Hacker

ECRANS | Ce devait être le grand retour de Michael Mann après le décevant "Public Enemies", mais ce cyber-thriller ne fait oublier un scénario aux enjeux dramatiques faibles et aux personnages superficiels que lors de ses scènes d’action époustouflantes et novatrices. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 mars 2015

Photo : Legendary Pictures


Pour son retour au cinéma après six ans de silence — et une série HBO avortée, Luck —, Michael Mann s'est fixé un défi à la hauteur de sa réputation : filmer les flux du cyberespace et la manière dont cette mondialisation des données affecte le monde réel.

Hacker va donc défier David Fincher, l'autre grand cinéaste numérique du XXIe siècle, sur son terrain de prédilection, et il le fait d'abord en matérialisant les circuits informatiques qui relient un cyberpirate à une centrale nucléaire chinoise, provoquant une catastrophe aux conséquences géopolitiques inattendues. En effet, la police chinoise doit pactiser avec le FBI américain pour retrouver l'auteur de l'attaque, qui pourrait avoir des liens avec un ancien hacker purgeant une peine de prison, à qui l'on accorde donc une gracieuse liberté conditionnelle le temps de l'enquête.

On sent que Mann se plaît à amener son cinéma vers de nouveaux territoires, que ce soit celui des effets spéciaux numériques ou celui de l'empire capitaliste chinois avec ses villes polluées et ultratechnologiques. En revanche, il ne trouve de moyen pour les faire se rejoindre qu'un action man bodybuildé et prompt à la punchline ironique, survivance du blockbuster années 80 qui, comme il se doit, tombera tranquille la jolie chinoise avec qui il fait équipe.

Cyber-guérilla urbaine

C'est le point très faible de Hacker : un scénario empêtré dans des clichés de seconde zone, des personnages monolithiques et une histoire d'amour dont on se contrefout. De plus, comme geek ultime, Chris Hemsworth et son look de surfer haltérophile se pose un peu là… On aimerait aussi que Mann laisse tomber certaines de ses marottes, désormais éculées, en particulier son goût de filmer en HD les lumières de villes s'étendant à perte de profondeur de champ.

Comme s'il était conscient du caractère bancal de ce matériau, le cinéaste garde toutes ses cartouches pour les grandes scènes d'action du film, histoire de rappeler que sa légende ne se fonde pas sur du vent. Et il y parvient haut la main ; mettant en scène des gunfights en milieu urbain avec un réalisme visuel et sonore impressionnant, Mann fait une fois encore avancer la grammaire cinématographique, mariant sentiment de direct et spectaculaires chorégraphies de la violence.

Ce souffle expérimental, même circonscrit à des morceaux de bravoure, montre que Mann a toujours un appétit de filmer hors norme. Hacker, film moyen, est donc quand même une bonne nouvelle.

Hacker
De Michael Mann (ÉU, 2h13) avec Chris Hemsworth, Tang Wei, Viola Davis…


Hacker

De Michael Mann (EU, 2h13) avec Chris Hemsworth, Tang Wei...

De Michael Mann (EU, 2h13) avec Chris Hemsworth, Tang Wei...

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Hacker suit un détenu en permission et ses associés américains et chinois dans leurs efforts pour traquer et démanteler un puissant réseau de cybercriminalité internationale, les entraînant de Chicago et Los Angeles à Hong Kong et Jakarta.


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Sale temps à l'hôtel El Royale : Welcome to the Hotel California & Nevada

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Sale temps à l'hôtel El Royale : Welcome to the Hotel California & Nevada

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"We blew it" : Les USA, entre le road movie et la mort

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Sans doute Thoret aurait-il aimé ne jamais avoir à réaliser ce documentaire. Mais par l’un de ces étranges paradoxes dont l’histoire des idées et de la création artistique regorge, son édification a découlé d’une déprimante série de constats d’échecs — ou d’impuissance. Elle se résume d’ailleurs en cette sentence laconique donnant son titre au film : « We Blew it », « On a merdé ». Empruntée à Peter Fonda dans Easy Rider (1969) de Dennis Hopper, la réplique apparaît à bien des égards prémonitoire, voire prophétique. Roots et route La route est longue de Chicago à Santa Monica : 2450 miles. Prendre le temps de la parcourir permet de mesurer (au sens propre) l’accroissement incessant de la distance entre les oligarques du parti démocrate et la population. De constater la paupérisation et la fragilité de celle-ci. D’entendre, également, son sentiment de déshérence ainsi que sa nostalgie pour un “âge des possibles” — et de toutes les transgressions — révolu. Une somme de frustrations capitalisées par un Trump prompt à faire miroiter le rétrovise

