The Nice Guys

ECRANS | de Shane Black (E.-U., 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Photo : © DR


On ne s'étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au buddy movie avec 48 heures et les quatre volets de L'Arme fatale — parler de tétralogie en l'occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L'Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005) — un précédent réussi narrant association entre une carpe et un lapin sur fond d'investigation privée — il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ?

Une fois que l'on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu'au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d'enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l'épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s'attache davantage à ses personnages pour leur côté bras cassé (au sens propre) plutôt que pour leur à-propos préfabriqué.
Ultime atout de ce polar sympatoche pour le samedi soir : les comédiennes. Si Margaret Qualley ne laisse pas deviner grand chose de ses talents, outre ses grands yeux pleins de larmes et sa silhouette avantageuse, il y a en Angourie Rice une gamine à surveiller de près pour son confondant naturel, à l'exact opposé du visage de Kim Basinger — qui lui trahit son injection de toxine botulique et d'acide hyaluronique…


The Nice Guys

De Shane Black (ÉU, 1h56) avec Ryan Gosling, Russel Crowe...

De Shane Black (ÉU, 1h56) avec Ryan Gosling, Russel Crowe...

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Los Angeles. Années 70. Deux détectives privés enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. Malgré des méthodes pour le moins « originales », leurs investigations vont mettre à jour une conspiration impliquant des personnalités très haut placées…


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"Boy Erased" : Au “non“ du père

ECRANS | De Joel Edgerton (É.-U., 1h55) avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe…

Vincent Raymond | Mercredi 27 mars 2019

Victime d’un viol à l’université, Jared se trouve contraint de dévoiler son homosexualité à sa famille. Pasteur de leur petite communauté, son père l’oblige à suivre un stage visant à le “guérir“ de son orientation sous la houlette de Victor Sykes, un illuminé religieux pervers et nocif… On se souvient que Desiree Akhavan avait l’an passé dans Come As You Are abordé ce même sujet des pseudo thérapies de conversion, colonies sectaires où les familles à la limite de l’intégrisme placent leur enfant gay dans l’espoir que des gourous vomissant des versets de la Bible (tout en usant de tortures psychologiques et/ou physiques) les transforment en bons petits hétéronormés. Résultat ? Un taux de suicide hors norme. Le comédien-cinéaste Joel Edgerton reprend cette trame — et cette dénonciation — en lui donnant fatalement plus de lumière : d’une part parce qu’il adapte un fait divers (ne manquez pas à ce titre le carton de fin, d’un rare tragi-comique) ; de l’autre en conférant à des camarade oscarisés les second rôle. Russell Crowe et son gros ventre parfaits en

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"First Man - le premier homme sur la Lune" : L’étoffe des 2.0

Astrobiopic | de Damien Chazelle (E.-U., 2h20) avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke…

Vincent Raymond | Mercredi 31 octobre 2018

De son entrée à la NASA comme pilote d’essai à son retour victorieux de la Lune, la trajectoire professionnelle et intime de Neil Armstrong dit Mister Cool ; un ingénieur doté d’une intelligence, d’une chance et d’un sang-froid peu communs, qui fut le premier terrien à fouler le sol lunaire… L’engouement exagéré pour ce film d’élève appliqué qu’était La La Land aura eu la vertu de propulser Damien Chazelle vers un sujet plus ambitieux : l’aventure exploratoire la plus stupéfiante de l’Histoire. Le cinéaste la raconte en la restreignant à un individu réduit à son absence apparente d’affects — n’est-il pas paradoxal, de posséder des qualités surhumaines, voire inhumaines, pour devenir le “Premier Homme“ ? La désormais légendaire impassibilité (inexpressivité, version bienveillante) de Ryan Gossling sied à merveille pour figurer le non moins fameux flegme de l’astronaute, et le montrer dans ce qui fait sa banalité : sa dévotion mécanique à sa mission. Chazelle suggère cependant qu’elle serait un dérivatif au deuil de sa fille Karen, qu’il pleure par deux fois en secret de sa femme et

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"Blade Runner 2049" : L’avenir, c’était moins pire avant

ECRANS | Denis Villeneuve livre avec Blade Runner 2049 une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de Dick & Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan “Ford Escort” Gosling.

