Made in France

ECRANS | Initialement prévu sur les écrans cette semaine, "Made in France" a été déprogrammé par son distributeur. Par dignité. Pour éviter d’être accusé de récupération. "Victime" immatérielle indirecte de la tragédie du 13 novembre, le film de Nicolas Boukhrief mériterait pourtant d'être largement diffusé dans les circonstances actuelles… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 17 novembre 2015

«Le premier qui dit la vérité…» chantait Guy Béart. Made in France n'est certes pas le premier film à aborder la question de la radicalisation islamiste. Au moment où cet article est rédigé, il se peut qu'il finisse par être encore moins vu que les précédents. Des films produits avec des bouts de ficelles, sortis en catimini et suspectés au mieux de fantasmer sur "les banlieues", sur le fanatisme ; au pire de faire le lit d'un extrémisme politique grandissant en instrumentalisant un contexte social calamiteux. D'user, pour faire court, de moyens sales à des fins douteuses.

Mais en réalité, comme pour Philippe Faucon avec La Désintégration, Made in France de Nicolas Boukhrief, a glacé par sa dimension non pas prophétique, mais simplement lucide. Par son effrayante clairvoyance. Son analyse brute d'une situation dont tous, nous refusions d'admettre la possibilité.

Sine die, ciné diète ?

Lorsque les attentats de janvier ont révulsé la France, le film, déjà tourné, s'est trouvé pris entre le marteau de la sidération et l'enclume de la réprobation. Qu'aurait-on dit d'un thriller politique musclé montrant comment s'agglomère en cellule prête à frapper Paris, un groupe de types nés en France et désœuvrés, subjugués par un illuminé soi-disant revenu d'un camp d'entraînement ? Craignant sans doute d'être taxé de "profiteur", le distributeur s'est retiré. Puis, le temps passant, les plaies cicatrisant, les menaces s'estompant, Made in France — dont le traitement rigoureux ne souffre aucune complaisance — a été à nouveau daté sur les écrans au 18 novembre avec, comble de malchance, une affiche stylisant une kalashnikov en forme de Tour Eiffel… Le 13, le surgissement de l'abominable esquissé par la fiction, a conduit à nouveau à son retrait.

Si l'on comprend la pudeur, la crainte de débordements ou d'être perçu comme provocateur (ce qu'il n'est pas !), le film ne doit surtout pas être sacrifié, au contraire ! Ce qu'il révèle des stratégies de séduction, du nihilisme de prédicateurs déguisés en dévots, et de la fragilité spirituelle dans laquelle macère toute une frange de la population, est plus édifiant et accessible que bien des discours. La télévision s'honorerait en permettant au film d'exister, prenant le relai des salles : car c'est maintenant qu'il faut le voir.

Made in France
De Nicolas Boukhrief (Fr, 1h34) avec Malik Zidi, Dimitri Storoge, François Civil…

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La candidature du Stéphanois Abdelwaheb Sefsaf fait partie des cinq retenues pour la succession de Jean Lacornerie à la tête du Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon. Metteur en scène, comédien, chanteur, Abdel Sefsaf a fondé la compagnie Anonyme, dirige la compagnie Nomade in France, a participé à l'ascension des groupes Dezoriental et Aligator mais a aussi dirigé le Théâtre de Roanne de 2012 à 2014. Il est en compétition pour ce poste lyonnais avec quatre autres candidatures : celle du duo Camille Rocailleux/A. Favre, celle d'un autre duo formé par Lorraine de Sagazan et Nadja Pobel (journaliste au Petit Bulletin Lyon), celle de l'ancien directeur adjoint de la Comédie de Valence Christophe Floderer et enfin, celle de Courtney Geraghty, actuellement responsable de programmation au French Institute Alliance Française de New York. Ces finalistes ont jusqu'au 7 septembre pour affiner leur projet, qui sera ensuite auditionné par le jury le 21 septemb

