Face (à face) à la nouvelle année

Panorama janvier | Les distributeurs ont l’esprit joueur. Ou plutôt jouteur : à la manière des programmateurs des chaînes de télé, ils ont composé un janvier truffé de petits duels et de combats singuliers. Une manière très… confraternelle de (se) souhaiter la bonne année…

Vincent Raymond | Mercredi 4 janvier 2017

Photo : "The Birth of a Nation" de Nate Parker © DR


Comme si les vraies rivalités et les confrontations sérieuses du monde réel ne suffisaient pas : voilà qu'on invente des escarmouches pour les files d'attente des cinémas ! Et qu'on ne brandisse pas, pour les justifier, le prétexte d'une fréquentation à stimuler par “l'émulation” : revendiquant plus de 210 millions d'entrées réalisées en 2016, le secteur s'est rarement aussi bien porté. De telles chicaneries, ça vous a tout de même un petit air de cour de récré, non ?

Biopics et collegram

Rayons enfantillages, Hélène Angel ouvre le bal avec Primaire (4 janvier) qui fait de Sara Forestier une instit' surinvestie — sans doute trop, et certainement plus que ses collègues —, prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestante de graves signes d'abandon… au grand dam de son propre fils. On retrouve, actualisé, l'un des thèmes de L'Argent de poche (1975) de Truffaut, centré ici sur l'enseignant et amendé d'une inutile fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. Plus convaincant est Jamais contente de Émilie Deleuze (11 janvier), adaptation de Marie Desplechin sur les désarrois d'une ado redoublante, mal dans sa peau en famille et au collège. Grâce à un prof de lettres devinant son potentiel (Alex Lutz, version sérieuse), elle s'épanouira dans l'écriture poétique ; grâce à un groupe cool, elle s'éclatera sur scène. Interprète principale, la jeune Léna Magnien envoie du bois et trouve en la réalisatrice Patricia Mazuy, ici comédienne, une mère criante de vérité molle !

Grande tendance du moment, le biopic musical a aussi droit à son affrontement le 11 janvier. Honneur à miss Égypte, c'est-à-dire Dalida vue par Lisa Azuelos. Le mannequin Sveva Alvitin l'incarne comme elle peut dans cette très très sage évocation clipesque, mais force est de constater qu'on n'y croit guère : Dalida sans strabisme, c'est comme un bon repas auquel il manque du fromage. Riccardo Scamarcio, en revanche, tire le gros lot en Orlando — c'est la seule bonne idée du film. L'Italienne est surclassée par un autre destin brisé : celui de Chet Baker dans la mélancolique balade Born To Be Blue signée Robert Budreau. Épatant, Ethan Hawke y montre la résurrection artistique (et éthylique) du bugliste à la voix d'ange et au visage de jeune premier désespéré. Ses doutes, ses addictions, son amour viscéral de la musique et sa faiblesse pour les femmes sont magnifiés dans cette élégie élégante mais sans prétention, dotée de surcroît du magnétisme de Carmen Ejogo.

Aïssa contre Maïga et compagnie

Dans la série schizophrénie, je demande le 18 janvier : d'un côté Corniche Kennedy de Dominique Cabrera ; de l'autre Il a déjà tes yeux de Lucien Jean-Baptiste. Point commun : un rôle principal pour Aïssa Maïga. Verdict ? Victoire par défaut du second. En effet, malgré quelques invraisemblances grossières, cette comédie sur un couple noir adoptant un bébé blanc possède davantage de fond et d'écriture que cette nouvelle adaptation de Maylis de Karangal (après Réparer les vivants, décidément…) reposant sur du pur cliché, ici à la sauce marseillaise : la fascination de lycéenne bourgeoise pour de petits cadors de banlieue. On pourrait continuer sur Jenifer Bartoli s'affrontant à distance dans le nullissime Faut pas lui dire de Solange Cicurel (4 janvier) où elle joue et dans Tous en scène de Garth Jenning (25 janvier, pas vu) dont elle assure le doublage français. Ou avec le fight entre génitrices-courage du 4 janvier : Chanda, une mère indienne de Ashwiny Iyer Tiwari, qui retourne à l'école pour inciter sa fille à poursuivre ses études, ou Layal, la prisonnière palestinienne accouchant en prison dans 3000 Nuits de Mai Masri.

Tout ceci pèse peu face aux “solitaires” du mois : le Neruda (4 janvier) de Pablo Larrain, bio revisitée en mode Attrape-moi si tu peux, The Birth of a Nation de Nate Parker (11 janvier, photo), qui corrige Griffith et renvoie se rhabiller Twelve Years a Slave, Ouvert la nuit d'Édouard Baer, éclat de champagne miraculeux de subtilité cocasse (le 11 aussi), voire la curiosité Lumière ! (25 janvier), agencement de 108 vues des premiers temps choisies et commentées par Thierry Frémaux. Sans compter la comédie musicale de Damien Chazelle, Lalaland dont on promet le meilleur. Vite, la suite !

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Du soleil plein la rue

Festival musiques & spectacles de rue | Parmi les festivals qui se maintiennent cet été dans la Loire, la Rue des artistes s’avance avec une programmation fidèle à son ADN. Un mélange entre des têtes (...)

Nicolas Bros | Mercredi 9 juin 2021

Du soleil plein la rue

Parmi les festivals qui se maintiennent cet été dans la Loire, la Rue des artistes s’avance avec une programmation fidèle à son ADN. Un mélange entre des têtes d’affiche, des découverte et une offre garnie de spectacles de rue en parallèle des concerts. Côté gros noms, on retiendra la gouaille de Java dont le rap-musette devrai vaillamment faire oublier l’absence de Tiken Jah Fakoly, Mouss & Hakin (Zebda) qui viendront en mode sound-system pour secouer le parc Nelson Mandela ou encore les régionaux de Wailing Trees qui présenteront leur troisième album au titre prometteur : Insert Sun (sorti en 2020). La Rue des Artistes, du 18 au 20 juin à Saint-Chamond, parc Nelson Mandela Plus d’infos et billetterie sur www.laruedesartistes.fr

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Forces intranquilles

Peinture | Avant de présenter cet été les travaux effectués lors des ateliers de l'année écoulée, la galerie TAG accueille les œuvres de Jaqueline Girin, à la fois peintre, (...)

Niko Rodamel | Mercredi 9 juin 2021

Forces intranquilles

Avant de présenter cet été les travaux effectués lors des ateliers de l'année écoulée, la galerie TAG accueille les œuvres de Jaqueline Girin, à la fois peintre, comédienne et illustratrice. L’artiste, qui avait déclaré son amour pour la peinture dès le plus jeune âge, présente une série de sept chats à l’encre de Chine, ainsi que dix toiles évoquant essentiellement des visages et des corps féminins, entre force et fragilité. Le traitement à l’acrylique est ici d’une profonde luminosité et l’énergie du coup de pinceau insuffle aux tableaux un mouvement intérieur qui parle aux tripes. Les galeristes Anne-Charlotte et Amandine l'assurent, la rentrée de septembre s’annonce des plus riches avec une très prometteuse série d'accrochages calée jusqu'au mois d'avril 2022 ! Jacqueline Girin, jusqu’au 3 juillet, galerie TAG à Saint-Étienne

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35 15 Vintage

ARTS | Le MAMC possède une des plus importantes collections de design en France. L’exposition Déjà vu présente une sélection de 300 pièces, explorant leur (...)

Niko Rodamel | Mercredi 9 juin 2021

35 15 Vintage

Le MAMC possède une des plus importantes collections de design en France. L’exposition Déjà vu présente une sélection de 300 pièces, explorant leur processus de création et leur raison d’être en lien avec leurs contextes territoriaux. Nous vivons et grandissons tous avec des objets esthétiques et fonctionnels, sans toujours prendre conscience que le design fait partie de notre quotidien depuis plusieurs générations. Témoins de leur époque, mobilier, appareils ménagers et outils de communication reflètent les évolutions de notre société. Formes, coloris et matières marquent chaque décennie de leur empreinte et s’inscrivent dans notre mémoire collective : la cocotte en fonte Le Creuset, l’iconique tabouret translucide Tam Tam, le kitchissime Minitel aux côtés des premiers Macintosh, la déferlante Tupperware ou encore la saga des appareils électriques de la firme SEB, du moulin à café au grille-pain en passant par la yaourtière ! L’exposition aborde l’évolution de l’habitat par le prisme des expérimentations qu’ont menées designers et architectes qui, dès l’après-guerre, ont souhaité inventer la ville du futur. Les photographies de Jean-Louis Schoellkopf et de It

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"Le Discours" de Laurent Tirard : Tu parles ? Tu parles !

