Jamais de la vie

ECRANS | Pierre Jolivet plonge Olivier Gourmet dans un polar social anémique et balourd.

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Photo : © Ad Vitam


Courant manifestement après sa veine de polar social dont le sommet — et un de ses plus gros succès — reste Fred avec Vincent Lindon, Pierre Jolivet est allé débaucher Olivier Gourmet pour incarner ce gardien de nuit, ex-taulard et ex-syndicaliste revenu de tout, observant avec fatalisme la crise lui dérober ses dernières illusions et découvrant qu'un casse se prépare dans l'hyper qu'il doit surveiller.

Gourmet est formidable, évidemment, mais le film, pour ainsi dire, ne le mérite pas. On aura rarement vu scénario aussi pépère et mise en scène aussi manifestement sous Lexomil ; c'est bien simple, n'importe quel épisode de série télé française a aujourd'hui plus conscience de la nécessité d'insuffler rythme et tension à son récit. Mais Jolivet préfère engourdir l'ensemble, histoire de bien faire passer ses messages politico-sociaux ; sauf que, lorsqu'il s'agit de peindre la banlieue et son quotidien, il ne se rend même pas compte qu'il conforte les clichés au lieu de les renverser — ici, les jeunes des quartiers, même gentils et serviables, restent des petits délinquants.

Mais on n'a même pas envie de lui chercher des noises sur ce terrain-là ; on a plutôt envie de le renvoyer à quelques classiques pas si anciens que ça, genre Tchao Pantin, pour lui prouver qu'on peut faire un film noir passionnant, bien écrit et porté par un comédien excellent, sans l'ensevelir sous le plomb des bonnes intentions.

Christophe Chabert


Jamais de la vie

De Pierre Jolivet (Fr, 1h35) avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton...

De Pierre Jolivet (Fr, 1h35) avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton...

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Franck, 52 ans, est gardien de nuit dans un centre commercial de banlieue. Il y a dix ans, il était ouvrier spécialisé et délégué syndical, toujours sur le pont, toujours prêt au combat. Aujourd’hui il est le spectateur résigné de sa vie, et il s’ennuie...


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"L’espace cinématographique nous renvoie à nos responsabilités collectives"

Ceux qui travaillent | Antoine Russbach signe avec Ceux qui travaillent (présenté à Avignon et Gérardmer) l’un des premiers films francophones les plus percutants de l’année, où il expose en pleine lumière les coulisses du système capitaliste. À voir pour dessiller les consommateurs !

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Quel est le point de départ de ce film ? Antoine Russbach : Au départ, ce film s’inscrivait dans un projet plus vaste, beaucoup trop compliqué et trop cher pour un premier film : Ceux qui travaillent, ceux qui combattent et ceux qui prient, reprenant l’ordre de la société médiévale — ceux qui travaillent étant le tiers-état, les paysans ; ceux qui combattent, la noblesse et puis ceux qui prient le clergé s’occupant de notre âme. Je l’ai scindé en trois et donc ce film se pose la question de qui, aujourd’hui, nous nourrit. Je suis parti la chaîne de distribution logistique de biens, sur la manière que l’on a de consommer aujourd’hui. La particularité, c’est que ça parle du travail dans sa finalité avec un personnage d’une classe sociale élevée qui, d’une certaine manière représente le modèle de réussite que l’on peut avoir naïvement dans notre société et qui contient quelque chose de défaillant. Toutes les décisions que prend votre personnage semblent répondre à une logique pragmatique — même si elles peuvent paraître absurdes, voire inhumaines. Y a-t-il chez lui que

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"Ceux qui travaillent" : La gueule de l’emploi

KAPITAL | De Antoine Russbach (Sui.-Bel, 1h42) avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Delphine Bibet…

