Septembre : C'est reparti pour un tour !

Cinéma | Septembre annonce la rentrée. Du moins… en théorie. Car dans les salles, les films, eux, s’ingénient à sortir. Et à raconter l’exotisme ou un ailleurs où l’herbe n’est pas forcément plus verte… Vous avez votre ticket ? En route ! VINCENT RAYMOND

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Photo : "Where to invade next" de Michael Moore © DR


S'il est admis que le 7e art présente en temps ordinaire un dérivatif au train-train quotidien, il semble jouer un jeu bien pervers au moment où chacun s'efforce de refermer la parenthèse vacances et se remettre à l'ouvrage. Le nombre de films invitant à arpenter (au moins à travers l'écran) d'autres horizons connaît en effet en septembre une prodigieuse inflation. Qu'on ne se méprenne pas toutefois : loin d'être idylliques, la plupart des dépaysements qu'ils proposent sont subis et n'ont rien d'une sinécure. Tel celui évoqué dans Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi (28 septembre). Ce documentaire d'actualité ayant récolté l'Ours d'or à Berlin manque son sujet en abordant de manière périphérique le sort des migrants transitant par l'île italienne ; il préfère composer un patchwork de portraits avec quelques insulaires pittoresques et asséner en toute fin une séquence de sauvetage macabre au spectaculaire aussi frontal que moralement suspect. Dans Voir du Pays signé par les sœurs Delphine & Muriel Coulin (7 septembre), ce sont deux engagées de retour d'une opération traumatisante en Afghanistan qui profitent d'un “débriefing” collectif à Chypre pour remettre en cause et en question leur place dans l'armée. Un tacle dans la gorge de la grande muette et de sa gestion déplorable des ressources humaines en général, et de la mixité en particulier. Quant au candide héros de Jeunesse (7 septembre) campé par Kévin Azaïs, il lui suffit d'embarquer sur le rafiot d'un margoulin pour que se dissipent ses rêves de fortune — semblant appartenir à un autre temps. Pas étonnant : il s'agit d'une adaptation contemporaine de Joseph Conrad, où parfois on jurerait avoir manqué un épisode. Partir avec Michael Moore n'est guère plus réconfortant : dans son nouveau documentaire Where To Invade Next (14 septembre), le faux naïf fait mine de chasser les bonnes idées sociales mises en œuvre un peu partout sur le globe puis de les annexer afin de les importer chez l'Oncle Sam. Malgré quelques informations édifiantes sur la politique US, son film est un grand barnum caricatural, dont le sérieux peut hélas se jauger dans le segment consacré à la France (les cantines scolaires y sont prises pour modèles : risible) et à la conclusion puérile. Dommage.

C'est arrivé près de chez vous

En fait, à l'exception du nouveau Philippe Lioret se déroulant au Québec, Le Fils de Jean (31 août), un drame familial tout en retenue dans la lignée de Je vais bien ne t'en fais pas, la plupart des films intéressants évoluent dans un périmètre si restreint qu'ils paraissent promouvoir le circuit court ! Nocturama de Bertrand Bonnello (31 août) en est l'illustration extrême (et brillante), puisque cette histoire de terroristes lançant une attaque dans Paris se déroule pour moitié en huis clos… à la Samaritaine. Faisant partie du précédent groupuscule, Vincent Rottiers est également l'interprète principal de Toril, première réalisation de Laurent Teyssier (14 septembre), un polar rural crédible où le comédien campe un fils d'exploitant agricole prêt à dealer pour sauver les terres de son père et à davantage pour venger un camarade. Les amateurs d'injustices se retrouveront sans doute dans Les 7 Mercenaires d'Antoine Fuqua (28 septembre), nouvelle version du western classique avec Denzel Washington en chef de troupe, qu'un embargo nous défend d'évoquer pour l'instant. Plus anecdotique et fleur bleue (il en faut), First date de Richard Tanne (31 août) embarque les romantiques et les voyeurs à Chicago à l'été 1989, quand Barack invita Michelle pour la première fois. Forcément hagiographique, très mignon, et certainement éloigné d'une campagne de séduction à la hussarde menée par Donald Drumpf… pardon, Trump.

Manquent à ce tour d'horizon des curiosités pas encore vues : deux drames prévus le 7 septembre que des auteurs hexagonaux ont tournés en se “délocalisant“. D'abord un remake du Broken Lulaby de Lubitsch par François Ozon, titré Frantz, où Pierre Niney, hanté par le souvenir du soldat allemand qu'il a tué durant la Première guerre mondiale, finit par prendre sa place auprès des siens ; et puis une saga familiale adaptée d'Alice Ferney, Éternité, première réalisation de Tran Ahn Hung dans un contexte français avec une distribution ad hoc : Audrey Tautou, Bérénice Bejo, Mélanie Laurent… Allez, courage : septembre sera vite passé…

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Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

ECRANS | Moins flamboyante que l’an dernier, la rentrée cinéma 2014 demandera aux spectateurs de sortir des sentiers battus pour aller découvrir des films audacieux et une nouvelle génération de cinéastes prometteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 3 septembre 2014

Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

Si l’extraordinaire Leviathan ne lui avait ravi in extremis la place de chouchou de la rentrée cinéma, nul doute qu’elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d’une scolarité plombée et se lie d’amitié avec une «bande de filles» pour faire les quatre cents coups, et en donner quelques-uns au passage afin d’affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s’impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n’est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à filmer l’éclosion dans un même mouvement d’une héroïne et d’une actrice — formidable Karidja Touré. S’il y a bien une comédienne qui est en train d’exploser sur les écrans, c’est d’évidence Shailene Woodley. Star de la saga teen

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Gravité sur la rentrée ciné

ECRANS | Après un été en demi-teinte, les quatre prochains mois devraient confirmer le cru exceptionnel de cette année 2013. Avec les locomotives cannoises et une pléiade d’auteurs dont on trépigne de découvrir les nouveaux opus, la rentrée est en effet salement musclée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 30 août 2013

Gravité sur la rentrée ciné

Après le marteau-piqueur estival qui faisait résonner semaine après semaine le même air connu fait de blockbusters, d’animation pour gamins décérébrés, de films d’auteur qu’on ne savait pas où mettre ailleurs et de comédies françaises dont tout le monde se fout, le cinéma reprend ses droits comme à chaque rentrée, avec des œuvres plus audacieuses et moins routinières. C’est évidemment le cas des deux gagnants du dernier Cannes, en l’occurrence La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (9 octobre) et Inside Llewin Davis des frères Coen (6 novembre). Rien de commun toutefois entre le roman naturaliste sur les amours adolescentes déployé magistralement, trois heures durant, par Kechiche, et le vagabondage d’un folkeux dépressif et poissard dans l’Amérique des années 60 raconté en mode faussement mineur et vraiment métaphysique par les Coen. Rien, sinon une envie de pousser les murs du cinéma, en faisant imploser les limites de la durée d’un côté, et celles des structures scénaristiques de l’autre. En cela, ce sont les deux grands films insoumis de cette rentrée. On espère pouvoir y adjoindre en cours de route le nouveau Bong Jo

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Une rentrée cinéma en apesanteur

ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Une rentrée cinéma en apesanteur

Une rentrée sans palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre un cinéma ethnographique quasi-documentaire et son exact contraire, la fable fantastique à base de monstres mythologiques, Zeitlin fusi

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