Cannes 2014, jour 3. Films d'horreurs.

ECRANS | Captives d’Atom Egoyan. Relatos salvajes de Damian Szifron. Mr Turner de Mike Leigh. Winter sleep de Nuri Bilge Ceylan.

Christophe Chabert | Lundi 19 mai 2014

Vendredi confession : on ne la sentait pas trop sur le papier, cette compétition. Trop de cinéastes mal aimés, trop de films trop longs, trop d'outsiders sortis du chapeau… Cette troisième journée est venue confirmer nos craintes et y a ajouté un autre facteur : une programmation au bas mot catastrophique dans l'ordre de présentation des films qui a sérieusement amoindri l'impact de ce qui était pourtant l'événement du jour, la projection du Winter sleep de Nuri Bilge Ceylan, dont on parlera à la fin de ce billet.

Disons-le clairement : pourquoi avoir placé le film en séance unique en plein milieu de l'après-midi plutôt qu'à la place de ces deux navets que sont Captives d'Egoyan et Relatos salvajes de Damian Szifron ? À cause de sa durée fleuve — 3h15 ? Sans doute, mais on a envie de dire qu'il vaut mieux, quand les années sont si manifestement pauvres en œuvres dignes de figurer dans la Ligue 1 de Cannes, limiter le nombre de films qu'en envoyer autant au casse-pipe comme de vulgaires hamburgers dans un fast food. L'impression de gavage n'a jamais été aussi forte qu'aujourd'hui et aussi cruelle, testant notre résistance physique et notre capacité à concilier le stress festivalier et le rythme des propositions cinématographiques. Ce qui devait arriver arriva, donc : on a tenu que 2h30 au Bilge Ceylan, à la limite du malaise pur et simple — pas assez mangé, complètement lessivé par un autre film un peu monstrueux et déjà très long, le Mr Turner de Mike Leigh. La quadrature du cercle cannoise est là, criante : voir un maximum de films, écrire dessus, essayer tant bien que mal de garder un semblant d'hygiène de vie (pas de fêtes, pas d'alcool, au moins un vrai repas par jour, minimum cinq heures de sommeil), et recommencer le lendemain jusqu'à l'épuisement total.

 

Revenons un peu sur les deux scandales du jour : d'abord Egoyan, cinéaste définitivement perdu, qui livre avec Captives un de ses plus mauvais films, tout juste bon à aller échouer directement dans les bacs DVD — ou en VOD, puisque c'est manifestement la nouvelle tendance. Ce thriller balourd n'est pas sans rappeler Prisoners, avec son histoire d'enlèvement de gamine, de flics intransigeants et de père éploré, mais il en est la version téléfilmée, sans aucun trouble ni aucun propos sinon celui, devenu poncif chez Egoyan, des nouvelles technologies et de l'image trompeuse. Il y ajoute un insupportable effet de signature : le scénario est déconstruit dans tous les sens, sans raison valable sinon le caprice d'un auteur manifestement en fin de partie, qui n'a même pas la modestie d'essayer d'être efficace et préfère rappeler qu'avant, il y a bien longtemps, il trônait dans le top 5 du cinéma mondial.

Rien ne passe dans Captives : ni l'intrigue, déjà vue mille fois, ni les acteurs, tous mauvais — Ryan Reynolds, ça n'étonnera personne, mais Rosario Dawson, là, ça fait déjà plus mal au cul — ni la mise en scène, qui a besoin de bombarder sa bande-son d'une musique ridiculement anxiogène pour faire croire à un semblant de tension, ni la direction artistique, inférieure à la moindre série télé actuelle. Et on ne parle pas des énormes clichés qui jalonnent le film, du pédophile forcément moustachu au somnifère que l'on fait fondre dans le verre. Un cinéma d'un autre âge, complètement has been et indigne de figurer en compétition.

 

Quant à Relatos salvajes, cet invité surprise argentin s'est vite transformé en intrus embarrassant. Comédie à sketchs cherchant à illustrer la bassesse contemporaine d'une poignée de beaufs pathétiques ne pensant qu'au pognon, se roulant dans une veulerie affligeante et se flanquant des gnons pour un oui, pour un non, elle se veut donc drôle et noire ; elle est juste sinistre et idiote, renvoyant là encore à de la mauvaise télévision plutôt qu'aux chefs d'œuvre de Dino Risi auxquels elle se réfère ouvertement. L'intro fait un peu illusion — elle n'est pas trop mal écrite et plutôt bien filmée — mais dès le premier sketch, c'est un populisme gênant qui se développe où, sans scrupule moral, on peut liquider les cons simplement parce qu'ils sont cons. Au nom de l'humour, le cinéaste se dispense de tout point de vue, qu'il soit cinématographique ou éthique, pose sa caméra n'importe où, raconte n'importe quoi et ne témoigne d'empathie pour personne, ni victimes, ni bourreaux, tous condamnés à finir en charpie humaine.

