Spotlight

ECRANS | De Tom McCarthy (É.-U., 2h08) avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Photo : © Kerry Hayes


On devrait toujours se méfier des rumeurs, surtout lorsqu'elles concernent un film portant sur une enquête journalistique. Celles qui précédaient celui-ci étaient flatteuses ; force est de constater qu'il s'agissait d'une magnifique opération d'enfumage, tant la réalisation (“mise en images” serait plus approprié) et l'interprétation semblent rivaliser de classicisme plat.

Spotlight s'abrite derrière ce qu'il révèle (la mise au jour par une équipe d'investigation du Boston Globe de l'implication de l'Église de la ville dans plusieurs dizaines d'affaires de prêtres pédophiles) pour justifier son absence hurlante de projet cinématographique original. C'est tenir le 7e art en bien piètre estime que de le considérer comme une vulgaire lentille grossissante, ne méritant pas d'attention particulière ! Et réfléchir à très court terme.

Car les œuvres narrant des combats asymétriques au service d'innocents ou dénonçant des abominations humaines sont légions. Seules celles osant se démarquer artistiquement, esthétiquement impriment réellement leur époque, voire l'Histoire, offrant à la cause qu'elles défendent un écho supplémentaire. 12 hommes en colère (1957) de Sidney Lumet, Z (1969) de Costa-Gavras, La Liste de Schindler (1993) de Spielberg ou Les Hommes du président (1976) de Pakula, si l'on veut un cadre journalistique similaire, demeurent des références par leur rythme, leurs partis pris, leur audace formelle.

À moins de considérer la mollesse comme une constituante de la société bostonienne, où tout s'arrange entre huiles au bar du club des anciens ou sur un terrain de golf, on ne voit pas pourquoi Spotlight érige son manque de tonus comme une figure de style. VR


Spotlight

De Tom McCarthy (ÉU, 2h08) avec Michael Keaton, Mark Ruffalo...

De Tom McCarthy (ÉU, 2h08) avec Michael Keaton, Mark Ruffalo...

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Adapté de faits réels, Spotlight retrace la fascinante enquête du Boston Globe – couronnée par le prix Pulitzer – qui a mis à jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique.


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Ici la Terre

Expo | C'est un peu comme un retour à la maison pour les céramistes Arlette et Marc Simon. Installés depuis 2002 au Chambon-sur-Lignon (43) où ils ont créé l'Espace (...)

Nicolas Bros | Mercredi 8 juillet 2020

Ici la Terre

C'est un peu comme un retour à la maison pour les céramistes Arlette et Marc Simon. Installés depuis 2002 au Chambon-sur-Lignon (43) où ils ont créé l'Espace d’Art Contemporain Les Roches, ces deux Stéphanois ont découvert la pratique de la céramique à Firminy, au coeur de la Maison de la culture en 1971. Marqués par le rapport à l'espace, aux lignes épurées ou encore au dialogue intérieur/extérieur, les Simon ont entrepris un chemin côte à côte avec la création artistique au coeur des arts plastiques. Avec l'exposition Pas de deux qui se tient jusqu'en novembre dans l'architecture unique de l'église Saint-Pierre de Firminy, le duo nous donne à voir un joli panel de leurs oeuvres. « Nous avons ressenti le besoin de retrouver nos pièces anciennes et l’envie de vous les montrer. Ces travaux plus anciens associés à nos pièces récentes, représentent le chemin parcouru » expliquent Arlette et Marc Simon. Un parcours de 18 oeuvres jalonne les travées de l'église Le Corbusier de Firminy, avec des oeuvres hypnotiques, poétiques et sincères mais toujours en dialogue avec cette architecture unique. Pas de deux d'Arlette et Marc Simon, à l'églis

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"Dark Waters" : Eaux sales et salauds

ECRANS | Quand des lanceurs d’alertes et la Loi peuvent faire plier une multinationale coupable d’avoir sciemment empoisonné le monde entier… Todd Haynes raconte une histoire vraie qui, étrangement, revêt une apparence patinée dans l’Amérique de Trump.