ECRANS | C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, (...)

Vincent Raymond | Mercredi 9 juin 2021

C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, c’est que Sonia réponde à son SMS. Et voilà que son futur beau-frère lui demande de faire un discours pendant la noce… Le Discours n’est pas un film, c’est du cinéma. En tout cas, une de ces propositions cinématographiques, pour reprendre le mot de Godard, qui s’amusent avec les possibilités du médium ; qui considèrent le 7e art comme la somme, la résultante, l’aboutissement ou l’évolution des précédents et surtout ne se prennent pas au sérieux. Ce qui ne les empêche pas de triturer la structure avec intelligence pour fabriquer de l’espace avec des mots et du temps avec des images ; bref créer comme Resnais un spectacle ludique superposé à un film mental. Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby : il transpose cette obsession anxiogène de la répétition traversant l’œuvre de l’auteur (et bédéiste) en l’accommodant de variations oulipiennes donnant à Benja

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Benjamin Lavernhe dans Le Discours : « J’aime bien causer… »

ECRANS | À l’écran, on l’a connu odieux (Le Sens de la fête), irrésistible de drôlerie (Mon inconnue), fuyant (Antoinette dans les Cévennes) mais à chaque fois impeccable. Benjamin Lavernhe — de la Comédie Française — poursuit sur sa lancée en tenant l’affiche (et le crachoir) du Discours, adaptation ô combien cinématographique de Fabcaro par Laurent Tirard.

Vincent Raymond | Mercredi 9 juin 2021

Benjamin Lavernhe dans Le Discours : « J’aime bien causer… »

Le Discours raconte une histoire des retrouvailles différées. Or le film, d’abord annoncé pour Cannes 2020, avait été repoussé en décembre, avant d’être à nouveau décalé pour le 9 juin. Il y a là comme une mise en abyme un peu ironique et cruelle, non ? Benjamin Lavernhe : Oui, c’est vrai que c’est tragiquement drôle ; après, on peut se dire que notre personnage du « Discours » se plaint beaucoup, se complaît un peu ; qu’il est peut être un peu pénible… Nous, on a eu l’impression que notre plainte, elle était légitime ; on n’a pas envie qu’elle soit vue comme nombriliste et qu'elle finisse par agacer. Comme disait Jean-Michel Ribes sur les réseaux sociaux « la culture n’est pas au dessus du reste, mais elle existe ». Aux yeux du public, votre personnage peut passer pour nombriliste ; en réalité, c’est quelqu’un en attente et en souffrance. Une souffrance qui dévore tout le reste, et que le film ne fait que retranscrire avec justesse…

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Jazz à Vienne : les derniers noms

ACTUS | Bien décidé à se tenir à peu près normalement, à partir de fin juin Jazz à Vienne avait annoncé la majeure partie de sa programmation début avril. La voici désormais (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 10 mai 2021

Jazz à Vienne : les derniers noms

Bien décidé à se tenir à peu près normalement, à partir de fin juin Jazz à Vienne avait annoncé la majeure partie de sa programmation début avril. La voici désormais complète avec l'ajout de quelques noms et non des moindres, qui avancent le début des festivités au 23 juin. Le festival allobroge vient en effet d'annoncer la tenue de quatre nouvelles soirées au théâtre antique. Le 24 juin d'abord, une soirée New Generation en compagnie du Portico Quartet et du Tigran Hamasyan trio (plus les talents Adami Jazz Gauthier Toux et Nils Petter Molvaer). Le 26 juin ensuite pour une soirée Brésil avec deux amis de longue date Seu Jorge & Rogê, enfin sur scène ensemble, et une carte blanche à Lucas Santana. Le samedi 3 juillet sera lui consacré au fun

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Jazz à Vienne dévoile sa programmation 2021, malgré les incertitudes

Festival | Et si le monde d'après commençait le 25 juin en l'antique théâtre de Vienne avec pour bande-son un peu (beaucoup) de jazz ? Alors que sonne la débandade au royaume des festivals estivaux, Jazz à Vienne veut y croire en dévoilant une programmation à l'ancienne avec de vrais musiciens à présenter à un public en chair et en os. Les promesses n'engageant que ceux qui y croient, eh bien on y croit. Un peu.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 avril 2021

Jazz à Vienne dévoile sa programmation 2021, malgré les incertitudes

18 soirées, trois hommages, huit cartes blanches, voilà ce que nous promet Jazz à Vienne pour son édition 2021 placée sous le signe de la « relance », du « combat », et de la « générosité ». Il faudra au moins ça pour que le festival débute bien le 23 juin (prochain, pas 2022) et se termine comme une fleur le 10 juillet. Ça, de bonnes doses de vaccins et accessoirement de chance aussi. Car quand on dit « voilà ce que nous promet Jazz à Vienne », il faut bien admettre qu'il s'agit davantage d'un vœu pieu déguisé en promesse de la part d'un événement malgré tout conscient du caractère incertain de l'avenir quand on se trimballe un présent pareil. Mais enfin bon puisque programmation il y a, alors parlons de programmation sans nous attarder, ça nous changera, sur les moyens de la mettre sur scène cet été et devant un public avec ça. Tout commencerait donc le 23 juin avec une soirée qui commence à trouver le temps long puisque déjà prévue pour l'an

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Le Méliès Jean-Jaurès va changer de façade

Ciné | Après avoir subi d'importants travaux pendant l'été 2019, avec notamment un accueil et des salles refaits à neuf dans un style art déco, le cinéma Le Méliès (...)

Nicolas Bros | Lundi 14 décembre 2020

Le Méliès Jean-Jaurès va changer de façade

Après avoir subi d'importants travaux pendant l'été 2019, avec notamment un accueil et des salles refaits à neuf dans un style art déco, le cinéma Le Méliès Jean-Jaurès va se parer d'une nouvelle devanture. « Après l'aval des Bâtiments de France, nous allons pouvoir finir les travaux entamés à l'été 2019 et procéder à la rénovation de la façade du Méliès Jean Jaurès », explique Paul-Marie Claret, dirigeant du cinéma. Une petite victoire dans cette période très compliquée pour l'activité cinématographique française...

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Jazz à Vienne 2021, le retour : les premiers noms

Festival | Armés de notre plus solide perche d'espoir (et bientôt peut-être d'un vaccin) sautons par dessus la crise sanitaire comme Armand Duplantis efface 6m à (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 8 décembre 2020

Jazz à Vienne 2021, le retour : les premiers noms

Armés de notre plus solide perche d'espoir (et bientôt peut-être d'un vaccin) sautons par dessus la crise sanitaire comme Armand Duplantis efface 6m à l'entraînement et projetons nous vers l'été prochain. C'est à cette date que Jazz à Vienne gonflé d'optimisme nous propose d'atterrir aux alentours du 23 juin en dévoilant, comme si de rien n'était (ou ne sera), les premiers noms de son édition 2021, sise du 23 juin, donc, au 10 juillet prochain. à commencer par l'ami Jamie Cullum qui se verra ce jour précédé sur scène par la batteuse et chef d'orchestre Anne Paceo. Deux jours plus tard, se tiendra une soirée délicieusement africanisante avec la légende Salif Keita, le prince (et Dorian Gray) du blu-funk Keziah Jones et la mezzo-soprano Julia Sarr qui viendra livrer un message de paix à l'occasion de Sénégal en Isère 2021. On continue les 28 juin et 05 juillet avec d'autres habitués de la scène allobroge parce que furieusement incontpurnables d'abord les trompettistes Ibrahim Maalouf et Erik Truffaz en un double plateau d'envergure, puis le contrebassiste

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Une belle édition

Publications locales | Ils sont 10 éditeurs stéphanois à donner rendez-vous aux lecteurs au bas de la rue de la République pour quelques idées cadeaux bienvenues. Des mots, des pages, (...)

