Rentrée ciné 2015 : l'Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Photo : Courtesy of Warner Bros. Pictures


Les Wachowski, Eastwood, Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d'ici à fin mai ; mais ce sont bien les super-auteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l'actualité cinématographique d'ici là.

Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter ascending le 4 février — que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l'univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d'une ambition folle, les Wachowski s'envoient en l'air pour un space opera fortement féministe avec Mila Kunis et Channing Tatum. On prend !

Deux semaines plus tard, c'est le géant Eastwood qui régale avec American Sniper. Certes, Jersey boys était sans doute son film le plus raté depuis Créance de sang… Mais là, il a un matériau en or — le trauma d'un sniper durant la guerre en Irak une fois revenu aux États-Unis — et le très in Bradley Cooper au casting.

Le 25 février, Alejandro Gonzalez Iãrritu, dont on est très loin d'être fan ici, devrait faire forte impression avec Birdman, ou Michael Keaton interprète un acteur autrefois star de blockbuster qui tente de relancer sa carrière en tenant un rôle sérieux à Broadway. Le film est quasiment tourné en un seul plan-séquence, le genre de défi que son chef-opérateur Emmanuel Lubezki aime relever — cf son boulot avec Malick et Cuarón, notamment sur Gravity.

Privé de désert

On ne mollit pas : une semaine plus tard, le grand Paul Thomas Anderson tente la première adaptation au cinéma d'un bouquin de l'immense et très secret Thomas Pynchon, Inherent vice, polar 70's pop et perché où Joaquin Phoenix joue un privé tellement décalé que le Philip Marlowe d'Altman passe presque pour un type normal. On trépignait à l'idée de son retour derrière une caméra ; ce sera chose faite le 18 mars puisque Michael Mann signera Hacker, cyber-thriller mondialisé starring Chris Hemsworth. Quant à Tim Burton, on désespérait de le voir sortir des ornières Disney et de sa propre caricature d'auteur à la signature graphique désormais consacrée ; bonne nouvelle, Big Eyes (25 mars) s'annonce comme son retour à un cinéma artisanal, plus proche d'Ed Wood ou de Big Fish. Avec, dans les deux rôles principaux, Christoph Waltz et Amy Adams, ce qui nous change de Johnny Depp et Helena Bonham-Carter.

Enfin, un dernier pour la route (furieuse) : le reboot de Mad Max (14 mai) par celui qui en fut à l'origine, George Miller lui-même, sans Mel Gibson mais avec Tom Hardy (et Charlize Theron). Les bandes-annonces qui ont tourné sur internet ont rendu hystériques les trois-quarts des cinéphiles mondiaux ; il est vrai que dans le genre explosif, on peut difficilement faire mieux.

On a annoncé deux outsiders dans cette liste de films-événements : d'abord James Wan qui, pour ses premiers pas dans le blockbuster après s'être fait un nom dans la série B d'horreur, de Saw à Conjuring et aux deux Insidious, récupère la franchise impérialiste Fast and furious, en promettant de lui donner de la chair — tournage en pellicule, acteurs faisant eux-mêmes les cascades — et une âme. À vérifier le 1er avril. Quant à Josh Whedon, après son incartade shakespearienne, il retourne à ses Avengers pour un deuxième volet, Age of Ultron, promis à un carton planétaire lors de sa sortie le 29 avril.

France, terre d'exil

Face à cette dream team de super-héros Marvel, la France fait de la résistance en proposant son propre super-héros : Vincent. Bon, dis comme ça, c'est sûr, ça paraît déséquilibré… Mais Vincent n'a pas d'écailles (18 février), premier film écrit, réalisé et interprété par Thomas Salvador, montre bien comment un jeune homme découvre qu'une fois plongé dans l'eau, il possède une force surhumaine et des aptitudes de nageur à côté duquel Florent Manaudou a l'air de faire de la brasse en petit bassin.

Mais les meilleurs films français (pour l'instant) ont choisi de s'expatrier hors de notre beau pays (pourquoi j'ai écrit cette phrase ?) mais pas forcément pour l'exotisme. Ainsi, Loin des hommes (14 janvier) de David Oelhoffen dont on vous parle un peu plus loin, ou du fabuleux dernier film de Quentin Dupieux, Réalité, qui s'impose comme le chef-d'œuvre d'un cinéaste qu'on adorait, et qu'on commence sérieusement à admirer. Ici, il propulse Alain Chabat dans un labyrinthe irracontable — ça tombe bien, il ne faut pas trop le raconter — qui transforme Los Angeles en un espace mental où chaque personnage est à la fois lui-même et un autre, comme pris dans un film dont on dupliquerait sans cesse la VHS en recollant de manière différente la bande. Vous ne pigez pas ? Eh bien attendez le 28 février pour vous prendre une des claques de l'année, dont vous ne sortirez pas indemne !

