La Prochaine fois je viserai le coeur

ECRANS | De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Comme Vie sauvage d'un autre Cédric (Kahn), La Prochaine fois je viserai le cœur s'inspire d'un fait-divers célèbre : les agissements à la fin des années 70 d'un tueur en série dans l'Oise qui s'est révélé être… un des gendarmes enquêtant sur les crimes. Et comme Vie sauvage, le film de Cédric Anger peine à prendre ses distances avec la réalité, malgré ses tentatives de stylisation et le désir de ne jamais quitter le point de vue du meurtrier — un Guillaume Canet qui surjoue la fièvre et le dolorisme.

Le film est d'abord plombé par son écriture, et en particulier ses dialogues, qui reproduisent une  fois encore les clichés des fictions françaises — des gendarmes qui parlent comme des gendarmes, des ados comme des ados, etc. Surtout, Anger tourne autour de la névrose de son personnage sans jamais oser l'affronter à l'écran : la peur des femmes et la haine qui s'empare du gendarme lorsqu'il commence à les désirer. Le personnage d'Ana Girardot, amoureuse aveuglée, lui ouvrait pourtant la voie. Mais la seule scène de sexe du film se résume à quelques sous-entendus le lendemain matin. Le trouble que le cinéaste cherche à créer dans sa mise en scène est comme annihilé par ce puritanisme qui n'est peut-être qu'un compromis de production. D'où question : peut-on faire des films tout public autour de sérial killers sexuellement dérangés ? Visiblement, non, mais certains s'entêtent à le penser.

Christophe Chabert


La prochaine fois je viserai le cœur

De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot...

De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot...

voir la fiche du film


Pendant plusieurs mois, entre 1978 et 1979, les habitants de l’Oise se retrouvent plongés dans l’angoisse et la terreur : un maniaque sévit prenant pour cibles des jeunes femmes. L’homme est partout et nulle part, échappant aux pièges des enquêteurs et aux barrages.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"La Belle époque" : Tout est affaire de décors

Moi, pas émoi | De Nicolas Bedos (Fr., 1h55) avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Doria Tillier…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse… Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace

Continuer à lire

"Au nom de la terre" : Un champ d’amour

ECRANS | De Édouard Bergeon (Fr., 1h43) avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon…

Vincent Raymond | Mercredi 25 septembre 2019

Fin des années 1970. Pierre rentre des USA avec de grands projets pour l’exploitation agricole familiale, qu’il loue en fermage à son père. Quelques années plus tard, étranglé par de trop nombreux investissements, Pierre perd pied. Et la faillite pointe son hideux visage… Connaître l’origine du projet biaise fatalement la réception que l’on peut avoir du film : comment ne pas éprouver de la sympathie pour la démarche du réalisateur, fils du personnage joué par Canet, racontant la tragédie vécue par son père — et, au-delà, celle de milliers d’agriculteurs laminés par le système productiviste, saignés par les crédits et empoisonnés par les produits “phytosanitaires“ ? Car à moins d’être du côté de l’agro-business, on ne peut raisonnablement soutenir un modèle qui tue la terre, produit hors-sol, dévoie même les concepts “bio” tout en asservissant les paysans. En prolongeant par une “fiction“ — les noms ont été changés, pas les situations — portée par une star le documentaire qu’il avait consacré à la question, Édouard Bergeon espère sensibiliser un plus large public à cette question. Il le fera sans doute grâce à la force de frappe mé

Continuer à lire

Cédric Klapisch : « On est tous des anonymes »

Deux Moi | Renouant avec deux des comédiens de Ce qui nous lie, Cédric Klapisch revient dans la foule des villes pour parler… de solitude. Un paradoxe qu’il explique volontiers.

Vincent Raymond | Mercredi 11 septembre 2019

Cédric Klapisch : « On est tous des anonymes »

D’où venu cette idée de mélanger en un seul film thérapie et drame existentiel ? Un scénario est toujours un mélange d’idées. Là, il y avait le désir d’une sorte d’hommage à ma mère, psychanalyste à la retraite. Il y a 6 ou 7 ans, redoutait le moment où elle aurait son dernier patient. Je me suis interrogé sur ce qu’était son métier. Dans le même temps, je me demandais si une histoire où deux personnes célibataires ne se rencontrant qu’à la fin d’un film pouvait marcher : comme je ne n’en avais jamais vu, j’ai essayé. C’est intéressant de prendre deux personnages un peu au hasard dans la grande ville et d’essayer d’être précis sur cette idée des “deux moi“ : on va assez loin dans l’intime de chacun, à l’inverse des romantic comedy. Ça décale un peu le sujet puisqu’ici on parle d’avant la rencontre. Il y a beaucoup de réminiscences de Chacun cherche son chat — pas seulement parce qu’un chat fait du lien social et ou par la présence de Garance Clavel ou Renée Le Calm au générique. Ici aussi, vous vous interrogez sur ce que c’est qu'être dans un quartier aujorud’hui à Paris…

Continuer à lire

"Deux moi" : Seuls two

ECRANS | Comment deux trentenaires parisiens confrontés à leur solitude et leur tourments intérieurs, s’évitent avant de se trouver. Cédric Klapisch signe ici deux films en un ; voilà qui explique qu’il soit un peu trop allongé, pas uniquement à cause des séances de psychanalyse.