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner, K. est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, “celui qui s’est risqué” à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié Ridley Scott. Demi-suite en forme de résonance — y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer — ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur Terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact). Bref, de remettre en cause ce qui s’apparente de près ou de loin à une certitude d’airain. La singularité de Blade Runner en était une. Plus maintenant. Du futur, faisons ta

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Song To Song : On connaît la chanson

ECRANS | Retour à une forme plus narrative pour le désormais prolifique Terrence Malick, qui revisite ici le chassé-croisé amoureux dans une forme forcément personnelle et inédite.

Vincent Raymond | Mercredi 12 juillet 2017

Song To Song : On connaît la chanson

Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d’amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l’univers musical rock d’Austin… Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time — amplification des séquences tellurico-shamarniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte — Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d’écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n’est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s’en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur. Persistance de la mémoire

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Baccalauréat : Les meilleures intentions, avec mention

ECRANS | Un médecin agit en coulisses pour garantir le succès de sa fille à un examen, au risque de renier son éthique. Entre thriller et conte moral, Mungiu signe une implacable chronique de la classe d’âge ayant rebâti la Roumanie post-Ceaușescu — la sienne. Lucide et captivant.

Vincent Raymond | Jeudi 8 décembre 2016

Baccalauréat : Les meilleures intentions, avec mention

Que reste-t-il en Roumanie quand on a tout oublié du communisme ? Son administration procédurière, ainsi que ses passe-droits, ses renvois d’ascenseurs, ses faveurs… Une source inépuisable d’inspiration pour les cinéastes du cru : après Porumbiu (Policier : Adjectif, Le Trésor) ou Muntean (L’Étage du dessous), voici que Cristian Mungiu s’en empare. Pas pour une simple histoire de corruption ou de prévarication — car le héros, Romeo, demeure en dépit de ses travers conjugaux, un honnête homme — mais bien pire : l’autopsie d’un renoncement personnel ; d’un sabordage moral symbole d’un échec collectif. L’échec d’une génération d’idéalistes, jadis désireux de reconstruire sur des bases saines leur pays s’ouvrant au monde, mais qui peu à peu se sont transformés en petits notables désabusés. Alors, quitte à faire le deuil de leurs espérances, ils peuvent bien enterrer simultanément leur intégrité. Responsable mais pas coupable Si Romeo vacille en cherchant à transgresser les règles, c’est pour réparer une cascade d’“injustices originelles” : l’agression de sa fille sur le point de passer son examen, l’absence de

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Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Entretien | Force tranquille toujours aussi déterminée, Ken Loach s’attaque à la tyrannie inhumaine des Job Center, vitupère les Conservateurs qui l’ont organisée… et cite Lénine pour l’analyser. Ouf, les honneurs ne l’ont pas changé !

Vincent Raymond | Mercredi 19 octobre 2016

Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Comment ce nouveau film est-il né ? Ken Loach : Quand Paul Laverty, le scénariste, et moi, avons commencé à échanger les histoires que nous entendions autour de nous, lui en Écosse et moi en Angleterre — entre deux réflexions sur les scores de foot. Des histoires de personnes piégées dans cette bureaucratie d’État, et qui deviennent de plus en plus extrêmes. Je pourrais vous donner des tonnes d’exemples, comme cet homme qui avait téléphoné au Job Center — le Pôle Emploi britannique — pour prévenir qu’il ne pourrait pas honorer un rendez-vous car il assistait aux funérailles de son père. Il est allé à l’enterrement… et on lui arrêté ses allocations ! Durant nos recherches, on a traversé le pays, et on en a entendu plein d’autres identiques. Alors on s’est dit qu’on devrait en raconter une, pour essayer de faire comprendre aux gens ce qu’ils endurent. Paul a écrit les deux personnages principaux de Dan et Katie et voilà, c’était parti. Pourquoi l’avoir situé à Newcastle ? C’était une ville que l’on n’avait pas encore filmée, elle est la plus au nord de toutes les grandes villes britanniques. L’industrie minière et la const

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"Moi, Daniel Blake", une couronne pour le Royaume des démunis