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Le Petit Bulletin de décembre en réalité augmentée

ACTUS | C'est une première à Saint-Étienne : un titre de presse est proposé en réalité augmentée. Et c'est votre Petit Bulletin de décembre qui vous offre cette exclusivité. (...)

Nicolas Bros | Mercredi 4 décembre 2019

Le Petit Bulletin de décembre en réalité augmentée

C'est une première à Saint-Étienne : un titre de presse est proposé en réalité augmentée. Et c'est votre Petit Bulletin de décembre qui vous offre cette exclusivité. Avec l'appui de l'agence All I Pack, nous vous offrons un numéro 86 avec du contenu enrichi. Pour en profiter, il vous suffit de prendre votre Petit Bulletin papier habituel, votre smartphone et de télécharger l'application gratuite SnapPress sur vos plateformes habituelles : AppStore ou Google Play. Une fois SnapPress lancée, scannez les pages de votre Petit Bulletin et voyez apparaître le contenu complémentaire : objets 3D, liens vidéos, liens vers des articles web, etc. Vous tenez le journal du futur entre vos mains !

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Resident Advisor met le Positive Education Festival dans son top 5

Musiques électroniques | Le site anglais incontournable d'informations à propos des musiques électroniques, Resident Advisor, a sorti récemment son classement des dix festivals à ne (...)

Nicolas Bros | Mercredi 12 octobre 2016

Resident Advisor met le Positive Education Festival dans son top 5

Le site anglais incontournable d'informations à propos des musiques électroniques, Resident Advisor, a sorti récemment son classement des dix festivals à ne pas manquer en novembre et décembre 2016. Parmi les événements sélectionnés, on retrouve Club to Club à Turin, Strawberry Fields dans le Bush australien ou encore le Polaris Festival de Verbier (Suisse). Mais (et entre nous ce n'est finalement pas une si grande surprise), le Positive Education Festival #01 est placé en cinquième place de ce classement. Le site explique ainsi que l'équipe d'organisation du festival, l'association Possitive Education, a construit un casting solide de stars internationales (Surgeon, Cabaret Voltaire ou Kowton), tout en s'appuyant sur une force vive de talent nationaux (Bambounou, The Hacker, Zaltan ou Low Jack). Une belle reconnaissance pour un festival qui monte en puissance cette année. Positive Education Festival #1, du 9 au 13 novembre, dans divers lieux de Saint-Étienne

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"The Revenant" : Iñárritu et DiCaprio ont vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un "survival" immersif et haletant mené par des comédiens au poil, dont le potentiellement oscarisé DiCaprio. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

Aux États-Unis, on excelle dans la culture de l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par Donald Trump, populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État noir de son Histoire ; au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars (présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs) s’entre-déchirer à qui mieux-mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernière années pour préserver le territoire de toute intrusion ; tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón ou Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages (tels que fantasmés par les conservateurs hostiles aux mouvements migratoires) pour profiter des avantages supposés du sy

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The Revenant

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un survival immersif et haletant mené par des comédiens au poil. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

The Revenant

Aux États-Unis, on excelle dans la culture de l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par un populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État Noir de son Histoire ; au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscar — présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs — s’entre-déchirer à qui mieux-mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernière années pour préserver le territoire de toute intrusion… tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón ou Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages favellaesques — tels que fantasmés par les conservateurs hostiles aux mouvements migratoires — pour profiter des avantages supposés du système étasunien et détruire sa culture (discours identitaire faisant florès un peu partout ces derniers temps). C’est même l’ex

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Mad Max : les routes furieuses de George Miller

ECRANS | Élu meilleur film de l’année par tout ce qu’Internet compte de critiques de bande-annonces à la simple vue de ses innombrables trailers, Mad Max Fury road (...)