Vincent Raymond | Mercredi 11 septembre 2019

Ils sont voisins, se côtoient tous les jours mais ne se connaissent pas. Entre leur âge, leurs problèmes de sommeil, de boulot ou leurs difficultés à se projeter, Rémy et Mélanie ont beaucoup en commun et à partager. Mais pour le savoir, encore faudrait-il qu’ils se rencontrent… L’idée de jouer sur la frustration des spectateurs en retardant à l’extrême la rencontre de Rémy et Mélanie s’avère sacrément perverse si l’on y réfléchit, puisqu’elle tient du coitus interruptus entre deux personnages se frôlant à peine — chacun étant protagoniste de son histoire à l’intérieur de ce film jumeau. S’ils paraissent ensemble, ce n’est que virtuellement : dans l’esprit du public et par la grâce du montage. Le réalisateur s’égare un peu d’ailleurs dans cette dilatation excessive précédant la délivrance collective : une vingtaine de minutes surnuméraires aurait pu rester sur le chutier. Ou alors il aurait fallu opter pour la mini-série en quatre épisodes et quatre heures. Dans la fourmilière Si l’on fait abstraction de la romance, ou si on la considère comme un prétexte, on retrouve les motifs favoris du cinéma de Klapisch : l

Continuer à lire

Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

"Nous finirons ensemble" | Personnage pivot des Petits mouchoirs, Vincent est à nouveau interprété par Benoît Magimel. Conversation avec un comédien sur la manière d’appréhender un rôle et son métier à l’occasion des Rencontres du Sud d’Avignon…

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

Figuriez-vous parmi les comédiens les plus heureux de retrouver leur personnage ? Benoit Magimel : Le plus heureux, je ne sais pas, , mais lorsque Guillaume me l’a proposé j’ai tout de suite dit oui, bien sûr. C’est une chance si rare de pouvoir retrouver un personnage au cinéma dix ans plus tard, de vieillir avec lui ; forcément, c’est une expérience assez unique. Retrouver Vincent, sa voix, était une évidence. J’étais ravi. Sa situation, son statut et ses rapports avec les personnages, cela l’était-il également ? Oui, bien sûr. À partir de 40 ans, j’ai l’impression que plus les années passent, plus on accepte de vivre un peu plus pour soi, un peu moins pour les autres. La façade, le masque tombent, on s’accepte un peu plus, on se connaît mieux. Ce personnage est très hésitant, ses sentiments assez contradictoires : l’attirance qu’il avait pour Max dans le premier était de l’ordre d’une amitié forte : il considérait qu’il était plus heureux avec lui qu’avec sa femme ; ce n’est pas par hasard

Continuer à lire

"Nous finirons ensemble" : Encore un peu plus à l’ouest

ECRANS | De Guillaume Canet (Fr., 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe “d’amis“ aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certain·es de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants — ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique — ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs “blessures“, conséquences de leur égoïsme et de leur arrogance aveugle. Des liens profonds unissant Canet à son ment

Continuer à lire

"Doubles Vies" : Sous les couvertures…

Bon à tirer | De Olivier Assayas (Fr., 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mercredi 16 janvier 2019

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain s’interroge. Sur ses publications — il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard —, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna, une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre — deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) passée en contrebande dans une comédie entomologique de mœurs germanopratine, ou bien du contraire. Seuls des archétypes de parisiens peuvent se livrer à ces petites joutes verbales, amoureuses et professionnelles,

Continuer à lire

"Le Grand Bain" : J’ai piscine

Effet aquatique | de Gilles Lellouche (Fr., 2h02) avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde…

Vincent Raymond | Mercredi 17 octobre 2018

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis moyenne confrontée aux fins de mois diff

Continuer à lire

"L'Amour est une fête" : Et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr., 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses partitions pour instr

Continuer à lire

"Soleil battant" : À l’ombre du deuil

ECRANS | de Clara & Laura Laperrousaz (Fr., 1h35) avec Ana Girardot, Clément Roussier, Agathe Bonitzer…