ECRANS | Lorsque un État fait des économies en étouffant les plus démunis, ceux-ci s’unissent pour survivre en palliant sa criminelle négligence. Telle pourrait être la morale de cette nouvelle fable dramatique emplie de réalisme et d’espérance, qui vaut à Ken Loach sa seconde — méritée — Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mercredi 5 octobre 2016

Avec sa bouille de Michel Bouquet novocastrien, Daniel Blake a tout du brave type. En arrêt maladie après un accident cardiaque, il doit sacrifier aux interrogatoires infantilisants et formatés de l’Administration, menés par des prestataires incompétents — l’État ayant libéralisé les services sociaux —, pour pouvoir reprendre son boulot ou bénéficier une allocation. Assistant à la détresse de Katie, mère de famille paumée rabrouée par une bureaucrate perversement tatillonne, Daniel s’attache à elle et l’épaule dans sa galère, cependant que son cas ne s’améliore pas Tout épouvantable qu’il soit dans ce qu’il dévoile de la situation sociale calamiteuse des plus démunis au Royaume-Uni (merci à l’administration Cameron pour ses récentes mesures en leur défaveur), Moi, Daniel Blake se distingue par sa formidable énergie revendicative positive, en montrant que les “assistés” n’ont rien de ces profiteurs cynique mis à l’index et enfoncés par les Tories. Ils font preuve d’une admirable dignité face à l’incurie volontaire de l’État, refusant le piège de la haine envers le plus faibles qu’eux — le facile pis-aller de la discrimination à

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Toni Erdmann

ECRANS | Des retrouvailles affectives en (fausses) dents de scie entre un père et sa fille, la réalisatrice allemande Maren Ade tire une grande fresque pudique mêlant truculence, tendresse et transgression sur fond de capitalisme sournois. Deux beaux portraits, tout simplement.

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Toni Erdmann

Pas de chance pour Maren Ade, nouvelle victime de la loi du conclave : encensée par les festivaliers de Cannes, elle en est repartie Gros-Jean comme devant, boudée par le palmarès. Pourtant, son film avait de très solides arguments artistiques et moraux pour décrocher ne serait-ce qu’un accessit. Son éviction pose question, conduisant à réfléchir sur les goûts normés et une forme (inconsciente) de ségrégation : l’histoire entre le père et la fille a sans doute ému le bon jury, mais ce dernier a peut-être été surpris par des protagonistes et un traitement inhabituels pour pareil sujet. Car Ade dépeint la réalité crue et misérable d’une classe prétendument supérieure totalement dépourvue de glamour, d’attaches, de substance, et use pour ce faire d’une esthétique comparable à celle prisée par les apôtres du cinéma social. Elle renvoie l’image de la médiocrité pathétique et ordinaire des tenants de la société de la performance — ces gens qui, suivant la même ligne éthique, survalorisent le beau, éliminent le faible, traquent la dépense inutile, délocalisent… Mon père, ce golem Toni Erdmann est un film anar ; quant au personnage portant ce nom

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Nicolas Winding Refn : « La créativité n’a aucune limite »

ECRANS | Revenu bredouille de Cannes, The Neon Demon avait pourtant tout pour plaire à George Miller : c’est un film d’horreur adolescent. Explications par ce pince-sans-rire élégant qu’est Nicolas Winding Refn.

Vincent Raymond | Mercredi 8 juin 2016

Nicolas Winding Refn : « La créativité n’a aucune limite »

Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur le milieu de la mode ? En fait, je ne l'ai pas choisi, je voulais faire un film sur la beauté. Tout le monde a un avis sur cette notion : soit pour la considérer comme étant dépourvue d’intérêt, soit comme étant une valeur absolue. Même si elle apparaît largement dans de nombreuses facettes de notre vie, c’est évidemment dans l'univers de la mode qu’elle est la plus célébrée. Nous vivons dans un monde totalement obnubilé par la beauté, elle est devenue une obsession artistique et générale. Cette “monnaie” n’a jamais été dévaluée, mais sa durée de vie devient de plus en plus éphémère et se récolte de plus en plus jeune. The Neon Demon n’est-il pas plus particulièrement un film sur l’intoxication par la beauté — ce qui, au passage, vous a fait encourir un risque de surdose en dirigeant Elle Fanning ? (rires) Il n’y aurait pas de film sans Elle, c’est sûr ! La diversité d’opinions qui existent sur ce thème est très intéressante. Les gens partent du

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"The Neon Demon" : l'objet du désir

ECRANS | Retour en grâce pour NRW — c’est ainsi qu’il sigle son nom au générique — avec un conte initiatique : celui d’une gamine partant à la conquête du monde de la mode. Le récit d’une ambition dévorante et dévorée, à la superbe… superbe.