Vincent Raymond | Mercredi 25 septembre 2019

Premier arrivé, dernier parti ; costume cravate, droit comme un i… Frank a tout du cadre modèle dans la société de fret maritime où il a gravi tous les échelons. Mais une décision coupable lui vaut d’être licencié. Lui qui se pensait pour toujours dans le camp des vainqueurs va vaciller… Précipité d’économie, de chronique sociale et d’éthique cristallisé en une fiction tragiquement réelle, ce premier long métrage aussi cuisant qu’une gifle fait d’un Olivier Gourmet marmoréen (et magistral, comme à l’accoutumée) le bras armé du capitalisme sans état d’âme — pléonasme. Antoine Russbach ayant de surcroît l’adresse de ne pas tomber dans le piège du manichéisme, le personnage de Frank gagne en épaisseur humaine au fur et à mesure de sa déchéance et de ses rechutes, puisqu’il comprend être aussi la victime du système dont il se croyait seulement bénéficiaire — “profiteur“ serait plus exact. On le hait en le plaignant à la fois, en particulier lorsqu’il constate la fragilité de sa “réussite” reposant sur le fait qu’il est un tiroir-caisse pour toute sa famille. Exception faite de sa plus jeune fille, encore épargnée par la fièvre consumériste.

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Ivan Calbérac : « D’un traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle »

Venise n’est pas en Italie | Comme un prolongement logique de son roman et de son spectacle, Ivan Calbérac a réalisé le film semi-autobiographique Venise n’est pas en Italie. Une démarche cathartique qui prend la forme d’une comédie, dont il s’est ouvert lors des Rencontres d’Avignon, mais aussi de Gérardmer…

Vincent Raymond | Mercredi 29 mai 2019

Ivan Calbérac : « D’un traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle »

L’aventure de Venise n’est pas en Italie a commencé il y a longtemps pour vous… Oui, elle en partie autobiographique parce que mes parents me teignaient les cheveux en blond de sept à treize ans — ouais, c’est moche (rires). À l’époque, ils m’avaient convaincu que j’étais plus beau comme ça. Je pensais que c’était dans mon intérêt, donc j’étais complètement consentant et même limite coopératif : je demandais ma teinture — j’étais vrillé de l’intérieur. Mais en même temps, j’en avais super honte : j’avais toujours peur qu’on dise : « Aïe aïe, il a les cheveux teints, la honte ! », et à 14-15 ans, j’ai voulu arrêter, ils m’ont dit OK. La plupart de mes amis qui me connaissaient à cet âge-là n’étaient pas au courant. Et puis j’ai grandi et à l’âge de 38-40 ans, cette histoire est redevenue présente. De cette sorte de traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle en la racontant d’abord comme un roman. Mais j’avais tout de suite en tête l’envie d’en faire un film, parce que je voyais un road-movie, plein d’images.

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"Venise n'est pas en Italie" : Lacunes sur la lagune

ECRANS | De Ivan Calbérac (Fr., 1h35) avec Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Helie Thonnat…

Vincent Raymond | Mercredi 29 mai 2019

Tout sépare Émile de Pauline, la collégienne dont il est épris : lui vit avec sa famille bohème (les Chamodot) dans une caravane ; elle réside dans la villa cossue des parents bourgeois. Quand elle l’invite à Venise pour l’été, Emile se réjouit… brièvement. Car ses parents veulent l’accompagner. En adaptant ici son propre roman lointainement autobiographique (succès en librairie), déjà porté (avec autant de bonheur) par lui-même sur les planches, le sympathique Ivan Calbérac avait en théorie son film tourné d’avance — le fait d’avoir en sus la paire Poelvoorde/Bonneton parmi sa distribution constituant la cerise sur le Lido. Las ! Le réalisateur a jeté dans un grand fait-tout façon pot spaghetti les ingrédients d’une comédie familiale un peu Tuche et d’une romance d’ados un peu Boum, quelques tranches de road movie, un peu d’oignon pour faire pleurer à la fin, nappé le tout d’une sauce Roméo & Juliette. Et puis il a oublié sa gamelle sous le feu des projecteurs. Résultat ? Un bloc hybride et peu digeste, où l’on distingue trois ou quatre possi

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Pierre Jolivet : « Mon luxe ? Je ne fréquente pas de cons »

