Le Fils de Saul

ECRANS | Comment raconter une tragédie intime au sein de l’une des plus immenses et indicibles tragédies de l’histoire humaine ? László Nemes s’y risque dans son premier long métrage. Grand Prix à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

Photo : © DR


Représenter la Shoah figure parmi les pires casse-dents pour un artiste, en particulier au cinéma. Trop peu montrer la réalité des camps d'extermination, c'est risquer d'en minorer l'abomination, voire de la nier à force de prendre des précautions : il faut avoir le sens de la symbolique comme Costa-Gavras dans Amen et être capable d'activer un hors-champ suffisamment puissant pour faire comprendre, par l'absence ou à travers les réactions des observateurs directs, ce que la monstruosité provoque. Mais trop montrer, c'est encourir l'obscénité et la spectacularisation de l'horreur — soit, sa banalisation.

Pendant près de trois quarts de siècle, les cinéastes ont rivalisé d'acrobaties éthiques pour parvenir à une mise en image digne dans des films à vocation historique. Peut-être parce qu'il appartient à une toute jeune génération, bien à distance des faits (il a 38 ans), László Nemes ose se servir de ce contexte douloureusement sacré pour y installer une fiction — qui n'a rien d'anodine. Membre des Sonderkommandos (ces détenus en sursis chargés de "l'entretien" des fours crématoires d'Auschwitz), Saul reconnaît son fils parmi les corps qu'il doit brûler. Avec obstination, indifférent à tous les risques, il le soustrait pour lui donner une sépulture…

Résister

Nemes nous colle aux basques de Saul pendant près de deux heures. Nous impose un cadre serré, oppressant. Nous imprime un mouvement continu, qui devient hypnotique, à travers des files interminables, des dépouilles désarticulées, des brasiers… Il faut peu de temps pour partager son état de sidération perpétuelle, l'horreur ayant été dépassée depuis longtemps. Saul, dont le nom de famille (Ausländer) signifie "étranger", est devenu à force étranger au monde qu'on l'oblige à arpenter, à ces règles immondes qu'il doit suivre. Enterrer son fils, c'est l'occasion d'observer ses propres rites ; de transgresser la machine et résister en retrouvant une partie de son intégrité volée.

Ces dernières années, la Hongrie ayant fait parler d'elle pour les positions autoritaires de son gouvernement concernant, au choix la restriction libertés publiques ou l'érection de murs contre les migrants et réfugiés, il est presque réconfortant — si l'on peut dire — de voir qu'elle peut aussi donner naissance à un film aussi radical dans sa forme. Présentant sans ambiguïté et dans toute sa frontalité la Solution finale, mais montrant aussi la persistance du sentiment d'humanité, au sein du plus sombre chaos…

Le Fils de Saul
De László Nemes (Hon, 1h47) avec Géza Röhrig, Levante Molnár, Urs Rechn…


Le fils de Saul

De László Nemes (Hongr., 1h47) avec Géza Röhrig, Levente Molnár...

De László Nemes (Hongr., 1h47) avec Géza Röhrig, Levente Molnár...

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Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.


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“Bergman Island” de Mia Hansen-Løve : Île en faut peu pour être Fårö

Cannes 2021 | Une réalisatrice sur l’île d’un réalisateur autofictionne sa relation avec un autre réalisateur et signe un film faisant penser à un autre réalisateur. On préfère le cinéma de Mia Hansen-Løve quand il s’intéresse aux histoires des autres qu’aux récits à peine transformés de sa propre existence.

Vincent Raymond | Lundi 6 septembre 2021

“Bergman Island” de Mia Hansen-Løve : Île en faut peu pour être Fårö

Chris et Tony, un couple de cinéastes, débarque sur Fårö, l’île où vécut Ingmar Bergman (et où demeure son empreinte) pour écrire, chacun s’attelant à son projet personnel. Entre les obligations liée à la résidence artistique de l’un, le désir (ou la nécessité) d’explorer l’univers bergmanien, les impasses narratives de l’autre, le couple perd un peu de son harmonie et la fiction contamine le réel… Un vent de déjà-vu traverse ce bien sage ego-fan-trip où Mia Hansen-Løve ne se donne pas vraiment la peine de dissimuler les visages derrières les personnages : Tony, c’est Assayas et Chris… eh bien c’est elle. Deux artistes ensemble, unis par le métier et une enfant, mais dissociés par l’impossibilité de construire conjointement une famille équilibrée et chacun leur œuvre. Une incapacité qui les rapproche de Bergman, ou du moins que Fårö semble révéler à Chris : quand Tony avance dans son écriture et est célébré par les insulaires, elle se trouve en proie aux doutes, aux atermoiements, son stylo tombant régulièrement (et symboliquement) en panne sèche… Resnais suédé

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“Annette” de Leos Carax : Noces de son

Ouverture Cannes 2021 | Espéré depuis un an — son titre est d’ailleurs une quasi anagramme d’“attente” —, le nouveau Carax tient davantage de la captation d’un projet scénique que de ses habituelles transes cinématographiques. Vraisemblablement nourrie de son histoire intime, cette mise en abyme du vampirisme trouble entre artistes, artistes et modèles, artistes et environnement familial dépose presque toute fragilité en multipliant les oripeaux chic, glamour et trendy. Parfait pour le tapis rouge de l’ouverture de Cannes ; moins pour l’émotion…

Vincent Raymond | Mercredi 7 juillet 2021

“Annette” de Leos Carax : Noces de son

Figurer en ouverture sur la Croisette n’est pas forcément une bonne nouvelle pour un film. A fortiori cette année, après deux ans de disette. Car ce que le Festival attend de sa première montée des marches, c’est qu’elle amorce la pompe à coup de stars, de strass et de flashs fédérateurs. L’œuvre qui abrite ces premiers de cordée se trouve souvent reléguée à l’enveloppe de luxe et elle encourt surtout le risque d’être vite oblitérée d’abord par le reste de la sélection, puis par le tamis temps — on n’aura pas la cruauté de rappeler quelques pétards mouillés du passé… Cochant les cases de la notoriété grand public et auteur, Annette souscrit également — on le verra — à d’autres paramètres prisés par les festivals : une dénonciation à travers la comédie musicale cinématographie de l’égotisme des gens de la “société du spectacle”, à l’instar du All That Jazz

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Une vie au présent (dé)composé : "Falling"

Drame | ★★★★☆ Un film de et avec Viggo Mortensen (É-U, 1h52) avec également Lance Henriksen, Terry Chen…

Vincent Raymond | Mercredi 19 mai 2021

Une vie au présent (dé)composé :

Octogénaire, Willis évolue dans un temps embrumé : les souvenirs de sa jeunesse se mêlent au présent. Quand son fils John lui suggère de venir auprès de lui en Californie, le vieil homme aussi rude que réactionnaire l’envoie paître sans égards, la démence aggravant sa désinhibition… Pourquoi n’est-on pas étonné de voir avec Falling, premier film signé Viggo Mortensen, un récit intime entièrement tourné vers les autres ? Là où beaucoup fichent caméra ou stylo dans leur nombril pour “devenir auteur“, le comédien raconte à travers ses protagonistes la souffrance indicible de la perte de repères, du deuil, de l’homophobie, de la xénophobie, de la solitude, de la peur de mourir, de la “non conformité au modèle social“… Ça hurle, ça pleure, ça cause mal ; les personnages sont parfois incorrects, pas forcément aimables, mais au moins, ça vit et ça vibre dans les incertitudes du crépuscule, très loin des lumières isotropes des studios. Permise par l’investissement d’un Lance Henriksen hypnotique, cette plongée dans une mémoire

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Marc Chassaubéné : « Nous avons tout fait pour éviter d'engager des frais à perte »

Biennale design | Le président de la Cité du design, vice-président de Saint-Etienne Métropole en charge du design et adjoint à la culture de la Ville de Saint-Etienne, Marc Chassaubéné, revient pour nous sur la décision de reporter la Biennale internationale design de Saint-Etienne d'une année.