Vincent Raymond | Mercredi 19 février 2020

Tout juste promu associé dans un cabinet d'affaires spécialisé dans la défense des grosses firmes, un jeune avocat est sollicité par un fermier voisin de sa grand-mère désireux d'attaquer le chimiquier DuPont qu'il accuse de polluer son sol. Combat du pot de fer contre le pot de terre empoisonnée… Paranoïaques, attention ! Si vous ne suivez pas assidument la chronique judiciaire ni les publications scientifiques d’outre-Atlantique, vous ignoriez peut-être qu’un sous-produit de synthèse omniprésent dans notre quotidien (des batteries de cuisine aux vêtements en passant par les moquettes), miraculeux du fait de ses propriétés anti-adhésives, présentait le *léger* inconvénient de ne pas être dégradé par le vivant tout en provoquant des dommages considérables à la santé. Et que les sociétés l’ayant commercialisé, en toute conscience, avaient préféré arbitré selon l’équation bénéfices/risques — bénéfices en dollars, évidemment. Nouvelles révélations Nul ne pourra accuser Todd Haynes d'opportunisme parce qu'il aborde un sujet environnemental. Dans Safe, (1995) déjà, le cinéaste traita

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Monumental

Photo | Après un premier volet dans la nef de l’église Saint-Pierre, le cycle d’expositions Regard sur l’architecture poursuit le calendrier annoncé avec (...)

Niko Rodamel | Mercredi 5 février 2020

Monumental

Après un premier volet dans la nef de l’église Saint-Pierre, le cycle d’expositions Regard sur l’architecture poursuit le calendrier annoncé avec sa seconde partie, cette fois-ci dans la partie basse du bâtiment iconique de Le Corbusier, autour du patrimoine sacré. Au fil d'une soixantaine de tirages, Pascal Lemaître s'attache à montrer toute la diversité du patrimoine religieux hexagonal des XXe et XXIe siècles. Inscrivant sa démarche dans la pluralité des cultes, le photographe a parcouru toute la France pour dresser un riche panorama des édifices religieux contemporains, attentif aux gestes architecturaux qui selon lui sont autant de laboratoires de nouvelles idées. Parmi les trois mille bâtiments à vocation religieuse édifiés dans tout le pays depuis le début du siècle dernier, le photographe a ainsi pris le parti de mettre en évidence l'inventivité de leurs bâtisseurs inspirés. Des matériaux modernes et de la lumière qui les traverse, Lemaître extrait des photographies tirées au cordeau, traduisant le plus fidèlement l'histoire qu'a souhaité raconter chaque architecte. Des visites guidées de l’exposition (et bien sûr de l’église) sont proposées chaque dimanche jusq

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"Avengers : Endgame" : La fin justifie les grands moyens

MARVEL | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un Infinity War en mode “demande à la poussière“, ce Endgame boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la 3e phase de l’Univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ans-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique, pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et 3 phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War), avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant une

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Une 2e édition des Trophées du Club de la presse et de la communication

GUIDE URBAIN | Après une première édition en 2018 couronnée de succès (35 candidatures dans 8 catégories et 170 personnes présentes pour la cérémonie le 11 septembre 2018 à la (...)

Nicolas Bros | Jeudi 18 avril 2019

Une 2e édition des Trophées du Club de la presse et de la communication

Après une première édition en 2018 couronnée de succès (35 candidatures dans 8 catégories et 170 personnes présentes pour la cérémonie le 11 septembre 2018 à la Maison de l'université avec Denis Balbir en tant que parrain), le Club de la presse et de la communication de la Loire réitère l'événement en 2019. La cérémonie se déroulera cette année le 14 novembre. Les journalistes et communicants ont jusqu'au 30 septembre pour faire parvenir leurs candidatures en ligne directement sur le site dédié aux trophées. Les 8 catégories retenues sont équivalentes à celle de l'année précédente, à savoir : reportage/ enquête la + positive de l’année, meilleur reportage de terrain, meilleure photo de presse (institutionnelle et non institutionnelle), coup de cœur institutionnel, campagne de communication la plus décalée de l’année, meilleur buzz de l’année, identité de marque de l’année et carte blanche.