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Depuis la création de sa compagnie Nomade in France, Abdel Sefsaf ne cesse de donner naissance à des spectacles alliant brillamment musiques métissées, formes théâtrales et profonde réflexion sur un monde où les peuples s’échinent à trouver leur place par-delà les frontières ou les murs qui se dressent entre eux. En attendant sa prochaine création à l'automne 2019, la compagnie fait tourner des pièces qui ont déjà connu un vrai succès auprès de publics nombreux, comme Si loin si proche ou Médina Mérika. Pour Symbiose, Abdel s’est associé à l’Orchestre Symphonique Ose ! que dirige Daniel Kawka depuis 2013. Ce spectacle poético-symphonique pour voix et orchestres mêle la parole de grands poètes de la Méditerranée aux musiques plurielles de compositeurs des deux rives, avec pas moins de cinquante musiciens sur scène et la participation du oudiste Grégory Dargent. Symbiose nous embarque dans un périple entre Orient et Occident, véritable plongée dans cette mer intérieure où sont nées nos identités culturelles. La poésie crée ici le lien entre les différentes pièces qui constituent ensemble un univers global. Symbiose, v

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Debouts les murs !

SCENES | Indissociable de son groupe Aligator, Adbelwaheb Sefsaf poursuit son travail musical et théâtral à portée politique. Murs explore les frontières que les hommes ont construites dans un spectacle rythmé et vivant mais un peu trop didactique.

Nadja Pobel | Mercredi 30 novembre 2016

Debouts les murs !

La compagnie d'Abdelwaheb Sefsaf porte bien son nom : Nomade in France. Le metteur en scène (mal)proprement viré de la direction du théâtre de Roanne en avril 2014, n'a de cesse de raconter les croisés et les croisades modernes, les déracinés d'aujourd'hui. Dans ce spectacle tout juste créé à Oyonnax et la Croix-Rousse de Lyon, il parcourt tous ces coins de la planète où les hommes, pour se dresser les uns contre les autres, ont érigé des murs, plus ou moins solides, en béton (Jérusalem) ou en sacs de sable (Nicosie à Chypre). Pourtant, comme le dit cette création à son entame, en 1989 à Berlin il y a eu « l'unité retrouvée » mais « ce n'était qu'un leurre ». Désormais 40 000 km de murs cumulés entaillent le monde. C'est cela que Sefsaf et ses acolytes fidèles - les chanteurs-comédiens (et slameur parfois) Marion Guerrero, Toma Roche ainsi que le musiciens Georges Baux et Nestor Kéa – détaillent. Comme dans Médina Mérika où Orient et Occident se regardaient en chien de faïence via un couple détruit, il est ici question de dualité. Lignes de fuite Elle s'incarne par divers récits (des parents juifs et musulman se demandan

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Boukhrief : « "Made in France" ne sera pas maudit »

ECRANS | Après les attentats de novembre 2015, Nicolas Boukhrief avait pris avec philosophie et dignité la non-sortie sur les écrans de son “Made in France”, sur une cellule djihadiste qui doit semer le chaos au cœur de Paris. Nous l'avions rencontré à Grenoble en janvier dernier lors de la présentation de son film à un festival. Ce même film sera projeté en exclusivité à Saint-Étienne ce jeudi 17 mars au Méliès Saint-François. Un événement à ne pas manquer ! Propos recueillis par Vincent Raymond

Vincent Raymond | Lundi 14 mars 2016

Boukhrief : «

Votre film est programmé dans le cadre du Festival des maudits films. Il y a là une ironie tragique… Nicolas Boukhrief : Pour le public, c’est surtout l’occasion de le voir dans la dimension pour laquelle on l’a conçu. Et d’apprécier le travail du chef-opérateur sur l’image et celui sur le son. Et quel honneur d’être programmé dans le même festival que Sorcerer de Friedkin ! À quel moment avez-vous fait le deuil d’une diffusion sur grand écran ? Franchement, après le Bataclan [sa sortie était prévue le mercredi suivant – NDLR]. Après ce qui s’était passé dans une salle de spectacle, j’aurais été étonné que beaucoup de cinémas le prennent. Moi-même, si j’avais été exploitant, j’ignore ce que j’aurais fait, c’est complexe… D’ailleurs, ce film a été très difficile à faire, dès sa phase de production. Mais il n’était pas fait pour provoquer : c’est un état des lieux. « [Ce film] n’était pas fait pour provoquer : c’est un état des l

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