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Mad Max : les routes furieuses de George Miller

Élu meilleur film de l’année par tout ce qu’Internet compte de critiques de bande-annonces à la simple vue de ses innombrables trailers, Mad Max Fury road sera visible en version longue — en version film, quoi — dès le 14 mai. Histoire de rappeler que le culte autour du personnage ne date pas d’aujourd’hui, Le Méliès Saint-François organise la veille une soirée avec les deux premiers volets de la saga signée George Miller — le troisième, où le cinéaste amorce un virage humaniste qu’il maintiendra ensuite via Lorenzo, Babe, le cochon dans la ville ou les deux Happy feet, est plus embarrassant. Dans Mad Max, on fait donc la connaissance de Max Rockatansky (Mel Gibson), flic badass arpentant les routes australiennes où des punks complètement vrillés sèment la terreur — viols, meurtres et tutti quanti — à la poursuite d’un or noir devenu denrée rare. À grands coups de scènes de poursuites spectaculaires, de violence et de nihilisme, Miller pose les bases d’un univers où la folie semble prendre le dessus sur tout autre sentiment, mais le circonscrit encore dans un périmètre réaliste, celui d’un futur proche où l’humanité prépare

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Hacker

ECRANS | Ce devait être le grand retour de Michael Mann après le décevant "Public Enemies", mais ce cyber-thriller ne fait oublier un scénario aux enjeux dramatiques faibles et aux personnages superficiels que lors de ses scènes d’action époustouflantes et novatrices. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 mars 2015

Hacker

Pour son retour au cinéma après six ans de silence — et une série HBO avortée, Luck —, Michael Mann s’est fixé un défi à la hauteur de sa réputation : filmer les flux du cyberespace et la manière dont cette mondialisation des données affecte le monde réel. Hacker va donc défier David Fincher, l’autre grand cinéaste numérique du XXIe siècle, sur son terrain de prédilection, et il le fait d’abord en matérialisant les circuits informatiques qui relient un cyberpirate à une centrale nucléaire chinoise, provoquant une catastrophe aux conséquences géopolitiques inattendues. En effet, la police chinoise doit pactiser avec le FBI américain pour retrouver l’auteur de l’attaque, qui pourrait avoir des liens avec un ancien hacker purgeant une peine de prison, à qui l’on accorde donc une gracieuse liberté conditionnelle le temps de l’enquête. On sent que Mann se plaît à amener son cinéma vers de nouveaux territoires, que ce soit celui des effets spéciaux numériques ou celui de l’empire capitaliste chinois avec ses villes polluées et ultratechnologiques. En revanche, il ne trouve de moyen pour les faire se rejoindre qu’un action man bodybuildé e

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Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mercredi 18 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes, dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dictée par l’authenticité du fait-divers raconté plutôt que par une volonté auteurisante. Car Big eyes relève d’un storytelling très sage, presque plat, comme si Burton jouait profil bas pour se faire oublier derrière son intrigue et ses personnages. I

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Un Moi(s) de cinéma #4

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo

Christophe Chabert | Lundi 2 mars 2015

Un Moi(s) de cinéma #4

Au sommaire de ce quatrième numéro : • Inherent Vice de Paul Thomas Anderson • Selma de Ava DuVernay • The Voices de Marjane Satrapi • Hacker de Michael Mann • À trois on y va de Jérôme Bonnell

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Michael Mann et Tim Burton : des auteurs plus à la hauteur

ECRANS | Hasard du calendrier, le 18 mars sortent en même temps Hacker de Michael Mann et Big Eyes de Tim Burton. Deux films qui éclairent de manière passionnante la carrière de leurs auteurs, tout en laissant un goût de frustration. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Michael Mann et Tim Burton : des auteurs plus à la hauteur

Alors qu’ils régnaient sur le cinéma américain des années 80 et 90, cumulant reconnaissance critique et succès publics, Tim Burton et Michael Mann ont décroché au cours des années 2000, doublés par de jeunes cinéastes ayant fait des choix sans doute plus clairs entre l’indépendance farouche et l’ambition mainstream — Fincher, Nolan, Wes et P.T. Anderson, Spike Jonze. Il y avait donc une curiosité légitime à les voir tenter un come-back en cette année 2015, Mann avec le cyber-thriller Hacker et Burton avec Big Eyes, où il retrouve les deux scénaristes d’Ed Wood. Auto-parodies ou autocritiques ? Avec Michael Mann, son histoire de guerre entre pirates informatiques est, si on s’en tient à son scénario, pas loin du naufrage. Les personnages ont beau s’agiter dans tous les sens, parcourir la moitié de la planète et même ébaucher une histoire d’amour, l’intrigue est aussi passionnante que des lignes de code dans un ordinateur. Sans parler d’un Chris Hemsworth adepte de la gonflette et de la punchline, fantôme ringard du cinéma sous hormones des années 80. Mann recycle ses vieux thèmes et ses figures les