Relatos salvajes a même une fâcheuse tendance à aller piquer à droite à gauche ses idées (de Duel au Bûcher des vanités en passant par Chute libre) et son obsession bling bling pour les bagnoles et la vulgarité n'est même pas à prendre au second degré. Le dernier sketch, celui du mariage, dit à quel point l'inspiration de Szifron est plus proche de Franck Dubosc que de la comédie italienne : le jour de son mariage, l'épouse découvre que son mari s'est tapé une de ses collègues de travail, va chialer sur le toit, s'envoie le cuistot, et redescend se venger en semant un foutoir monstre pendant la fête. Entre mauvais boulevard et fausse provoc, cette interminable dernière demi-heure témoigne d'un mauvais goût cynique et ricanant qui ne flatte que les bas instincts du spectateur. Rappelons, pour ceux qui auraient oublié, que cette chose est en compétition pour la Palme d'or.

 

On ne sera pas aussi sévère avec le Mr Turner de Mike Leigh, même si c'est loin d'être notre tasse de thé et qu'on y a pas pris le moindre plaisir de spectateur, étouffé par l'ennui d'une œuvre il est vrai asphyxiée par sa propre maîtrise. Mais on ne peut faire le procès à Mike Leigh de ne pas avoir tourné ici un de ses films les plus entiers et sincères, le portrait du peintre Turner se transformant en autoportrait de Leigh en artiste misanthrope, cerné par la stupidité critique et la réversibilité des modes.

L'idée, très forte et très belle, de ce biopic tient dans une tête de cochon que l'on achète sur le marché puis que l'on rase avec soin. Et qui deviendra ensuite le visage de Turner lui-même : gros, gras, grognant et couinant, ce porc est aussi un génie à la sensibilité innée. Comment ce corps éructant, lourd et livré à ses instincts primaires absorbe la beauté qui l'entoure et la recrache littéralement sur ses toiles, voilà tout l'enjeu, passionnant, du film. Dans un des plus beaux passages de Mr Turner, il décide de s'attacher à un mât de bateau pendant une tempête pour faire l'expérience sublime d'un océan déchaîné et la retranscrire ensuite dans ses œuvres : afin d'atteindre l'acmé de son art. Turner met ainsi à mal son enveloppe charnelle, simple réceptacle à sensations et à perceptions. Et quand le peintre se mettra à chanter (faux) du Purcell face à une jeune et belle pianiste, c'est le même genre d'émotions paradoxales qui surgira : ce colosse rustre et mal aimable devient un être fragile et sensible, exprimant une puissance intérieure insoupçonnée.

Hélas, tout n'est pas de ce niveau dans Mr Turner… Surtout, on y trouve cette fâcheuse tendance qu'a Mike Leigh de nous faire comprendre dès le premier plan qu'il est en train de faire un grand film : cadre et photo ultra-chiadés, dialogue à la théâtralité revendiquée, désir de livrer un long objet culturel tout en contre-pieds généreusement soulignés — cette bio d'un peintre romantique est ainsi dépourvue du moindre romantisme. Surtout, la rumination misanthrope de Turner se superpose à plus d'une reprise à celle du cinéaste lui-même, quand tout cela ne vire pas à la misogynie — les personnages féminins ne sont pas maltraités que par le peintre, mais aussi par le regard, froid et coupant, de Leigh lui-même. Idem pour la satire du monde de l'art, défilé de perroquets infatués, de roquets moussant dans leur propre glose ou de raté rabâchant sans fin leur échec. Comme s'il ne pouvait donner d'autre vision du monde que celle, désespérante et bouchée, d'un ramassis de crétins ligués tous ensemble pour abattre le génie authentique, Leigh se pose en artiste luttant seul contre tous — critiques, spécialistes, public. Ce qui ne l'empêche pas d'aller courir, une fois de plus, les honneurs du festival de Cannes…

 

