Cannes 2014, jour 4. Aux armes !

ECRANS | The Rover de David Michôd. The Disappearence of Eleanor Rigby de Ned Benson. It follows de David Robert Mitchell. Les Combattants de Thomas Cailley.

Christophe Chabert | Lundi 19 mai 2014

S'ennuie-t-on au cours de ce festival de Cannes ? Oui, un peu, beaucoup parfois ; alors à la guerre comme à la guerre, on ose ce que l'on n'avait jamais osé jusque-là : laisser tomber la compétition, et se promener à travers les séances des sections parallèles, pour espérer y trouver des films stimulants, différents, bref, autre chose que de l'art et essai formaté, long et plombé.

À ce petit jeu, The Rover, présenté en séance de minuit, repousse les limites de la bizarrerie. De la part du réalisateur d'Animal kingdom, David Michôd, rien ne laissait présager un tel virage ; si son premier film était puissant et abouti, il s'inscrivait dans un genre codifié — le film de gangsters — et sa mise en scène cherchait avant tout une forme d'efficacité sans refuser pour autant d'apporter de réelles innovations.

Avec The Rover, Michôd fait exploser toutes les catégories et signe le premier film post-apocalyptique beckettien, que l'on pourrait réduire à ce pitch : deux hommes, l'un à moitié idiot, l'autre impavide, recherchent à travers une Australie désolée une voiture. Point. Le premier plan, qui montre pendant une minute Guy Pearce immobile, sans expression et attaqué par des mouches, donne le ton : il ne se passe à peu près rien dans The Rover, sinon quelques éclairs de violence vite fondues dans une absolue normalité. Michôd suspend régulièrement l'action pour montrer un train passer, les deux hommes en train de marcher dans le désert ou Robert Pattinson chantonner approximativement par-dessus une scie pop. Le dialogue est lui aussi réduit à la portion congrue, et se résume souvent à des phrases estropiées ou à des dialogues de sourd — dont celui, génial, entre Pearce et une sorte de mère maquerelle dégoulinante de courtoisie et de flegme. Qu'arrive-t-il après la fin du monde ? Rien, au sens où l'existence n'est ni plus ni moins absurde et tragique qu'avant. La vie humaine a simplement moins de prix, les relations familiales se délitent face à la survie et au chacun pour soi, et les derniers hommes sur terre errent dans un état catatonique, s'inventant de maigres buts pour continuer à vivre.

Il y a du Gerry dans The Rover, mais un Gerry qui irait piquer les codes du cinéma de genre pour les transformer en micro-événements au sein d'un dispositif contemplatif, et où les chansons de Tortoise remplaceraient les tubes contemporains d'Arvo Part. Post-apocalyptique, The Rover est donc une sorte de post-cinéma baignant dans du post-rock : il n'y a pas plus cohérent, à ce niveau-là. On n'est pas obligé d'accompagner totalement Michôd dans ce jusqu'auboutisme-là ; mais on ne peut lui dénier d'avoir osé un véritable film d'art tourné avec des stars et une économie de divertissement.

 