Nicolas Bros | Lundi 14 décembre 2020

Une belle édition

Ils sont 10 éditeurs stéphanois à donner rendez-vous aux lecteurs au bas de la rue de la République pour quelques idées cadeaux bienvenues. Des mots, des pages, des dessins... Tout cela voltige entre romans, essais, BD, livres d'art ou fanzines, le tout bien de chez nous. L'occasion par exemple de se laisser tenter par l'émotion transportée par la BD Somaliland sous la plume du journaliste Clément Goutelle chez Jarjille Editions ou bien par un polar frissonnant des Editions du Caïman. Il y en a pour tous les goûts ! Noël des éditeurs stéphanois, du 18 au 23 décembre (14h/19h) au 6 rue de la République à Saint-Étienne Avec Jarjille, Sous le Sceau du Tabellion, Abribus éditions, Editions du Caïman, Le Réalgar, Editions du Joyeux Pendu, Abatos, Olifanzine, Limax et Collectif Eina

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Combo Congo

Sono mondiale | Nos amis lyonnais du label Jarring Effects glissent sous le sapin le magnifique album Les Mamans du Congo & RROBIN. Fruit de la (...)

Niko Rodamel | Mercredi 9 décembre 2020

Combo Congo

Nos amis lyonnais du label Jarring Effects glissent sous le sapin le magnifique album Les Mamans du Congo & RROBIN. Fruit de la rencontre entre la chanteuse-percussionniste Gladys Samba et de l’artiste RROBIN, explorateur de musiques électroniques et de hip-hop, le projet afroféministe Les Mamans du Congo fait revivre les berceuses bantou ancestrales du Congo Brazzaville. Considérés comme un véritable matrimoine culturel, les chants sont ici boostés par le flow percutant de Maman Gladys, sur des productions explosives de mister RROBIN. Fourchettes, assiettes, paniers, pilons et matériel de récupération accompagnent brillamment les voix des cinq Mamans du Congo. Jouissif. Les Mamans du Congo & RROBIN, Ngaminke, chez Jarring Effects

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"Michel-Ange" : Statue personnelle : c’est compliqué

ECRANS | ★★★★☆ De Andrey Konchalovsky (Ru.-It., 2h16) avec Alberto Testone, Jakob Diehl, Francesco Gaudiello…

Vincent Raymond | Mercredi 21 octobre 2020

Crasseux, revêche, ambigu, jaloux de ses confrères, impulsif, vénal, exlté et… génial. Dans l’Italie du Cinquecento, Michel-Ange étant le plus grand des artistes, tous les puissants se le disputent. Le Vatican ne fait pas exception, où un Médicis vient de succéder à Jules II… Fresque historique, “moment“ dans la vie du personnage-tire plus que biopic stricto sensu, ce Michel-Ange dessine un portrait sans complaisance de l’artiste en sale bonhomme autant qu’un hommage à la prodigieuse universalité de ses talents et à la splendeur de ses réalisations — oui oui, il est bien possible d’opérer ce subtil distinguo. Fasciné par Dante, obstiné par l’accomplissement de son œuvre pour laquelle il veut le meilleur, sachant se muer en ingénieur en génie civil comme en combinazione privées, résister au pouvoir tout en faisant tout pour être le grand artiste officiel de son temps… Konchalovsky ne pensait-il pas un peu à son frère, le si poutinolâtre Nikita Mikhalkov à travers Michel-Ange ? Reste une magnifique évocation des affres de la création et de la place de l’artiste dans la soc

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Petit pays

CONNAITRE | Elle a connu la dictature, la terreur, la guerre, l’exil, puis, le retour au pays. Elle, c’est Sahra Halgan, figure emblématique de la (...)

Cerise Rochet | Mercredi 14 octobre 2020

Petit pays

Elle a connu la dictature, la terreur, la guerre, l’exil, puis, le retour au pays. Elle, c’est Sahra Halgan, figure emblématique de la résistance somalilandaise… Du nom du Somaliland, territoire marié à la hâte en 1960 à l’ancienne Somalie italienne, pour former la Somalie telle qu’elle est reconnue aujourd’hui. Née en 1969 à Hargeisa, Sahra trouve son bonheur presque par hasard, en proposant à un groupe de musiciens de chanter avec eux. Mais déjà, la dictature, les pas de la police politique et les exécutions arbitraires grondent. Un jour, il faut fuir. Dans le camp de réfugiés où elle s’est installée, Sahra soigne les blessés et les malades. Et puis elle chante. Pour réconforter ceux qui ont mal… Mais bientôt, pour les inciter à se battre, plutôt qu’à attendre la mort. Quelques années plus tard, après la sécession du Somaliland et le début de la guerre civile, Sahra fuit, une nouvelle fois, jusqu’en France, où elle devient la belle voix de la diaspora somalilandaise. Sa poignante histoire et celle de son petit pays, indépendant depuis 1991 mais toujours non reconnu par la communauté internationale, se retrouve aujourd’hui en librairie, sous les traits de la BD Soma

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Jacques Weber : « C’est la culture qui fait de nous des Hommes »

Entretien | Début novembre, Jacques Weber propose de redécouvrir Victor Hugo, à Saint-Just Saint-Rambert. Rencontre avec l’un des plus grands hommes de théâtre de son temps… Et peut-être même plus.

Cerise Rochet | Mardi 6 octobre 2020

Jacques Weber : « C’est la culture qui fait de nous des Hommes »

Avec ce spectacle, vous mêlez un peu toutes les facettes de Victor Hugo, en proposant des lectures de ses textes, lettres, discours, poèmes, romans… Qu’est ce qui vous en a donné envie ? Tout a démarré en 2017, pendant la campagne présidentielle. J’ai constaté que de nombreux candidats citaient Hugo, et j’ai essayé de comprendre pourquoi. Le style épique d’Hugo, son lyrisme, ont ceci d’extraordinaire qu’ils parviennent à faire passer toutes ses idées, et condamnent de fait celui qui écoute à la réflexion. Et puis… J’avais aussi envie de dépiédestaliser cet homme, de le mettre à la portée de n’importe quelle oreille. Donc, je l’ai emmené dans ces endroits pleins d’humanité que sont les bistrots. Des endroits où l’on commente, où l’on s’amuse, où l’on discute. Emmener Hugo au bistrot, c’est aussi permettre à des tas de gens qui ne vont pas au théâtre de le redécouvrir… Il ne faut pas avoir de prétention là-dessus, en se disant qu’on va voir des foules se déplacer. Je crois qu’en France, 1% de la population seulement va au théâtre… Mais oui, d’une certaine manière, on peut malgré tout continuer à espérer que cette prop

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​Platines

MUSIQUES | Avis aux amateurs de musique et de bonne table ! Le Lycée hôtelier saint-chamonais Les Petites Bruyères s’associe au collectionneur (...)

Niko Rodamel | Mardi 6 octobre 2020

​Platines

Avis aux amateurs de musique et de bonne table ! Le Lycée hôtelier saint-chamonais Les Petites Bruyères s’associe au collectionneur et animateur radio-télé Ludovic Seguin, aka Dj Bold, pour proposer une passerelle musicale et culinaire dans les salons de réception du Château Prodon. Tandis qu’aux platines Dj Bold fera tourner une setlist axée sur un jazz-pop-rock inspiré, les jeunes lycéens donneront à déguster un menu créé pour l’occasion, s’inspirant de ces courants musicaux. A table ! Réservations au 04 77 29 29 90. Dj Bold, mardi 13 octobre à 19h00, Lycée hôtelier Les Petites Bruyères à Saint-Chamond

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Songwriter

MUSIQUES | Au fil des albums, tous aussi subtils les uns que les autres, Piers Faccini n’en finit pas de nous caresser les tympans. Tel un artisan aux mains (...)