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Au sommaire de ce quatrième numéro : • Inherent Vice de Paul Thomas Anderson • Selma de Ava DuVernay • The Voices de Marjane Satrapi • Hacker de Michael Mann • À trois on y va de Jérôme Bonnell

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Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

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Alors qu’ils régnaient sur le cinéma américain des années 80 et 90, cumulant reconnaissance critique et succès publics, Tim Burton et Michael Mann ont décroché au cours des années 2000, doublés par de jeunes cinéastes ayant fait des choix sans doute plus clairs entre l’indépendance farouche et l’ambition mainstream — Fincher, Nolan, Wes et P.T. Anderson, Spike Jonze. Il y avait donc une curiosité légitime à les voir tenter un come-back en cette année 2015, Mann avec le cyber-thriller Hacker et Burton avec Big Eyes, où il retrouve les deux scénaristes d’Ed Wood. Auto-parodies ou autocritiques ? Avec Michael Mann, son histoire de guerre entre pirates informatiques est, si on s’en tient à son scénario, pas loin du naufrage. Les personnages ont beau s’agiter dans tous les sens, parcourir la moitié de la planète et même ébaucher une histoire d’amour, l’intrigue est aussi passionnante que des lignes de code dans un ordinateur. Sans parler d’un Chris Hemsworth adepte de la gonflette et de la punchline, fantôme ringard du cinéma sous hormones des années 80. Mann recycle ses vieux thèmes et ses figures les

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Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

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Rush

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Rush

Pour toute une génération, Niki Lauda est ce champion de Formule 1 autrichien défiguré après un accident spectaculaire, un visage monstrueux autant qu’une légende de son sport. Diverses plaisanteries pas très fines ont achevé d’en faire un mythe, et Rush en ajoute une dernière, accessible au seul public français, en faisant incarner le coureur par l’excellent Daniel Brühl… Cette transformation est le pivot dramatique du film de Ron Howard, son climax un peu obscène — les scènes d’hôpital ne sont pas du meilleur goût en termes de mise en scène — mais c’est aussi là que se joue sa séduisante alliance d’efficacité et de subtilité. Rush n’est pas exactement une bio filmée de Lauda, du moins est-elle couplée à une autre consacrée à son rival sportif et intime, l’Anglais James Hunt — très bon Chris Hemsworth, qui Thor ici le cou à ses détracteurs. La première partie pose leur antagonisme : Lauda est cérébral, impassible et pas très glamour, mais sa science de la mécanique et de la conduite le rendent imbattable sur les circuits ; Hunt est impulsif, dragueur, fêtard, beau gosse et, malgré ses audaces en course, il finit fréquemment dans le fossé ou dans la posture de l

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Nicolas Bros | Mardi 20 novembre 2012

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Comment définirais-tu ta musique en trois mots ?Techno, dark, électro. Quelle sera ton actu dans les mois qui viennent ?Sur notre label Zone, un maxi d'Arnaud Rebotini le 12 novembre, en février une tournée un peu partout en France dont Lyon et Grenoble, puis je vais sortir mon prochain album solo au printemps 2013. Je viens de le terminer ! Ce sera facilement identifiable, mais fait un peu différemment, varié... Avec des guests incroyables : Bernard Lavilliers, Maurane... (rires) Et aussi Hélène Ségara ?Physiquement je ne serais pas contre ! Je suis sûr qu'on pourrait faire des choses incroyables tous les deux... Elle est pas de Saint-Etienne, Hélène Ségara ? (rires) As-tu des disques à nous conseiller actuellement ?L'album de Yan Wagner produit par Rebotini que j'écoute tous les jours. Il sera invité sur mon disque. J'ai aussi été agréablement surpris en écoutant « The Messenger » de Jeff Mills. Et toujours quelques vieilleries que j'aime depuis mes 14 ans. J'attends impatiemment le nouveau Depeche Mode ! Prévois-tu un album avec

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