Face à ce suicide commercial au panache indéniable, The Disappearance of Eleanor Rigby a très vite révélé son formatage sournois et s'est inscrit, comme le Egoyan la veille, dans la catégorie des films de cinéma moins bien faits que les séries télé contemporaines. Cette love story d'après la séparation est un grand robinet d'eau de rose tiédasse dont la portée romanesque et romantique est proche du néant. Le couple Jessica Chastain / James MacAvoy a beau être parfaitement glamour, leurs personnages sont vides d'enjeu et se contentent, la plupart du temps, de n'être que les réceptacles des pensées de l'auteur sur les hommes, les femmes, l'amour et le couple, pensées à peine plus élevées que celles d'un Claude Lelouch — l'affiche d'Un homme et une femme est très visible dans la chambre de Chastain. Ils s'aimaient, ils ne s'aiment plus, il ne s'en remet pas, elle retourne chez ses parents — dont une Isabelle Huppert très corporate, puisqu'elle conseille à sa fille d'aller vivre un temps à Paris, et de prendre le temps de lire «Le Monde et Les Inrocks en terrasse» ; pourquoi pas aller voir Saint Laurent de Bonello au cinéma, pendant qu'on y est ? Et puis il a une aventure avec la serveuse de son restaurant, il culpabilise, il lui dit par honnêteté, elle le prend très mal, elle se venge en voulant coucher avec un mec levé dans un bar, mais finalement, non, non, c'est pas bien, je ne peux pas, non, non… Initialement conçu en deux films (l'un sur lui, l'autre sur elle), The Disappearence of Eleanor Rigby a donc eu finalement droit à sa version mixte de deux heures ; une fois le concept dissout dans les obligations commerciales, ne reste plus à l'écran qu'un pauvre téléfilm mollasson, engoncé dans des valeurs très puritaines, où la légèreté se transforme en superficialité. Fuyons !

 

Il y a trois ans à la Semaine de la critique, on avait découvert un premier film américain, The Myth of the American Sleepover, qui n'est jamais sorti en salles et vient tout juste d'être édité en DVD. Son réalisateur, David Robert Mitchell revient cette année dans la même section pour y présenter son deuxième film, It follows. Après le teen movie mélancolique, Mitchell s'essaie ici au film d'horreur, et le résultat est pour le moins médiocre. L'idée était pourtant belle : comment une jeune adolescente se retrouve, suite à un rapport sexuel avec son petit ami, victime d'une malédiction — elle est poursuivie par des hommes et des femmes dénudés qui avancent sur elle à vitesse normale, ni trop vite, ni trop lentement pour lui foutre une pétoche mortelle. Seule solution pour s'en débarrasser : coucher au plus vite avec un autre homme. Raconté comme ça, ça a l'air zozo, mais Mitchell croit dur comme fer à son histoire et s'interdit tout deuxième degré. Sa métaphore, en revanche, est passablement lourde : la peur et la culpabilité de la sexualité forment le double fond de cette MST d'un genre particulier qui, chez un cinéaste comme Cronenberg, exemple pas du tout pris au hasard, aurait pu déboucher sur une partouze géante entre ados conçue comme un grand jeu de chat(te) perché(e).

Problème : It follows est très mal filmé d'un bout à l'autre, hésitant sans cesse entre la rigueur carpenterienne et les effets contemporains du slasher pour teenagers. La musique electro vintage qui inonde le film est bien à l'image de ce grand écart entre hommage respectueux au maître et opportunisme actuel consistant à faire du neuf avec du vieux. Les effets numériques sont particulièrement ratés, et le film ne sait jamais s'il doit jouer le jeu du genre ou s'en écarter pour observer sa petite communauté d'ados coincés et névrosés, prolongeant ainsi les observations du film précédent. Mitchell n'est pas James Wan, c'est une évidence, mais It follows n'arrive pas non plus à la cheville du très beau All the boys love Mandy Lane, qui réussissait lui cette greffe entre teen movie à la Larry Clarke et slasher gore.

 

La veille, une petite querelle était partie sur la présence de Relatos salvajes en compétition. Certains disaient qu'il était formidable d'avoir placé une comédie juste après les 3h15 arides et rudes (et formidables, on le répète) de Winter Sleep ; d'autres prétextaient que tant qu'à sélectionner des comédies, autant en sélectionner des bonnes. Laquelle, alors ? Eh bien, Les Combattants, premier film de Thomas Cailley présenté à la Quinzaine des réalisateurs qui a provoqué un vent d'enthousiasme comparable à celui soulevé il y a deux ans par Camille redouble et l'an dernier par Les Garçons et Guillaume, à table. Rassurons le lecteur : Les Combattants est beaucoup plus proche de Lvovsky que de Galienne, au sens où ce film formidable, vraiment formidable, n'a rien de démagogique et offre un rire de qualité fondé sur un scénario et des dialogues excellemment écrits, servis par une mise en scène simple, efficace et maîtrisée, et surtout une véritable révélation comique : Adèle Haenel. On savait depuis longtemps qu'elle était une des meilleures jeunes comédiennes françaises ; mais qui aurait parié qu'elle avait en elle un clown aussi hilarant ?