Niko Rodamel | Mardi 6 octobre 2020

Songwriter

Au fil des albums, tous aussi subtils les uns que les autres, Piers Faccini n’en finit pas de nous caresser les tympans. Tel un artisan aux mains d’or, il tisse une pop-folk salée-sucrée, aérienne et délicate. Il y a chez cet homme du Léonard Cohen, c’est certain, mais ici la poésie l’emporte sur la noirceur. Aussi à l’aise à la guitare et à l’harmonica qu’au chant, Faccini sera accompagné par Simone Prattico (batterie, xylophone), Malik Ziad (guembri, mandole), Juliette Serrad (violoncelle) et Séverine Morfin (violon alto). Piers Faccini Quintet, samedi 10 octobre à 20h30, théâtre de Couzon à Rive-de-Gier

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Métissage

MUSIQUES | Dans les pas de l’album Identité (2017), le saxophoniste Gaël Horellou poursuit son travail de rapprochement entre jazz actuel et maloya, (...)

Niko Rodamel | Mardi 6 octobre 2020

Métissage

Dans les pas de l’album Identité (2017), le saxophoniste Gaël Horellou poursuit son travail de rapprochement entre jazz actuel et maloya, la musique créole réunionnaise. Nouveau volet de l’aventure, Tous les Peuplespuise de manière encore plus approfondie dans le patrimoine musical traditionnel, explorant à travers les rythmes ancestraux de l’Océan Indien les racines des musiques noires. Avec ce nouvel album le septet flamboyant Gaël Horellou livre une musique toujours aussi festive et métissée. Un concert en coproduction avec Gaga Jazz. Gaël Horellou septet, mercredi 14 octobre à 20h30, salle Jeanne D'Arc à Saint-Étienne

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Where is Brian ?

Nouveau lieu | Dans le couple Koenig, Faty avait ouvert Kitchen Street l’an passé au 10 rue de la République : un coffee shop cosy et tendance où est (...)

Niko Rodamel | Mardi 6 octobre 2020

Where is Brian ?

Dans le couple Koenig, Faty avait ouvert Kitchen Street l’an passé au 10 rue de la République : un coffee shop cosy et tendance où est servie une gamme snacking chic de croque box, wrap box, bowl box et pâtisseries. Florian vient quant à lui de transformer son restaurant bistronomique Maryse & Eugénie en un nouveau lieu entièrement tourné vers l’événementiel, Kitchen Place, au 7 rue François Gillet. Deux salles, deux ambiances. Si le premier spot fonctionne du mardi au samedi, le second ouvre ses portes au gré des événements, qu’ils soient organisés par des tiers ou proposés par le jeune couple. Depuis sa naissance fin août, Kitchen Street semble déjà sur de bons rails avec un agenda plutôt fourni. Ateliers de yoga, de cardio boxing ou de pâtisserie, expo photo, vide-dressing, défilés, brunchs et anniversaires ont rythmé les premières semaines d’exercice. Il est possible de privatiser le lieu pour tout type d’événement professionnel ou familial, en demi-journée, journée ou soirée, pour un petit-déjeuner, un déjeuner, un dîner, un cocktail dînatoire ou un brunch.Proposant également un service de traiteur événementiel sur mesure, Faty et Florian Koenig restent fidèles à leur

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"Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary" : La rouée vers l’Ouest

Animation dès 6 ans | ★★★☆☆ de Rémi Chayé (Fr.-Dan., 1h24) avec les voix de Salomé Boulven, Alexandra Lamy, Alexis Tomassian… ​Sortie le 14 octobre

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Tolérée dans un convoi de pionniers rigoristes, la famille Cannary fait désordre. Quand le père malchanceux se blesse, sa fille Martha Jane choque en prenant les rênes, puis en s’habillant en garçon. Injustement accusée d’un vol, la pré-ado rebelle quitte cette horrible compagnie et part à l’aventure… Cette évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes/féminines, est moins une biographie qu’une chronique de cette époque de toutes les fortunes ou l’occasion d’en revisiter les codes : caravanes, ville-champignon avec saloon, régiment de cavalerie, trappeurs, mine d’or, aiglefins, Indiens… C’est un concentré du mythe fondateur de l’Amérique que Chayé nous offre, avec en sus cet art poétique de la couleur n’appartenant qu’à lui, et dont on avait pu profiter dans Tout en haut du monde. Ses jeux d’aplats et son flat design créent, étonnamment, une grande profondeur à ses images. Plus haute distinction pour un long métrage au Festival d’Annecy, le Cristal qu’il a décroché est largement mérité.

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"Relic" : Entre les murs

ECRANS | ★★★☆☆ De Natalie Erika James (É.-U.-Aust., int.-12 ans, 1h29) avec Emily Mortimer, Robyn Nevin, Bella Heathcote…Sortie le 7 octobre

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Leur mère et grand-mère respective Edna ayant disparu, Kay et Sam se rendent dans la demeure familiale. Peu après le retour de l’aïeule, d’étranges phénomènes se produisent, comme si une présence invisible et menaçante s’était insinuée dans la maison. Ou le trio féminin… Le propre (et la qualité) de ce film est l’absence d’explication rationnelle dans son dénouement : plus on avance dans ce quasi huis clos, plus abstrait et métaphorique devient le récit où les héroïnes semblent frappées par une damnation familiale. Un mal diffus, lié à l’âge, à l’hérédité ; à un trauma vaguement effacé et qui s’incarne pour ressurgir dans la maison ancestrale (quelque part entre Amityville et l’excellent épisode des Mystères de l’Ouest, La Nuit de la maison hantée). Natalie Erika James crée une atmosphère malaisante polysémique, évoquant autant la déréliction, la sénilité que l’accompagnement dans la mort. Ajoutons, tant qu’il y aura encore besoin de le signaler, l’exception que constitue ce film très majoritairement féminin devant et derrière la caméra. Une rareté notable, surtout dans le cinéma de genre.

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Le Rhino reporte une partie de sa prog'

Festival jazz | Devant les difficultés liées à l'accueil de jauges réduites à 1 000 personnes et que « la quasi-totalité de l'équipe du festival, à l'exception de deux personnes (...)

Nicolas Bros | Lundi 28 septembre 2020

Le Rhino reporte une partie de sa prog'

Devant les difficultés liées à l'accueil de jauges réduites à 1 000 personnes et que « la quasi-totalité de l'équipe du festival, à l'exception de deux personnes testées négatives, est en quarantaine soit pour positivité ou cas contact en cours de test », le festival Rhino Jazz a décidé de reporter une partie des concerts prévus du 2 au 20 octobre. Voici donc la liste des concerts maintenus : - A POLYLOGUE FROM SILA – Château du Rozier – Feurs – 2 octobre – 0477286609 - PAUL LAY TRIO – Maison de la Culture – Firminy – 7 octobre – 0477100777 - STOCHELO ROSENBERG TRIO – La Passerelle – Saint Just Saint Rambert – 8 octobre – 0477556551 - LUCAS SANTTANA SOLO – Le Quarto – Unieux – 10 octobre – 0477403080 - UMLAUT BIG BAND – Théâtre de la Renaissance – Oullins – 13 octobre – 0472397491 - GRIO – Théâtre de la Renaissance – Oullins – 14 octobre – 0472397491 - GAËL HORELLOU SEPTET – Salle Jeanne d'Arc – Saint-Étienne – 14 octobre – administration@gagajazz.com Concerts reportés : - Le Grand Barouf Du Rhino à la Grande Usine Créative – Cité du Design – Saint-Étienne / Re

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Animé ou contaminé ?

Panorama ciné octobre | Au moment où nous écrivons ces lignes, l’on ignore si de nouvelles mesures restrictives vont toucher les salles ; elles méritent d’être épargnées, eu égard à la drastique réglementation sanitaire qu’elles respectent déjà. Ironie des choses, l’épidémie pourtant présente à l’écran. Mais moins représentée que l’animation — proximité des vacances de la Toussaint oblige…

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Animé ou contaminé ?

