Les Premiers, les Derniers

ECRANS | De et avec Bouli Lanners (Fr./Bel., 1h33) avec Albert Dupontel, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow…

Vincent Raymond | Mercredi 27 janvier 2016

Photo : © Kris Dewitte


Si la relecture du western est tendance, pour Bouli Lanners, ce n'est pas non plus une nouveauté, qui lorgnait déjà sur les grands espaces et le road movie dans ses œuvres précédentes – voir Les Géants (2011). Situé dans un no man's land contemporain (un Loiret aussi sinistre que la banlieue de Charleroi un novembre de chômage technique), Les Premiers, les Derniers fait se croiser et se toiser dans un format ultra large des chasseurs de prime usés, de vieux Indiens frayant avec la terre, une squaw en détresse ainsi que l'inévitable horde de bandits aux mines patibulaires.

Cousin belge de Kervern et Delépine, mais qui aurait fréquenté le petit séminaire, Lanners diffuse en sus dans cette re-composition décalée un étonnant souffle de spiritualité continu, faisant de ses personnages des messagers et de leur trajectoire une sorte de parabole, d'interprétation du fameux verset de l'Évangile selon MatthieuHeureux les pauvres en esprit…”. Ajoutons que Jésus se balade de-ci de-là, que les comédiens Michael Lonsdale et Max von Sydow chantent des cantiques : le propos mystique ne se discute pas ! De quoi repartir de la Berlinale, où le film sera présenté dans la section Panorama, avec la bénédiction du jury œcuménique…

VR


Les premiers les derniers

De Bouli Lanners (Fr-Bel, 1h38) avec Albert Dupontel, Bouli Lanners...

De Bouli Lanners (Fr-Bel, 1h38) avec Albert Dupontel, Bouli Lanners...

voir la fiche du film


Dans une plaine infinie balayée par le vent, Cochise et Gilou, deux inséparables chasseurs de prime, sont à la recherche d’un téléphone volé au contenu sensible. Leur chemin va croiser celui d’Esther et Willy, un couple en cavale.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Adieu Les Cons" : Seuls contre tous

ECRANS | ★★★★☆ De et avec Albert Dupontel (Fr., 1h28) avec également Virginie Efira, Nicolas Marié…

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Se sachant condamnée, Suze veut retrouver l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner. Se sentant abandonné dans son job d’informaticien génial, JB essaie de se suicider, mais se rate. Le désespoir de l’une oblige l’autre à l’aider, et ils seront secondés par un archiviste aveugle, traumatisé par la police… L’expérience (réussie) d’adaptation au format superproduction, Au revoir là-haut, ne signifiait donc pas rupture avec le cinéma d’avant d’Albert Dupontel — cet artisanat esthétique peuplé de rebelles aux instances autoritaires de la société, à son arbitraire stupide, à ses absurdités. Et comme pour Guédguian à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars, le fait de s’octroyer cette parenthèse aura été salutaire : l’auteur-interprète se “retrouve” en renouant avec son univers tant burlesque que satirique, où s’invitent les témoins habituels de sa causticité (le prodigieux Nicolas Marié, Terry Gilliam…) et une touchante nouvelle venue, Virginie Efira. Beau et émouvant comme un cœur de skaï mauve.

Continuer à lire

"C'est ça l'amour" : Papa poule, papa coule

ECRANS | De Claire Burger (Fr., 1h38) avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg…

Vincent Raymond | Mercredi 27 mars 2019

Sa femme l’ayant quittée, Mario est tout tourneboulé. S’accrochant à l’espoir de la voir revenir, il tente avec sa maladresse bienveillante de préserver ses filles du cataclysme qui les ronge tous. Mais rien n’est facile dans cette famille de guingois : même l’amour en a pris un coup. Ce portrait-mosaïque d’une famille bohème — très loin d’être bourgeoise — dynamitée par la défection maternelle fait penser à un jeu de billard américain, quand la blanche vient de casser le paquet et que les boules s’échappent en tout sens : Claire Burger s’attache en effet à la trajectoire de chacun personnages de la famille atomisée, dans l’apprentissage de ses nouveaux repères, si bancals soient-ils. Car Mario n’occupe pas seul les premiers plans (à la différence du père joué par Romain Duris dans Nos batailles, confronté à une situation similaire) : le film ménage de la place aux filles, dans leur émancipation de l’âge d’enfant, leur confrontation aux chamboulements multiples secouant par ailleurs l’adolescence (premières amours, les désir d’indépendance).

Continuer à lire

Hubert Charuel : « Une manière de dire au revoir à la ferme familiale »

LE RÉALISATEUR DE PETIT PAYSAN | Petit Paysan deviendra-t-il grand cinéaste ? C’est bien parti pour Hubert Charuel, qui signe un premier long métrage troublant. Entretien cartes sur étable.

Vincent Raymond | Jeudi 31 août 2017

Hubert Charuel : « Une manière de dire au revoir à la ferme familiale »

De quelle(s) épidémie(s) vous êtes-vous inspiré ? HC La maladie du film est fictive : elle présente plusieurs symptômes de maladies réelles, mais qui se soignent. J’ai grandi pendant la période de vaches folles et de fièvre aphteuse. On était dans cet esprit de paranoïa : l’angoisse de mes parents, de ma familles, des amis aux alentours était totale, personne ne comprenait ce qui se passait. Les vétérinaires ne savaient pas ce qu’était Creutzfeld-Jacob, n’avaient pas les résultats… Ça a vraiment choqué beaucoup de monde. Les abattages, c’est horrible : les gens arrivaient, on tuait tous les animaux, on creusait une fosse au milieu de la ferme, on brûlait les animaux sur place. Un traumatisme pour les éleveurs et les vétérinaires. Certains ne s’en sont pas remis de faire des abattages totaux à la chaîne. D’autres ne s’en pas remis financièrement. Quand on dit à l’éleveur qu’il va toucher des indemnités, c’est plus complexe que ça. Elles viennent parfois un an, deux ans après ou jamais. En attendant, il y a un crédit à rembourser, des emprunts pou

Continuer à lire

"Petit Paysan" : De mal en pis

ECRANS | Un petit éleveur bovin tente de dissimuler l’épidémie qui a gagné son cheptel. Ce faisant, il s’enferre dans des combines et glisse peu à peu dans une autarcie paranoïaque et délirante. Une vacherie de bon premier film à voir d’une traite.