Les Combattants, c'est un peu Les Beaux gosses font l'armée. Arnaud, un petit gars de la côte Atlantique, décide de reprendre le business de charpenterie familiale après la mort de son père, mais dès son premier chantier, il tombe raide dingue de Madeleine, jeune femme virile qui n'a qu'une obsession : entrer dans l'armée pour apprendre les règles de survie, persuadée que le monde court à sa perte. Incapable de lui avouer ses sentiments, Arnaud va la suivre dans un stage d'entraînement où, surprise, il va s'avérer beaucoup plus apte et discipliné face à la rigueur militaire que l'intraitable Madeleine.

Tout est absolument drôle dans Les Combattants : que ce soit la peinture des copains d'Arnaud, glandeurs aux conversations hilarantes — où, au passage, on en dit beaucoup sur l'état de la jeunesse française, entre résignation face à la crise et le chômage et désir d'exil — ou le marivaudage qui s'installe entre Arnaud et Madeleine. Surtout, le stage est une suite de gags en tout genre, qui s'enchaînent à la vitesse de la lumière et ne laissent aucun répit au spectateur. Mine de rien, alors que Cailley semble privilégier la vignette comique, il arrive à faire évoluer ses situations et les rapports entre ses personnages, tous forts et magnifiquement incarnés. À commencer par Madeleine et Adèle Haenel, donc. Qui vient donc ajouter à une liste déjà longue au cours de ce Cannes 2014 un superbe portrait de femme qui ne s'en laisse pas compter par les hommes et va les défier sur leur propre terrain.

Le génie de Cailley, c'est d'avoir fait de Madeleine une tronche et des muscles, une diplômée en macroéconomie et une warrior testant sa résistance physique dans des épreuves passablement grotesques — genre, nager avec des tuiles dans un sac à dos — une fille n'attendant que le moment propice pour exalter sa sensualité et un mec bien couillu capable de sécher son adversaire en un coup de boule bien placé. Tout cela, Haenel le joue avec un mélange de naturel et de composition irrésistible, une intelligence de jeu et un sens des ruptures déments. C'est très simple : comme le héros du film, on la suivrait jusqu'au bout du monde, quitte à se retrouver avec sa bite et son couteau à buter des renards et à construire des cabanes.

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It follows

ECRANS | De David Robert Mitchell (ÉU, 1h40) avec Maika Monroe, Keir Gilchrist…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

It follows

Comment renouveler le genre éculé du slasher horrifique ? David Robert Mitchell, réalisateur du remarqué — même si inédit en salles — The Myth of the american sleepover — a trouvé une réponse plutôt ingénieuse, et il est bien dommage qu’It follows ne soit pas à la hauteur de son surprenant pitch de départ : Jay, adolescente bien comme il faut, vit une expérience sexuelle avec un beau garçon ténébreux. Rien de bien grave, mais peu de temps après, elle est persuadée qu’une présence menaçante la poursuit. Y a-t-il un lien entre les deux événements ? Vendons la mèche : oui, et Mitchell invente ainsi la MST boogeyman, idée plutôt gonzo mais que le film — c’est tout à son honneur — prend très au sérieux à l’écran. Pour preuve de sa bonne foi, il ne cesse de se référer au Carpenter glorieux d’Halloween et de Fog, jusqu’à sa bande-son électro vintage, version pompière des partitions minimalistes du maître. Le problème d’It follows, c’est que tout ce bardas-là — mise en scène, musique, pitch — excède rarement un volontarisme très théorique. Les acteurs ne sont pas très bons, les effets spéciaux ringards et l’ensemble n

