Aquarius : Péril(s) en la demeure

ECRANS | Guerre d’usure entre l’ultime occupante d’un immeuble et un promoteur avide usant de manœuvres déloyales, le deuxième long métrage du Brésilien Kleber Mendonça Filho tient tout à la fois du western, de la fable morale, du conte philosophique melvillien et de la réflexion sur le temps. VINCENT RAYMOND

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Photo : Aquarius © DR


Clara vit dans son petit immeuble en bord d'océan, l'Aquarius, depuis toujours. En apparence, tout le monde respecte cette ancienne critique musicale, cette brillante intellectuelle, mère de famille, elle a de surcroît survécu à la maladie. Les opinions à son encontre changent lorsqu'elle refuse une offre pour l'achat de son appartement : seule à résister à l'appât du gain, aux intimidations diverses du promoteur (et à ses manœuvres déloyales), elle essuie en sus l'hostilité des copropriétaires de l'Aquarius comme de ses enfants, favorables à la conclusion de la vente. Mais l'obstinée Clara est dans son bon droit…

La Folle du logis

Reparti bredouille de la Croisette, Aquarius mérite sa chance en salle. Ce combat du pot de terre contre le pot de fer est davantage qu'une chicanerie immobilière, même s'il corrobore incidemment les relations immorales entre le pouvoir (médias, religion, politique…) et les promoteurs — le Brésil est actuellement secoué par un gigantesque scandale de corruption dans lequel se retrouvent bien placées les omnipotentes entreprises de BTP du pays. Aquarius illustre surtout un très problématique (pour ne pas dire ambivalent) rapport au passé, voire l'incapacité contemporaine de s'y confronter. D'un côté, on feint de révérer la ruine, l'archive, le résidu d'un temps achevé et révolu — lesquels, n'étant plus susceptibles d'être revendiqués, peuvent se piller allègrement — ; de l'autre, on ignore (quand on ne cherche pas à détruire) le vestige vivant, le témoin, l'ancêtre qui semblent des anomalies dans une société aspirée par une irrépressible pulsion de progrès.

Or Clara (formidable Sonia Braga) est une matérialiste au sens noble du terme — c'est-à-dire qu'elle accorde une valeur sentimentale aux choses (elle tente ainsi de démontrer à une jeune oie la supériorité de ses 33t, réceptacles physiques de souvenirs, sur les MP3 délétères) au détriment de leur poids vénal. Elle incarne la tradition analogique face au jeune promoteur, représentant de la dématérialisation et de la volatilité absolues (y compris économique), et donne vie à l'Aquarius dont elle est l'âme. Une âme forte capable de traquer la petite bête… Et de l'écraser.

Aquarius de Kleber Mendonça Filho (Bré., 2h25) avec Sonia Braga, Maeve Jinkings, Irandhir Santos… (sortie le 28/09)

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"Bacurau" : Qui s’y frotte…

ECRANS | Après Aquarius, Kleber Mendonça Filho s’associe à Juliano Dornelles pour livrer une fable picaresque futuriste, entre "Les Chasses du Comte Zaroff" et "Les Aventures d’Astérix" version brésilienne. Corrosif, sanglant et… visionnaire ? Prix du Jury à Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Nordeste brésilien, dans un futur proche. De retour à Bacurau pour enterrer sa grand-mère, Teresa remarque que le village est de plus en plus enclavé, comme coupé du monde. Les choses vont s’aggraver en présence de bien curieux étrangers. Mais Bacurau n’a pas dit son dernier mot ! Il y a trois ans, Kleber Mendonça Filho nous assénait une claque cuisante qui, à bien des égards prophétisait métaphoriquement les prémices du populisme bolsonarien : on assistait en effet dans Aquarius à la déliquescence d’une société où le bon droit valait tripette face au poids des intérêts privés (et à leur omnipotence acquise par la corruption) ; où la maison Brésil semblait dévorée de l’intérieur, ses fondations menaçant de rompre à tout moment. Comme s’il souhaitait mettre entre parenthèses le temps présent, le cinéaste — en duo ici avec Juliano Dornelles — en propose avec Bacurau une manière d’extrapolation, histoire d’en mesurer les conséquences. Et de se montrer encore plus critique avec le pouvoir en place, sans (trop) avoir l’air d’y toucher. Légitime défonce À la fois chronique et saga, Bacurau

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Les films de l'automne 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Un semestre en salles | Un Harry Potter, un Star Wars, un Marvel, un Loach Palme d’Or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie. Regardez d’un peu plus près : c’est dans les détails que se nichent les nuances…

François Cau | Jeudi 1 septembre 2016

Les films de l'automne 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espérer un souffle de fraîcheur…

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