Nicolas Bros | Mercredi 10 mars 2021

Marc Chassaubéné : « Nous avons tout fait pour éviter d'engager des frais à perte »

Décaler de quelques mois la tenue de la Biennale n'était pas envisageable ? Cela faisait partie des options qui étaient sur la table, mais il y a plusieurs difficultés. C'est le calendrier des expositions qui s'enchaînent à la rentrée dans les divers lieux de la Biennale, avec des questions de prêts d'œuvres, et des confrontations d'ordre technique. Le report d'un an offre une certaine sérénité par rapport aux conditions sanitaires, même si nous ne sommes plus sûrs de rien malheureusement... La Biennale internationale design de Saint-Etienne devait se dérouler sur 4 mois d'avril à août avec un investissement de 4 M€ et des retombées estimées à hauteur de 8, 5 M€ ? Nous avons donné ce chiffre-là car c'est celui qui était ressorti de l'étude menée à notre arrivée en 2014, avec plus des retombées se situant à plus de deux fois le budget investi dans l'événement. Ensuite, l'ambition de faire se tenir la Biennale sur toute la période estivale correspond à la volonté de donner une dynamique à tout le territoire dans une période de l'année où nous ne sommes pas identifiés jusqu'à aujourd'hui. Le fait d'aller jusqu'à la fin de l'

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"Falling" : Une vie au présent (dé)composé

ECRANS | ★★★★☆ De et avec Viggo Mortensen (É.-U., 1h52) avec également Lance Henriksen, Terry Chen… Sortie le 30 décembre

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Octogénaire, Willis évolue dans un temps embrumé : les souvenirs de sa jeunesse se mêlent au présent. Quand son fils John lui suggère de venir auprès de lui en Californie, le vieil homme aussi rude que réactionnaire l’envoie paître sans égards, la démence aggravant sa désinhibition… Pourquoi n’est-on pas étonné de voir avec Falling, premier film signé Viggo Mortensen, un récit intime entièrement tourné vers les autres ? Là où beaucoup fichent caméra ou stylo dans leur nombril pour “devenir auteur“, le comédien raconte à travers ses protagonistes la souffrance indicible de la perte de repères, du deuil, de l’homophobie, de la xénophobie, de la solitude, de la peur de mourir, de la “non conformité au modèle social“… Ça hurle, ça pleure, ça cause mal ; les personnages sont parfois incorrects, pas forcément aimables, mais au moins, ça vit et ça vibre dans les incertitudes du crépuscule, très loin des lumières isotropes des studios. Permise par l’investissement d’un Lance Henriksen hypnotique, cette plongée dans une mémoire défaillante se double d’une écritu

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"Peninsula" : Encore en Corée

ECRANS | ★★☆☆☆ De Sang-Ho Yeon (Cor.-du-Sud, 1h56) avec Dong-won Gang, Do-Yoon Kim, Jung-hyun Lee…

Vincent Raymond | Mercredi 21 octobre 2020

Depuis qu’une épidémie de zombies a ravagé la Corée (voir Dernier train pour Busan), l’ensemble de la péninsule a été mise sous clef. Un groupe de mercenaires y est pourtant expédié pour récupérer un transport de fonds. Problème : des survivants demeurent sur place, et ils ne sont guère commodes… Passons sur la dimension prophétique d’une pandémie venue d’Asie (ou d’ailleurs) : Peninsula ressemble surtout à un gigantesque gymkhana façon Mad Max rencontre Fast and Furious, qui hélas tire à la ligne en faisant durer ses poursuites en bagnoles déglinguées tamponnant les zombies. Certes, c’est spectaculaire à bien des égards, mais Sang-Ho Yeon aurait pu croquer vingt minutes sans nuire à un film déjà lesté par une collection de personnages clichés : gamine boudeuse mais super forte en voiture téléguidée, l’adolescente conduisant comme Lewis Hamilton, chef militaire falot et alcoolique dominé par son second (comme le capitaine Haddock par Allan Thompson), héros invulnérables malgré des tombereaux de morts-vivants. La déception s’avère d’autant plus grande

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"Last Words" : Cinema inferno

ECRANS | Après ses documentaires portant sur son autre métier-passion (Mondovino, Résistance naturelle), le cinéaste-sommelier Jonathan Nossiter livre une fiction crépusculaire sur notre civilisation annoncée comme son testament cinématographique. C’est ce qu’on appelle avoir le devin triste…

Vincent Raymond | Mercredi 21 octobre 2020

La Terre, en 2085. Alors que le désert a recouvert la quasi-totalité de notre planète frappée par une épidémie, l’un des ultimes survivants, Kal, découvre à Paris d’étranges bobines de plastique. Elles le conduiront, après un passage en Italie, à Athènes où subsiste un reliquat d’humanité. Ensemble, ils seront les derniers à (re)découvrir la magie d’un art oublié de tous : le cinéma… Est-ce un effet d’optique, ou bien le nombre de films traitant de catastrophes à l’échelle mondiale ne subit-il pas une affolante inflation — et encore, l’on parle de ceux qui sortent (Light of my Life, Peninsula…), vont sortir (Sans un bruit 2…), en se doutant pertinemment que la Covid-19 et la pandémie vont en inspirer une kyrielle d’autres, à des degrés plus ou moins métaphoriques. Appartenant à la cohorte des prophétiques et des moins optimistes (prouvant par cela à quel point ce natif du Nouveau Monde a épousé les mœurs de l’Ancien), celui de Nossiter assume sa radicalité ; il se paie même le luxe d’être du fond de s

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Jacques Weber : « C’est la culture qui fait de nous des Hommes »

Entretien | Début novembre, Jacques Weber propose de redécouvrir Victor Hugo, à Saint-Just Saint-Rambert. Rencontre avec l’un des plus grands hommes de théâtre de son temps… Et peut-être même plus.

Cerise Rochet | Mardi 6 octobre 2020

Jacques Weber : « C’est la culture qui fait de nous des Hommes »

Avec ce spectacle, vous mêlez un peu toutes les facettes de Victor Hugo, en proposant des lectures de ses textes, lettres, discours, poèmes, romans… Qu’est ce qui vous en a donné envie ? Tout a démarré en 2017, pendant la campagne présidentielle. J’ai constaté que de nombreux candidats citaient Hugo, et j’ai essayé de comprendre pourquoi. Le style épique d’Hugo, son lyrisme, ont ceci d’extraordinaire qu’ils parviennent à faire passer toutes ses idées, et condamnent de fait celui qui écoute à la réflexion. Et puis… J’avais aussi envie de dépiédestaliser cet homme, de le mettre à la portée de n’importe quelle oreille. Donc, je l’ai emmené dans ces endroits pleins d’humanité que sont les bistrots. Des endroits où l’on commente, où l’on s’amuse, où l’on discute. Emmener Hugo au bistrot, c’est aussi permettre à des tas de gens qui ne vont pas au théâtre de le redécouvrir… Il ne faut pas avoir de prétention là-dessus, en se disant qu’on va voir des foules se déplacer. Je crois qu’en France, 1% de la population seulement va au théâtre… Mais oui, d’une certaine manière, on peut malgré tout continuer à espérer que cette prop

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Terrenoire, la plénitude poétique à la Stéphanoise

Entretien pop | Il existe des moments d’exception et de plénitude que seuls la culture et l’art peuvent apporter. Le premier album du duo Terrenoire est de ceux-là. Raphaël et Théo Herrerias sont une fierté pour notre territoire stéphanois. De véritables artisans de la subtilité, d’une poésie où la sensibilité et la plénitude ont une place à part. Avec Les Forces Contraires, Terrenoire a envoyé un disque en orbite et tout un pan de vie avec. Rencontre avec des frangins entiers et généreux dans leur art. À l'image des Stéphanois en somme.

Nicolas Bros | Jeudi 1 octobre 2020

Terrenoire, la plénitude poétique à la Stéphanoise

Vous avez reçu un bel accueil médiatique sur votre premier album. Quelle sensation cela vous apporte ? Raphaël : Nous sommes étonnement calmes et sereins. Ce disque était vraiment un gros morceau à sortir d’un point de vue émotionnel mais également en terme de travail, avec des mois et des mois de concentration sur la création. Nous avons éprouvé une certaine fébrilité et une excitation avant la sortie. Les retours que nous avons ne sont que du bonheur, sans vouloir être cliché. Ce sont des moments qui permettent de se souvenir ce pourquoi on fait autant d’efforts pour faire de la musique. On a reçu des mots qui nous font du bien et on s’en souviendra. « Nous avons un rapport émotif, émotionnel et affectif avec ces titres qui est vraiment très agréable. » Cet album, intitulé Les Forces Contraires, regroupe un peu ce qui fait la puissance sonore de Terrenoire, c’est-à-dire un mélange entre ténèbres, amour et lumière. Comment avez-vous construit ce disque ? L’écriture a-t-elle duré longtemps ? Théo : Les premiers titres ont été écrits il

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"Drunk" : Qui abuse, boira…

Film du mois d'octobre 2020 | Thomas Vinterberg s’empare d’une théorie tordue pour s’attaquer à un nouveau “pilier culturel“ scandinave : la surconsommation d’alcool. Une fausse comédie et une vraie étude de mœurs à voir cul sec.