Vincent Raymond | Mercredi 8 juin 2016

Comme une promesse, ou une métaphore de cette foire aux vanités qu’est l’industrie de la mode, la première séquence de The Neon Demon offre un condensé glaçant de sang, de flashes et de voyeurisme. Mais on aurait tort de se fier à ce que l’on a sous les yeux : derrière la splendeur et la perfection sans défaut de l’image ; derrière les surfaces lisses et les miroirs, tout est factice. La beauté pure n’existe pas, et lorsqu’elle surgit sous les traits de Jesse, elle est perçue comme une anomalie, une monstruosité dans cet empire des apparences et de l’illusion. Un élément discordant qui va se corrompre en pervertissant son entourage — la pomme cause-t-elle le ver, ou bien le ver détruit-il la pomme ; toujours est-il que la réunion des deux gâte l’ensemble. Talent haut Aux antipodes de la superficialité clinquante de l’ère des supermodels, et de sa foule de mondains papillonnant dans la lumière,

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Café Society : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Café Society : Hollywoody boulevard

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant débordant

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Money Monster : Jodie Foster joue sur du velours

ECRANS | de Jodie Foster (E-U, 1h35) avec George Clooney, Julia Roberts, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Money Monster : Jodie Foster joue sur du velours

Auteure jusqu’alors de trois longs-métrages tournant autour d’une sphère domestique plutôt hétérodoxe — on frise la litote si l’on se remémore Week-end en famille (1996) ou Le Complexe du Castor (2011) —, la réalisatrice Jodie Foster marque avec Money Monster une vraie rupture en s’essayant à un registre qu’elle a souvent eu l’occasion de pratiquer en tant que comédienne : le thriller. Sans être bouleversant d’originalité, son film répond aux exigences du genre en combinant efficacité rythmique et interprétation zéro défaut. Cela dit, la roué Jodie a joué sur du velours en composant un couple ayant, depuis Soderbergh, une complicité avérée : Julia Roberts et George Clooney, au-delà de leur image glamour respective, semblent faits pour se donner la réplique sur un mode taquin. Leur cohésion ressemble à cette oreillette dont l’un ici est équipé, et à travers laquelle l’autre lui parle ; un lien invisible contribuant à consolider l’empathie éprouvée par le public pour leurs personnages. Permet-il par ricochet de mieux apprécier sa critique conjointe des relations incestueuses entre la finance et les médias, deux empires de l’imm

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“Ma Loute” : À manger et à boire…

ECRANS | Si Roméo était fils d’un ogre pêcheur et Juliette travestie, fille d’un industriel de Tourcoing, peut-être que leur histoire ressemblerait à cette proto-comédie de Bruno Dumont. Un régal pour l’œil, mais pas une machine à gags. En compétition officielle à Cannes. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

“Ma Loute” : À manger et à boire…

Quel accueil des spectateurs non francophones — et tout particulièrement les membres du jury du festival de Cannes — peuvent-il réserver à Ma Loute ? Grâce aux sous-titres, ils saisiront sans peine le dialogue de ce film dans son intégrité, mais ils perdront l’une de ses épaisseurs : la saveur des intonations snobinardes et des borborygmes modulés avec l’accent nordiste — forçant les non-Ch’tis à accoutumer leur oreille. Cela étant, si les mots seuls suffisaient à Bruno Dumont, il ne serait pas l’énigmatique cinéaste que l’on connaît ; d’autant plus indéchiffrable avec ce huitième long métrage, qui prolonge son désir de comédie engagé avec la série P’tit Quinquin. Dans le fond, Dumont ne déroge guère ici à ses obsessions : capter l’hébétude quasi mystique saisissant un personnage simple après une rencontre inattendue, puis observer ses métamorphoses et ses transfigurations. Certes, les situations se drapent d’un cocasse parfois outrancier et empruntent au burlesque du cinématographe ses ressorts les plus usés (chutes à gogo, grimaces à foison, bruitages-gimmicks…). Mais il ne s’agit que d’un habillage comique ; derrière une façade pein

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Cinéma : Comment ça, il n’y a pas de Mai ?

