Michael Mann et Tim Burton : des auteurs plus à la hauteur

ECRANS | Hasard du calendrier, le 18 mars sortent en même temps Hacker de Michael Mann et Big Eyes de Tim Burton. Deux films qui éclairent de manière passionnante la carrière de leurs auteurs, tout en laissant un goût de frustration. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Photo : © StudioCanal


Alors qu'ils régnaient sur le cinéma américain des années 80 et 90, cumulant reconnaissance critique et succès publics, Tim Burton et Michael Mann ont décroché au cours des années 2000, doublés par de jeunes cinéastes ayant fait des choix sans doute plus clairs entre l'indépendance farouche et l'ambition mainstream — Fincher, Nolan, Wes et P.T. Anderson, Spike Jonze. Il y avait donc une curiosité légitime à les voir tenter un come-back en cette année 2015, Mann avec le cyber-thriller Hacker et Burton avec Big Eyes, où il retrouve les deux scénaristes d'Ed Wood.

Auto-parodies ou autocritiques ?

Avec Michael Mann, son histoire de guerre entre pirates informatiques est, si on s'en tient à son scénario, pas loin du naufrage. Les personnages ont beau s'agiter dans tous les sens, parcourir la moitié de la planète et même ébaucher une histoire d'amour, l'intrigue est aussi passionnante que des lignes de code dans un ordinateur. Sans parler d'un Chris Hemsworth adepte de la gonflette et de la punchline, fantôme ringard du cinéma sous hormones des années 80. Mann recycle ses vieux thèmes et ses figures les plus éculées — c'est beau une ville la nuit en HD — dans un exercice à la limite de l'autoparodie. Limite car Hacker est aussi, par instants, un film d'action grandiose, où le cinéaste déploie énergie et virtuosité pour orchestrer des gunfights urbains d'un réalisme hallucinant, qui en remontrent à tous les petits maîtres actuels du blockbuster. Il est aussi aujourd'hui un des rares à pouvoir capter le flux de la mondialisation de manière tactile et concrète. Film mineur d'un grand cinéaste, Hacker montre que si Mann manque de matière, il a gardé un appétit de filmer indiscutable.

Le cas Burton est plus complexe. Big Eyes est une toute petite chose, la reconstitution assez plate d'un fait-divers des années 60 où un escroc expropriera sa femme peintre de son œuvre, gardant pour lui honneurs et célébrité. Depuis dix ans, Burton singeait sa propre marque dans des films indignes de lui, comme s'il était le VRP de sa petite boutique visuelle ; rien de tel dans Big Eyes, œuvre déflationniste, impersonnelle dans sa mise en scène et maladroite dans son casting (Amy Adams est toujours juste, mais Christoph Waltz en fait trop). Pourtant, impossible de ne pas voir en transparence Burton se livrer à une autocritique cinglante : se projetant à la fois dans la créatrice sincère et dans celui qui exploite son style pour en faire une machine commerciale, il livre un bilan acide de son cinéma, fourvoyé dans des produits hollywoodiens sans âme. Big Eyes devient alors un exercice de table rase passionnant ; mais vers quel nouveau départ ?

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Sans doute Thoret aurait-il aimé ne jamais avoir à réaliser ce documentaire. Mais par l’un de ces étranges paradoxes dont l’histoire des idées et de la création artistique regorge, son édification a découlé d’une déprimante série de constats d’échecs — ou d’impuissance. Elle se résume d’ailleurs en cette sentence laconique donnant son titre au film : « We Blew it », « On a merdé ». Empruntée à Peter Fonda dans Easy Rider (1969) de Dennis Hopper, la réplique apparaît à bien des égards prémonitoire, voire prophétique. Roots et route La route est longue de Chicago à Santa Monica : 2450 miles. Prendre le temps de la parcourir permet de mesurer (au sens propre) l’accroissement incessant de la distance entre les oligarques du parti démocrate et la population. De constater la paupérisation et la fragilité de celle-ci. D’entendre, également, son sentiment de déshérence ainsi que sa nostalgie pour un “âge des possibles” — et de toutes les transgressions — révolu. Une somme de frustrations capitalisées par un Trump prompt à faire miroiter le rétrovise

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Pour son retour au cinéma après six ans de silence — et une série HBO avortée, Luck —, Michael Mann s’est fixé un défi à la hauteur de sa réputation : filmer les flux du cyberespace et la manière dont cette mondialisation des données affecte le monde réel. Hacker va donc défier David Fincher, l’autre grand cinéaste numérique du XXIe siècle, sur son terrain de prédilection, et il le fait d’abord en matérialisant les circuits informatiques qui relient un cyberpirate à une centrale nucléaire chinoise, provoquant une catastrophe aux conséquences géopolitiques inattendues. En effet, la police chinoise doit pactiser avec le FBI américain pour retrouver l’auteur de l’attaque, qui pourrait avoir des liens avec un ancien hacker purgeant une peine de prison, à qui l’on accorde donc une gracieuse liberté conditionnelle le temps de l’enquête. On sent que Mann se plaît à amener son cinéma vers de nouveaux territoires, que ce soit celui des effets spéciaux numériques ou celui de l’empire capitaliste chinois avec ses villes polluées et ultratechnologiques. En revanche, il ne trouve de moyen pour les faire se rejoindre qu’un action man bodybuildé e

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Christophe Chabert | Mercredi 18 mars 2015

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Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes, dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dictée par l’authenticité du fait-divers raconté plutôt que par une volonté auteurisante. Car Big eyes relève d’un storytelling très sage, presque plat, comme si Burton jouait profil bas pour se faire oublier derrière son intrigue et ses personnages. I

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Si l’extraordinaire Leviathan ne lui avait ravi in extremis la place de chouchou de la rentrée cinéma, nul doute qu’elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d’une scolarité plombée et se lie d’amitié avec une «bande de filles» pour faire les quatre cents coups, et en donner quelques-uns au passage afin d’affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s’impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n’est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à filmer l’éclosion dans un même mouvement d’une héroïne et d’une actrice — formidable Karidja Touré. S’il y a bien une comédienne qui est en train d’exploser sur les écrans, c’est d’évidence Shailene Woodley. Star de la saga teen

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Comment définirais-tu ta musique en trois mots ?Techno, dark, électro. Quelle sera ton actu dans les mois qui viennent ?Sur notre label Zone, un maxi d'Arnaud Rebotini le 12 novembre, en février une tournée un peu partout en France dont Lyon et Grenoble, puis je vais sortir mon prochain album solo au printemps 2013. Je viens de le terminer ! Ce sera facilement identifiable, mais fait un peu différemment, varié... Avec des guests incroyables : Bernard Lavilliers, Maurane... (rires) Et aussi Hélène Ségara ?Physiquement je ne serais pas contre ! Je suis sûr qu'on pourrait faire des choses incroyables tous les deux... Elle est pas de Saint-Etienne, Hélène Ségara ? (rires) As-tu des disques à nous conseiller actuellement ?L'album de Yan Wagner produit par Rebotini que j'écoute tous les jours. Il sera invité sur mon disque. J'ai aussi été agréablement surpris en écoutant « The Messenger » de Jeff Mills. Et toujours quelques vieilleries que j'aime depuis mes 14 ans. J'attends impatiemment le nouveau Depeche Mode ! Prévois-tu un album avec

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