On a promis de parler de Winter sleep, mais on y reviendra sans doute quand on l'aura vu en entier — même si ça ne va pas être du gâteau de faire admettre aux inflexibles agents de sécurité qu'on a juste envie de voir les quarante cinq dernières minutes lors de la séance de rattrapage demain… Après Il était une fois en Anatolie, qui avait donné une envergure nouvelle à son cinéma en le rapprochant des grands romans russes classiques, Bilge Ceylan pousse un cran plus loin l'expérience ici. Tout se passe dans un hôtel perdu en Anatolie, au cœur d'un petit village où règne en maître discret Aydin, un acteur de théâtre reconverti en patron et éditorialiste pour une feuille de chou locale. L'introduction, exceptionnelle, le montre descendant avec son sous-fifre à la ville, où leur voiture reçoit une pierre en pleine vitre lancée par un gamin cherchant à venger l'humiliation vécue par son père, incapable de payer le loyer qu'il doit à Aydin.

Au fil de séquences brillamment écrites et interprétées, comme souvent chez Ceylan, au cordeau, on découvre lentement le vrai visage d'Aydin : un homme qui pense que tout s'achète et qui croit pouvoir tout contrôler, à commencer par sa propre femme, très jeune et très belle, qui a le malheur de vouloir aider la collectivité en lançant une collecte de fonds. À la manière d'un Bergman — la saisissante scène où l'épouse vide son sac et dit ses quatre vérités à son mari est digne de Scènes de la vie conjugale — Ceylan fouille au scalpel ses personnages, d'une impressionnante complexité romanesque. Et si les enjeux dramatiques sont un peu moins forts que dans L'Anatolie, si l'on y trouve pas de séquence aussi sidérante que l'apparition dansée de la jeune fille dans le film précédent, Winter sleep enthousiasme par sa capacité à embrasser les climats des lieux et des êtres, la force rhétorique d'un dialogue qui semble ne jamais vouloir connaître de point final, et surtout ce souffle cinématographique dont on ne voit aucun équivalent aujourd'hui. Mais tout cela sera à creuser lors d'une vision loin du barnum cannois, meilleur ennemi d'une œuvre exigeante et essentielle.

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Captives

ECRANS | D’Atom Egoyan (Canada, 1h52) avec Ryan Reynolds, Rosario Dawson, Scott Speedman…

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Captives

On ne va pas s’appesantir sur ce Captives déjà sérieusement éreinté à Cannes, donc probablement voué à un four façon The Search. Déjà parce qu’il n’y a pas si longtemps, Atom Egoyan était un cinéaste vraiment pertinent, travaillant la déconstruction de l’espace et du temps non pas, comme ici, pour en faire un gimmick ou un paresseux effet de signature, mais pour créer une vraie mélancolie dans ses films. Ensuite parce qu’il n’y a pas grand-chose à raconter sur ce thriller neurasthénique qui ne parvient jamais à camoufler son goût de déjà-vu, où un père, huit ans après la disparition de sa fille, pense avoir la preuve qu’elle est toujours vivante. Vaguement inspiré par des faits-divers traumatisants genre Natascha Kampusch, il est d’abord totalement plombé par des personnages au-delà du cliché — et un pédophile à moustache, un ! puis par l’esprit de sérieux d’un Egoyan qui ne peut pas aborder un sujet sans en faire une thèse — les nouvelles images, l’enfance maltraitée, tout ça… — oubliant l’élémentaire nécessité de ne pas sombrer dans les lieux comm

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Mr Turner

ECRANS | Étrange essai de Mike Leigh autour du peintre Turner, qui s’efforce de casser son image romantique en le transformant en un homme bourru et peu aimable, tout en s’enfonçant dans une mise en scène beaucoup trop solennelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 décembre 2014

Mr Turner

N’importe quelle bio filmée d’artiste — qu’il soit peintre, écrivain, chanteur ou cinéaste — repose sur la même idée : derrière le génie, il y a un homme complexe et torturé. Mike Leigh, en s’attaquant à la figure de Turner, peintre ayant magnifié le romantisme anglais, n’échappe pas à la règle, mais son approche est beaucoup plus radicale. Alors que Turner-le peintre est en quête de sublime dans son art, Turner-l’homme est un individu rugueux, qui s’exprime par des grognements, tire perpétuellement la gueule, se comporte de manière rustre avec les femmes et méprise profondément ses contemporains. La misanthropie du personnage fait écho à celle du cinéaste, toujours prompt à livrer de l’humanité des portraits sarcastiques et cruels, pointant sa lâcheté, son égoïsme et sa laideur. Confronté à une forme d’alter ego, Leigh lui témoigne une tendresse inattendue, sans aucun doute ce qu’il y a de mieux dans Mr Turner. Ainsi des rapports entre Turner et son père, qui s’avère être son lien le plus solide avec le monde, complicité fusionnelle qui conduit, à sa mort, à un instant particulièrement déchirant : Turner craque et cet ours mal léché fond en larmes comme un gami

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Cannes 2014, jour 8. Forever Godard.