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Ils sont quatre potes, au bas mot quadragénaires et profs dans le même lycée. Quatre à ressentir une lassitude personnelle et/ou professionnelle. Quatre à se lancer, « au nom de la science » dans une étude secrète : tester la validité de la théorie d’un chercheur norvégien postulant qu’un humain doit atteindre une alcoolémie de 0, 5 g/l pour être dans son état normal : désinhibé et créatif. Commence alors une longue descente — et pas qu’aux enfers… Drunk se décapsule sur une séquence qu’on croirait documentaire, montrant ce qui ressemble à une soirée d’intégration entre étudiants (en réalité, il s’agit d’élèves de terminale), en train de se livrer à une sorte de compétition sportive. Sauf qu’ici, l’enjeu pour les participants n’est point tant de courir vite, mais pour chacun d’engloutir le contenu d’une caisse de bière, de le vomir, avant d’aller semer sa “bonne humeur“ éthylique dans les rues de la ville et ses transports en commun. Ce ne sont pas tant les débordements (somme toute minimes et potaches) causés par ces lycéens bien peignés qui choquent ; pl

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"Eté 85" : Cherchez le garçon

Drame | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance — et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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"Canción sin nombre / Nuestras Madre" : L’une sort en salle, l’autre pas

ECRANS | "Canción sin nombre" de Melina León (Pér.-Esp.-É.-U., 1h37) avec Pamela Mendoza, Tommy Párraga, Lucio A. Rojas… (en salles) "Nuestras Madres" de César Diaz (Gua.-Bel.-Fr., 1h17) avec Armando Espitia, Emma Dib, Aurelia Caal… (en SVOD)

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Tous deux figuraient à Cannes l’an dernier : le premier à la Quinzaine des réalisateurs, le second à la Semaine de la Critique où il a ravi la Caméra d’Or. Dévolue au meilleur premier film de la compétition toutes sections confondues, cette prestigieuse distinction ne l’exonère pourtant pas d’une sortie directe en SVOD tandis que l’autre, à peine une semaine sur les écrans avant le confinement, renoue avec les salles. Aussi dissemblables par leur destinée que leur facture ou leur approche esthétique, Canción sin nombre / Nuestras Madres ont beaucoup en commun, à commencer par leur inscription spatiale (l’Amérique latine) et donc, historique (les années 1980). Car même si Nuestras Madres se situe de nos jours, il se déroule réellement dans le passé puisque le protagoniste y est un anthropologue de médecine légale identifiant les dépouilles de victimes de la guerre civile guatémaltèque, lui-même orphelin de père et d’une mère torturée par le pouvoir d’alors. Un régime dont on sait qu’il pratiquait l’enlèvement d’enfants —

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"Vivarium" : Restez chez vous…

Enter the VOD | Un jeune couple pris au piège dans une maison-témoin diabolique doit élever jusqu’à l’âge adulte un bébé tyrannique comme tombé du ciel. Une fable de circonstances, entre Le Prisonnier, La Malédiction et le mythe de Sisyphe.

Vincent Raymond | Lundi 22 juin 2020

En quête d’une maison, Gemma et Tom suivent un étrange agent immobilier dans un non moins bizarre lotissement, Yonder, fait de résidences identiques et désert. Prisonniers de ce cadre cauchemardesque, ils seront délivrés (leur promet-on) s’ils élèvent un bébé reçu dans un carton… Voici un le parfait film à regarder sur un divan… et à déconseiller aux tourtereaux en âge de convoler ou de concevoir des projets de descendance ! Riche de ses lectures métaphoriques et psychanalytiques évidentes, ce conte fantastique — qu’on aurait bien vu signé par Ben Weathley —, raconte dans un décor empruntant autant à Magritte qu’à Hopper comment l’enfant prend sa place dans un foyer, excluant l’un des parents (bonjour l’Œdipe !), puis finit par remplacer les deux dans la société en les “tuant“, reproduisant ainsi un cycle immuable… La fable est cruelle, l’illustration aussi brillante que plastiquement réussie dans ce qu’elle donne à voir du monde “suburbien“ idéalisée empli de petites maisons identiques — les “Sam Suffit“ ayant fait florès avec les Trente Glorieuses. Un monde de la standardisation aux couleurs pastel écœurantes à fo

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Cannes sans Cannes : résistance à distance pour les producteurs

ECRANS | Mi-mai, la planète cinéma se retrouve toujours à Cannes. Sauf cette année, puisqu’à l’instar de toutes les grandes manifestations, le festival international du film a dû déclarer forfait. Comment les producteurs rhônalpins composent-ils avec ce contretemps majeur ?

Vincent Raymond | Mercredi 20 mai 2020

Cannes sans Cannes : résistance à distance pour les producteurs

On n’aurait jamais imaginé les croiser à Lyon à cette période de l’année. Mais pour ces familiers de la Croisette, mai 2020 se vit sur les pavés, loin de la plage. Loin aussi des salles obscures, des travées du marché du film, voire des soirées réputées pour leur faste. Au moment où les exploitants et les distributeurs espèrent entrevoir le bout du tunnel avec une réouverture murmurée pour la mi-juillet, alors que les tournages commencent à se reprogrammer — dans des conditions hautement sécurisées —, les producteurs continuent à travailler pour qu’il y ait encore du cinéma sur les écrans, demain. Vaille que vaille… Vincent Michaud Producteur (2 Hérons productions) « On fait le festival de Cannes au bureau ! Mardi 12 mai, le jour de l’ouverture, j’ai reçu des amis producteurs lyonnais et parisiens devant une magnifique toile des marches du festival, acquise il y a deux ans (rires). Sinon, les rendez-vous se font avec Zoom, au lieu de se faire dans le Palais ou dans les pavillons des commissions régionales. Toujours le 12, je devais rencontrer la Commission du film Grand Est dans son pavillon cannois pour un long-métrage avec u

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Pas besoin de console

Jouer pendant le confinement | Le jeu vidéo ne cesse d’évoluer : il fut un temps où il fallait posséder une console ou même un micro-ordinateur pour les plus anciens afin de jouer. Aujourd’hui, le jeu vidéo n’a jamais été aussi accessible, même sans console.

Gary Ka | Jeudi 2 avril 2020

Pas besoin de console

Nous possédons tous un smartphone, un ordinateur. Si vous nous lisez, c’est forcément le cas. Le mobile est l’une des plateformes privilégiées de la scène indépendante du jeu vidéo, qui ne peut pas investir des millions et produire des blockbusters sur les consoles actuelles. Êtes-vous déjà allé fouiller sur l’App Store ou Google Play ? Avec la multitude de choix, on est très vite perdu, et les jeux mis en avant sont souvent ceux qui plaisent à votre maman ou votre neveu (Candy Crush, Fortnite, Clash of Clans…). Clairement, il faut chiner pour trouver la pépite. On vous dévoile notre coup de cœur, on est plusieurs au Petit Bulletin à y jouer : Stardew Valley. On y un incarne un ou une citadine qui travaille dans des bureaux et qui ne va pas tarder à faire un burn out. Votre personnage aurait pu choisir d’ouvrir un coffee shop dans le 7e, mais c’était sans compter la ferme qu’elle a hérité de son grand-père, dans une petite bourgade très loin de la ville. Jardinage, récoltes, aménagement de la ferme animeront votre nouvelle vie. Vous allez même trouver votre âme sœur parm

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L'expo "Design-moi un jeu vidéo" prolongée jusqu'au 22 mars

Expo x Jeu vidéo | Devant le succès de son exposition consacrée aux jeux vidéos, "Design-moi un jeu vidéo", la Cité du design prolonge cette présentation jusqu'au 22 mars. Il (...)

Nicolas Bros | Jeudi 20 février 2020

L'expo

Devant le succès de son exposition consacrée aux jeux vidéos, "Design-moi un jeu vidéo", la Cité du design prolonge cette présentation jusqu'au 22 mars. Il était initialement prévu qu'elle se clôture le 8 mars.

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"Le Lac aux oies sauvages" : Pêche à l’homme

ECRANS | De Diao Yinan (Chi., avec avert. 1h50) avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan…

Vincent Raymond | Mercredi 18 décembre 2019

Une guerre des gangs de voleurs de motos laisse Zhou Zenong blessé et en cavale dans la région du Lac aux oies sauvages, traqué par les hommes du capitaine Liu. Alors qu’il s’attend à retrouver son épouse Yang Shujun, c’est une mystérieuse prostituée, Liu Aiai qui est au rendez-vous… Aux dires des festivaliers, Diao Yinan était le plus sérieux compétiteur de Bong Joon-ho sur la Croisette cette année. Précédé de l’aura de sa précédente réalisation et Ours d’Or 2014, Black Coal, Le Lac aux oies sauvages pouvait bénéficier d’un a priori favorable. Mais, suivant l’adage vaticanesque appliqué à Cannes, un palmé putatif durant la Quinzaine se retrouve souvent fort dépourvu au palmarès ; Diao est donc reparti bredouille. La sortie de son film en salles devrait lui permettre de se rattraper. Car il s’agit d’un thriller haut en couleurs. Pas uniquement du fait de sa somptueuse photographie magnifiant les séquences nocturnes illuminées aux néons, dans de subtils jeux d’alliances chromatiques. Mais également par sa construction à la linéarité non strictement euclidienne, où le présent subit d’entrée les contrecoups d’

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"Une vie cachée" : Celui qui croyait au Ciel et à la terre

