L'Œil du Petit Bulletin #3

Christophe Chabert | Lundi 2 février 2015

Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma !

Au sommaire de ce troisième numéro :

Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet
Réalité de Quentin Dupieux
Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador
Birdman d'Alejandro Gonzalez Iñarritu
Hungry hearts de Saverio Costanzo

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Le Petit Bulletin de décembre en réalité augmentée

ACTUS | C'est une première à Saint-Étienne : un titre de presse est proposé en réalité augmentée. Et c'est votre Petit Bulletin de décembre qui vous offre cette exclusivité. (...)

Nicolas Bros | Mercredi 4 décembre 2019

Le Petit Bulletin de décembre en réalité augmentée

C'est une première à Saint-Étienne : un titre de presse est proposé en réalité augmentée. Et c'est votre Petit Bulletin de décembre qui vous offre cette exclusivité. Avec l'appui de l'agence All I Pack, nous vous offrons un numéro 86 avec du contenu enrichi. Pour en profiter, il vous suffit de prendre votre Petit Bulletin papier habituel, votre smartphone et de télécharger l'application gratuite SnapPress sur vos plateformes habituelles : AppStore ou Google Play. Une fois SnapPress lancée, scannez les pages de votre Petit Bulletin et voyez apparaître le contenu complémentaire : objets 3D, liens vidéos, liens vers des articles web, etc. Vous tenez le journal du futur entre vos mains !

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"The Revenant" : Iñárritu et DiCaprio ont vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un "survival" immersif et haletant mené par des comédiens au poil, dont le potentiellement oscarisé DiCaprio. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

Aux États-Unis, on excelle dans la culture de l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par Donald Trump, populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État noir de son Histoire ; au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars (présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs) s’entre-déchirer à qui mieux-mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernière années pour préserver le territoire de toute intrusion ; tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón ou Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages (tels que fantasmés par les conservateurs hostiles aux mouvements migratoires) pour profiter des avantages supposés du sy

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The Revenant

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un survival immersif et haletant mené par des comédiens au poil. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

The Revenant

Aux États-Unis, on excelle dans la culture de l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par un populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État Noir de son Histoire ; au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscar — présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs — s’entre-déchirer à qui mieux-mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernière années pour préserver le territoire de toute intrusion… tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón ou Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages favellaesques — tels que fantasmés par les conservateurs hostiles aux mouvements migratoires — pour profiter des avantages supposés du système étasunien et détruire sa culture (discours identitaire faisant florès un peu partout ces derniers temps). C’est même l’ex

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Tête de mule, un festival "bêtes" et pas méchant

ECRANS | Le festival Tête de mule ne pouvait trouver meilleur lancement pour sa quinzième édition que l’extraordinaire Shaun le mouton, dernière production des studios (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Tête de mule, un festival

Le festival Tête de mule ne pouvait trouver meilleur lancement pour sa quinzième édition que l’extraordinaire Shaun le mouton, dernière production des studios Aardman et véritable petit bijou d’animation tout public. Non seulement le film est d’une inventivité constante — le choix, conforme à la série dont il s’inspire, de ne jamais mettre le moindre dialogue, n’y est pas pour rien — mais en plus il est d’un mauvais esprit salvateur, n’hésitant pas à fustiger la routine du quotidien pour promouvoir en retour le besoin d’aventures, de liberté et de désordre. Quelque part entre Zéro de conduite et Jacques Tati, Shaun le mouton est la star incontestée du festival. Dans sa compétition, on retrouvera quelques films bien aimés dans nos colonnes : Timbuktu, Les Combattants et Spartacus et Cassandra — que son jeune «héros» Spartacus viendra présenter au Méliès Sa

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Hungry hearts

ECRANS | Après La Solitude des nombres premiers, Saverio Costanzo prolonge son exploration des névroses contemporaines en filmant l’enfermement volontaire d’une femme, atteinte d’une phobie radicale du monde extérieur. Un film dérangeant dont la mise en scène rappelle Polanski. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Hungry hearts

La rencontre entre Jude et Mina pourrait être le prélude à une comédie romantique : ils se retrouvent tous deux enfermés dans les toilettes d’un restaurant chinois, incommodés par l’odeur et embarrassés par cette promiscuité forcée. Cette première scène de Hungry hearts agit donc comme un faux-semblant pour le reste du film, pas franchement drôle et même carrément inquiétant. Mais Saverio Costanzo, déjà auteur du remarquable et terrible La Solitude des nombres premiers, y offre deux indices au spectateur quant à la tournure que prendront les événements : d’abord, la claustration physique et son prolongement psychologique, véritable sujet du film ; puis cette idée d’un corps masculin dont les fluides créent des effluves nauséabondes et potentiellement dangereuses. C’est ce qui va détraquer l’histoire d’amour : une fois le mariage célébré, l’enfant à naître n’est pas vraiment désiré. «Ne viens pas en moi !» demande Mina, mais Jude ne parvient pas à se retenir. Quelque chose d’étranger est donc entré dans son corps, et le fruit de cette "invasion" va devenir pour Mina l’objet de toutes ses attentions, qu’elle chercher à préserver à son tour de tout

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Spartacus et Cassandra

ECRANS | Deux enfants roms tiraillés entre leur famille naturelle et la possibilité d’une vie en France sous l’aile protectrice d’une jeune acrobate de cirque : un documentaire exceptionnel de Ioanis Nuguet, aussi fort dans son propos qu’ambitieux dans sa forme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 20 mars 2015