ECRANS | The Search de Michel Hazanavicius. Mommy de Xavier Dolan. Adieu au langage de Jean-Luc Godard.

Christophe Chabert | Jeudi 22 mai 2014

Cannes 2014, jour 8. Forever Godard.

Le festival est bientôt fini et pourtant, aujourd’hui, il a semblé commencer. Sa compétition, jusqu’ici sans surprise, s’est emballé et les auteurs sont allés là où on ne les attendait pas. À commencer par Michel Hazanavicius et son The Search, qui fait donc suite au triomphe de The Artist. Inspiré d’un film de Fred Zinneman, The Search voit le cinéaste s’aventurer dans la Tchétchénie de 1999, au début de l’offensive russe, prétextant une lutte anti-terroriste alors qu’il s’agissait surtout d’aller restaurer l’ordre contre les tentations séparatistes. Son prologue, tourné en DV par un soldat inconnu, se conclut par le massacre d’une famille sous les yeux de leur enfant, caché à l’intérieur de sa maison. C’est une première belle idée de mise en scène : le regard du gamin à la fenêtre, tétanisé par la mise à mort de ses parents, et son contrechamp cruel, celui de leur bourreau en vue subjective. Le film s’attache ensuite à suivre en parallèle quatre personnages : l’enfant en fuite, recueilli par Carole (Bérénice Bejo), chargée de mission pour l’Union Européenne, la sœur survivante, qui recherche désespérément son cadet à

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Cannes 2014, jour 7. Du côté de la Quinzaine…

ECRANS | Catch me daddy de Daniel Wolfe. These final hours de Zack Hilditch. Queen and country de John Boorman. Mange tes morts de Jean-Charles Hue.

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2014

Cannes 2014, jour 7. Du côté de la Quinzaine…

Comme prévu, la présentation de Deux jours, une nuit des frères Dardenne a électrisé la Croisette et beaucoup séchaient encore leurs larmes dix minutes après la fin de la projection du matin — on n’ose imaginer ce qui va se passer ce soir. Ayant été particulièrement indiscipliné pour suivre la compétition cette année, on ne se hasardera à aucun pronostic concernant le palmarès final ; mais bon, si les Dardenne repartent avec une troisième palme, établissant ainsi un record en la matière, on ne criera pas au scandale.   Comme on avait vu le film il y a déjà quelques temps, cela nous a laissé le loisir d’aller voir un peu de quel bois se chauffait la Quinzaine des réalisateurs, sachant qu’on y avait déjà vu deux de nos films préférés du festival — Bande de filles et Les Combattants. Depuis qu’Edouard Waintrop en a pris les rênes, cette sélection traditionnellement dévolue à l’avenir du cinéma et à ses nouvelles formes est devenue un creuset aussi inégal que réjouissant où l’on trouve à la fois du cinéma d’auteur pur et dur, des cinéastes à la gloire fanée, des comédies qui font le buzz et du pur cinéma de genre fait par de jeunes talents

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Cannes 2014, jours 5 et 6. L’insoutenable lourdeur des auteurs.

ECRANS | Foxcatcher de Bennett Miller. Hermosa Juventud de Jaime Rosales. Jauja de Lisandro Alonso. Force majeure de Ruben Östlund. Bird people de Pascale Ferran.

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes 2014, jours 5 et 6. L’insoutenable lourdeur des auteurs.

Ce lundi, présentation de Maps to the stars de David Cronenberg. Demain, ce sera au tour de Deux jours, une nuit des frères Dardenne. Deux films qui volent très au-dessus d’une compétition atone et informe, qui ne réserve dans le fond aucune surprise sinon celle-ci : ne pas avoir envie de la suivre de près comme on l’avait fait les cinq années précédentes. Cronenberg et les Dardenne font la différence sur un point très précis : ils ne cherchent à aucun moment à se situer au-dessus du spectateur et se contentent de l’accueillir à bras ouverts dans leurs films respectifs, l’un sur le mode de la farce caustique et jubilatoire, les autres sur le ton du suspens social débouchant non pas sur une résolution classique, mais sur une quête bouleversante de ce qui reste de noble dans l’être humain.   Ce matin, c’était donc au tour de Bennett Miller et de son Foxcatcher de se conformer très exactement à ce que l’on pouvait attendre de lui. Ceux qui ont vu Capote et Le Stratège ne seront ainsi nullement dépaysés par cette caricature de cinéma sérieux américain, où tout est annexé non pas au propos du film, mais à s

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Cannes 2014, jour 4. Aux armes !