Pour un peu, la défection des blockbusters hollywoodiens affolant certaines gazettes passerait inaperçue. Voyez les affiches aux frontons de vos salles : nulle pénurie, le choix s’offre à tous les âges, y compris au rayons animation. Pour les tout-petits, on restera en territoire de connaissance avec des programmes de moins d’une heure très animalier. La nouvelle collection de courts métrages La Chouette en toque (14 octobre), autour de la thématique de l’alimentation, un poil (ou une poêle ?) plus appétissante que la précédente, revisitant notamment la chanson dame Tartine en l’allégeant en sucres pour la bonne cause. Autre réussite, le lumineux conte La Baleine et l'Escargote et ses deux mini films d’avant-programme) narrant l'amitié improbable de deux voyageuses dans une réalisation somptueuse (le 21) ; ou encore le plus décalé — mais normal car co-signé Aubier & Patar, les papas de Pic Pic André Show, ici rejoints par Davy Durand —, Chien Pourri, la vie à Paris ! (le 7) Cette irrésistible adaptation d’une série parue à l’Éco

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Nos 5 notes bleues

Panorama jazz/blues 20/21 | Ivre de soul Avec pas moins de trente-cinq concerts annoncés mais aussi de la photo, du cinéma et des conférences, la 42ème édition du Rhino (...)

Niko Rodamel | Mercredi 9 septembre 2020

Nos 5 notes bleues

Ivre de soul Avec pas moins de trente-cinq concerts annoncés mais aussi de la photo, du cinéma et des conférences, la 42ème édition du Rhino Jazz(s) promet deux belles semaines de festivités. Nous retrouverons notamment la chanteuse canadienne Kellylee Evans, accompagnée du guitariste Hervé Samb, du bassiste Stéphane Castry et du batteur martiniquais Tilo Bertholo. Douée d’une présence scénique ravageuse, Kellylee évoque les coups durs traversés et sa rage de vivre sur fond de sons électros, de jazz, de soul et de groove, dans l'esprit cher à la Motown. Kellylee Evans, vendredi 16 octobre à 20h30, salle Aristide Briand à Saint-Chamond Charlie par coeur L’équipe de Canal Jazz reprend du service dans l’écrin du superbe Théâtre de Roanne, avec notamment la venue du trio Un Poco Loco. Pour sa nouvelle création, le tromboniste Fidel Fourneyron revient, avec la musique de Charlie Parker, à ses premiers amours. Avec ses acolytes Sébastien Beliah (contrebasse) et Geoffroy Gesser (saxophone tenor, clarinette), Fourneyron rend hommage à un monstre du jazz, opérant un vrai travail d’orfèvre dans la réappropriation des t

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L’homme de lotissement !

Chronique du Chicandier #10 | Vincent Charboin est un homme de lotissement. Marié, deux gosses, un Xsara Picasso, un garage et un jardin de 133 m² qu’il tond consciencieusement deux (...)

Jason Chicandier | Mercredi 9 septembre 2020

L’homme de lotissement !

Vincent Charboin est un homme de lotissement. Marié, deux gosses, un Xsara Picasso, un garage et un jardin de 133 m² qu’il tond consciencieusement deux fois par mois ! Vincent est bricoleur et travaille en tant que responsable d’agence au Crédit du Nord, il est payé 2387, 56 euros Net par mois, hors primes, ce qui lui permet de partir en vacances de la même manière depuis 17 ans, à Valmorel en février et au Grau-du-Roi en août. Il prend l’apéro le vendredi à heure fixe avec Cédric Berlot, un autre homme de lotissement. Mais Vincent Charboin a un secret, il n’est pas Vincent Charboin ! Il y a 20 ans, il s’appelait Julien Tomasini et avait monté un groupe de rock avec tous ses petits copains macaronis, « Billy Rockett and the Snakes », Julien étant évidemment le fameux « Billy Rockett ». La formation a commencé à avoir son petit succès sur Roubaix tant et si bien que le groupe se comportait comme des rockstars ! Billy était toujours défoncé (alcool, coke, LSD, exta, keta avec râbla et beuh pour s’endormir...), il forniquait des groupies dans le van qui sentait la transpiration et le kebab. Au niveau de la tenue c’était collant léopard, tiags, le Perfecto de sa mère, torse nu, saut

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Coup de blues

Blues | En 2014, le chanteur et musicien scandinave Bror Gunnar Jansson sortait en France un premier album plutôt prometteur (auréolé d’un "coup de cœur blues" de (...)

Niko Rodamel | Mercredi 9 septembre 2020

Coup de blues

En 2014, le chanteur et musicien scandinave Bror Gunnar Jansson sortait en France un premier album plutôt prometteur (auréolé d’un "coup de cœur blues" de l’Académie Charles-Cros), enchaînant les concerts en solo dans tout l’Hexagone. Il lui faudra attendre 2017, enfonçant le clou avec un nouvel opus, pour enfin attirer l’attention de sa Suède natale, avant d’enchaîner deux ans plus tard avec une troisième galette, They Found My Body In A Bag, cette fois-ci en trio. Dans les pas des pionniers du genre, l’artiste joue un blues mélancolique et rageur à la fois, parfois teinté de rock. Mais Bror Gunnar Jansson c’est aussi un physique : avec ses faux airs de Chet Baker (époque jeune et clean), l’homme aurait presque une trop belle gueule pour un bluesman ! Pour autant, l’univers musical de Jansson fait mouche. Le grain de la voix, le son nasillant de la guitare et le son brut de la batterie, tout ici est savamment travaillé pour être cra-cra-comme-il-faut… En première partie de soirée, J.Aubertin, le plus américanophile et sans doute le plus gracile des songwriters auvergnats, livrera les titres si délicats de son deuxième EP, Whispers In The Wind. Bref, voilà de

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"Dans un jardin qu'on dirait éternel" : Science infuse

ECRANS | De Tatsushi Ōmori (Jap., 1h40) avec Haru Kuroki, Mikako Tabe, Kiki Kirin…

Vincent Raymond | Jeudi 3 septembre 2020

À Yokohama, les jeunes Noriko et Michiko décident de suivre l’enseignement prodigué par Madame Takeda : le rituel de la cérémonie du thé. Une tradition codifiée, gravée dans le marbre du temps que Noriko respectera durant des décennies et qui va étonnamment guider sa vie… La regrettée Kirin Kiki semblait faire dans ses dernières années grand cas des questions de transmission de culture gastronomique : n’était-elle pas dépositaire des secrets des dorayaki — ces savoureux gâteaux à la pâte de haricot rouge — dans Les Délices de Tokyō (2014) ? Tenant à la fois du marqueur social et de la symbolique de l’attachement à l’identité nippone dans ce qu’elle a de plus profond, le rite culturel de la préparation du thé est aussi une leçon de philosophie appliquée : comment une activité aussi anodine en apparence, presque triviale dans sa répétition, peut-elle remplir une existence au point de l’épanouir ? Justement parce que celles qui s’y consacrent atteingnent à une forme de perfection, de grâce absolue, d’oubli d’elles-mêmes par la dévotion suprême à leur art. Au fond, ce n’est pas tant la lit

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 29 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais envie de

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"Mon ninja et moi" : Doudou et dur à la fois

Animation | De Anders Matthesen & Thorbjørn Christoffersen (Dan., 1h21)…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Depuis que sa mère s’est remise en ménage, Alex a hérité d’un “demi-frère“ de son âge qui le tyrannise à la maison et au collège. Quand son oncle excentrique lui offre une poupée de ninja magique ramenée de Thaïlande, Alex pense tenir sa revanche. Mais la contrepartie sera rude… La toute neuve société de distribution Alba Films tient sa première authentique pépite avec ce long métrage danois méritant d’être le succès d’animation de l’été 2020. Mon ninja et moi marque en effet une réjouissante révolution dans l’univers plutôt corseté et policé des productions destinées au “jeune public” — vocable flou qui rassemble bambins jusqu’aux ados. À présent que tous les studios d’animation ont globalement atteint une excellence technique comparable à celui développé par Blue Sky, Dreamworks ou Pixar et uniformisé leur style graphique, le récit (et son traitement) est devenu l’ultime refuge de la singularité. Un retour aux fondamentaux pour spectateurs blasés des prouesses visuelles asymptotiques. Auteur et coréalisateur de Mon ninja et moi,

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"Eté 85" : Cherchez le garçon

Drame | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance — et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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Macha Gharibian et Manu Katché à Jazz au Sommet 2020

Festival jazz | Si tout va bien (on touche du bois... du Pilat !), le 14e festival Jazz au Sommet devrait se dérouler du 29 août au 13 septembre. Comme l'explique (...)