Victor et Célia | Aux Rencontres d’Avignon, puis à celles de Gérardmer, Pierre Jolivet a présenté son nouveau couple de cinéma, Victor et Célia. Deux jeunes gens d’aujourd’hui combatifs, épris l’un de l’autre autant que de leur liberté. Il en a aussi profité pour parler de l’état de la production hexagonale à l’heure de Netflix…

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Pierre Jolivet : « Mon luxe ? Je ne fréquente pas de cons »

Est-il plus difficile de faire un film ou d’ouvrir un salon de coiffure ? Pierre Jolivet : Je ne sais pas… Il y a de l’entrepreneuriat dans les deux. Faire un film, c’est aussi monter une petite entreprise de plusieurs millions en deux-trois ans. Je n’ai jamais ouvert un salon de coiffure ! À la différence des deux petits coiffeurs qui m’ont inspiré le film. Au départ, j’étais allé me faire couper les cheveux dans un petit salon du XVe, là où j’habite. Ils étaient stressés parce que j’étais leur premier client, et ils m’ont raconté leur histoire. Qu’ils ne dormaient plus, qu’ils s’étaient endettés, qu’ils souffraient et étaient exaltés en même temps par la liberté qu’ils avaient. C'est ce mélange, cette vibration très particulière du passage à l’acte que j’ai essayé d’attraper. La thématique des petites entreprises vous tient à cœur… Celle des chômeurs aussi, beaucoup…J’ai grandi dans une banlieue populaire où il y avait plein de petites entreprises qui, maintenant on disparu. Si no

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"Victor et Célia" : Et si on passait au salon ?

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr., 1h31) avec Arthur Dupont, Alice Belaïdi, Bruno Bénabar…

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Même si l’affaire n’est pas bouclée à 100%, c’est sûr : Victor et Ben vont ouvrir le salon de coiffure de leurs rêves. Hélas, Ben meurt brutalement et Victor part en quête de l’associé·e idéal·e. Tout le dirige vers Célia, son ancienne *partenaire* de l’école de coiffure. Il reste encore à la convaincre… De l’entreprise à l’artisanat, Pierre Jolivet se sera penché sur toutes les formes de sociétés ou de commerces à périmètre humain. Car justement, ce sont les transactions entre les individus qui l’intéressent, davantage que les affaires de négoce génératrices de profit. Le cinéaste excelle dans la description de ces entraves susceptible de contrarier l’épanouissement personnel, qu’il s’agisse d’obstacles administratifs, de fâcheux, de fatalité voire d’une romance — ce dernier point (également connu sous le dicton “no zob in job“) étant à nuancer : on ne divulgâchera rien en sous-entendant que Victor et Célia vont être tendrement de mèche. C’est d’ailleurs leur relation amoureuse un brin contrariée par leur scrupules mutuels (elle est en couple, lui trop bon camarade pour l’entrep

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"Une intime conviction" : Le doute à l’ombre

Diable d'avocat | De Antoine Raimbault (Fr., 1h50) Avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas…

Vincent Raymond | Mercredi 6 février 2019

Accusé d’avoir tué sa femme, Jacques Viguier se terre dans un mutisme coupable. Nora le croit si viscéralement innocent qu’elle convainc Me Dupond-Moretti de le défendre, se dévouant sans relâche pour trouver des preuves le disculpant, au risque de polluer la procédure par son action… Il est peu fréquent sous nos latitudes de voir une affaire judiciaire aussi promptement adaptée sur les écrans français, et ce en conservant les noms des protagonistes. Le fait que le réalisateur ait été proche du dossier n’y est pas étranger, mais ne doit rien enlever aux mérites de ce qui constitue son premier long métrage. Un film de procédure et de prétoire répond en effet à un strict protocole : il se doit de reproduire la théâtralité de la liturgie judiciaire tout en intégrant son jargon et ses pesanteurs — qui en amenuisent sérieusement la dramaturgie. Raimbault use d’un “truc“ pour dynamiser son film : l’invention de Nora, investigatrice parallèle, agissant comme les auxiliaires de la défense dans le monde anglo-saxon. Son action sur la narration (et globalement positive sur le verdict) repo

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"Edmond" : Naissance d’un nouveau nez