ECRANS | The Rover de David Michôd. The Disappearence of Eleanor Rigby de Ned Benson. It follows de David Robert Mitchell. Les Combattants de Thomas Cailley.

Christophe Chabert | Lundi 19 mai 2014

Cannes 2014, jour 4. Aux armes !

S’ennuie-t-on au cours de ce festival de Cannes ? Oui, un peu, beaucoup parfois ; alors à la guerre comme à la guerre, on ose ce que l’on n’avait jamais osé jusque-là : laisser tomber la compétition, et se promener à travers les séances des sections parallèles, pour espérer y trouver des films stimulants, différents, bref, autre chose que de l’art et essai formaté, long et plombé. À ce petit jeu, The Rover, présenté en séance de minuit, repousse les limites de la bizarrerie. De la part du réalisateur d’Animal kingdom, David Michôd, rien ne laissait présager un tel virage ; si son premier film était puissant et abouti, il s’inscrivait dans un genre codifié — le film de gangsters — et sa mise en scène cherchait avant tout une forme d’efficacité sans refuser pour autant d’apporter de réelles innovations. Avec The Rover, Michôd fait exploser toutes les catégories et signe le premier film post-apocalyptique beckettien, que l’on pourrait réduire à ce pitch : deux hommes, l’un à moitié idiot, l’autre impavide, recherchent à travers une Australie désolée une voiture. Point. Le premier plan, qui montre pendant une minute Guy Pea

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Cannes 2014, jour 2. Girls power.

ECRANS | Bande de filles de Céline Sciamma. Party girl de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. White bird in a blizzard de Gregg Araki.

Christophe Chabert | Vendredi 16 mai 2014

Cannes 2014, jour 2. Girls power.

Deuxième jour à Cannes, et déjà l’école buissonnière hors de la compétition. Il faut dire que le jeudi est traditionnellement le jour de l’ouverture des sections parallèles, et comme elles sont assez alléchantes cette année, on peut très bien remettre à plus tard la projection du dernier Mike Leigh (2h30 sur le peintre Turner, c’est vrai qu’en début de festival, c’est sans échauffement).   C’est un hasard, mais il est réjouissant : les femmes ont pris le pouvoir dans les trois films vus aujourd’hui, et notamment dans ce qui constitue le premier choc de Cannes, le nouveau film de Céline Sciamma, Bande de filles. Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Sciamma confirme qu’elle n’est plus très loin d’être une de nos grandes cinéastes, et ce troisième opus démontre une inéluctable montée en puissance qui n’est pas sans rappeler celle d’un Jacques Audiard. Avec qui elle partage une intelligence du scénario et de la mise en scène, mais surtout l’envie de faire émerger conjointement des héro(ïne)s et des comédien(ne)s qui vont hanter longtemps l’esprit du spectateur, via des trajets de fiction puissants et authentiquement cont

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Cannes 2014, jour 1. Grace de M…

ECRANS | Grace de Monaco d’Olivier Dahan. Timbuktu d’Abderrahmane Sissako.

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 1. Grace de M…

C’est donc reparti pour un tour de Cannes, et bon, disons-le tout de suite, ça a très très mal commencé. Avec la présentation en ouverture du Grace de Monaco d’Olivier Dahan, on sonde déjà les profondeurs du néant cinématographique. Il faut remonter à loin pour trouver une séance de gala aussi foireuse (Da Vinci Code ? Fanfan la Tulipe ?). Les producteurs de ce truc peuvent remercier Thierry Frémaux d’avoir donné un généreux coup de pouce à un film en perdition depuis des mois, en particulier depuis la brouille ouverte entre le réalisateur et Harvey Weinstein, à qui on donne plutôt raison d’avoir refusé de présenter cette version au public américain. Quoique, à moins de le retourner intégralement, on voit mal comment on peut sauver l’affaire du naufrage dans lequel il s’enfonce quasi-instantanément. Déjà, l’angle choisi pour cette bio a de quoi faire hurler : comment Grace Kelly a choisit de renoncer définitivement à sa carrière au cinéma pour endosser les habits de princesse monégasque, à la faveur d’un incident qui opposa la famille royale à De Gaulle, décidé à mettre fin à l’exil massif des capitaux qui avait lieu là-bas. Da

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