Biopic à la Malick | L’inéluctable destin d’un paysan autrichien objecteur de conscience pendant la Seconde Guerre Mondiale, résistant passif au nazisme. Ode à la terre, à l’amour, à l’élévation spirituelle, ce biopic conjugue l’idéalisme éthéré avec la sensualité de la nature. Un absolu de Malick, en compétition à Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mercredi 4 décembre 2019

Sankt Radegund, Autriche, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Fermier de son état, Franz Jägerstätter refuse par conviction d’aller au combat pour tuer des gens et surtout de prêter serment à Hitler. Soutenu par son épouse, honni par son village, il sera arrêté et torturé… Il convient d’emblée de dissiper tout malentendu. Cette “vie cachée“ à laquelle le titre se réfère n’évoque pas une hypothétique clandestinité du protagoniste, fuyant la conscription en se dissimulant dans ses montagnes de Haute-Autriche pour demeurer en paix avec sa conscience. Elle renvoie en fait à la citation de la romancière George Eliot que Terrence Malick a placée en conclusion de son film : « Car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et le fait que les choses n’aillent pas aussi mal pour vous et moi qu’il eût été possible est à moitié dû à ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée et reposent dans des tombes que l'on ne visite plus. ». Un esprit saint Créé bienheureux par l’Église en 2007, Jägerstätter est de ces forces tranquilles dont Malick ne pouvait que raffoler : un mixte entre la haute élévation spirituelle d’un homme

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Entrez dans le game

Jeux vidéo | 200 documents, 30 jeux à tester, 5 espaces, l’expo "Design-moi un jeu vidéo" à la Cité du design est un événement avec d’un côté un contenu fourni permettant de comprendre les étapes de création du jeu vidéo, mais également pour son côté accessible, ludique et une entrée gratuite pour les moins de 25 ans. Une réussite qui met à l'honneur le 10e art, devenu le divertissement préféré au monde.

Nicolas Bros | Mercredi 4 décembre 2019

Entrez dans le game

Un marché mondial de 120 milliards de dollars en 2018 selon les chiffres avancés par Bpifrance (à titre de comparaison, le box-office mondial a généré 41, 7 milliards de dollars de revenus en 2018), un âge moyen de joueurs passés entre 1999 et 2016, de 21 à 34 ans (selon le S.E.L.L.*), 49% des Français y jouant régulièrement… Pas de doute : le jeu vidéo est incontestablement un divertissement incontournable. Mais, là où les coulisses de "fabrication" du cinéma sont connues depuis bien longtemps, le jeu vidéo reste une zone blanche pour de nombreuses personnes. Cette méconnaissance de la création du jeu vidéo fait perdurer des idées reçues sans fondement sur son compte. En mettant en avant le game design, cette discipline ayant connu un boom énorme au cours des dernières décennies avec la demande croissante de jeu vidéo dans le monde entier, la Cité du design essaie ainsi de casser les stéréotypes qui collent à la peau des gamers et de leur activité favorite. En proposant l’exposition Design-moi un jeu vidéo, l’institution stéphanoise œuvre dans le sens d’une meilleure compréhension d’un phénomène mondial qui ne peut être mis de côté plus longtemps. En confiant le commis

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Voyou, ce gentil garnement

Pop | Après des expériences au sein d'Elephanz, Pegase et Rhum for Pauline, Thibaud Vanhooland s'est envolé en solo avec le projet Voyou. Coloré mais aussi profond, l'univers de ce jeune auteur, compositeur et interprète est intéressant. Rencontre avec un artiste qui en a sous le pied.

Nicolas Bros | Mercredi 4 décembre 2019

Voyou, ce gentil garnement

Thibaud, l'environnement et la musique que tu proposes sont finalement un peu en contradiction avec ton nom de scène et tes paroles qui traitent d'une vie citadine parfois cruelle, sans jamais pourtant sombrer dans le cynisme ? Je pense qu’il y a de tout dans la musique comme dans les paroles. Parfois des paroles tristes sur fond de musique plutôt joyeuse, parfois l’inverse, je n’ai pas trop de règle la-dessus tant que les deux se repondent le mieux possible. Tu avais déclaré à nos confrères de France Info : « J'ai beaucoup de mal à laisser des gens toucher au moindre arrangement, j'ai une idée très précise de la musique que je veux faire ». Du coup, as-tu tout contrôlé dans le détail pour ton album "Les Bruits de la ville" ? Oui beaucoup. Après, j’ai quand même coréalisé le disque avec Antoine Gaillet et Diogo Strauss, mais je suis arrivé en studio avec des morceaux deja très arrangés et très proches de leur version finale. Cela nous a laissé le temps de travailler le son, les textures, et d’aller chercher encore un peu plus loin dans les arrangements pour que chaque morceau transmette le plus justement p

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Ladj Ly : « Ma banlieue est joyeuse, mais ça peut partir en vrille »

Les Misérables | Il y a quelques années, Ladj Ly tournait Les Misérables, court métrage matriciel dont l’accueil a permis (dans la douleur) la réalisation de son premier long en solo. Primé à Cannes, il est à présent en lice pour représenter la France dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger.

Vincent Raymond | Mercredi 20 novembre 2019

Ladj Ly : « Ma banlieue est joyeuse, mais ça peut partir en vrille »

Comment vous êtes-vous remis dans l’énergie du court métrage ? Ladj Ly : J’avais toujours eu cette idée de faire un long métrage : plein de séquences étaient écrites. Mais comme vous savez, c’est le parcours du combattant de tourner un long. J’ai voulu faire le court pour rassurer et montrer que j’étais capable de faire de la fiction et des trucs cool. Ça aurait pu tomber à l’eau, mais j’étais convaincu par cette stratégie. Et puis, je savais ce que je voulais : mon énergie était déjà là. Ce court a bien marché dans les festivals, puisqu’on a gagné un quarantaine de prix. Et malgré ça, on a quand même eu du mal à financer le long… Malgré votre parcours et À voix haute, vous aviez encore besoin de prouver des choses ? Clairement. Ça fait 20 ans qu’on fait des films avec Kourtajmé ; notre parcours est assez riche, avec des clips, du long du documentaire… Mais malgré tout ça, c’est compliqué de faire financer un projet. J’ai galère à financer le film alors que la même année j’avais eu mon court et mon documentaire sélectionnés aux César. C’est un problème ! A quoi l’attrib

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"Little Joe" : Graine de malheur

Thriller | Et si le bonheur de l’Humanité se cultivait en laboratoire ? Jessica Hausner planche sur la question dans une fable qui, à l’instar de la langue d’Ésope, tient du pire et du meilleur. En témoigne son interloquant Prix d’interprétation féminine à Cannes pour Emily Beecham.

Vincent Raymond | Mercredi 13 novembre 2019

Amy travaille dans un laboratoire de phytogénétique sur le projet Little Joe, une plante rendant ses possesseurs heureux. Mais à la suite d’une série de dysfonctionnements, le “prototype“ contamine son fils et certains chercheurs, qui commencent à agir étrangement… Sur le papier, Little Joe aguiche plus qu’il ne promet tant ce conte moral paraît en phase avec des préoccupation sociétales, éthiques, biologiques et écologiques. Jessica Haussner coche toutes les cases en abordant autant les dangers encourus par la manipulation du vivant que le désir illusoire de fabriquer un bonheur universel… mais totalement artificiel — sur ce chapitre, la science n’est pas la seule concernée par cette philippique filmique : les religions affirment à leurs adeptes que leurs doctrines aspirent aux mêmes résultats. Cette promesse de mieux vivre ne peut qu’aboutir à une catastrophe, au nom de l’adage « le mieux est l’ennemi du bien » : le pollen de Little Joe transforme ceux qui le respirent en monstres dépourvus d’empathie. À cette fable effrayante, la cinéaste ajoute une dimension plastique stupéfiante : palette trav

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Marc du Pontavice : « Il faut prendre des risques et suivre très loin ses convictions »

J’ai perdu mon corps | Seul contre tous (ou presque), le patron de Xilam a voulu et porté ce projet atypique, s’inscrivant dans le sillage des grands producteurs indépendants voyant au-delà du tiroir-caisse, l'œuvre en devenir dans le projet cinématographique. Un exemple et un avertissement pragmatique à l’adresse des circuits traditionnels, décidément trop formatés…

Vincent Raymond | Mercredi 13 novembre 2019

Marc du Pontavice : « Il faut prendre des risques et suivre très loin ses convictions »

En 2015, lors de la présentation du pitch du film au Carton Movie de Lyon, vous confiiez qu’il s’agissait d’un projet difficile à monter… Marc du Pontavice : On savait qu’on allait affronter vents et tempêtes pour le faire. Et ça a été pire : en-dehors du soutien des Régions et d’un peu d’argent que le CNC nous a accordés au titre des nouvelles technologies, on n’a rien eu. On a donc dû y aller tout seuls ! C’est un film qui a été financé à 50% sur les fonds propres de Xilam. Il y a peu, Coppola disait à Lyon que plus personne n’était aventureux dans le cinéma, à part les indépendants… C’est un bon exemple ! Très modestement, je suis heureux de me mettre dans les traces de Monsieur Coppola, qui un exemple d’aventurier du cinéma. Parfois, si l’on veut repousser des frontières, renouveler l’offre du cinéma avec des programmes qui ne sont pas fabriqués pour rentrer dans le système, il faut effectivement être aventureux ; prendre des risques et suivre très très loin ses convictions. Dans notre mé

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Jérémy Clapin : « J’ai dû “détruire“ le roman pour construire le film. »

J’ai perdu mon corps | Avant de remporter le Grand Prix de la Semaine de la Critique (une première pour un film d’animation) et le Cristal à Annecy, le premier long métrage de Jérémy Clapin a connu une lente maturation en dialogue et confiance avec son producteur ainsi que l’auteur du roman (et coscénariste) Guillaume Laurant.