ECRANS | En mai, le cinéma ne fait pas ce qu’il lui plaît : il tourne autour de la Croisette, où des dizaines de films sont présentés avec tonitruance à des professionnels réunis en conclave. Le vrai public, quant à lui, devra attendre des mois pour apprécier la sélection en salles. À d’infimes exceptions près… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 3 mai 2016

Cinéma : Comment ça, il n’y a pas de Mai ?

Sur sa Côte et sous son ciel azuréens, Cannes fait la pluie et le beau temps de l’année cinématographique. La quinzaine est ce moment prodigieux où des professionnels de la profession se livrent à un gavage insensé de productions audiovisuelles et les soumettent sans recul ni distance à leur appréciation. Se condamnant à émettre des jugements lapidaires et extrêmes, s’abstenant de tout avis mitigé parce que le rythme effréné du festival les presse et pousse à faire assaut de saillies définitives, ces intoxiqués au binge viewing s’abîment parfois dans des surenchères risibles lorsqu'elles sont suivies de prises de positions diamétralement opposées, l’exaltation cannoise évaporée. Et affligeantes lorsqu’elles ont des films pour victimes collatérales. La Forêt des songes de Gus Van Sant, vilipendé et sifflé lors de sa présentation l’an dernier n’est qu’un exemple parmi tant d’autres : il aura fallu onze mois pour faire oublier sa volée de bois vert et un faux-nez (en tout cas, un nouveau titre, Nos Souvenirs) pour qu’il puisse repointer son museau sur les écrans. En même temps dans les salles… Toutes sections confondues, c’est près d’une cent

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Lost River

ECRANS | Après un petit tour en salle de montage, le premier long de Ryan Gosling arrive sur les écrans dans une version sensiblement plus digeste que celle vue à Cannes. Et s’avère un objet singulier, dont la poésie noire se distille au gré de ses fulgurances visuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Lost River

À Cannes, ce premier long métrage de Ryan Gosling nous était tombé des yeux. Le hiatus entre une narration bordélique et l’envie flagrante de copier ses modèles tel un étudiant d’art passant sa journée au Louvre, donnaient à Lost River une dimension à la fois prétentieuse et vaine. À peine pouvait-on décerner à son chef opérateur, le brillant Benoît Debie, un satisfecit pour avoir créé une matière visuelle parfois fulgurante. Probablement refroidi par l’accueil glacial réservé au film, Gosling est donc retourné en salle de montage pour mettre un peu d’ordre dans ce foutoir et enlever dix-sept minutes qui ne manquent pas, loin de là, à la version définitive. On cerne donc enfin son propos qui, à défaut d’être particulièrement novateur, a maintenant le mérite de la clarté : un adolescent, Bones — référence sans doute au bouquin de Russell Banks — traîne dans les ruines industrielles de Detroit à la recherche de tuyaux en cuivre qu’il revend pour se faire un peu d’argent de poche. Sa mère — la rousse Christina Hendricks, échappée de Mad Men — se voit proposer par un patron de club lubrique de devenir danseuse dans un cabaret macabre e

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Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 14 avril 2014

Noé

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l’annonce d’un désastre et la damnation d’une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d’air du temps, un peu de messianisme divin — quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l’on dit éclairé et que l’on trouve de plus en plus obscurantiste ? — et un peu d’héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n’importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer. Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l’expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu’il soit, c’est bien ce qu’on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l’arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n’est que l’addition d’effets n

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Only god forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-Drive avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Only god forgives

Quant on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n’était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l’étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c’était celle d’un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d’influences et de codes qu’il arrivait à régénérer. Avec Only god forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l’imagerie pure et simple. L’argument, en soi, n’est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d’être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadique adepte du karaoké. Débarque alors la maman de la fratrie, qui va pousser le frangin survivant à accomplir sa vengeance. Destockage à Bangkok Passons sur le sous-texte psychanalytique absolument balourd q