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Inherent vice

ECRANS | En adaptant "Vice caché" de l’immense Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson prouve, après "The Master", qu’il n’aime rien tant qu’aller à l’encontre de sa maîtrise, éprouvée et incontestable. De fait, ce polar pop, enfumé et digressif est un plaisir intense, où il est avant tout question de jeu, dans tous les sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Inherent vice

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture beatnik, adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent vice rappelle les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman — Le Privé — ou les frères Coen — The Big Lebowski. Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si Vice caché se nourrissait de cette mythologie propre à la littérature criminelle, il la cabossait par un réflexe hautement pop où une profusion de

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American Sniper

ECRANS | En retraçant l’histoire de Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de toute l’histoire américaine, Clint Eastwood signe un film de guerre implacable où la mise en scène, aussi spectaculaire qu’aride, crée la dialectique si chère au cinéaste pour rendre la complexité de ce héros ambigu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

American Sniper

«Tu es un redneck» dit sa future femme à Chris Kyle — massif et impressionnant Bradley Cooper — lors de leur première rencontre. «Non, je suis Texan» lui répond-il. Et il précise : «Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux». Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre et ne lit jamais), des armes (son père lui apprend, tout jeune, à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens (sa famille d’abord, ses compagnons d’arme ensuite). Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience de ce trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c

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L'Œil du Petit Bulletin #3

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 février 2015

L'Œil du Petit Bulletin #3

Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro : Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet Réalité de Quentin Dupieux Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador Birdman d'Alejandro Gonzalez Iñarritu Hungry hearts de Saverio Costanzo

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Birdman

ECRANS | Changement de registre pour Alejandro Gonzalez Iñarritu : le cinéaste mexicain laisse son désespoir misérabiliste de côté pour tourner une fable sur les aléas de la célébrité et le métier d’acteur, porté par un casting exceptionnel et une mise en scène folle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Birdman

Partons du titre complet de Birdman : la surprenante vertu de l’ignorance. De la part d’un cinéaste aussi peu modeste qu’Alejandro Gonzalez Iñarritu, ce sous-titre a de quoi faire peur, tant il nous a habitués dans ses films précédents à donner des leçons sur la misère du monde sous toutes ses formes. Or, Birdman séduit par sa volonté de ne pas généraliser sa fable, circonscrite entre les murs d’un théâtre à Broadway : ici va se jouer à la fois une pièce adaptée de Raymond Carver et la tragi-comédie d’un homme ridicule, Riggan Thompson. Des années avant, il était la star d’une série de blockbusters où il jouait un super héros ; aujourd’hui, il tente de relancer sa carrière et gagner l’estime de ses contemporains en jouant et mettant en scène du théâtre "sérieux". Le naufrage de son existence ne se résume pas seulement à ses habits de has been : sa fille sort d’une cure de désintox, son mariage a sombré et il se fait écraser par une star mégalomane et égocentrique, Mike Shiner, plus roué et cynique que lui pour conquérir les faveurs de la critique et du public. Pour filmer les secousses qui vont bousculer Thompson dans les jours précéde

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Réalité

ECRANS | Un caméraman qui veut tourner son premier film d’horreur, un producteur instable, un animateur atteint d’un eczéma imaginaire, une petite fille nommée Réalité… Avec ce film somme et labyrinthique, aussi drôle que fascinant, Quentin Dupieux propulse son cinéma vers des hauteurs que seul un David Lynch a pu atteindre ces dernières années. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Réalité

Vient toujours un moment, dans la carrière d’un cinéaste digne de ce nom, l’envie de tourner son Huit et demi, c’est-à-dire un grand film réflexif sur la manière dont il aborde le cinéma : Truffaut avec La Nuit américaine, Almodovar avec Étreintes brisées, David Lynch avec Mulholland drive… Quentin Dupieux, qui avait déjà approché la question dans Rubber à travers des spectateurs regardant avec des jumelles le film en train de se dérouler sans caméra, ni équipe, ni projection, en fait le cœur de Réalité. Le titre lui-même est un leurre sublime : ici, la réalité est sans doute ce qu’il y a de plus incertain et fluctuant, toujours contaminée et reformulée par le cinéma et la fiction. En fait, ce n’est pas la réalité que le film cherche à capturer, mais une petite fille prénommée Réalité, que l’on filme en train de dormir et dont on veut atteindre le subconscient — autrement dit, la capacité à produire de l’imaginaire. Dans la boucle folle que le scénario finira par créer, on comprendra que cet imaginaire-là n’est rien d’autre que celui de Dupieux lui-même ; dans les rêves de Réalité, il y avait ce long rêve éveillé qu’est Ré

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L'Œil du Petit Bulletin #2

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo. Au sommaire ce (...)