Vincent Raymond | Mercredi 13 décembre 2017

Un couple et ses deux petites jumelles arrive dans sa résidence au Portugal pour un séjour estival. Très vite, des tensions apparaissent entre les parents et le spectre d’un drame ressurgit : quelques années plus tôt, leur fille aînée a été victime d’un accident fatal en ces lieux… Au vu de l’argument et de la dédicace finale, on devine que les sœurs cinéastes ont puisé dans une histoire vraisemblablement très proche de la leur pour composer ce long métrage entrant de surcroît en étroite résonance avec un court précédent, Retenir les ciels (2013). Nul ne les blâmera d’user de l’art, en l’occurrence du cinéma, comme d’un médium cathartique. Esthétique, l’image l’est assurément : les plans à la composition picturale tirent parti des paysages, du moindre crépuscule rougeoyant, des nuits profondes. Quant au soleil du titre, s’il ne fait pas forcément ressentir sa morsure brûlante, ses effet sur les corps et les nerfs sont palpables : les gamines infusent dans un mélange de torpeur, d’éclats de voix et de silences. Elle ne sont pas longue a découvrir le secre

Continuer à lire

"Mon garçon" : Le sang des liens

ECRANS | de Christian Carion (Fr., 1h23) avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent, Olivier De Benoist…

Vincent Raymond | Mercredi 20 septembre 2017

Brusquement rappelé à ses devoirs lorsqu'il apprend la disparition de son fils, un père divorcé et absent mène en parallèle de la police une enquête aussi désespérée que désordonnée. Malgré son désespoir et ses entorses à la loi, ses efforts le mènent à une piste. Sera-t-elle la bonne ? Familier ces dernières années de lourdes fresques historiques, Christian Carion ose ici un dispositif plus expérimental rappelant démarche de Steven Soderbergh pour Full Frontal : il dirige un comédien tenu à l’écart du scénario (ainsi que de l’ensemble de l’équipe) histoire de miser sur sa spontanéité d’individu plutôt que sur son “métier” d’interprète — le tournage en six jours dans les hauteurs du Vercors ajoutant à son conditionnement psychologique. La démarche, ambitieuse et louable, donne lieu à de surprenantes envolées de Canet qu’on ne supposait pas être aussi physique — sortir de sa zone de confiance, ça a du bon — ainsi qu’à des séquences difficiles à soutenir pour qui est en empathie avec son personnage. Dommage que l’intrigue policière, bien linéaire, manque d

Continuer à lire

Cars 3 : Sortie de piste

ECRANS | de Brian Fee (É.-U., 1h49) animation avec les voix (v.f.) de Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle… (2 août)

Vincent Raymond | Mercredi 19 juillet 2017

Cars 3 : Sortie de piste

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue sa génération aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez — une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse — en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa.

Continuer à lire

Ce qui nous lie : Je suis des vôtres

ECRANS | D’une vendange à l’autre, une fratrie renoue autour du domaine familial… Métaphore liquide du temps et de la quintessence des souvenirs précieux, le (bon) vin trouve en Cédric Klapisch un admirateur inspiré. Un millésime de qualité, après une série de crus inégaux.

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Ce qui nous lie : Je suis des vôtres

Dix ans après avoir laissé sa Bourgogne pour courir le monde, Jean s’en revient au domaine viticole familial, alors que son père agonise. Oubliant rancune et rancœur, dépassant les tracas administratifs, il s’emploie avec sa sœur et son frère à réussir le meilleur vin possible. Le travail d’un an, le travail de leur vie… Loin de délaisser la caméra ces mois passés (il a en effet enchaîné pour la télévision la création de la série Dix pour cent et des documentaires consacrés à Renaud Lavillenie) Cédric Klapisch a pourtant pris son temps avant de revenir à la fiction sur grand écran. Une sage décision, au regard de ses dernières réalisations : sa sur-suite facultative et paresseuse à L’Auberge espagnole en mode cash-machine ou son recours systématique au film choral néo-lelouchien, constituaient autant de symptômes d’un essoufflement préoccupant. Au temps en emporte le vin Ce qui nous lie estompe cette inquiétude : respectueux de son sujet — l’apprentissage et la domestication du temps (d’horloge et de météorologu

Continuer à lire

Un homme idéal

ECRANS | À cause d’une imposture littéraire devenue succès de librairies, un jeune auteur est entraîné dans une spirale criminelle ; Yann Gozlan signe une réussite inattendue du thriller hexagonal, avec un Pierre Niney excellent en héros négatif. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 mars 2015