Vincent Raymond | Mercredi 13 novembre 2019

Jérémy Clapin : « J’ai dû “détruire“ le roman pour construire le film. »

Comment le livre dont est inspiré J’ai perdu mon corps, Happy Hand, vous est-il tombé entre les mains ? Il semble vous avoir été destiné… Jérémy Clapin : On le doit à mon producteur, Marc du Pontavice. Il a demandé à me rencontrer en 2011 après avoir vu mes courts métrages : dans tous mes films, il y a un élément fantastique qui vient interroger la réalité. Cette intrusion du fantastique me permet d’aborder des thèmes plus délicats à aborder frontalement, d'éclairer certaines zones d’ombre. Ce n’est pas un fantastique gratuit juste parce qu’il est spectaculaire ; il parle d’autre chose que du sujet lui-même. Comme dans le réalisme magique dans la littérature sud-américaine ? Oui : la combinaison des deux crée une autre réalité qu’on accepte en tant que telle. Et ces éléments fantastiques et réels sont séparés, chacun appartenant à leur monde, ils fabriquent une autre réalité. Mais ça c’est très présent aussi dans la littérature asiatique, japonaise, notamment chez Murakami, o

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"Le Traître" : Paroles contre parole

ECRANS | De Marco Bellocchio (It.-Fr.-All.-Br., avec avert. 2h31) avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Ferracane…

Vincent Raymond | Mercredi 23 octobre 2019

Italie, années 1980. Afin d’échapper à la guerre des clans minant la Cosa Nostra, Tommaso Buscetta s’est réfugié au Brésil d’où il assiste à l’élimination des siens. Son arrestation, puis son extradition le conduisent à collaborer avec la justice, en la personne du juge Falcone… Depuis une dizaine d’années, le prolifique Marco Bellocchio jalonne sa filmographie d’œuvres aux allures de sommes ou de sage embrassant les grands “moments“ de l’Histoire transalpine : Buongiorno, notte (2003) traitait des années de plomb à travers l’épisode de l’enlèvement d’Aldo Moro, Vincere (2009) de l’avènement de Mussolini ; et celui-ci donc de la dislocation de l’organisation mafieuse Cosa Nostra devant les tribunaux à la suite du procès géant de Palerme. S’il s’agit à chaque fois de retracer des saignées dans le récit collectif italien, Bellecchio les incarne “de l’intérieur“, mais en habitant le point de vue de personnages dont le jugement va se décaler, voir s’opposer à celui du groupe auquel ils appartiennent. C’est le cas de Buscetta, *homme d’honneur* selon les critères à l’a

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"Matthias & Maxime" : Embrasse-moi idiot

ECRANS | De et avec Xavier Dolan (Can., 1h59) avec également Gabriel D'Almeida Freitas, Anne Dorval…

Vincent Raymond | Mercredi 16 octobre 2019

À la suite d’un pari perdu, deux amis d’enfance (Matthias et Maxime) doivent s’embrasser devant une caméra. La situation les perturbe profondément et affecte leur relation, d’autant plus tendue que Maxime va partir deux ans en Australie. Ce baiser aurait-il révélé une vérité enfouie ? Débarrassons-nous tout de suite des tics dolanniens qui, à l’instar d’excipients dans une recette, font du volume autour du “principe actif“ ; en l’occurrence, le cœur palpitant et original du film. Oui, on retrouve un portrait vitriolé de la génération parentale, en particulier des mères — les pères étant globalement absents. La génitrice du personnage de Maxime joué par Dolan apparaît comme de juste dysfonctionnelle, excessive (et droguée, violente, sous tutelle pour faire bonne mesure). Autre constante, la B.O. ressemble encore au juke box personnel du cinéaste, les aplats de musiques se révélant bien commodes pour faire des ponts entre séquences. Sorti de cela, Matthias & Maxime se situe dans un registre moins exalté qu’à l’ordinaire : la trentaine approchant, la ré

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"Sorry We Missed You" : Misère UBER alles

ECRANS | Un intérimaire se lance dans l’entrepreneuriat franchisé avec l’espoir de s’en sortir… précipitant sa chute et celle de sa famille. Par cette chronique noire de l’ère des GAFA, Ken Loach dézingue toujours plus l’anthropophagie libérale. En compétition à Cannes.

Vincent Raymond | Mercredi 23 octobre 2019

Newcastle, de nos jours. Abby et Ricky s’en sortent tout juste avec la paie de l’une et les intérim de l’autre. Alors, Ricky convainc son épouse de vendre leur voiture pour acheter un utilitaire afin de devenir livreur “indépendant“. Le mirage d’une vie meilleure s’offre à eux. Le début de l’enfer. D’aucuns pourraient reprocher — c’est une figure de style : en fait, ils le font — à Ken Loach de rabâcher sous toutes les formes sa détestation du modèle capitaliste. Ou d’avoir joué depuis trente ans les prophètes de mauvais augure en dénonçant avec constance les ravages de la politique thatchéro-reagano-libérale qui, ayant désagrégé le tissu socio-économique britannique, n’en finit plus de saper ce qu’il reste de classe moyenne, après avoir laminé les classes populaires, au nom de la “libre“ entreprise, “libre“ concurrence… bref de toute cette belle liberté octroyée au haut de la pyramide pour essorer le lumpenprolétariat. Trente ans que Loach essuie les mêmes remarques condescendantes des partisans du marché (qui le voient

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"Atlantique" : Eau-delà

ECRANS | De Mati Diop (Fr.-Sén.-Bel., 1h45) avec Mama Sané, Amadou Mbow, Ibrahima Traore…

Vincent Raymond | Mercredi 2 octobre 2019

Dakar, de nos jours. Lassés de travailler sans être payés, les ouvriers d’un chantier décident de quitter le pays dans une embarcation de fortune qui chavire en mer. Mais leurs esprits reviennent posséder les vivants et réclamer justice pour les vies qui leur ont été volées… La vie actuelle est-elle à ce point si désespérante qu’il faille se résigner à recourir à des extensions post mortem pour pouvoir la vivre pleinement ? C’est un peu le sentiment que l’on éprouve face à la déferlante de films de zombies, revenants et autres fantômes dont nos écrans sont les réceptacles depuis quelques semaines. Ces non-morts à qui la paix du repos a été refusée viennent hanter les vivants comme des incarnations — souvent désincarnées — de leur mauvaise conscience, dans une mouvement de balancier moral très judéo-chrétien. Amalgamant une situation sociale et géopolitique (le drame des réfugiés économique) à une structure fantastique, Atlantique est représentatif de cette tendance. Et s’il parle d’une histoire d’amour interrompue entre Ada et Suleiman avant que d’avoir été consommée, il y est surtout question de possession

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Une nouvelle vue du prochain Parc Expo de Saint-Étienne

ACTUS | Une nouvelle vidéo de présentation du futur Parc Expo de Saint-Étienne vient d'être dévoilée (à découvrir ci-dessous). L'ouverture du nouveau complexe réceptif est (...)

Nicolas Bros | Mercredi 25 septembre 2019

Une nouvelle vue du prochain Parc Expo de Saint-Étienne

Une nouvelle vidéo de présentation du futur Parc Expo de Saint-Étienne vient d'être dévoilée (à découvrir ci-dessous). L'ouverture du nouveau complexe réceptif est prévue en septembre 2020.

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Axel Kahn : « Un combat magnifique et incontestable »

Culture scientifique | Axel Kahn, médecin, ancien chercheur en génétique et président d'université, essayiste humaniste est devenu président de la Ligue contre le cancer en juin 2019. Il sera de passage à Saint-Étienne jeudi 26 septembre pour une conférence à propos d'un de ses sujets de prédilection : l'éthique. Rencontre avant sa venue en terres foréziennes.