Christophe Chabert | Mercredi 7 janvier 2015

L'Œil du Petit Bulletin #2

Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo. Au sommaire ce mois-ci : • Hard day de Kim Seong-hun • Loin des hommes de David Oelhoffen • Bébé Tigre de Cyprien Vial • Imitation game de Morten Tyldum

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Loin des hommes

ECRANS | Adapté d’Albert Camus, le deuxième film de David Oelhoffen plonge un Viggo Mortensen francophone dans les premiers feux de la guerre d’Algérie, pour une œuvre classique et humaniste dans le meilleur sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Loin des hommes

Il serait regrettable de faire à David Oelhoffen, dont on avait déjà apprécié le premier film, le polar Nos retrouvailles, un faux procès, déjà à l’origine du rejet de The Search : voilà un réalisateur qui ose transporter le cinéma français ailleurs, via le genre ou grâce à un voyage plus littéral hors de nos frontières aujourd’hui. Quoique, à l’époque où se déroule Loin des hommes (1954), l’Algérie est encore un territoire français, et c’est justement sur les premières fissures de la guerre d’indépendance que se bâtit le récit. Mais, là aussi, tout est affaire de dépaysement : l’instituteur Daru est une forme d’apatride, enseignant le français à des enfants algériens, mais dont les origines sont à chercher du côté de la Catalogne. Grande idée de David Oelhoffen : confier le rôle à Viggo Mortensen, lui-même sorte "d’acteur du monde" comme on le dit de certains citoyens, qui l’interprète avec son charisme habituel en mélangeant le français et l’arabe. Face à lui, le personnage du paysan qu’il doit escorter à travers les montagnes de l’Atlas

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Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

ECRANS | Moins flamboyante que l’an dernier, la rentrée cinéma 2014 demandera aux spectateurs de sortir des sentiers battus pour aller découvrir des films audacieux et une nouvelle génération de cinéastes prometteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 3 septembre 2014

Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

Si l’extraordinaire Leviathan ne lui avait ravi in extremis la place de chouchou de la rentrée cinéma, nul doute qu’elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d’une scolarité plombée et se lie d’amitié avec une «bande de filles» pour faire les quatre cents coups, et en donner quelques-uns au passage afin d’affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s’impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n’est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à filmer l’éclosion dans un même mouvement d’une héroïne et d’une actrice — formidable Karidja Touré. S’il y a bien une comédienne qui est en train d’exploser sur les écrans, c’est d’évidence Shailene Woodley. Star de la saga teen

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The Hacker : « En musique électronique, on est passé d'un extrême à l'autre »

MUSIQUES | Depuis 15 ans, The Hacker, en solo ou en collaboration avec Miss Kittin ou Gesaffelstein, prêche la bonne parole électronique dans le monde entier. Entretien franc et détendu avec « l'homme dans l'ombre » le plus affable de la techno hexagonale dont le prochain album sortira au début de l'année 2013. Propos recueillis par Guillaume Buisson-Descombes et Nicolas Bros

Nicolas Bros | Mardi 20 novembre 2012

The Hacker : « En musique électronique, on est passé d'un extrême à l'autre »

Comment définirais-tu ta musique en trois mots ?Techno, dark, électro. Quelle sera ton actu dans les mois qui viennent ?Sur notre label Zone, un maxi d'Arnaud Rebotini le 12 novembre, en février une tournée un peu partout en France dont Lyon et Grenoble, puis je vais sortir mon prochain album solo au printemps 2013. Je viens de le terminer ! Ce sera facilement identifiable, mais fait un peu différemment, varié... Avec des guests incroyables : Bernard Lavilliers, Maurane... (rires) Et aussi Hélène Ségara ?Physiquement je ne serais pas contre ! Je suis sûr qu'on pourrait faire des choses incroyables tous les deux... Elle est pas de Saint-Etienne, Hélène Ségara ? (rires) As-tu des disques à nous conseiller actuellement ?L'album de Yan Wagner produit par Rebotini que j'écoute tous les jours. Il sera invité sur mon disque. J'ai aussi été agréablement surpris en écoutant « The Messenger » de Jeff Mills. Et toujours quelques vieilleries que j'aime depuis mes 14 ans. J'attends impatiemment le nouveau Depeche Mode ! Prévois-tu un album avec

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