A hard month

ECRANS | Pas grand chose à se mettre sous la dent en ce mois de janvier cinématographique… En attendant les locomotives américaines de février, conseillons un polar sud-coréen, une machine à oscars plutôt sophistiquée et… un téléfilm enfin à sa mesure sur grand écran ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Photo : Bodega Films


C'est la rentrée, mais c'est encore vent calme dans les salles de cinéma… Les déceptions sont légions (les ratages Beauvois et Egoyan ou les arnaques Les Nouveaux sauvages et Foxcatcher) et les vrais grands films sont déjà sortis (Whiplash, La Terre éphémère ou l'incroyable polar de J. C. Chandor, A most violent year). Du coup, il faut un peu de curiosité pour dénicher les bonnes surprises de janvier. À commencer par Hard day de Kim Song-hun (7 janvier) qui, sans fondamentalement renouveler le genre du thriller sud-coréen, y apporte une délectable perversité. Suivant les tribulations d'un flic corrompu sur lequel tombe une pluie de tuiles qu'il tente tant bien que mal d'éviter, le film ose aller au bout de son mélange des genres, toujours à la limite du cartoon live, tout en forçant l'identification du spectateur à un protagoniste pourri jusqu'à la moelle.

L'identification, c'est la grande affaire des biopics. Imitation game de Morten Tyldum (28 janvier) raconte ainsi l'histoire vraie d'Alan Turing, ingénieur visionnaire qui, pendant la deuxième guerre mondiale, cherche à décrypter le langage codé utiliser par les nazis et invente au passage le premier ordinateur de l'histoire. Une sorte de proto-geek que la performance, stupéfiante, de Benedict Cumberbatch achève de rendre énigmatique. Imitation game n'échappe pas aux travers du cinéma à sujet, avec son héros qui affronte la pesanteur du système pour imposer ses idées et participer à la victoire du bien sur le mal. Sauf que derrière le combat de Turing se cache un secret : son homosexualité, qu'il dissimule mais qui finira par le renvoyer dans le placard, et son invention avec lui. Cela, Tyldum le raconte à la manière d'un Citizen Kane, comme un puzzle qui unirait l'homme à sa machine dans un même Rosebud. Ce trouble fait tout l'intérêt d'une œuvre moins calibrée qu'elle n'en a l'air.

(In)soumission

Alors que sort en librairies Soumission, son dernier roman, et que la Comédie de Saint-Étienne programme la pièce tirée des Particules élémentaires (cf. notre Une de ce mois-ci), Michel Houellebecq est aussi à l'affiche au cinéma avec L'Enlèvement de Michel Houellebecq, téléfilm Arte de Guillaume Nicloux dont la qualité valait bien un rattrapage en salles (au Méliès à partir du 23 janvier). S'appuyant sur la brève disparition de l'écran, le film invente un kidnapping complètement bouffon, sans tenants ni aboutissants, où Houellebecq promène sa tête de petit vieux, son goût pour la picole et sa tabagie aiguë au milieu d'un happening permanent où il ira même jusqu'à s'initier à la lutte avec ses ravisseurs. C'est hilarant, irrévérencieux et ça se déguste aussi sur un grand écran !

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Imitation game

ECRANS | Encore une bio filmée ? Encore un film à oscars ? Certes, mais Morten Tyldum réussit à faire de la vie d’Alan Turing, mathématicien génial, inventeur de l’ordinateur, artisan de la défaite des nazis contre l’Angleterre et homosexuel dans le placard un surprenant puzzle à la Citizen Kane. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 26 janvier 2015

Imitation game

En 1940, Alan Turing incorpore une équipe de mathématiciens réunis par les services secrets britanniques afin de décoder le langage utilisé par les nazis pour envoyer des messages informant des positions anglaises. Les méthodes de Turing le mettent en porte-à-faux avec ses collègues : il s’isole et commence à bricoler une machine complexe et coûteuse, tout en tentant de convaincre le ministre de la défense de financer son projet avant-gardiste. Le film de Morten Tyldum — cinéaste norvégien dont les œuvres précédentes n’ont même pas eu droit à une sortie en salles chez nous — ne commence pourtant pas ici, mais quelques années après. Turing est arrêté par la police et interrogé sur ses activités qui, secret défense oblige, ont été effacées par l’administration. Et, régulièrement, le film plonge dans son passé : élève introverti, il avait noué une amitié forte avec un autre jeune garçon, Christopher. Ce puzzle narratif, directement emprunté à Citizen Kane, va faire apparaître le Rosebud de Turing, qui n’est pas tant son homosexualité, rapidement révélée, que ce qui a fait tenir ensemble toutes les pièces de son existence. Citizen Turing Qu’on se l

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L'Œil du Petit Bulletin #2

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo. Au sommaire ce (...)

Christophe Chabert | Mercredi 7 janvier 2015

L'Œil du Petit Bulletin #2

Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo. Au sommaire ce mois-ci : • Hard day de Kim Seong-hun • Loin des hommes de David Oelhoffen • Bébé Tigre de Cyprien Vial • Imitation game de Morten Tyldum

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Hard day

ECRANS | Personnages immoraux, humour noir, violence brutale, mise en scène stylisée : on connaît la recette du polar sud-coréen mais devant la caméra de Kim Seong-hun, on constate qu’elle n’a pas perdu de son efficacité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Hard day

On le pensait anesthésié par des expériences limites genre J’ai rencontré le diable, mais non ; le polar sud-coréen se porte bien, même s’il provoque aujourd’hui moins de frissons qu’il y a dix ans. La preuve avec ce Hard day, premier film de Kim Seong-hun, d’une efficacité tout de même redoutable. La recette est pourtant toujours la même : plongez les codes du genre dans un bain trouble fait d’humour et de violence où les personnages ont autant à faire face à des périls extraordinaires qu’à des problèmes tout à fait ordinaires. Là où Hard day apporte une touche d’inédit par rapport à des œuvres déjà classiques comme The Chaser ou Memories of murder, c’est en faisant de son protagoniste Ko Gung-su un type qui a depuis longtemps jeté par-dessus bord tout repère moral. Son rôle de flic lui permet avant tout de superviser un vaste détournement de fonds avec ses collègues aussi pourris que lui. Et lorsqu’un soir, alors qu’il se rend aux funérailles de sa maman, il renverse par mégarde un type avec sa voiture, il s’empresse de camoufler l’accident en planquant le cadavre dans le coffre. Bon, brute et truand Toute

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