Un homme idéal

Les yeux cernés, le visage fiévreux, un jeune homme hurle en jetant sa voiture contre une paroi rocheuse. Flashback : trois ans auparavant, on le découvre, pas forcément mieux dans ses baskets, suant sang et eau pour accoucher d’un roman finalement refusé par tous les éditeurs parisiens et contraint de végéter dans un emploi minable de déménageur. Lors d’une de ses missions, il tombe sur les carnets d’un homme fraîchement décédé où celui-ci raconte sa vie de soldat pendant la guerre d’Algérie. Ni une, ni deux, Mathieu fauche le tapuscrit, le rentre dans son Mac et l’expédie fissa à un éditeur… qui accepte instantanément de le publier. Succès critique et public ; voici l’imposteur promu star de la littérature française. Dans ce premier acte, Yann Gozlan, auteur de l’oubliable Captifs, enclenche le turbo pour raconter à toute vitesse cette ascension fulgurante, non sans la pimenter d’un regard incisif sur les mœurs des lettres actuelles. La manière dont Mathieu invente son personnage en s’inspirant des apparitions télé d’auteurs célèbres — Gary, Houellebecq et… Yann Moix ! exprime avec ironie cette petite mécanique médiatique où le discours de l’écrivain est aus

Continuer à lire

En solitaire

ECRANS | De Christophe Offenstein (Fr, 1h36) avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet…

Christophe Chabert | Lundi 4 novembre 2013

En solitaire

Yann Kermadec, marin chevronné, remplace au pied levé son frère qui s’est cassé une jambe pour participer au Vendée Globe. À peine parti, il découvre un clandestin dans la soute, se retrouvant malgré lui en infraction avec le règlement de cette course «en solitaire». Si on enlève le défi du tournage dans les conditions réelles de la navigation, ce premier film du chef opérateur de Guillaume Canet est un naufrage intégral. Le récit prend l’eau de partout, noyé par une avalanche de bons sentiments, sur le bateau comme sur la terre ferme, ce qu’une musique de supermarché vient souligner jusqu’à l’overdose. Surtout, le film ne prend le temps de rien, ni de filmer le professionnalisme du marin, ni de montrer les liens affectifs qui se nouent entre les personnages. C’est une bouillie télévisuelle écrite par des disciples de Robert MacKee qui créent des conflits artificiels et les résolvent en deux secondes — les rapports entre la fille de Cluzet et sa belle-mère jouée par Virginie Efira atteignent ainsi des sommets de niaiserie. Heureusement que le film sort un mois avant All is

Continuer à lire

Jappeloup

ECRANS | De Christian Duguay (Fr, 2h10) avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil…

Christophe Chabert | Mardi 12 mars 2013

Jappeloup

Plus scandaleux que l’affaire des lasagnes, l’acharnement du cinéma français à mettre du cheval à toutes les sauces sur les écrans. Après la comédie hippique qui pique comme un vin éventé (Turf), voici le biopic de la monture et de son destrier certifié 100% histoire vraie, avec la fine fleur des acteurs cavaliers dans les rôles principaux. Jappeloup cherche d’un bout à l’autre un angle pour raconter cette success story à la française, pendant que son réalisateur Christian Duguay, yes man canadien à qui on a curieusement accordé un titre de séjour, lui cherche vainement une forme. On sent l’armada de monteurs venus sortir le truc de la panade, tentant de dynamiser l’alternance mécanique de gros plans, plans à la grue et ralentis sur le canasson qui saute un obstacle, pendant qu’un groupe de script doctors prenaient la décision, absurde, de changer toutes les trente minutes de sujet : d’abord le jockey indécis, puis le lien père/fils, puis la réflexion sur le cavalier qui doit aimer son cheval, puis le triomphe seul contre tous. Dans tous les

Continuer à lire

Retours en série

ECRANS | Une première au Méliès ce mois-ci : une nuit pour découvrir, gratuitement et dans son intégralité, la première saison d’une série télé. Pas n’importe laquelle : Les Revenants, accueillie comme la meilleure série française contemporaine par une presse extatique. Et un peu excessive, sur ce coup. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 4 mars 2013

Retours en série

Depuis le temps qu’on entend la phrase : «Les séries télé d’aujourd’hui sont meilleures que la plupart des films de cinéma», il était logique qu’un jour celles-ci viennent se répandre sur les grands écrans. Le Méliès prend donc les devants ce mois-ci en organisant une nuit Les Revenants, où la première saison de la série créée par Fabrice Gobert — adaptée du beau film de Robin Campillo — sera diffusée dans son intégralité — 8 heures ! L’événement, gratuit qui plus est, sonne comme un moment de vérité pour cette série quasi-unanimement accueillie par des «vivas !» de la presse et des professionnels, puis par des audiences historiques pour son producteur Canal +. Pour l’avoir engouffrée en deux jours en DVD, on peut témoigner de son potentiel addictif, même si au fil du visionnage, les réserves étaient nombreuses sur sa qualité réelle. Morts mais bien vifs Les quatre premiers épisodes ont vraiment le cul entre deux chaises : refusant le traitement réaliste et politique de Campillo, Gobert n’en prend pas non plus le contrepied exact. En regardant le phénomène inexpliqué du retour à la vie de disparus qui entendent reprendre leur place auprès de leur famil

Continuer à lire