercent par la force, où les hommes sont réduits à porter une proto-Burka (la «voilerie»), où les pauvres mangent une bouillie immonde plutôt que des «plantins»… L’autarcie de cette dictature militaire et féminine est aussi un principe de mise en scène pour Riad Sattouf : pas de contrechamp sur l’extérieur (simplement appelé «l’étranger»), mais une immersion dans ce monde créé de toutes pièces, où l’on s’amusera à pister les éléments prélevés dans des pays existants. Il y a donc un peu de Corée du Nord, d’Iran façon Ahmadinejad et de Russie poutinienne, ou encore d’Inde à travers les castes et les vaches sacrées ici transformées en «chevallins». L’environnement de cette comédie hallucinante et hallucinée est tenue d’un bout à l’autre avec sa calligraphie, son Histoire, son langage, et il n’y a qu’à y propulser un héros sans qualité, Jacky (Vincent Lacoste, le Bernard Menez des années 2000), qui se masturbe en pensant à la Colonel promise à prendre le pouvoir (Charlotte Gainsbourg, aussi géniale et troublante ici que chez von Trier), et dont e

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, prônant d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissé sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que S

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane — dont voici les cinq premiers, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 23 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe — Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin — dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman — Stellan Skarsgard — qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. «Ça va être une longue histoire» dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une «nymphomane»… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices — ralentis, split screen, retours en arrière — et changeant sans cesse de formats — pellicule et numérique, scope et 1, 85, couleur et noir et blanc — de style — caméra à l’épaule ou compositions méticul

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