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The Rover

ECRANS | Après Animal kingdom, David Michôd pratique un étonnant hara-kiri commercial avec ce film post-apocalyptique qui tient autant de Beckett que de Mad Max, c’est-à-dire une véritable provocation au divertissement-roi. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

The Rover

The Rover, c’est Mad Max rencontre En attendant Godot. Rien que ça. Dès le carton pré-générique, on nous annonce que l’action se déroule en Australie quelques années «après la chute». La chute de quoi ? Du pays ? Du monde ? De l’économie ? Peu importe, car ce futur est saisi au présent, dans toute sa désolation, avec paysages arides et personnages hagards dont les motivations paraissent dérisoires. C’est le cas d’Eric, vagabond errant dans une bagnole qu’il a le malheur de se faire piquer par une bande de gangsters hallucinés, ayant laissé pour mort un des leurs, Rey, après un braquage qui a mal tourné. L’impassible Eric (sobre et étonnante composition de la part de l’ordinairement cabotin Guy Pearce) va donc former un tandem improbable avec Rey (Robert Pattinson, excellent, dont la carrière post-Twilight prend un virage passionnant), soit un homme froidement brutal et un autre à moitié idiot et à moitié crevé, qui vont passer une heure quarante à arpenter les routes australiennes pour retrouver une voiture. Post-cinéma Si Animal kingdom, son remarquable premier film, avait inscrit David Michôd dans

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Après le cinéma, le déluge…

ECRANS | Les adieux (au langage) de Godard, l’Australie d’après la chute de David Michôd, les deux frères après la mort de leur père chez Vincent Mariette : en juin, au cinéma, il faudra faire quelques deuils pour voir de bons films ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 juin 2014

Après le cinéma, le déluge…

Quand un cinéaste fait des débuts aussi prometteurs que ceux de David Michôd avec l’excellent polar Animal kingdom il y a trois ans, les portes s’ouvrent à lui pour ses projets futurs. Pour The Rover (4 juin), il a effectivement profité de ces portes ouvertes — en atteste la présence de Robert Pattinson au générique, dans un rôle casse-cou dont il sort grandi — mais pour mieux les refermer sèchement au nez de ses producteurs. Difficile en effet d’imaginer œuvre plus suicidaire commercialement : dans une Australie «d’après la chute», un type impassible (Guy Pearce) et un autre à moitié débile et à moitié claqué (Pattinson) passent une heure quarante à chercher une voiture, semant la mort sur leur passage, errant dans des paysages dignes de Gerry, regardant passer un train interminable emmenant le charbon australien vers la Chine… Comme si Mad Max avait été écrit par Beckett, The Rover se présente en film post-apocalyptique abstrait réfléchissant sur l’ironie tragique d’une existence en sursis. Étonnant, mais pas évident, mieux vaut le préciser. Adieu Tristesse Pas évident non plus, le dernier Godard,

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Cannes 2014, jour 8. Forever Godard.

ECRANS | The Search de Michel Hazanavicius. Mommy de Xavier Dolan. Adieu au langage de Jean-Luc Godard.

Christophe Chabert | Jeudi 22 mai 2014

Cannes 2014, jour 8. Forever Godard.

Le festival est bientôt fini et pourtant, aujourd’hui, il a semblé commencer. Sa compétition, jusqu’ici sans surprise, s’est emballé et les auteurs sont allés là où on ne les attendait pas. À commencer par Michel Hazanavicius et son The Search, qui fait donc suite au triomphe de The Artist. Inspiré d’un film de Fred Zinneman, The Search voit le cinéaste s’aventurer dans la Tchétchénie de 1999, au début de l’offensive russe, prétextant une lutte anti-terroriste alors qu’il s’agissait surtout d’aller restaurer l’ordre contre les tentations séparatistes. Son prologue, tourné en DV par un soldat inconnu, se conclut par le massacre d’une famille sous les yeux de leur enfant, caché à l’intérieur de sa maison. C’est une première belle idée de mise en scène : le regard du gamin à la fenêtre, tétanisé par la mise à mort de ses parents, et son contrechamp cruel, celui de leur bourreau en vue subjective. Le film s’attache ensuite à suivre en parallèle quatre personnages : l’enfant en fuite, recueilli par Carole (Bérénice Bejo), chargée de mission pour l’Union Européenne, la sœur survivante, qui recherche désespérément son cadet à