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En pleine lumière

Vitraux | Henri Guérin et Le Corbusier ont eu en commun le fait d’avoir placé l’un comme l’autre la lumière au centre de leurs préoccupations artistiques. La (...)

Niko Rodamel | Mardi 4 décembre 2018

En pleine lumière

Henri Guérin et Le Corbusier ont eu en commun le fait d’avoir placé l’un comme l’autre la lumière au centre de leurs préoccupations artistiques. La Ville de Firminy avec le Site Le Corbusier ainsi que le village de Sainte-Croix-en-Jarez rendent hommage, dix ans après sa disparition, au prolifique créateur que fut le peintre-verrier. Henri Guérin a en effet laissé derrière lui une œuvre riche de plusieurs centaines de vitraux, de nombreux dessins à la gouache ou à l’encre de Chine, de tapisseries ou encore de textes. L’exposition Lumière(s) se joue en trois temps et trois lieux. Une double-exposition vient prolonger le premier volet que fut Le chemin de croix, mettant en avant les différents chemins esthétiques empruntés par l’artiste. Les salles basses de l’Église Saint-Pierre abritent le programme Patience de la main, tandis que la troisième partie du triptyque, Paysages notre berceau, prend place au sein même de la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez. Visites guidées, projections et ateliers sont proposés jusqu’au 3 mars aux visiteurs pour qui l’accès libre aux expositions ne suffirait pas. Henri Guérin, Lumière(s)

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"Game Night" : Un coup de dés jamais n'abolira le bazar

Comédie | de Jonathan Goldstein & John Francis Daley (E.-U., 1h40) avec Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler…

Vincent Raymond | Mercredi 18 avril 2018

Depuis toujours, Max est rabroué et humilié par son frère aîné Brooks, dont la superlative réussite minore le moindre de ses succès. Invités chez le vantard pour une soirée jeux entre amis, Max et son épouse Annie ont l’intention de prendre leur revanche. Mais rien ne se passe comme prévu… Semblant résulter de la rencontre fortuite entre The Game et Very Bad Trip sur un plateau de Pictionnapoly, Game Night appartient à cette race de films qu’on soupçonne d’avoir été créés par des scénaristes en chien un soir d’éthylisme festif ; à ce moment d’open bar où les hybridations les plus tordues n’effraient plus personne — c’est dans ce contexte que le (pas si mal, d’ailleurs) Abraham Lincoln : Chasseur de vampires avait dû voir le jour. Comme il y a toujours un producteur éméché pour dire « j’achète », vous devinez la suite… Pas de surprise dans l’enchaînement des gags, ni des situations : le film déroule une escalade de quiproquos et de méprises comme Fast &

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Melchior, Gaspard, Bernard...

Classique | C'est à une véritable visite des Rois Mages que nous convie l'Association des Amis de l'Orgue de Saint-Louis pour ces fêtes de Noël. Bernard Foccroulle soi-même (...)

Alain Koenig | Mardi 28 novembre 2017

Melchior, Gaspard, Bernard...

C'est à une véritable visite des Rois Mages que nous convie l'Association des Amis de l'Orgue de Saint-Louis pour ces fêtes de Noël. Bernard Foccroulle soi-même fera le voyage jusqu'à notre modeste étable, pardon, paroisse, pour le bonheur des vrais amateurs d'orgue. Les mots d'excuse ne seront pas acceptés !

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Dropkick Murphys, Boston dans le sang

Rock celtique | Avec toujours autant de ferveur, les Dropkick Murphys retournent les scènes une à une avec le rock celtique à l'énergie communicative. Un véritable groupe d'"Irish" venus tout droit de Boston, ville qu'ils représentent avec fierté. Ils passent ce lundi au Fil pour une date exclusive.