Pif parade | De et avec Alexis Michalik (Fr., 1h50) avec également Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mercredi 9 janvier 2019

Malgré la présence de Sarah Bernhardt, la dernière pièce d’Edmond Rostand a été un four cuisant. Deux ans plus tard, il a l’occasion de se refaire… s’il signe en trois semaines une comédie épique pour l’illustre comédien Coquelin. Seul le titre est trouvé : Cyrano de Bergerac… Éloge de la mise en abyme : la pièce racontant l’histoire plus grand succès théâtral de l’Histoire a connu un tel succès qu’elle a été transposée au cinéma. L’heureux jeune dramaturge de ce triomphe contemporain, Alexis Michalik, s’est même vu confier le soin de signer la réalisation de ce qui ce trouve être son premier long métrage. À l’auteur, l’industrie cinématographique confiante — en attendant d’être reconnaissante ? Sans minimiser leur investissement, reconnaissons que les producteurs jouent sur du velours : le prestige des planches est double (grâce à la référence patrimoine et la tournée toujours en cours), la distribution extra-large et le style de nature à n’effrayer personne : non point une qualité française, mais une facture charentaise dirons-nous, puisqu’il a été en compétition au festival d’Angoulême, dans laquelle

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" Un Peuple et son roi " : Astre déchu

Dîner de têtes | Dans cette fresque révolutionnaire entre épopée inspirée et film de procédure, Schoeller semble fusionner Versailles et L’Exercice de l’État, titres de ses deux derniers long métrages de cinéma. Des moments de haute maîtrise, mais aussi d’étonnantes faiblesses. Fascinant et bancal à la fois.

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

1789. La Bastille vient de tomber, et le Roi quitte Versailles après avoir signé la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen soumise par l’Assemblée. Dans les rues de Paris, la famille d’un souffleur de verre est portée par ce vent d’espérance. Et si le peuple avait enfin voix au chapitre ? Moment clef de notre histoire, tournant civilisationnel du fait de sa résonance sur les nations voisines, de son potentiel dramatique et de ses conséquences contemporaines, la Révolution française constitue un morceau de choix pour tout amateur de geste épique, de combats d’idées et d’élans tragiques. Filmer l’exaltation d’une guerre civile éclatant sous l’auspice des Lumières et la conquête de la liberté par le peuple a déjà galvanisé Gance, Guitry ou Renoir. Comme eux, Schoeller rallie ici la quintessence des comédiens de son époque : le moindre rôle parlé est donc confié à un·e interprète de premier plan. Le défilé en est étourdissant, mais pas autant que celui des députés ayant à se prononcer par ordre alphabétique de circonscription et à haute voix sur la mort de Louis XVI dans une séquence aussi édifiante que captiva

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"L’Échange des princesses" : Troquées

ECRANS | de Marc Dugain (Fr., 1h40) avec Lambert Wilson, Olivier Gourmet, Anamaria Vartolomei… (27 décembre)

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Pour asseoir son pouvoir, le régent Philippe d’Orléans ourdit la double union d’un Louis XV de 11 ans avec la malheureuse Infante d’Espagne de 4 ans, et de sa fille avec l’héritier d’Espagne. Mais hélas, aucun des deux mariages ainsi arrangé n’est heureux… Derrière la caméra, ce sont les noces entre le cinéaste-écrivain Marc Dugain et sa coscénariste autrice du roman, Chantal Thomas que l’on célèbre. Et elles sont fécondes : rarement récit historique fut rendu avec autant de finesse, de réalisme et cependant de liberté(s). L’un des derniers à nous avoir immergé aussi exactement dans les bouillonnements du XVIIIe siècle était Benoît Jacquot avec Les Adieux à la Reine, également adapté de… Chantal Thomas. Conte absurde où des enfants sont tout à la fois déifiés et traités comme des marionnettes, L’Échange des princesses, montre l’ambition des uns, la bigoterie des autres et cette aristocratie ramassée en vase-clos sur ses privilèges — de parfaits prolégomènes à la Révolution qui achèvera le siècle et l’Ancien Régime.