Spartacus et Cassandra

Jusqu’au 7 janvier, les Roms étaient le sujet polémique numéro un, cristallisant l’opinion, entraînant déclarations politiques enflammées, expéditives et démagogiques. Aujourd’hui, la doxa médiatique et populaire s’est trouvé une nouvelle cible et les Roms sont retournés dans l’anonymat de la misère. Heureusement, le cinéma est là pour œuvrer à contre-courant et maintenir vives des questions contemporaines, sans oublier évidemment de tordre le cou aux idées reçues. Rien de tel pour cela que de sortir des généralités et de braquer sa caméra sur des individus qui, au départ, ne représentent qu’eux-mêmes. Spartacus et Cassandra sont donc deux enfants roms arrivés de Roumanie avec leurs parents, traînant de camps en camps avant d’atterrir dans un squat chapiteau où ils sont pris en charge par Camille, acrobate qui, même du haut de son trapèze, garde les pieds sur terre. Comprenant que les deux enfants ont un potentiel et une envie de trouver leur place dans la France d’aujourd’hui, elle rentre donc dans un combat avec le père, alcoolique et totalement irresponsable — il reproche à la France de ne l’avoir jamais aidé et pense que l’Espagne va lui offrir une maison — pour le

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Le goût des mélanges

ECRANS | Un super-héros français, un couple en crise à New York, une famille des Étrusques en voie de disparition : en février, le cinéma voyage et opère d’étonnants croisements de genres et de formes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Le goût des mélanges

Est-il possible, en France, de rivaliser avec Marvel et DC Comics en matière de super-héros ? Économiquement, pas la peine de tenter une réponse ; mais si l’on croit dans la mise en scène, ça devient jouable, et c’est ce que prouve Thomas Salvador, acteur et réalisateur de Vincent n’a pas d’écailles (18 février). Il y incarne Vincent, un type ordinaire, maladroit avec ses semblables mais doué de pouvoirs exceptionnels chaque fois qu’il entre en contact avec l’élément liquide. S’il se baigne dans un lac, il peut effectuer des sauts de dauphin et s’il s’asperge d’un saut d’eau, il peut défoncer un mur à mains nues. Salvador plonge cet argument fantastique dans un quotidien très français fait de rencontres amoureuses et de gendarmes patauds, de fêtes de villages et de petits boulots saisonniers. Ce super-héros est donc taillé sur mesure pour le cinéma hexagonal, et ce film possède le charme et les limites des premiers longs d’ici, avec ce petit plus consistant à croire en l’incroyable, et à tout faire pour que le spectateur y adhère à son tour. C’est assez réussi. Maux et Merveilles Réalisme et magie, c’est aussi le programme des

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Birdman

ECRANS | Changement de registre pour Alejandro Gonzalez Iñarritu : le cinéaste mexicain laisse son désespoir misérabiliste de côté pour tourner une fable sur les aléas de la célébrité et le métier d’acteur, porté par un casting exceptionnel et une mise en scène folle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Birdman

Partons du titre complet de Birdman : la surprenante vertu de l’ignorance. De la part d’un cinéaste aussi peu modeste qu’Alejandro Gonzalez Iñarritu, ce sous-titre a de quoi faire peur, tant il nous a habitués dans ses films précédents à donner des leçons sur la misère du monde sous toutes ses formes. Or, Birdman séduit par sa volonté de ne pas généraliser sa fable, circonscrite entre les murs d’un théâtre à Broadway : ici va se jouer à la fois une pièce adaptée de Raymond Carver et la tragi-comédie d’un homme ridicule, Riggan Thompson. Des années avant, il était la star d’une série de blockbusters où il jouait un super héros ; aujourd’hui, il tente de relancer sa carrière et gagner l’estime de ses contemporains en jouant et mettant en scène du théâtre "sérieux". Le naufrage de son existence ne se résume pas seulement à ses habits de has been : sa fille sort d’une cure de désintox, son mariage a sombré et il se fait écraser par une star mégalomane et égocentrique, Mike Shiner, plus roué et cynique que lui pour conquérir les faveurs de la critique et du public. Pour filmer les secousses qui vont bousculer Thompson dans les jours précéde

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Réalité

ECRANS | Un caméraman qui veut tourner son premier film d’horreur, un producteur instable, un animateur atteint d’un eczéma imaginaire, une petite fille nommée Réalité… Avec ce film somme et labyrinthique, aussi drôle que fascinant, Quentin Dupieux propulse son cinéma vers des hauteurs que seul un David Lynch a pu atteindre ces dernières années. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Réalité

Vient toujours un moment, dans la carrière d’un cinéaste digne de ce nom, l’envie de tourner son Huit et demi, c’est-à-dire un grand film réflexif sur la manière dont il aborde le cinéma : Truffaut avec La Nuit américaine, Almodovar avec Étreintes brisées, David Lynch avec Mulholland drive… Quentin Dupieux, qui avait déjà approché la question dans Rubber à travers des spectateurs regardant avec des jumelles le film en train de se dérouler sans caméra, ni équipe, ni projection, en fait le cœur de Réalité. Le titre lui-même est un leurre sublime : ici, la réalité est sans doute ce qu’il y a de plus incertain et fluctuant, toujours contaminée et reformulée par le cinéma et la fiction. En fait, ce n’est pas la réalité que le film cherche à capturer, mais une petite fille prénommée Réalité, que l’on filme en train de dormir et dont on veut atteindre le subconscient — autrement dit, la capacité à produire de l’imaginaire. Dans la boucle folle que le scénario finira par créer, on comprendra que cet imaginaire-là n’est rien d’autre que celui de Dupieux lui-même ; dans les rêves de Réalité, il y avait ce long rêve éveillé qu’est Ré

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Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Eastwood, Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les super-auteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter ascending le 4 février — que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une ambition folle, les Wachowski s’envoient en l

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