Nicolas Bros | Mercredi 18 septembre 2019

Axel Kahn : « Un combat magnifique et incontestable »

Vous êtes président de la Ligue contre le cancer depuis fin juin 2019. Comment cette nouvelle mission se passe ? Axel Kahn : Cela se passe de manière intense. C'est un combat magnifique et incontestable. Je le dis assez souvent, il est rare que l'on mène une action, un combat qui ne peuvent être contestés. Ici, on lutte contre les cancers et personne ne peut être pour les cancers. On lutte en faveur des personnes malades et personne ne peut être contre ces personnes malades. Cela étant dit, l'éventail de ce qu'il y a à faire contre le cancer, qui est un véritable fléau de société, frappant toutes les familles, est tel que, même lorsqu'on a fait tout ce qu'il était possible de faire compte tenu des heures ouvrées, de la nécessité de dormir un tout petit peu, on n'a malgré tout jamais assez fait. Cela associé à la structure compliquée de la Ligue fait que c'est une tâche extrêmement prenante. Néanmoins, c'est une grande satisfaction. Lutter de toutes nos forces pour éviter que les jeunes tombent dans les trois grandes causes de cancer que sont le tabac, l'alcool et la malbouffe/obésité.

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"Portrait de la jeune fille en feu" : Consumée d’amour

Prix du scénario | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Merlant/Haenel.

Vincent Raymond | Mercredi 18 septembre 2019

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peintre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes ; des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée pour une jeune femme à l’aura envoûtante, déjà incarnée par Adèle Haenel, mêmes souffrances dans l’affirmation d’une identité intime.

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"Bacurau" : Qui s’y frotte…

ECRANS | Après Aquarius, Kleber Mendonça Filho s’associe à Juliano Dornelles pour livrer une fable picaresque futuriste, entre "Les Chasses du Comte Zaroff" et "Les Aventures d’Astérix" version brésilienne. Corrosif, sanglant et… visionnaire ? Prix du Jury à Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Nordeste brésilien, dans un futur proche. De retour à Bacurau pour enterrer sa grand-mère, Teresa remarque que le village est de plus en plus enclavé, comme coupé du monde. Les choses vont s’aggraver en présence de bien curieux étrangers. Mais Bacurau n’a pas dit son dernier mot ! Il y a trois ans, Kleber Mendonça Filho nous assénait une claque cuisante qui, à bien des égards prophétisait métaphoriquement les prémices du populisme bolsonarien : on assistait en effet dans Aquarius à la déliquescence d’une société où le bon droit valait tripette face au poids des intérêts privés (et à leur omnipotence acquise par la corruption) ; où la maison Brésil semblait dévorée de l’intérieur, ses fondations menaçant de rompre à tout moment. Comme s’il souhaitait mettre entre parenthèses le temps présent, le cinéaste — en duo ici avec Juliano Dornelles — en propose avec Bacurau une manière d’extrapolation, histoire d’en mesurer les conséquences. Et de se montrer encore plus critique avec le pouvoir en place, sans (trop) avoir l’air d’y toucher. Légitime défonce À la fois chronique et saga, Bacurau

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

Roubaix, une lumière | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer un film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre… (attention, spoilers)

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis Cannes ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez offrir aux acteurs cet accueil-là. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… Alors, quand vous pouvez offrir ça aux acteurs qui vous ont tant donné pendant le tournage, c’est très, très, émouvant. À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : « celui-là, on va compter avec lui ». Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement bien. Et puis après toute sa carrière, Indigènes…

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"Once Upon a Time… in Hollywood" : Quentin se fait son cinéma

ECRANS | Les coulisses de l’usine à rêves à la fin de l’ère des studios, entre petites histoires, faits divers authentique et projection fantasmée par Quentin Tarantino. Une fresque uchronique tenant de la friandise cinéphilique, mais qui s’égare parfois dans ses digressions.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Hollywood, 1969. Rick Dalton, vedette sur le déclin d’une série TV, Cliff Booth, son cascadeur homme à tout faire ; leur voisine, la jeune comédienne Sharon Tate, épouse Polanski : trois destins parallèles et convergents dans une ville entre décors, faux-semblants et rêves brisés… Lors de l’une de ses venues au Festival Lumière, Quentin Tarantino avait concocté une sélection de films portant l’estampille 1970. Au-delà du nombre rond, cette année charnière marque en effet l’ancrage définitif du Nouvel Hollywood, l’irrésistible ascension de ses nouveaux moguls et l’inéluctable déclin des anciens nababs. Autant dire que le choix de 1969 pour situer cette semi-fiction est signifiant : il correspond à la fin d’un âge d’or — en tout cas idéalisé par ceux qui l’ont vécu a posteriori. Et à travers l’écran d’argent. Dans sa reconstitution appliquée, Tarantino est loin de tout repeindre en rose pailleté, même si la tentation est grande : le Hollywood de 1969 transpire de coolness ambiante, d’érotisme débridé, ruisselle de musiques indépassables — même les covers

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"Parasite" : Coucous, c’est nous !

Palme d'Or | Une famille fauchée intrigue pour être engagée dans une maison fortunée. Mais un imprévu met un à terme à ses combines… Entre "Underground" et "La Cérémonie", Bong Joon-Ho revisite la lutte des classes dans un thriller captivant empli de secrets. Palme d’Or 2019.

Vincent Raymond | Mardi 4 juin 2019

Recommandé par un ami étudiant, Kevin devient le professeur d’anglais de la fille de riches Coréens, les Park. Ce faisant, il tire un peu sa famille de sa misère. Puis, grâce à d’habiles ruses, sa sœur, son père et sa mère finissent par se placer chez les Park. Jusqu’où cela ira-t-il ? Un film asiatique montrant une famille soudée vivant dans la précarité, devant astucieusement flirter avec la légalité pour s’en sortir… Les ressemblances avec Une affaire de famille s’arrêtent là : quand Kore-eda privilégiait la dramédie, Joon-Ho use du thriller psychologique teinté d’humour noir pour raconter une fable sociale corrosive bien qu’elle elle ne soit pas exempte de traits caricaturaux — après tout, la persistance d’une dichotomie franche entre une caste de super-riches et une d’infra-pauvres ne constitue-t-elle pas une aberration grotesque pour une société censément civilisée ? Certes, la famille Ki-taek se rend bien coupable de faux en écriture ainsi que de quelques machinations visant à congédier les employés occupant

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Justine Triet : « La particularité de Sibyl, c’est son côté kaléidoscopique »

Sibyl | Le troisième long métrage de Justine Triet sera le dernier à être présenté aux jurés du 72e festival de Cannes. Avant les marches et donc le palmarès, la scénariste-réalisatrice évoque la construction de ce film complexe et multiple…

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Justine Triet : « La particularité de Sibyl, c’est son côté kaléidoscopique »

Est-ce difficile de parler d’un film où la confession occupe une place aussi importante ? Le plus difficile quand on fait un film, c’est quand il n’est pas assez vu ou qu’il reste très peu en salle… C’est une expérience que j’ai un peu connue avec mon premier, La Bataille de Solférino. Le reste franchement, c’est chouette… (rires) Sibyl parle de la création et aussi de la transgression (des confessions, des serments médicaux)… Est-ce qu’il faut une part de transgression dans tout acte de création ? Je pense que oui. C’est difficile de ne pas être tenté de transgresser pour écrire, pour faire un film, pour tourner : on est tous des vampires, d’une certaine façon. Après, Sibyl va beaucoup plus loin que la majorité des gens et ça m’intéressait de pousser mon personnage dans les limites extrême. Quand elle est sur l’île, elle ne distingue même plus ce qui est de l’ordre de la réalité et de la fiction : elle est dans un vertige absolu de son existence, elle a dépassé les limites

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"Le Jeune Ahmed" : Le ver dans le fruit

FRÈRES DARDENNE | ​Après un passage à l’acte, un ado radicalisé est placé dans un centre de réinsertion semi-ouvert où, feignant le repentir, il prépare sa récidive. Un nouveau et redoutable portrait de notre temps, renforcé par l’ascèse esthétique des frères Dardenne. En compétition Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Ahmed, 13 ans, vient de basculer dans l’adolescence et fréquente avec assiduité la mosquée du quartier dirigée par un imam fondamentaliste. Fasciné par le destin de son cousin djihadiste et désireux de plaire à son mentor, Ahmed commet une tentative d’assassinat sur une professeure… Toujours identique à lui-même et cependant constamment différent, le cinéma des frères Dardenne n’en finit pas de cartographier le paysage social contemporain, à l’affût de ses moindres inflexions pour en restituer dans chaque film la vision la plus rigoureuse. À eux (donc à nous) les visages de la précarité, la situation des migrants ou des réfugiés ; à eux également comme ici — avant peut-être un jour leur regard sur l’exploitation “uberissime“ de la misère — la radicalisation dans les quartiers populaires d’ados paumés entre deux cultures, la cervelle lessivée par de faux prophètes les brossant dans le sens du poil pour mieux les manipuler. À l’horreur économique s’est en effet ajoutée une très concrète abomination terroriste tout aussi internationalisée, usant de techniques de recrutement n’ayant rien à envier au cynisme des