Nicolas Bros | Vendredi 30 juin 2017

Dropkick Murphys, Boston dans le sang

Vous connaissez forcément un titre des Dropkick Murphys. I'm shipping up to Boston, Rose Tattoo, Blood, Paying My Way ou encore You'll Never Walk Alone sont autant de morceaux fédérateurs, évoquant les pubs, la bière qui coule à flot et la convivialité. Mais attention, ne vous y méprenez pas, si les compositions des Dropkick Murphys fleurent bon la Saint-Patrick et autres fêtes bien souvent (trop) alcoolisées, elles sont également le reflet d'une Amérique en proie aux doutes et aux difficultés. Les textes - engagés - de Ken Casey et ses acolytes, sont autant de descriptions des quartiers ravagés par la drogue et la pauvreté. Une partie des USA qu'on a souvent tendance à oublier ou à cacher. La force du groupe réside dans cette dualité entre musique festive et entraînante ainsi que ses aspirations plus profondes dans ces textes. Avec toujours pour décor et attachement leur ville de coeur : Boston dans le Massachusetts. À l'occasion d'une tournée en Europe qui les mènera du Werchter Rock festival aux Vieilles Charrues de Carhaix-Plouguer en passant par les Eurockéennes de Belfort, ils passeront par Saint-Étienne afin de présenter leur dernier o

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Les voix lactées du Corbusier

MUSIQUES | Sous la houlette de la directrice artistique Geneviève Dumas et le parrainage du chef Daniel Kawka, Festyvocal, la première biennale de musique vocale contemporaine, investira du 8 au 12 novembre l’église Saint-Pierre de Firminy, avec notamment une nouvelle création du compositeur Pascal Descamps.

Niko Rodamel | Mercredi 2 novembre 2016

Les voix lactées du Corbusier

Fondée en 2015, l’association FestyVocal porte cette ambitieuse initiative : créer un festival unique dans un site unique, avec pas moins de six concerts sous la voûte de l’église Saint-Pierre. Plusieurs ensembles vocaux de la région se partageront le programme : le Choeur Ondaine Firminy que dirige Geneviève Dumas, l’Ensemble Vocal de Saint-Étienne (dir. Alexis Gipoulou), le Petit Choeur de Musicologie de l’Université Jean Monnet (dir. Julien Garde) avec la mezzo-soprano Catherine Séon, Ubi Cantus (dir. Florent Mayet), le chœur Artmilles (dir. Cécile Mathevet-Bouchet) avec une création d’Éric Arletti, le choeur de chambre SINFONIETTA (dir. Yannick Berne) et enfin le chœur Britten qui clôturera le festival sous la baguette de Nicole Corti. Le challenge est bel et bien de placer le public dans une aventure sonore personnelle et collective, au centre de la mise en résonnance de l’église Saint-Pierre, donnant à entendre l’écriture vocale contemporaine sous un nouveau jour. Sont également programmés un concert-lecture avec Florence Badol Bertrand, des mini-concerts, une exposition picturale de Michel Roche et des visites sur les différents sites Le Corbusier. La tête dans

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Piers Faccini & Vincent Segal, les compagnons de la chanson

MUSIQUES | En 25 ans d'une belle amitié musicale, Piers Faccini et Vincent Segal n'ont jamais cessé, dans leurs chambres ou sur scène, de revisiter les chansons des autres - mais aussi les leurs. Et viennent enfin d'en tirer un très beau disque, "Songs of Time Lost". A l'occasion de leur concert en l'église Notre Dame pour Paroles & Musiques, le violoncelliste de Bumcello se confie sur ce projet qui le lie au barde anglo-italien. Propos recueillis par Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Lundi 8 juin 2015