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"Le Jeune Karl Marx" : Graine de coco

Biopic | de Raoul Peck (All.-Fr.-Bel., 1h58) avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Olivier Gourmet…

Vincent Raymond | Mercredi 27 septembre 2017

1844. Chassé d’Allemagne pour ses écrits jugés subversifs, le jeune Karl Marx s'expatrie à Paris avec son épouse Jenny. Au même moment à Londres, jeune Engels s’insurge contre son père industriel et exploiteur. La rencontre entre Marx et Engels va accoucher d’une nouvelle doctrine… Raoul Peck se ferait-il une spécialité de dresser les portraits des grandes figures politico-morales progressistes ? Après son très récent documentaire consacré à James Baldwin (I am not your Negro) et surtout son Lumumba (2000) qui ressuscitaient des visages méconnus du grand public, le cinéaste haïtien braque ici sa caméra sur le totem rouge par excellence. Ce biopic polyglotte à hauteur d’“honnête d’homme”, en cela certainement fidèle au contexte de l’époque, ne sacralise pas le philosophe en le renvoyant régulièrement à ses contingences physiques (sexe, faim…) et matérielles — ce qui est, somme toute, d’une grande logique concernant le théoricien du matérialisme. Karl est un corps massif, qui use de sa présence pour asseoir ses idées. Si son amiti

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Grand froid : Cadavre en cavale

ECRANS | de Gérard Pautonnier (Fr.-Bel.-Pol., 1h26) avec Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet, Fedor Atkine…

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Grand froid : Cadavre en cavale

L’entreprise funéraire d’Edmond Zweck ne devrait pas connaître la crise. Mais dans sa petite bourgade au nord de nulle part, personne ne meurt. Sur le point de licencier son fidèle Georges et son apprenti Eddy, il récupère un défunt. Hélas, les obsèques vont tourner au désastre… Distribution de prestige pour cette comédie d’humour noir-givré, rappelant à bien des égards cette frange de cinéma nordique qui joue sur l’absurdité découlant de la dilatation du temps : chez Roy Andersson, van Warmerdam, Kaurismäki, mais aussi les Coen de Fargo, quand le dérisoire devient par la contemplation forcenée un inépuisable réservoir d’extraordinaire et l’incongru totalement banal — tel le restaurant asiatique, inattendu dans ce décor. Si l’insolite surgit pour faire pivoter l’histoire vers un burlesque macabre, il reste des non-dits tout aussi porteurs de bizarrerie dérangeante (en témoignent les relations troubles “unissant” le prêtre à ses enfants de chœur). Il faut toutefois accepter le rythme traînant du début, parce qu’il participe pleinement de l’ écriture comique. Pautonnier au

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Terre battue

ECRANS | De Stéphane Demoustier (Fr, 1h35) avec Olivier Gourmet, Charles Merienne, Valeria Bruni Tedeschi…

Christophe Chabert | Lundi 15 décembre 2014

Terre battue

Viré de son poste de responsable d’un grand magasin, Jérôme (Olivier Gourmet, parfait, comme d’habitude) cherche à se remettre en selle en créant sa propre boutique de chaussures féminines. En parallèle, son fils Ugo, 11 ans, décide de se consacrer au tennis, où il développe des aptitudes prometteuses. Pour son premier long, Stéphane Demoustier, frère d’Anaïs et auteur de quelques courts remarqués, investit un territoire à la fois balisé et inédit : les relations père / fils, le réalisme social, ça, c’est pour l’attendu. La description des efforts et sacrifices pour monter sa boîte ou pour s’accomplir dans un sport, en revanche, est plus rarement montée à l’écran. C’est en fin de compte la réunion des deux qui donne son charme à Terre battue, Demoustier évitant certains écueils comme la projection des désirs du père sur l’avenir de son fils. Les deux sont dans des logiques de perdants et le film suit cette trajectoire très frères Dardenne — par ailleurs coproducteurs — sans en rajouter, avec une modestie qui en marque à la fois l’intérêt et les limites — à trop vouloir être modeste, il manque quand même d'envergure. Dès qu’il s’en éloigne, il est nettement moins