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Cannes 2014, jour 7. Du côté de la Quinzaine…

ECRANS | Catch me daddy de Daniel Wolfe. These final hours de Zack Hilditch. Queen and country de John Boorman. Mange tes morts de Jean-Charles Hue.

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2014

Cannes 2014, jour 7. Du côté de la Quinzaine…

Comme prévu, la présentation de Deux jours, une nuit des frères Dardenne a électrisé la Croisette et beaucoup séchaient encore leurs larmes dix minutes après la fin de la projection du matin — on n’ose imaginer ce qui va se passer ce soir. Ayant été particulièrement indiscipliné pour suivre la compétition cette année, on ne se hasardera à aucun pronostic concernant le palmarès final ; mais bon, si les Dardenne repartent avec une troisième palme, établissant ainsi un record en la matière, on ne criera pas au scandale.   Comme on avait vu le film il y a déjà quelques temps, cela nous a laissé le loisir d’aller voir un peu de quel bois se chauffait la Quinzaine des réalisateurs, sachant qu’on y avait déjà vu deux de nos films préférés du festival — Bande de filles et Les Combattants. Depuis qu’Edouard Waintrop en a pris les rênes, cette sélection traditionnellement dévolue à l’avenir du cinéma et à ses nouvelles formes est devenue un creuset aussi inégal que réjouissant où l’on trouve à la fois du cinéma d’auteur pur et dur, des cinéastes à la gloire fanée, des comédies qui font le buzz et du pur cinéma de genre fait par de jeunes talents

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Cannes 2014, jours 5 et 6. L’insoutenable lourdeur des auteurs.

ECRANS | Foxcatcher de Bennett Miller. Hermosa Juventud de Jaime Rosales. Jauja de Lisandro Alonso. Force majeure de Ruben Östlund. Bird people de Pascale Ferran.

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes 2014, jours 5 et 6. L’insoutenable lourdeur des auteurs.

Ce lundi, présentation de Maps to the stars de David Cronenberg. Demain, ce sera au tour de Deux jours, une nuit des frères Dardenne. Deux films qui volent très au-dessus d’une compétition atone et informe, qui ne réserve dans le fond aucune surprise sinon celle-ci : ne pas avoir envie de la suivre de près comme on l’avait fait les cinq années précédentes. Cronenberg et les Dardenne font la différence sur un point très précis : ils ne cherchent à aucun moment à se situer au-dessus du spectateur et se contentent de l’accueillir à bras ouverts dans leurs films respectifs, l’un sur le mode de la farce caustique et jubilatoire, les autres sur le ton du suspens social débouchant non pas sur une résolution classique, mais sur une quête bouleversante de ce qui reste de noble dans l’être humain.   Ce matin, c’était donc au tour de Bennett Miller et de son Foxcatcher de se conformer très exactement à ce que l’on pouvait attendre de lui. Ceux qui ont vu Capote et Le Stratège ne seront ainsi nullement dépaysés par cette caricature de cinéma sérieux américain, où tout est annexé non pas au propos du film, mais à s

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Cannes 2014, jour 3. Films d’horreurs.

ECRANS | Captives d’Atom Egoyan. Relatos salvajes de Damian Szifron. Mr Turner de Mike Leigh. Winter sleep de Nuri Bilge Ceylan.

Christophe Chabert | Lundi 19 mai 2014

Cannes 2014, jour 3. Films d’horreurs.