Piers Faccini & Vincent Segal, les compagnons de la chanson

Vous connaissez Piers Faccini depuis 25 ans et n'avez jamais cessé de vous produire avec lui. Vous avez même réalisé son premier album Leave No Trace. Pourtant, Songs of Time Lost est votre premier vrai disque ensemble. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Vincent Segal : Pour moi Leave no Trace a été tout aussi important. Je me suis tellement investi, en termes de composition, au niveau des idées, que même si ce n'était pas mon album, il a été très important dans ma vie de musicien. Songs of Time Lost est né d'une proposition de Laurent Bizot du label No Format. Ca faisait des années qu'il nous entendait jouer ensemble. Il venait nous voir régulièrement aux Bouffes du Nord et nous demandait sans cesse pourquoi on n'enregistrait pas un album en mode violoncelle-guitare-voix. Ca ne nous était même pas venu à l'idée tellement jouer ensemble nous était naturel, que ce soit sur une scène ou à la maison. Comment vous êtes-vous retrouvés sur le choix de ce répertoire entre ancienne

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Birdman

ECRANS | Changement de registre pour Alejandro Gonzalez Iñarritu : le cinéaste mexicain laisse son désespoir misérabiliste de côté pour tourner une fable sur les aléas de la célébrité et le métier d’acteur, porté par un casting exceptionnel et une mise en scène folle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Birdman

Partons du titre complet de Birdman : la surprenante vertu de l’ignorance. De la part d’un cinéaste aussi peu modeste qu’Alejandro Gonzalez Iñarritu, ce sous-titre a de quoi faire peur, tant il nous a habitués dans ses films précédents à donner des leçons sur la misère du monde sous toutes ses formes. Or, Birdman séduit par sa volonté de ne pas généraliser sa fable, circonscrite entre les murs d’un théâtre à Broadway : ici va se jouer à la fois une pièce adaptée de Raymond Carver et la tragi-comédie d’un homme ridicule, Riggan Thompson. Des années avant, il était la star d’une série de blockbusters où il jouait un super héros ; aujourd’hui, il tente de relancer sa carrière et gagner l’estime de ses contemporains en jouant et mettant en scène du théâtre "sérieux". Le naufrage de son existence ne se résume pas seulement à ses habits de has been : sa fille sort d’une cure de désintox, son mariage a sombré et il se fait écraser par une star mégalomane et égocentrique, Mike Shiner, plus roué et cynique que lui pour conquérir les faveurs de la critique et du public. Pour filmer les secousses qui vont bousculer Thompson dans les jours précéde

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Foxcatcher

ECRANS | Histoire vraie, acteurs visant la performance, mise en scène arty, sous-texte politique lourdement appuyé : Bennett Miller se montre incapable de légèreté pour traiter cette histoire de mentor toxique cherchant à transformer un lutteur en futur médaillé olympique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 19 janvier 2015

Foxcatcher

Qu’aime-t-on dans le cinéma américain lorsque celui-ci s’aventure hors de ses sentiers les plus commerciaux ? Sa capacité à traiter avec simplicité les sujets les plus ambitieux, à mettre le spectacle et l’efficacité au profit de leur exact contraire, une approche critique et dialectique du monde. Récemment, J. C. Chandor avec son extraordinaire A most violent year en a fait la démonstration éclatante : voilà un cinéaste qui ose raconter des choses complexes sur son pays et son économie sans perdre de vue le plaisir du spectateur. Depuis son premier film — le biopic Truman Capote — Bennett Miller semble, à l’inverse, adopter une posture particulièrement hautaine par rapport à ce cinéma-là, comme s’il devait faire sentir à tous les niveaux sa supériorité d’artiste et le sérieux de sa démarche. Foxcatcher ne fait qu’enfoncer le clou, tant il clame dès ses premières images son envie de ne pas sombrer dans la vulgarité d’un tout-venant qu’au demeurant, il est assez seul à exécrer. Miller bannit ainsi toute forme de légèreté de

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À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, outre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui, et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction «la merveille» : Le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langue de Molière — le film parle un mélange de français, d’espagnol, d’italien et d’anglais — et son incipit est là aussi une pirouett

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