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The Place beyond the pines

ECRANS | Après «Blue valentine», Derek Cianfrance retrouve Ryan Gosling pour un ambitieux triptyque cherchant à ranimer la flamme d’un certain cinéma américain des années 70 tout en en pistant l’héritage dans l’indépendance contemporaine. Pas toujours à la hauteur, mais toutefois passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

The Place beyond the pines

The Place beyond the pines est un geste inattendu de la part de Derek Cianfrance. Un peu plus de deux ans après Blue Valentine qu’il avait, rappelons-le, mis près d’une décennie à accoucher, le voilà qui passe un sacré braquet et propose une œuvre éminemment romanesque, à la construction extrêmement ambitieuse et, de fait, très éloignée de son film précédent. Car quelle que soit l’affection que l’on ressentait pour Blue Valentine, celui-ci valait surtout pour la complicité entre ses deux comédiens, Michelle Williams et Ryan Gosling, et par le petit parfum arty qui se dégageait de ce mélodrame dans le fond très calibré Sundance. Gosling est à nouveau le «héros» de The Place beyond the pines, Luke, et son arrivée à l’écran rappelle celle de Mickey Rourke dans The Wrestler : un long plan séquence en caméra portée qui l’escorte de dos d’une caravane vers un chapiteau où ce motard casse-cou effectue une cascade dangereuse en tournant dans une cage sphérique avec trois autres motos vrombissantes. Ce naturalisme objectif à la Dardenne, nappé d’un spleen très

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Les Misérables

ECRANS | À force d’adaptations, le roman de Victor Hugo devait en arriver là : la version filmée de la version anglaise de la comédie musicale. Elle confirme les limites de Tom Hooper derrière une caméra et accumule les faiblesses manifestes et les fautes de goût impardonnables. Pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 11 février 2013

Les Misérables

Les Misérables n’est pas un bon film. On pourrait même passer la critique entière à en lister les défauts. À commencer par le travail de Tom Hooper lui-même, dont le trop admiré Discours d’un roi montrait déjà les limites : par exemple, Hooper s’avère absolument incapable de donner une forme aux passages non chantés. Alternant grand angle et longues focales, ils sont cousus n’importe comment par un montage aberrant réduisant l’action à une bouillie d’images incohérentes. On peut aussi s’interroger sur la valeur musicale de la partition de Schönberg et Boublil : ces "tubes" pensés pour des chanteurs à voix ont pris du plomb dans l’aile, et seul l’investissement des comédiens permet de leur donner un nouveau souffle. Au milieu de ce casting all stars, on trouve une incroyable faute de goût : Russell Crowe dans le rôle de Javert. L’acteur sort sa grosse voix dans les passages parlés, mais part dans les aigus dès qu’il se met à chanter, sapant toute la crédibilité du personnage. Le récit est ce qui résiste le mieux à ce duplicata musical et cinématographique : on se surprend, même si on la connaît par cœur, à se laisser emporter par l’histoire racontée par

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L'Homme aux poings de fer

ECRANS | De RZA (ÉU, 1h35) avec Russell Crowe, RZA, Rick Yune…

Jerôme Dittmar | Vendredi 21 décembre 2012

L'Homme aux poings de fer

À deux semaines d'intervalle, L'Homme aux poings de fer joue les amuse gueule pour Django Unchained. Sponsorisé par Tarantino, écrit par son complice Eli Roth, le premier film de RZA a forcément des airs de grindhouse movie en allant puiser son inspiration dans le cinéma d'arts martiaux hongkongais. Traumatisé par le genre depuis les débuts du Wu-Tang, le MC s'offre donc son film de fan. Au programme du maniérisme pur jus, une intrigue prétexte au combat, de l'humour qui tâche et un défilé de nénettes canons, tout le casting de cette production sino-américaine flairant l'exotisme bon marché. Si on n'a rien contre cet esprit sympathiquement bâtard et assumé, cinématographiquement, c'est pas Tsui Hark ou Chang Cheh. Même s'il a compris les bases (comme définir les personnages par leur arme), RZA montre vite ses limites derrière une caméra, et délègue les meilleures scènes à Corey Yuen, chorégraphe et co-auteur de hits comme Dragons Forever ou Yes Madam !. C'est déjà ça de pris. Jérôme Dittmar

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