Nicolas Bros | Mardi 16 juin 2020

Macha Gharibian et Manu Katché à Jazz au Sommet 2020

Si tout va bien (on touche du bois... du Pilat !), le 14e festival Jazz au Sommet devrait se dérouler du 29 août au 13 septembre. Comme l'explique l'équipe organisatrice : « Nous espérons vivement maintenir le festival, pour vous public qui en aurez sans doute très envie après cette période. Nous n’avons pas envie de renoncer, nous nous doutons que cette édition sera compliquée à mettre en oeuvre, mais autant par solidarité avec les musiciens, techniciens, intermittents que pour la joie apportée par la musique, nous maintenons le cap à ce jour. » Et ce cap est joli avec l'annonce de la venue de deux artistes qu'on apprécie beaucoup. Tout d'abord la pianiste Macha Gharibian à qui nous avions déjà consacré une de nos couv' et qui a sorti cette année un nouvel opus, Joy Ascension. Elle devrait se produire à Marlhes le jeudi 10 septembre. Cette année, le festival du Pilat frappe aussi un grand coup avec la venue du batteur Manu Katché, programmée le vendredi 11 septembre.

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Jason Chicandier jouera dans le prochain Astérix

Bonne nouvelle | Notre chroniqueur adoré, Jason Chicandier, sera à l'affiche du prochain Astérix, Astérix et Obélix : l'empire du milieu. C'est Guillaume Canet, le réalisateur, (...)

Nicolas Bros | Lundi 8 juin 2020

Jason Chicandier jouera dans le prochain Astérix

Notre chroniqueur adoré, Jason Chicandier, sera à l'affiche du prochain Astérix, Astérix et Obélix : l'empire du milieu. C'est Guillaume Canet, le réalisateur, qui l'a annoncé sur les ondes de France Inter dans l'émission Popopop d'Antoine de Caunes. L'humoriste stéphanois aura l'occasion d'interpréter Ordralphabetix, le célèbre poissonnier du village gaulois.

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"The Great Green Wall" : Et le désert avance…

Documentaire | Documentaire de Jared P. Scott (G.-B., 1h30) avec Inna Modja…

Vincent Raymond | Lundi 22 juin 2020

Pour contrer leur désertification, les États du Sahel et du Sahara ont lancé le projet de “Grande muraille verte“ destiné à doter l’Afrique d’une ceinture forestière d’ouest en est. Du Sénégal à l’Ethiopie, la chanteuse Inna Modja s'en fait l’ambassadrice auprès des populations locales… Voici un bien drôle de fourre-tout, dans lequel il convient de faire le tri : les informations géopolitiques ou écologiques sur la conception, l’inspiration sankarienne, la mise en œuvre et l’intérêt de cette barrière végétale sont recouvertes de diverses couches plus ou moins pertinentes. Passons sur l’enveloppe à la BBC/National Geographic — offrant une vision stéréotypée et impersonnelle d’une nature transcendante grâce à une kyrielle de plans par drones —, mettons de côté la fraction du film aux allures de making off-bonus de l’album en gestation. Ne nous appesantissons pas non plus sur les séquences où Inna Modja interviewe les paysans sur le mode « alors, c’est dur la terre ? » ou une responsable de l’ONU, ni celles où elle est filmée dans les médias locaux faisant la promo de la Grande Barrière Verte ; ni celles où e

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"The Demon Inside" : Satanique son père

ECRANS | De Pearry Reginald Teo (É.-U., 1h27) avec Robert Kazinsky, Peter Jason, Florence Faivre…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Affecté par la mort de son épouse et traité pour troubles schizophréniques, Joel élève son fils Mason aidé par une baby-sitter mais sous surveillance d’une psy. Lorsque d’étranges phénomènes conduisent un exorciste à s’intéresser à Mason, son foyer chancelant bascule pour de bon… Qu’on aimerait ne pas avoir à renvoyer cette triste série B' à Friedkin, étant donné qu’elle semble insister davantage sur le ressenti douloureux du malade psychique sur le tintouin grand-guignolesque de la liturgie de dépossession. Sauf que… Trop occupé, sans doute, à peaufiner son décor bleu éteint et à triturer l’esthétique de ses images subjectives, joliment irisées façon kaléidoscope, Pearry Regnald Teo n’a pas jugé utile de proposer quelque nouveauté dans la représentation de l’exorcisme d’un gamin : voix rauque borborygmant du latin, pustules diverses, reflux œsophagien sur curés… Pas l’once d’une nouveauté audacieuse au tableau. Mais le pompon, en ce XXIe siècle censément spirituel, c’est lorsque le prêtre convainc le père aux abois que sa pratique magique est légale, garantie par « le premier amendement ». Aussi

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Paradis annulée, Maalouf et Hoshi reportés

MUSIQUES | L'une ne viendra pas. Les deux autres en seront bien mais pas tout de suite. Vanessa Paradis devait se produire au Fil le jeudi 25 (...)

Nicolas Bros | Mardi 2 juin 2020

Paradis annulée, Maalouf et Hoshi reportés

L'une ne viendra pas. Les deux autres en seront bien mais pas tout de suite. Vanessa Paradis devait se produire au Fil le jeudi 25 juin. Elle ne viendra finalement pas en terres stéphanoises, le concert n'étant pas reporté. Les spectateurs en possession d'un billet peuvent se faire rembourser auprès de leur point de vente jusqu'au 30 septembre 2020. Ibrahim Maalouf et Hoshi viendront bien quant à eux à Saint-Étienne. Le premier devait se produire dans le cadre du prochain festival Rhino Jazz, au Zénith, le 9 octobre 2020. Finalement, ce sera le jeudi 20 mai 2021 toujours au Zénith. Hoshi aussi devait se produire le 19 décembre 2020. Son concert est reporté au vendredi 21 mai 2021 à 20h, également au Zénith de Saint-Étienne. Les billets achetés pour les dates initiales de ces deux concerts restent valables pour les dates de report. Si vous ne pouvez pas vous rendre à cette nouvelle date, les billets sont remboursables jusqu'au 30 août (pour Ibrahim Maalouf) et jusqu'au 30 septembre 2020 (pour Hoshi).

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Le Méliès en permanence

Ciné | Le Méliès poursuit ses propositions de ciné, sans ciné, puisqu'il ne peut toujours pas rouvrir les portes de ses salles obscures au public. Après (...)

Nicolas Bros | Vendredi 15 mai 2020

Le Méliès en permanence

Le Méliès poursuit ses propositions de ciné, sans ciné, puisqu'il ne peut toujours pas rouvrir les portes de ses salles obscures au public. Après les Méliès Battles, l'émission de radio chaque mercredi sur Radio Dio, c'est au tour des permanences du samedi de se bousculer. Chaque samedi de 10h30 à 18h00, l'équipe du ciné stéphanois vous attend dans le hall de son établissement de la place Jean-Jaurès pour échanger, découvrir la « plus petite salle de cinéma du monde » ou encore acheter des "Tickets suspendus" (des places de ciné que vous offrez aux publics empêchés). Pour plus d'infos sur cette opération, rendez-vous sur cette page.

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Ils la jouent collectif

Photos | Un nouveau collectif de photographes vient de voir le jour à Saint-Étienne. Ce dernier s'appelle PARALLAX et regroupe quelques unes des meilleures (...)

Nicolas Bros | Mardi 28 avril 2020

Ils la jouent collectif

Un nouveau collectif de photographes vient de voir le jour à Saint-Étienne. Ce dernier s'appelle PARALLAX et regroupe quelques unes des meilleures gachettes de Sainté. Après avoir connu un vif succès lors de leur exposition New York Wanderings l'hiver dernier sur les murs de la galerie Garnier des Arts à Saint-Étienne, Kamir Meridja, Maxime Pronchéry, Bernard Toselli et Niko Rodamel, ont décidé d'inscrire dans la durée leur collaboration. Cédric Daya, Alexandra Dinca, Jérémi Durand, Sam Meridja ont décidé de rejoindre l'aventure. « Depuis un long mois déjà, les idées foisonnent, entre le désir de faire voyager l'exposition fondatrice et l'envie de produire la prochaine, explique Niko Rodamel. Beaucoup d'images s'échangent sur le groupe WhatsApp de l'équipe. Une nouvelle habitude est même prise : chaque semaine, chacun des photographes passe en revue ses disques durs pour répondre au thème hebdomadaire. Dans un souci de partage, chaque jour un des photographes prend son tour pour publier un triptyque répondant au thème en cours, sur le

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"L'Ombre de Staline" : Le premier qui dit la vérité

ECRANS | Comment la famine du Holodomor provoquée par le régime soviétique fut révélée par un journaliste au monde qui ne le crut pas… Agnieszka Holland réhabilite la mémoire de Gareth Jones, aventurier de la vérité, dans un biopic épique et à la Lean, point à la ligne.

