L'Œil du Petit Bulletin #2

Christophe Chabert | Mercredi 7 janvier 2015

Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Au sommaire ce mois-ci :
Hard day de Kim Seong-hun
Loin des hommes de David Oelhoffen
Bébé Tigre de Cyprien Vial
Imitation game de Morten Tyldum

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Imitation game

ECRANS | Encore une bio filmée ? Encore un film à oscars ? Certes, mais Morten Tyldum réussit à faire de la vie d’Alan Turing, mathématicien génial, inventeur de l’ordinateur, artisan de la défaite des nazis contre l’Angleterre et homosexuel dans le placard un surprenant puzzle à la Citizen Kane. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 26 janvier 2015

Imitation game

En 1940, Alan Turing incorpore une équipe de mathématiciens réunis par les services secrets britanniques afin de décoder le langage utilisé par les nazis pour envoyer des messages informant des positions anglaises. Les méthodes de Turing le mettent en porte-à-faux avec ses collègues : il s’isole et commence à bricoler une machine complexe et coûteuse, tout en tentant de convaincre le ministre de la défense de financer son projet avant-gardiste. Le film de Morten Tyldum — cinéaste norvégien dont les œuvres précédentes n’ont même pas eu droit à une sortie en salles chez nous — ne commence pourtant pas ici, mais quelques années après. Turing est arrêté par la police et interrogé sur ses activités qui, secret défense oblige, ont été effacées par l’administration. Et, régulièrement, le film plonge dans son passé : élève introverti, il avait noué une amitié forte avec un autre jeune garçon, Christopher. Ce puzzle narratif, directement emprunté à Citizen Kane, va faire apparaître le Rosebud de Turing, qui n’est pas tant son homosexualité, rapidement révélée, que ce qui a fait tenir ensemble toutes les pièces de son existence. Citizen Turing Qu’on se l

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Bébé Tigre

ECRANS | De Cyprien Vial (Fr, 1h27) avec Harmandeep Palminder, Vikram Sharma…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Bébé Tigre

L’adolescence, la place d’un immigré dans la société française, les méandres nauséabonds des économies parallèles… Le territoire qu’a choisi Cyprien Vial pour son premier film s’inscrit sur une carte bien connue du cinéma hexagonal, sans doute trop. C’est la limite de Bébé Tigre : il ne procure pas, loin de là, le frisson de l’inédit. Pourtant, l’histoire de Many, jeune adolescent indien ayant suivi les voies de l’immigration illégale pour venir travailler en France, où il a bénéficié de la mansuétude de son passeur et été adopté par une famille d’accueil aimante et attentionnée, est racontée avec une évidente volonté de laisser toute forme de pathos ou de discours sur le bas-côté. C’est une certitude : Cyprien Vial a le sens, devenu rare, de l’efficacité, délestant son récit de toute forme de gras, puis filmant à l’os les situations, dans l’action et la vitesse. Pas le temps de se poser des questions ; l’énergie du film est celle de son héros, tiraillé entre son envie de s’intégrer et son désir de travailler pour envoyer de l’argent à sa famille. Le dilemme moral auquel il finira par être confronté rappelle ceux que l’on trouve chez les frères Dardenne, dont Vi

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Hard day

ECRANS | Personnages immoraux, humour noir, violence brutale, mise en scène stylisée : on connaît la recette du polar sud-coréen mais devant la caméra de Kim Seong-hun, on constate qu’elle n’a pas perdu de son efficacité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Hard day

On le pensait anesthésié par des expériences limites genre J’ai rencontré le diable, mais non ; le polar sud-coréen se porte bien, même s’il provoque aujourd’hui moins de frissons qu’il y a dix ans. La preuve avec ce Hard day, premier film de Kim Seong-hun, d’une efficacité tout de même redoutable. La recette est pourtant toujours la même : plongez les codes du genre dans un bain trouble fait d’humour et de violence où les personnages ont autant à faire face à des périls extraordinaires qu’à des problèmes tout à fait ordinaires. Là où Hard day apporte une touche d’inédit par rapport à des œuvres déjà classiques comme The Chaser ou Memories of murder, c’est en faisant de son protagoniste Ko Gung-su un type qui a depuis longtemps jeté par-dessus bord tout repère moral. Son rôle de flic lui permet avant tout de superviser un vaste détournement de fonds avec ses collègues aussi pourris que lui. Et lorsqu’un soir, alors qu’il se rend aux funérailles de sa maman, il renverse par mégarde un type avec sa voiture, il s’empresse de camoufler l’accident en planquant le cadavre dans le coffre. Bon, brute et truand Toute

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A hard month

ECRANS | Pas grand chose à se mettre sous la dent en ce mois de janvier cinématographique… En attendant les locomotives américaines de février, conseillons un polar sud-coréen, une machine à oscars plutôt sophistiquée et… un téléfilm enfin à sa mesure sur grand écran ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

A hard month

C’est la rentrée, mais c’est encore vent calme dans les salles de cinéma… Les déceptions sont légions (les ratages Beauvois et Egoyan ou les arnaques Les Nouveaux sauvages et Foxcatcher) et les vrais grands films sont déjà sortis (Whiplash, La Terre éphémère ou l’incroyable polar de J. C. Chandor, A most violent year). Du coup, il faut un peu de curiosité pour dénicher les bonnes surprises de janvier. À commencer par Hard day de Kim Song-hun (7 janvier) qui, sans fondamentalement renouveler le genre du thriller sud-coréen, y apporte une délectable perversité. Suivant les tribulations d’un flic corrompu sur lequel tombe une pluie de tuiles qu’il tente tant bien que mal d’éviter, le film ose aller au bout de son mélange des genres, toujours à la limite du cartoon live, to

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Loin des hommes

ECRANS | Adapté d’Albert Camus, le deuxième film de David Oelhoffen plonge un Viggo Mortensen francophone dans les premiers feux de la guerre d’Algérie, pour une œuvre classique et humaniste dans le meilleur sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Loin des hommes

Il serait regrettable de faire à David Oelhoffen, dont on avait déjà apprécié le premier film, le polar Nos retrouvailles, un faux procès, déjà à l’origine du rejet de The Search : voilà un réalisateur qui ose transporter le cinéma français ailleurs, via le genre ou grâce à un voyage plus littéral hors de nos frontières aujourd’hui. Quoique, à l’époque où se déroule Loin des hommes (1954), l’Algérie est encore un territoire français, et c’est justement sur les premières fissures de la guerre d’indépendance que se bâtit le récit. Mais, là aussi, tout est affaire de dépaysement : l’instituteur Daru est une forme d’apatride, enseignant le français à des enfants algériens, mais dont les origines sont à chercher du côté de la Catalogne. Grande idée de David Oelhoffen : confier le rôle à Viggo Mortensen, lui-même sorte "d’acteur du monde" comme on le dit de certains citoyens, qui l’interprète avec son charisme habituel en mélangeant le français et l’arabe. Face à lui, le personnage du paysan qu’il doit escorter à travers les montagnes de l’Atlas

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Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Eastwood, Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les super-auteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter ascending le 4 février — que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une ambition folle, les Wachowski s’envoient en l

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