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La Marche

ECRANS | De Nabil Ben Yadir (Fr, 2h) avec Tewfik Jallab, Olivier Gourmet, Charlotte Le Bon, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

La Marche

La marche contre le racisme et pour l’égalité, partie des Minguettes de Vénissieux il y a trente ans, méritait mieux que ce navet dont les maladresses se retournent contre son message même. La caractérisation des marcheurs est au-delà du stéréotype, et leur évolution est conduite avec d’énormes sabots, quand cela ne relève pas de l’aberration totale. Ainsi du personnage de Philippe Nahon, franchouillard grognon et raciste qui finit en défenseur fervent d’une France métissée ; mais les autres sont à l’avenant, telle cette pseudo Fadela Amara qui découvre, après une bonne dizaine de séquences à éructer en féministe courroucée, que le dialogue apaisé, c’est bien, en fait. Tout est exagéré, outré, noyé dans un humour de multiplexe et, pire du pire, écrit avec un manuel de scénario à l’Américaine sur les genoux. Le film a donc besoin sans cesse de désigner des ennemis pour créer du conflit dramatique et en général ce sont les péquenauds français, forcément cons, intolérants, fermés, méchants qui en prennent pour leur grade ­— mais même SOS Racisme se fait tacler dans les cartons de fin ! La nuance n’est donc pas le fort de La Marche, mais la mise en scène non

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Eyjafjallajökull

ECRANS | D’Alexandre Coffre (Fr, 1h32) avec Dany Boon, Valérie Bonneton, Denis Ménochet…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

Eyjafjallajökull

Tel le produit d’une éruption volcanique incontrôlée, Eyjafjallajökull est un grand mixe de comédie des contraires façon Francis Veber, de comédie du remariage style Hollywood classique et de comédie cartoonesque tendance Vil le coyote. Sur le papier, un tel projet paraît enthousiasmant… Mais avec Dany Boon dans le coffre arrière — littéralement, lors d’une séquence du film — puis une main sur le volant du scénario et un œil dans le rétro de la mise en scène, c’est évidemment une toute autre affaire, chaque ingrédient venant affadir le précédent pour un résultat plutôt branlant. Cette longue scène de ménage sur les routes d’Europe n’ose jamais aller au bout de son incongruité, ramenant les écarts d’humour noir et méchant dans le giron du conformisme tout public — tout ce chambard pour un mariage ; notez l’audace. On le sait, la comédie française est à la peine depuis un bon moment ; il faut reconnaître à Alexandre Coffre le désir de lui filer un petit coup de boost. On sent hélas que les décideurs cravatés de l’entertainment hexagonal ont mis ici les deux pieds sur le frein. Christophe Chabert

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Grand central

ECRANS | Après "Belle épine", Rebecca Zlotowski affirme son désir de greffer le romanesque à la française sur des territoires encore inexplorés, comme ici un triangle amoureux dans le milieu des travailleurs du nucléaire. Encore imparfait, mais souvent passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 juillet 2013

Grand central

Gary (Tahar Rahim, excellent comme jamais depuis Un prophète) est en quête de stabilité professionnelle après des années de jobs plus ou moins louches. Il atterrit dans la Drôme et intègre assez vite une équipe d’ouvriers travaillant au cœur des centrales nucléaires. La communauté, masculine, virile et solidaire, obéit à des règles draconiennes qui visent à éviter la contamination par la «dose» radioactive. La contagion, pour Gary, sera d’abord amoureuse : il croise un soir la femme d’un de ses collègues, Toni (prénom renoirien qui fait écho au cadre, curieusement bucolique, dans lequel vivent ces prolos du nucléaire, des mobile homes en bord de fleuve) et une passion physique va naître presque instantanément entre eux. C’est tout le projet de Rebecca Zlotowski : comme les courses de motos clandestines de Belle épine accompagnaient la quête existentielle de Léa Seydoux, le nucléaire est ici la toile de fond qui permet de renouveler un classique triangle amoureux, même si le scénario s’emploie à intriquer jusqu’à la folie les deux éléments, poussant Gary à mettre sa vie en péril pour espé

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