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Londres, 1933. Ex- conseiller de l’ancien Premier ministre Lloyd George, le journaliste Gareth Jones décide d’aller à Moscou pour interviewer Staline sur les prodiges accomplis par l’économie soviétique, vantés par la presse. Sur place, il contourne la propagande et découvre la réalité… « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », chantait jadis Guy Béart sur un air presque guilleret adoucissant le propos de sa cruelle morale. Tragique est la destinée des lanceurs d’alertes ! Soit ils sont moqués ou ostracisés ; soit on leur réserve un sort plus funeste en tentant de les museler voire de les éliminer. La condition actuelle de Chelsea Manning, de Julien Assange, de Edward Snowden ; la fin cruelle du docteur Li Wenliang prouvent que les choses n’ont guère changé depuis les temps archaïques. Ni depuis Gareth Jones (1905-1935). L’œil de Moscou Agnieszka Holland poursuit avec ce dernier son voyage à travers l’histoire politique si mouvementée du XXe siècle, déjà documenté dans Le Complot,

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Marjane Satrapi : « L’art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

Radioactive | On ne peut s’empêcher de voir des similitudes entre la figure de Marie Curie et celle de Marjane Satrapi. La cinéaste bouscule l’image d’Épinal en signant un portrait non pas de la seule scientifique, mais également du rayonnement de ses découvertes. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Lundi 22 juin 2020

Marjane Satrapi : « L’art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

À l’instar de Flaubert parlant de Madame Bovary, pouvez vous dire que cette Madame Curie, c’est un peu vous ? Marjane Satrapi : C’est un génie auquel je ne peux me comparer, mais que je comprends très bien. On est arrivées à Paris au même âge pour pouvoir réaliser ce que l’on ne pouvait pas faire chez nous, je comprends donc sa difficulté d’être une immigrée parlant français avant de venir en France. Comme elle, aussi je ne cherche pas à plaire à tout le monde — je m’en fous, en fait. J’apprécie tout particulièrement ça chez elle, et le fait qu’elle ne soit pas quelqu’un de parfait. Je n’ai pas voulu en faire une héroïne, c’est-à-dire l’image parfaite de la femme merveilleuse, parce qu’elle n’était pas toujours commode. C’était un être humain avec ses imperfections ! Au-delà de l’album de Lauren Redniss, comment avez-vous déterminé ses contours ? Il y avait évidemment les biographies, les historiens, mais chacun donne son interprétation de l’histoire. Pour moi, on a la perception la plus corre

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"Radioactive" : Brillante fusion

ECRANS | Evocation indirecte des lois de l’attraction et du magnétisme, "Radioactive" dépeint simultanément les atomes crochus entre Pierre et Marie Curie ainsi que les propriétés de ceux qu’ils mirent en évidence. De la science, des frictions et le regard de Marjane Satrapi.

Vincent Raymond | Mercredi 4 mars 2020

Paris, aube du XXe siècle. Jeunes scientifiques assoiffés de savoir, Marie Skłodowska et Pierre Curie s’allient au labo comme à la ville pour percer le mystère de la radioactivité. De cette union naîtront, outre deux enfants, d’inestimables découvertes, des Prix Nobel, ainsi qu’une certaine jalousie teintée de haine xénophobe et machiste, Marie étant polonaise… Aux premières images de Radioactive montrant Madame Curie au soir de sa vie s’effondrant et se remémorer son existence par flash-back façon Les Choses de la vie, on s’inquiète un peu. Marjane Satrapi aurait-elle succombé à cette facilité du biopic hagiographique, ces chromos animés surglorifiant des célébrités ? Heureusement, non : la Madame Curie dont elle tire ici le portrait en s’inspirant du roman graphique de Lauren Redniss va se révéler bien différente des images déjà connues : moins fofolle que celle vue par Jean-Noël Fenwick (Les Palmes de M. Schutz), plus nuancée que la Femme honorable de François Giroud ; bref, complexe et vivante, loin de la statufication. Têtue e

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Poudre aux yeux

Dessins | Avec Artifices, le plasticien Rémy Jacquier présente une série inédite de trente dessins au fusain et poudres pigmentaires, présentés sur une unique cimaise (...)

Niko Rodamel | Mercredi 4 mars 2020

Poudre aux yeux

Avec Artifices, le plasticien Rémy Jacquier présente une série inédite de trente dessins au fusain et poudres pigmentaires, présentés sur une unique cimaise qui traverse l'espace de la galerie telle une longue balafre multicolore. Derrière la suggestion pyrotechnique se dessine pourtant en filigrane une mélancolie ambiguë, car l'explosion des couleurs cache une toute autre réalité. Rémy Jacquier, jusqu'au 11 avril à la galerie Ceysson et Bénétière

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Dans les cordes

Jazz | Véritable ovni musical, entre pop, soul, jazz, electronica et folk expérimentale, Laura Perrudin est la première musicienne à jouer de la harpe chromatique (...)

Niko Rodamel | Mercredi 4 mars 2020

Dans les cordes

Véritable ovni musical, entre pop, soul, jazz, electronica et folk expérimentale, Laura Perrudin est la première musicienne à jouer de la harpe chromatique électrique, créée spécialement pour elle. En studio comme en live, Laura développe un univers onirique, retravaillant sa voix et son instrument à l'aide d'un looper et de pédales d'effet. Laura Perrudin, samedi 4 avril à 20h, Théâtre municipal de Roanne

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"La Communion" : Père d’adoption

ECRANS | De Jan Komasa (Pol., 1h55) avec Eliza Rycembel, Aleksandra Konieczna, Tomasz Zietek…

Vincent Raymond | Mercredi 4 mars 2020

En centre de détention juvénile, Daniel découvre la foi et vise le séminaire. Son casier jouant contre lui, il est dirigé vers la menuiserie d’un village. Mais peu avant de s’y présenter, il se fait passer pour prêtre et, de fil en d’aiguille, devient le charismatique prêcheur de la paroisse… Une petite communauté empêtrée dans un deuil et une culpabilité impossibles à dépasser, un jeune homme charismatique consumé par son idéal et son propre passé… La Communion évoque la parfaite synthèse entre Un homme est passé de Sturges et ces films contemporains slovène (Conséquences de Štante), ukrainien (The Tribe de Slaboshpytskiy) ou russes (Le Disciple de Serebrennikov ; L’Insensible de Tverdosky) évoquant soit de jeunes délinquants, soit de faux prophètes — les deux n’étant pas incompatibles. Implanté dans le sol polonais, cet hybride prospère tant profonde est la religiosité de cette terre catholique et vivace l’emprise des ministre du culte sur les populations. Bien loin de tout manichéisme, le très adroit Ja

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Ibrahim Maalouf de retour à Sainté

Jazz | Après avoir mis le feu au Rhino Jazz festival en 2015, le trompettiste Ibrahim Maalouf s'apprête à remettre le couvert le 9 octobre 2020 à 20h au Zénith de (...)

Nicolas Bros | Jeudi 13 février 2020

Ibrahim Maalouf de retour à Sainté

Après avoir mis le feu au Rhino Jazz festival en 2015, le trompettiste Ibrahim Maalouf s'apprête à remettre le couvert le 9 octobre 2020 à 20h au Zénith de Saint-Étienne. Ce sera encore une fois dans le cadre de ce même festival et il présentera son dernier album S3NS. Ibrahim Maalouf, vendredi 9 Octobre à 20h au Zénith de Saint-Étienne

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Le premier beergarden stéphanois ouvre ses portes

Bar/Resto à bières | Ca va mousser place Jean-Jaurès ! Avec l'ouverture en avril du Beer Garden, en lieu et place du restaurant Chez Colette, Grégory Descot et Guillaume Tardy poursuivent leur investissement à Saint-Étienne en ouvrant le premier resto/bar hybride proposant des bières artisanales (craft beers) exclusivement françaises et locales mais également une cuisine "brassonomique".