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"The Dead Don't Die" : Comme un petit goût de reviens-y-pas

Cannes 2019 | Quelle mouche a piqué Jim Jarmusch (ou quel zombie l’a mordu) pour qu’il signe ce film ni série B, ni parodique, ni sérieux ; ni rien, en fait. Prétexte pour retrouver ses copains dans une tentative de cinéma de genre, ce nanar de compétition figure dans celle de Cannes 2019 dont il effectue en sus l’ouverture.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Centerville, États-Unis. Depuis la fracturation des Pôles, la terre est sortie de son axe et de drôles de phénomènes se produisent : la disparition des animaux ou l‘éveil des macchabées qui attaquent la ville. Au bureau du shérif Robertson, on commence à lutter contre les zombies… Certes oui, l’affiche de The Dead Don’t Die vantant son « casting à réveiller les morts » a de la gueule. Mais empiler des tombereaux de noms prestigieux n’a jamais constitué un gage de qualité, ni garanti de provoquer le tsunami de spectateurs escompté par les producteurs. Voyez les cimetières, où l’on trouve pourtant la plus forte concentration de génies au mètre carré (et une proportion non négligeables de sinistres abrutis) : outre les taphophiles, ils ne rameutent guère les foules. Blague à part, cette affiche reproduisant luxueusement celle plus brute de décoffrage de La Nuit des Morts-Vivants (1968) annonce d’emblée la couleur : Jarmusch vient rejouer la partition du classique horrifique de George A. Romero. C’est loin d’être la premiè

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"Douleur et Gloire" : Autoportrait de l’homme en vieil artiste

Almodóvar | Un cinéaste d’âge mûr revisite son passé pour mieux se réconcilier avec les fantômes de sa mémoire et retrouver l’inspiration. Entre Les Fraises sauvages, Stardust Memories, Journal Intime et Providence, Almodóvar compose une élégie en forme de bilan personnel non définitif illustrant l’inéluctable dynamique du processus créatif. En compétition Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Le temps des hommages est venu pour Salvador Mallo, cinéaste vieillissant que son corps fait souffrir. Son âme ne l’épargnant pas non plus, il renoue avec son passé, se rabiboche avec d’anciens partenaires de scène ou de lit, explore sa mémoire, à la racine de ses inspirations… Identifiable à son auteur dès la première image, reconnaissable à la vivacité de ses tons chromatiques, mélodiques ou narratifs, le cinéma d’Almodóvar semble consubstantiel de sa personne : une extension bariolée de lui-même projetée sur écran, nourrie de ses doubles, parasitant sa cité madrilène autant que ses souvenirs intimes… sans pour autant revendiquer l’autobiographie pure. À la différence de Woody Allen (avec lequel il partage l’ancrage urbain et le goût de l’auto-réflexivité) le démiurge hispanique est physiquement absent de ses propres films depuis plus de trente ans. Almodóvar parvient cependant à les “habiter” au-delà de la pellicule, grignotant l’espace épi-filmique en imposant son visage-marque sur la majorité de l’environnement iconographique — il figure ainsi sur nombre de photos de tournages, rivalisant en notoriété avec les

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"Sibyl" : Voleuse de vie

Dramédie | Une psy trouve dans la vie d’une patiente des échos à un passé douloureux, s’en nourrit avec avidité pour écrire un roman en franchissant les uns après les autres tous les interdits. Et si, plutôt que le Jarmusch, Sybil était LE film de vampires en compétition à Cannes ?

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Alors qu’elle cesse peu à peu ses activités de psychanalyste pour reprendre l’écriture, Sibyl est contactée par Margot, une actrice en grande détresse qui la supplie de l’aider à gérer un choix cornélien. Sybil accepte, mais elle va transgresser toutes les règles déontologiques… « On construit sur la merde », lâche à un moment Sibyl à sa patiente désespérée, comme l’aveu de sa propre déloyauté : pour accomplir son œuvre artistique et se réconcilier avec son propre passé, n’est-elle pas en train de piller les confidences de Margot, d'interférer dans sa vie ? Comme si la pulsion créatrice l’affranchissait des commandements inhérents à sa profession de thérapeute, et justifiait son entorse éthique majeure. Dans Petra de Jaime Rosales, un grand artiste — mais être humain parfaitement immonde — proclamait qu’il fallait être d’un égoïsme total pour réussir dans sa partie ; à sa manière, Sibyl suit son précepte. Coup de psychopompe La tentation est grande d’effectuer une interprétation lacanienne

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Attention à la marche

Théâtre | Avec Cannes Trente-neuf/Quatre-vingt-dix, Etienne Gaudillère et la compagnie Y explorent le microcosme mondial du Festival de Cannes.

Cerise Rochet | Jeudi 2 mai 2019

Attention à la marche

Films, tapis rouge, beau monde, montée des marches, flashs qui crépitent, smokings, robes qui traînent par terre et coiffures choucroutées, récompenses… Le festival de Cannes, tout le monde connait, tout le monde en parle, tout le monde s’en est généralement fait une idée bien précise… Mais tout le monde ne se focalise pas toujours sur les mêmes aspects. Jeune metteur en scène salué l’an dernier en Avignon pour Pale Blue Dot, pièce drôle et pétillante autour de l’affaire WikiLeaks, Etienne Gaudillère revient cette année avec une idée folle : monter un spectacle qui aborderait l’événement annuel de la Croisette sous toutes ses facettes, en le disséquant, couture après couture. La culture et l’artistique, bien sûr, mais aussi l’économique, le commercial, le politique, le religieux. Cannes, festival International du Film, mais pas que… Du cinéma Parce qu’elle est multiple en effet, sans doute l’institution cannoise reflète-t-elle notre société toute entière. Derrière ce bouillonnement, le metteur en scène explore les liens étroits entre le festival et la politique, en se focalisant sur une période de son histoire : de 1939, édition avortée à la suite

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"Sunset" : Au Prinzip de la guerre

Quête familiale | Une jeune femme arpente les rues de Budapest à la recherche de son frère révolutionnaire, alors que le vent de 1914 se lève. Après "Le Fils de Saul", László Nemes imagine ce qui pourrait en constituer le prologue à l’aube du XXe siècle…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Budapest, 1913. Irisz se présente dans le luxueux magasin de chapeaux jadis tenu par ses parents pour trouver un travail. Après un refus, et malgré l’hostilité ambiante, le nouveau propriétaire l’embauche. Irisz découvre alors que son frère qu’elle croyait mort l’a précédée et a causé un scandale… Format large (1, 85:1 contre 1, 37:1), mouvements fluides et lents, ambiance de roman d’apprentissage… Sunset se déploie en apparence aux antipodes stylistiques et narratifs du premier long métrage de Nemes, Le Fils de Saul. Mais on le sait, les apparences sont faites pour qu’on s’en défie et la première demi-heure écoulée, les divergences pèseront moins lourd que les similitudes frappantes entre les deux films dont le dernier plan, au cœur des tranchées de 14-18, achève de convaincre que le cinéaste a — consciemment ou non — signé un diptyque abstrait. Abstrait, car la continuité se révèle historique plus que narrative entre les deux volets, le second faisant office de prolégomènes

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Christian Olivier : « Tout ce qui peut faire remuer les choses m'intéresse »

Chanson | Christian Olivier, chanteur emblématique des Têtes Raides, a sorti un second album solo en juin dernier. Intitulé "After/Avant", cet opus reste dans une veine engagée et musicalement intéressant pour son ouverture à des sons différents de ce dont nous a habitué l'intéressé. Rencontre avec Christian Olivier, avant son passage au Clapier ce vendredi 21 décembre.

