Tueurs en scierie

ECRANS | Le cycle Retour(s) vers le futur du Méliès fait ce mois-ci dans la rareté et le cinéma culte, mettant en lumière quelques joyaux oubliés ou restaurés du patrimoine cinématographique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 novembre 2014

Désormais, le cinéma de patrimoine a pignon sur rue à Saint-Étienne : avec la programmation de Retour(s) vers le futur au(x) Méliès, les classiques défilent joyeusement sur les écrans, avec une belle diversité de programmation. En témoigne le menu de novembre, à commencer par l'exceptionnelle restauration de Massacre à la tronçonneuse pour les quarante ans de la sortie du film, qui a su conserver l'image cracra et les vrilles sonores de cette œuvre séminale du cinéma d'horreur. Préférant la carte du choc suggéré plutôt que celle du gore effréné, Tobe Hooper plonge le spectateur dans une atmosphère glauque et putride dont on ne ressort pas indemne, notamment grâce à l'éprouvante et grand-guignolesque scène du repas de famille.

Dans le même genre culte, Videodrome de David Cronenberg avait, en 1982, fait découvrir aux spectateurs français la légende des snuff movies, ces bandes montrant d'authentiques scènes de torture non simulées. Ce n'est cependant qu'un prétexte pour le cinéaste : Videodrome cherche avant tout à réfléchir à la mutation des images et à la manière dont l'homme fait corps avec elles, à la fois récepteur et émetteur, agent et victime de tous les complots, modifiant sa perception du monde et de lui-même. Ô combien actuel, vous en conviendrez…

Schoeder et Schrader

Avec l'audace permise par l'émergence des caméras numériques, Barbet Schroeder faisait œuvre de pionnier en 2000 dans La Vierge des tueurs, adapté du roman autobiographique de Fernando Vallejo : il tournait, dans les quartiers chauds de Medellin, une histoire d'amour entre un écrivain vieillissant et un «sicario», jeune tueur lié au trafic de drogue. Citant explicitement Vertigo d'Hitchcock, le film reste une curiosité par sa soif de romanesque surgissant à même la matière documentaire de l'image.

Enfin, un mot sur le beau Blue Collar de Paul Schrader, le cinéaste le plus inégal du monde, capable d'enchaîner nanars et chefs-d'œuvre sans aucune logique. Blue Collar est son premier film, et montre comment trois ouvriers (deux blacks et un blanc, d'où leur surnom d'«Oreo gang») décident de s'unir pour révéler les magouilles de leur syndicat. Adroitement situé entre le film noir et la comédie sarcastique, Blue Collar réunit deux comédiens mythiques à la réputation sulfureuse et narcotique, Harvey Keitel et Richard Pryor, ainsi que Yaphet Kotto, plus connu pour avoir servi de déjeuner à l'Alien de Ridley Scott.


Vidéodrome

De D. Cronenberg (É.U., 1h28, 1982) avec J. Woods, S. Smits, ...

De D. Cronenberg (É.U., 1h28, 1982) avec J. Woods, S. Smits, ...

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Massacre à la tronçonneuse, l’art du cinéma sciant

ECRANS | Dans un festival de Cannes 2014 bien morne, mais au sein d’une Quinzaine des réalisateurs qui pétait la santé, une projection a littéralement mis tout le (...)

Christophe Chabert | Mardi 28 octobre 2014

Massacre à la tronçonneuse, l’art du cinéma sciant

Dans un festival de Cannes 2014 bien morne, mais au sein d’une Quinzaine des réalisateurs qui pétait la santé, une projection a littéralement mis tout le monde à genoux : celle de Massacre à la tronçonneuse. Quoi ? Un film d’horreur vieux de quarante ans qui dame le pion aux grands auteurs festivaliers ? Ben oui… L’introduction, brillante, drôle et émouvante, de Nicolas Winding Refn, puis l’interminable standing ovation réservée au réalisateur, Tobe Hooper, n’étaient rien par rapport au choc face à la copie restaurée (en 4K) du film. Si le numérique n’a pas que des avantages — loin de là — il faut reconnaître que le boulot effectué sur Massacre à la tronçonneuse tient du miracle : en conservant l’aspect cracra de l’image originale, son caractère cheap et ses stridences sonores — les dix dernières minutes vous vrillent le crâne comme si on vous le découpait façon sapin des Vosges — cette restauration n’a pas trahi l’esprit initial de l’œuvre. Œuvre oui, œuvre d’art même, mais arte povera, cinéma fait avec rien sinon pas mal de génie et une approche viscérale de son sujet : comment une famille de bouchers au chômage perpétuent la tradition en tra

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