Nicolas Bros | Vendredi 7 février 2020

Le premier beergarden stéphanois ouvre ses portes

Inspiré des Biergärten allemands, le Beer Garden a ouvert ses portes en lieu et place du restaurant Chez Colette. Les clients de ce nouvel établissement, lancé par Grégory Descot et Guillaume Tardy, trouveront de la bière artisanale française et locale avec 13 à 17 becs pression, mais également de la cuisine "brassonomique". « L’idée qui se cache dans ce nouveau concept c’est de créer un resto de forme hybride, expliquent les deux entrepreneurs, déjà à la tête du Slag Heaps, de Geek & Beers et du Hop Square, premier bar stéphanois 100% bières artisanales. Les clients pourront profiter d’une offre de restauration traditionnelle le midi et le soir découvrir un resto et un bar à bières en même temps. » Avec un investissement de 350 000 €, ce nouveau lieu de vie peut accueillir 110 couverts et 90 personnes en extérieur, sur une terrasse équipée d'un cabanon. Tournée générale de craft beer Avec la volonté farouche d'investir dans le centre-ville de Saint-Étienne, les deux amis d'enfance poursuivent leur aventure entrepre

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"Sonic le film" : Hérisson carré contre Carrey hérissant

ECRANS | De Jeff Fowler (É.-U., 1h40) avec James Marsden, Jim Carrey, Tika Sumpter…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Exilé sur la planète Terre, le hérisson bleu Sonic vit heureux caché dans une petit ville, jusqu’au jour où il déclenche accidentellement une gigantesque décharge énergétique. Le gouvernement dépêche un savant fou, le Dr Robotnik, pour tirer les choses au clair… La nostalgie n’ayant pas d’âge, chacun·e éprouve une douce mélancolie à la remembrance des décors de sa jeunes. Quand les septuagénaires susurrent Âmes fifties, les quinqua beuglent L’Île aux enfants et les trentenaires s’emparent de leur console pour se taper des parties de Sonic. Point commun à tous ces comportements innocents : la recherche d’un plaisir régressif et irénique ; le retour à ce fameux paradis perdu à l’âge adulte, auquel ils accèdent par saccades lors de ces plongées dans le bleu des souvenirs… ou du logo Sega, en l’occurrence. Sonic le film illustre bien cette quête sans fin (n’est-ce d’ailleurs pas le propre d’un jeu-vidéo d’être construit en quête ?) en révélant le désir un brin réactionnaire des fans de tout retrouver intact — la polémique sur l’évolution morphologie de leur personnage fétiche née de la première bande-annonce en témoigne

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"Tu mourras à 20 ans" : La vie et rien d’autre

ECRANS | De Amjad Abu Alala (Sou.-Fr.-Ég.-All.-Nor.-Qa., 1h45) avec Mustafa Shehata, Islam Mubarak, Mahmoud Elsaraj…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Soudan. Alors que se tient devant l’ensemble du village une cérémonie célébrant la naissance de Muzamil, le chef religieux prophétise que l’enfant succombera à 20 ans. Consterné, le père s’enfuit travailler à l’étranger et la mère élève Muzamil dans cette unique perspective funeste… Régulièrement dépeint sur nos écrans, le déterminisme social minant l’Occident possède un double maléfique dans les pays où la tradition/l’obscurantisme/la religion (rayez la mention inutile) fait sa loi. Cette fable moderne l’illustre, qui fait froid dans le dos par sa gravité réaliste. Et serre le cœur, à moins d’être totalement dépourvu d’empathie. Car Amjad Abu Alala montre les effets pervers de la malédiction inaugurale : un conditionnement généralisé biaisant toute destinée. Ainsi, sa mère porte le deuil de Muzamil dès le jour de sa naissance et lui interdit quasiment tout contact avec l’extérieur (incitant de fait les autres enfants à l’affubler du charmant sobriquet de Fils-de-la-Mort), ne lui laissant pour seules occupation que la fréquentation de l’école coranique où il pourra enfin bénéficier d’une attention positive après avoir appris par cœur tous les textes sacrés.

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"La Dernière Vie de Simon" : Des débuts prometteurs

ECRANS | De Léo Karmann (Fr., 1h43) avec Benjamin Voisin, Camille Claris, Martin Karmann…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que soit. Dix ans plus tard, Simon va “ressurgir“… Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier — tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur tout cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté — même si l’amour qu’il reçoit de sa famille d’accueil lui permet de développer ave

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​Effeuillage

Peinture | Marqués par l’omniprésence des arbres, les paysages naturalistes de Gilles Bouché puisent leur inspiration entre Pilat et pré-alpes, lors des randonnées du (...)

Niko Rodamel | Mercredi 5 février 2020

​Effeuillage

Marqués par l’omniprésence des arbres, les paysages naturalistes de Gilles Bouché puisent leur inspiration entre Pilat et pré-alpes, lors des randonnées du peintre pour qui chaque sous-bois semble être un lieu d’émerveillement. On observe dans le travail de cet artiste un remarquable réalisme, notamment dans le rendu des feuillages à travers lesquels la lumière s’immisce et transcende les camaïeux de couleurs propres à la saison observée. Le trait est précis, la palette est riche, les deux presque photographiques. Autodidacte natif de Saint-Chamond, Gilles Bouché a dessiné et peint très jeune, ne cessant de parfaire sa technique au fil du temps, des toiles et des expositions, délaissant peu à peu l’aquarelle de ses débuts pour lui préférer la peinture à l’huile dont il apprécie toute la latitude. Depuis des lustres l'arbre interpelle les peintres, qu'il soit représenté pour lui-même ou qu'il structure l'espace de la toile. Dans les arts visuels d’une façon générale, la question est abordée avec une grande diversité à l’échelle des siècles, si l’on considère le (grand) écart de représentation entre les tableaux de Nicolas Poussin, les dessins d’Henri Matisse ou encore et le Falle

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À la croisée des roots

Sono mondiale | Une fois n'est pas coutume dans le club pélussinois, la moiteur du blues laissera place à la chaleur sèche de l'afro-reggae-roots de Akylisso. Cinq (...)

Niko Rodamel | Mercredi 5 février 2020

À la croisée des roots

Une fois n'est pas coutume dans le club pélussinois, la moiteur du blues laissera place à la chaleur sèche de l'afro-reggae-roots de Akylisso. Cinq musiciens qui, entre Afrique et Caraïbes, associent autour du chanteur Diarra Jah les instruments traditionnels (balafon, djembé, kora) aux musiques actuelles, dans un métissage plutôt efficace. Akylisso, vendredi 6 mars à 20h30, Hall Blues Club de Pélussin

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"L'Odyssée de Choum" : De la chouette animation !

De 3 à 300 ans | De Julien Bisaro, Sonja Rohleder, Carol Freeman (Fr.-Bel., 0h38)

Vincent Raymond | Mercredi 29 janvier 2020

La parade nuptiale d’un oiseau pour trouver l’élue de son nid ; l’amitié entre un oiseau naufragé et une jeune baleine ; la course-poursuite entre un bébé chouette et son puîné dans l’œuf emporté par une tempête… Trois courts métrages exceptionnels à voir sans tarder ! L’exemple récent de films d’animation atypiques partis de France ou d’Europe à la conquête du monde, glanant les récompenses (après avoir éprouvé toutes les peines à se financer…), devrait rendre les spectateurs plus vigilants : qu’elles soient longues ou courtes, ces œuvres animées brillent souvent par leur inventivité graphique, leur poésie narrative et visuelle ou leur intégrité artistique les conduisant hors des sentiers rebattus. Et combien dépaysants se révèlent la plupart des programmes estampillés “jeune public“, effervescent laboratoire du cinéma contemporain ! Judicieusement composé autour des volatiles, celui-ci est un mixte de techniques : 2D minimaliste colorée et épurée pour Le Nid de Sonja Rohleder, peinture sur verre (image par image, donc) pour le déchirant L’Oiseau et la Baleine de l’opiniâtre Carol Freeman et enfin celui donnant son t

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