Nicolas Bros | Lundi 17 décembre 2018

Christian Olivier : « Tout ce qui peut faire remuer les choses m'intéresse »

Pourquoi avoir fait le choix de vous lancer en solo en 2016 avec On/Off. Était-ce pour faire une pause avec Les Têtes Raides ? Oui, il était temps de faire une petite pause. Il y avait eu plus de 25 ans de route. C'était une manière de "breaker" un peu et de se ressourcer. J'avais le désir de continuer de faire de la musique, de poursuivre mes histoires graphiques, de lectures musicales, de bande originale de films... Concernant On/Off, j'avais envie d'essayer de nouvelles choses, de travailler avec des gens différents... Par exemple, Edith Fambuena à la réalisation et ça a vraiment été un plaisir. Ça m'a permis de me mettre dans une autre situation. Sur After/Avant, avez-vous travaillé avec la même réalisatrice ? Non, je l'ai fait avec un mec rencontré en studio et avec qui je me suis très bien entendu. Il s'appelle Félix Remy. On a enregistré au studio Pigalle à Paris. Il a vraiment cerné mes attentes. En chemin, je me suis mis à travailler avec Peter Combard, un des deux guitaristes avec qui j'avais déjà travaillé sur On/Off et qui est venu m'épauler sur les machines pour ce deuxième album. F

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"Une affaire de famille" : Notre petite sœur

Palme d'Or | de Kore-eda Hirokazu (Jap. 2h01) avec Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka…

Vincent Raymond | Mercredi 12 décembre 2018

Le fantasque Osamu est l’affectueux père d’une famille vivant de petites rapines et autres combines. Un jour, il ramène à la maison une gamine maltraités par ses parents et convainc sa femme de la recueillir comme si elle était leur fille… Personne ne niera que Kore-eda a de la suite dans les idées lorsqu’il s’agit de dresser des portraits de familles nippones singulières — c’est-à-dire appelées à se reconfigurer à la suite de la perte ou de l’ajout subit d’un membre. Pour Une affaire de famille, il empile les tranches de vies canailles, s’amusant dans un premier temps à faire défiler des instantanés du “gang“ Osamu. Plus attendrissant que redoutable, ce père aimant tient davantage du bras cassé folklorique “toléré“ par ses victimes que du féroce yakuza. Si le point de vue rappelle celui de The General (1997) de Boorman ou les Arsène Lupin dans la façon de construire une figure avenante à partir d’un malfrat, la modicité des larcins d’Osamu le dispense d’avoir à narguer les forces de l’ordre : l’estime dont il bénéficie demeure ici circonscrite à une sphèr

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"Leto" : Notre musique

ECRANS | de Kirill Serebrennikov (Rus.-Fr., 2h06) avec Teo Yoo, Roman Bilyk, Irina Starshenbaum…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

URSS, au début des années 1980. Sous le joug d’un régime communiste expirant, une scène rock tente d’émerger, soumettant ses textes aux dirigeants des maisons de la culture. À Leningrad, un jeune musicien émule d’Iggy Pop, Bowie et des Talking Heads, va éclater. Son nom ? Viktor Tsoï. Les plus quadra-quinquagénaires se souviendront peut-être d’avoir entendu au détour des bandes FM, par l’entremise du camarade Maneval notamment, une poignée d’enregistrements furieusement exotiques souffrant quelques distorsions, gagnées sans doute durant le franchissement du Rideau de fer, parmi lesquels le trépidant Mama Anarkia des Russes de Kino. C’est aux prémices de ce groupe, dont l’âme était Viktor Tsoï, que l’on assiste ici par le cinéma, qui se dit “Kino“ en russe. Une manière de boucler la boucle, loin d'être pas la seule. Car la situation de cette figure culturelle contestataire du passé trouve des échos dans celle de Serebrennikov, voix divergente contemporaine, assigné à résidence par le Kremlin d

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Therapie Taxi : « Être cru est un exercice qui nous plaît, assez grisant »

Pop | Phénomène générationnel du moment chez les millennials multipliant les concerts sold-out, les Français de Therapie Taxi font mouche aux commandes d'une pop frondeuse et tubesque dont les textes explicites et cathartiques cachent une forme de romantisme décadent. Explication de textes avec la chanteuse du groupe, Adé, à l'occasion de la réédition augmentée de leur album "Hit Sale" et d'un concert (sold-out, forcément) au Fil.

Stéphane Duchêne | Mardi 4 décembre 2018

Therapie Taxi : « Être cru est un exercice qui nous plaît, assez grisant »

Therapie Taxi c'est d'abord le contraste entre une forme très tubesque et un fond assez noir et violent. Mais surtout des textes très crus et un sujet récurrent, le sexe, abordé très frontalement. Comment avez-vous défini cette approche, assez nouvelle hors du rap ? Adélaïde Chabannes de Balsac, dite Adé : On ne l'a pas vraiment définie. C'est un peu arrivé comme ça. Le premier parti pris a été de chanter en français. C'est un choix qu'on a fait très tôt, avant même de s'appeler Therapie Taxi. On avait commencé à chanter en anglais, comme tout le monde, mais on a vite vu que c'était assez pourri (rires). Et puis, ça nous a amené une certaine liberté par rapport aux textes, davantage dans l'intimité de ce qu'on raconte. Il y a d'abord eu Salop(e) que Raph [le chanteur du groupe – NDLR] ava

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Première vidéo "Dans l'Oeil du Petit Bulletin Saint-Étienne"

Nouveau format d'interview | Nouveau format pour le Petit Bulletin Saint-Étienne avec le lancement des interviews vidéos avec un invité à la rédaction. Pour le début, c'est Olivier (...)

Nicolas Bros | Jeudi 22 novembre 2018

Première vidéo

Nouveau format pour le Petit Bulletin Saint-Étienne avec le lancement des interviews vidéos avec un invité à la rédaction. Pour le début, c'est Olivier Bachelard de l'association Face à Face qui s'est prêté au jeu. Vous pouvez retrouver cette première juste en -dessous. N'hésitez pas à partager cette vidéo et à nous donner votre avis sur notre page Facebook.

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Jeanne d’Arc sort le costard à Payet

Humour | Alors que le cinéma français lui fait les yeux doux depuis une petite dizaine d’années, Manu Payet remonte sur scène pour un deuxième one-man où il se livre… quasi entièrement. Rencontre.

Cerise Rochet | Mercredi 31 octobre 2018

Jeanne d’Arc sort le costard à Payet

Pourquoi un deuxième spectacle 10 ans après le premier ? La scène vous manquait ? Je crois que j’ai juste été pas mal occupé… Lorsqu’on a arrêté de tourner avec le 1er spectacle, je suis parti sur des films, et puis vous savez, je suis un garçon, je ne peux faire qu’une seule chose à la fois ! Et puis le public a semblé être demandeur d’un nouveau spectacle. Je me suis finalement laissé amadouer par les petits mots trop charmants des gens. Pas trop difficile, de se retrouver tout seul, après de nombreuses aventures collectives ? En fait, je suis vraiment très heureux de retrouver la scène. Ça aurait été con de ne pas y aller. J’avais oublié cette sensation, la scène, c’est un saut en parachute, un vertige que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Je trouve qu’il y a une limite très ténue entre se raconter et concerner tout le monde, et se raconter et gêner tout le monde. Dans ce spectacle, vous vous racontez, beaucoup… Ce n’est pas un peu impudique, de parler de soi comme ça ? Je trouve qu’il y a une limite très ténue entre se raconter et concerner t

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"Cold War" : Rideau de fer et voix de velours

Jazzy | de Paweł Pawlikowski (Pol.-G.-B.-Fr., 1h27) avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza…

Vincent Raymond | Mercredi 17 octobre 2018

Années 1950. Compositeur, Wictor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait de cette jeune interprète sa muse et sa compagne. Leur romance connaîtra des hauts des bas, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. Pawlikowski, ou la marque des origines. Est-ce un hasard si Cold War, ayant pour décor la Pologne d’après-guerre et d’avant sa naissance comme son film précédant Ida (2013), présente la également même radicalité formelle, la même rigueur quadrangulaire, le même noir et blanc ? Consciemment ou non, Pawlikowski renvoie ce faisant de ce pays au système intransigeant un visage âpre, et reproduit dans le même temps les procédés du cinéma des origines — en lui donnant toutefois la parole, même s’il l’économise. Son “année zéro“ intime devient un peu celle de la Pologne, voire celle du cinéma. Encore davantage ici, où l’histoire de Wictor et Zula s’inspire (on ne sait à quel degré) de celle de ses parents. Mais la rigueur formelle n’abolit pas tout

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Michel Bussi : « Très fier d'être le parrain cette année »

Fête du livre | Le Normand Michel Bussi, professeur de géographie à l'université de Rouen, est également un écrivain à succès. Parrain de la 33e édition de la Fête du livre, il présentera Sang Famille, son dernier ouvrage et sera omniprésent entre dédicaces, Mots en scène et débats. Rencontre.

Nicolas Bros | Mardi 2 octobre 2018

Michel Bussi : « Très fier d'être le parrain cette année »

Que représente pour vous le fait d'être parrain de la Fête du livre de Saint-Étienne ? Michel Bussi : Je suis venu déjà à trois reprises à la Fête du livre et j'ai beaucoup aimé l'ambiance très particulière qui règne dans ce salon, son originalité... Je suis très fier d'en être le parrain cette année. C'est un événement regroupant le livre, le théâtre, la musique... Il y a énormément de choses qui se passent dans ce salon. Ce n'est pas seulement venir signer des livres, c'est une véritable fête. Rendre le livre le plus accessible possible, le mélanger à plein d'autres émotions, c'est ça qui m'a plu. Qu'est-ce que vous aimez particulièrement à Saint-Étienne ? C'est objectivement un des plus gros salons en France, tout en restant à taille humaine. On ne ressent pas cette oppression qui peut se faire ressentir dans certaines grosses manifestations littéraires gigantesques, qui peuvent perdre leur âme. À Saint-Étienne, ça reste très populaire, organisé avec de nombreux événements. Ça me fait un peu penser à Quais du polar dans cette volonté d'être original tout en restant proche des lecteurs. La Fête du livre est au cœur de l

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