Vendredi confession : on ne la sentait pas trop sur le papier, cette compétition. Trop de cinéastes mal aimés, trop de films trop longs, trop d’outsiders sortis du chapeau… Cette troisième journée est venue confirmer nos craintes et y a ajouté un autre facteur : une programmation au bas mot catastrophique dans l’ordre de présentation des films qui a sérieusement amoindri l’impact de ce qui était pourtant l’événement du jour, la projection du Winter sleep de Nuri Bilge Ceylan, dont on parlera à la fin de ce billet. Disons-le clairement : pourquoi avoir placé le film en séance unique en plein milieu de l’après-midi plutôt qu’à la place de ces deux navets que sont Captives d’Egoyan et Relatos salvajes de Damian Szifron ? À cause de sa durée fleuve — 3h15 ? Sans doute, mais on a envie de dire qu’il vaut mieux, quand les années sont si manifestement pauvres en œuvres dignes de figurer dans la Ligue 1 de Cannes, limiter le nombre de films qu’en envoyer autant au casse-pipe comme de vulgaires hamburgers dans un fast food. L’impression de gavage n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui et aussi cruelle, testant notre résistance physique et notre capac

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Cannes 2014, jour 2. Girls power.

ECRANS | Bande de filles de Céline Sciamma. Party girl de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. White bird in a blizzard de Gregg Araki.

Christophe Chabert | Vendredi 16 mai 2014

Cannes 2014, jour 2. Girls power.

Deuxième jour à Cannes, et déjà l’école buissonnière hors de la compétition. Il faut dire que le jeudi est traditionnellement le jour de l’ouverture des sections parallèles, et comme elles sont assez alléchantes cette année, on peut très bien remettre à plus tard la projection du dernier Mike Leigh (2h30 sur le peintre Turner, c’est vrai qu’en début de festival, c’est sans échauffement).   C’est un hasard, mais il est réjouissant : les femmes ont pris le pouvoir dans les trois films vus aujourd’hui, et notamment dans ce qui constitue le premier choc de Cannes, le nouveau film de Céline Sciamma, Bande de filles. Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Sciamma confirme qu’elle n’est plus très loin d’être une de nos grandes cinéastes, et ce troisième opus démontre une inéluctable montée en puissance qui n’est pas sans rappeler celle d’un Jacques Audiard. Avec qui elle partage une intelligence du scénario et de la mise en scène, mais surtout l’envie de faire émerger conjointement des héro(ïne)s et des comédien(ne)s qui vont hanter longtemps l’esprit du spectateur, via des trajets de fiction puissants et authentiquement cont

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Cannes 2014, jour 1. Grace de M…

ECRANS | Grace de Monaco d’Olivier Dahan. Timbuktu d’Abderrahmane Sissako.

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 1. Grace de M…

C’est donc reparti pour un tour de Cannes, et bon, disons-le tout de suite, ça a très très mal commencé. Avec la présentation en ouverture du Grace de Monaco d’Olivier Dahan, on sonde déjà les profondeurs du néant cinématographique. Il faut remonter à loin pour trouver une séance de gala aussi foireuse (Da Vinci Code ? Fanfan la Tulipe ?). Les producteurs de ce truc peuvent remercier Thierry Frémaux d’avoir donné un généreux coup de pouce à un film en perdition depuis des mois, en particulier depuis la brouille ouverte entre le réalisateur et Harvey Weinstein, à qui on donne plutôt raison d’avoir refusé de présenter cette version au public américain. Quoique, à moins de le retourner intégralement, on voit mal comment on peut sauver l’affaire du naufrage dans lequel il s’enfonce quasi-instantanément. Déjà, l’angle choisi pour cette bio a de quoi faire hurler : comment Grace Kelly a choisit de renoncer définitivement à sa carrière au cinéma pour endosser les habits de princesse monégasque, à la faveur d’un incident qui opposa la famille royale à De Gaulle, décidé à mettre fin à l’exil massif des capitaux qui avait lieu là-bas. Da

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