Vincent Raymond | Mardi 22 août 2017

Difficile d’être plus en phase avec l’actualité qu’Hubert Charuel. Au moment où l’on s’interroge sur la pérennité des aides à l’agriculture biologique, et où l’on peine à mesurer les premières conséquences du n-ième scandale agro-industriel, son film nous met le nez dans la bouse d’une réalité alternative : celle des petits paysans. Ceux qui n’ont pas encore succombé, rongés par l’ingratitude de leur métier et les marges arrières de la grande distribution, ni été aspirés par leurs voisins, gros propriétaires fonciers ou de fermes automatisées — on en voit ici. Sans foin ni loi Pierre est un petit paysan à la tête d’un domaine raisonnable — c’est-à-dire qu’il la gère tout seul, mais en lui consacrant tout son temps. Lorsqu'il détecte dans son troupeau des animaux malades d’une mystérieuse fièvre hémorragique, il redoute le pire : l’abattage de la totalité de ses bêtes. La dissimulation lui offre une illusion de répit, mais les conséquences ne font qu’aggraver le problème. Hubert Charuel signe un portrait “empathique” de ce prolétaire rural, a

Continuer à lire

En équilibre

ECRANS | De Denis Dercourt (Fr, 1h30) avec Albert Dupontel, Cécile De France…

Christophe Chabert | Mercredi 15 avril 2015

En équilibre

Cascadeur équestre, Marc est victime d’un accident qui le laisse dans un fauteuil roulant. C’est alors qu’il rencontre Florence, agent d’assurance chargée de l’indemniser, envers qui il éprouve d’abord méfiance et hostilité, avant de découvrir qu’elle possède une sensibilité et un cœur derrière sa carapace de bourgeoise froide. En équilibre prouve que, dans la carrière de Denis Dercourt, La Tourneuse de pages faisait office d’accident heureux. Et encore, c’est bien par son scénario et par ses acteurs que le film s’avérait un tant soit peu marquant, la mise en scène étant déjà très standard. Ici, tout est proche de l’encéphalogramme plat : l’évolution des personnages et de leur relation se fait selon un schéma incroyablement prévisible, et les deux comédiens empoignent cette partition sans conviction, comme s’ils avaient conscience de la banalité de ce qu’on leur demandait de jouer. On a même le sentiment que le handicap, depuis Intouchables, est une garantie d’émotions faciles, un sujet bankable qui autoriserait la mise en chantier du moindre téléfilm. En équilibre en est un, de toute évidence, tant on n’y trouve a

Continuer à lire

Lulu femme nue

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac…

Christophe Chabert | Lundi 20 janvier 2014

Lulu femme nue

Signe des temps : après Elle s’en va, voici un nouveau portrait de femme qui choisit la rupture sociale, l’errance et l’aventure au confort étouffant de sa vie bourgeoise. Là où Bercot se fourvoyait dans une vague et embarrassante pulsion ethnologique, Solveig Anspach choisit au contraire la fantaisie comique pour montrer comment Lulu se "dénude" socialement, réapprend l’amour physique puis la compassion envers autrui. La première moitié, où elle batifole avec un ancien repris de justice à qui ses deux frères un peu tarés collent en permanence aux basques, fait preuve d’un sens du croquis burlesque sans doute hérité de la BD originale. Le tandem Karin Viard / Bouli Lanners fonctionne à la perfection, et la mise en scène, qui utilise avec intelligence l’écran large pour donner de l’air aux situations, prend à revers le bâclage en vigueur dans la comédie française. La deuxième partie, autour de la vieille dame interprétée par Claude Gensac, est moins convaincante, plus attendue et moins farfelue, mais le film a pour lui sa co

Continuer à lire

9 mois ferme

ECRANS | De et avec Albert Dupontel (Fr, 1h21) avec Sandrine Kiberlain, Nicolas Marié…

Christophe Chabert | Lundi 14 octobre 2013

9 mois ferme

Annoncé comme le retour de Dupontel à la comédie mordante après le mal nommé Le Vilain, 9 mois ferme s’avère une relative déception, confirmant au contraire que son auteur ne sait plus trop où il veut amener son cinéma. Il y a certes beaucoup d’excès en tout genre, une caméra déchaînée et quelques passages ouvertement gore, mais aussi des choses beaucoup plus prévisibles, sinon rassurantes. Il y a surtout un mélange de registres comiques dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont loin de tous fonctionner. Ce que Dupontel réussit le mieux, c’est le grotesque, le gag énorme basé sur la surenchère — le passage hilarant de la vidéo surveillance avec Bouli Lanners en est le meilleur exemple. Mais le cartoon live ou, à l’opposé, la comédie de caractère, ne trouvent jamais leur ton ni leur rythme. Dupontel reprend son personnage habituel et, malgré de louables efforts pour se couler dans le moule délirant de l’auteur-réalisateur, Kiberlain manque de ce grain de folie qui emporterait le morceau. Enfin, dans cette farce où une avocate se retrouve enceinte d’un serial killer après une nuit de biture, Dupontel puise une part de son inspiration dans

Continuer à lire