Édouard Baer : “Je rêvais de constituer une troupe de cinéma”

Rencontre | On se l’imagine souriant, légèrement décoiffé, la main fouillant la poche droite de sa veste à la recherche d’un hypothétique briquet ou d’un trousseau de clefs fantôme. Et c’est ainsi qu’il apparaît, affable, érudit et charmeur. Tel qu’en lui-même, et en Luigi, son lui-autre…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Photo : © Pascal Chantier


Quelle est la distance entre votre personnage, Luigi, et vous-même ?
Elle est totale parce que j'ai vraiment écrit un personnage de fiction à partir de choses que je connais ou que j'ai vécues ; à partir de gens que j'ai croisés, comme Jean-François Bizot [NDLR le créateur d'Actuel et de Nova] que j'admirais ou certains producteurs de cinéma. J'ai mélangé des sentiments, des peurs et des envies… Luigi, c'est moi, très exagéré, en bien et en mal : il est beaucoup plus enthousiasmant, plus courageux et, j'espère, plus sombre, plus menteur et manipulateur. Si on se croit suffisant pour être un personnage de cinéma, il faut aller voir un psy ! Même les grands maîtres de l'ego-cinéma comme Woody Allen — qui, dans la vraie vie, fait de la boxe — s'inventent un personnage de fiction.

Que vous a apporté Benoît Graffin, votre co-scénariste, dans l'écriture d'un film en apparence aussi personnel ?
Il a été une sorte d'accoucheur pour ce road movie que je ne voulait pas linéaire, ni plat. J'avais lu ses scénarios pour Pierre Salvadori (Hors de Prix, De vrais mensonges…) ou Anne Fontaine (La Fille de Monaco), et je l'avais trouvé très doué pour détendre et retendre une histoire, créer des tiroirs en conservant un souffle général. Quand on construit une histoire à deux, on se raconte, on se surprend, on prend un personnage, on essaye d'imaginer où il peut s'arrêter, où il peut aller… Je lui ai raconté la vie amoureuse, amicale de mon personnage, son rapport à l'argent… On en a fait une vraie histoire de cinéma avant d'en faire un film.

N'y avait-il pas déjà une ébauche de ce film dans La Bostella (2000) ?
Peut-être de ce personnage, de ce type de rapport : c'est à nouveau quelqu'un qui travaille avec des gens qu'il aime et qui aime les gens avec qui il travaille. Mais cela me semble être un thème assez universel et inépuisable, vu le temps que l'on passe au travail. À l'époque, je l'avais situé à la télévision, ici au théâtre parce que ça permet d'être plus juste, plus spécifique sur la partie professionnelle — la partie humaine étant universelle. Mais en prenant du temps, en regardant comment fonctionne un journal ou un restaurant, j'aurais pu traiter des ces milieux : ce sont des endroits où les gens sont tellement impliqués et passionnés…

Avec, à nouveau cette idée de préserver un esprit de troupe…
Oui, peut-être. Je m'aperçois que je fais toujours la même chose… (rires) En tout cas, j'aime bien les troupes de cinéma. Comme spectateur, j'aimais retrouver chez Pagnol ou Guitry les mêmes acteurs dans des rôles différents. Après, je ne le fais pas exprès : ce sont des gens que j'admire ; certains sont connus, d'autres pas. Alors, ça s'agglomère, ça s'additionne et c'est amusant pour moi de les retrouver à l'image, de faire partager mon goût pour eux.

Avez-vous cherché à vous constituer votre troupe au cinéma, à l'instar du théâtre ?
Je rêvais de cela. Ce qui fait la troupe, c'est de se retrouver régulièrement. On l'a fait pendant 5 ans sur scène, en étant très nombreux pour nos spectacles — c'est un style de vie très joyeux !Quand on arrivait dans les théâtres, les gens n'y croyaient pas parce que, économiquement, c'était un peu délirant de ne pas être deux ou quatre. On avait créé La Folle histoire de Luigi Prizotti à la Bourse du travail et ensuite, je ne sais pas pourquoi, on n'a jamais retrouvé de théâtre à Lyon. Alors qu'on restait deux semaines à Marseille, Lille… Merci les Lyonnais (rires !)

Dans une troupe de cinéma, c'est l'équipe technique le pilier, davantage que les comédiens ; quant au chef-opérateur, c'est un pays dans le pays : il a ses assistants, ses machinos, ses électros…. De son côté, le premier rôle, une fois qu'il a fini, il s'en va car il ne sert à rien sur le plateau — dans Ouvert la nuit, les acteurs restaient souvent, pour voir les autres. La préparation a été longue, mais le chef-opérateur Yves Angelo a réuni une équipe de gens pour leur talent et parce qu'ils allaient adhérer à ce film. J'ai eu plaisir à travailler et discuter avec eux ; j'ai très envie de les retrouver sur le prochain.

Quand on travaille avec de grand acteurs, si ça ne marche pas, c'est la faute de l'auteur, pas de l'acteur.

Vous avez offert ici son dernier rôle à Michel Galabru…
On se connaissait un petit peu, ça l'amusait cette atmosphère. Les techniciens et les comédiens étaient enchantés de tourner avec lui. Même ceux qui n'étaient pas prévus ce jour-là sont venus. Il n'était pas conscient de sa popularité : il se vivait comme un ringard, comme un paillasse grotesque et ridicule, alors que les gens avait de l'admiration, de l'amour pour lui. Il s'excusait d'avoir tourné des nanars. Mais il n'avait pas d'autre métier à côté, il fallait qu'il tourne et il faisait de son mieux entre moteur et action. Ce n'est pas lui qui était au montage ! Certains disaient : « Il a fait tel film pour de l'argent… » Mais… les autres métiers, on les fait pour quoi ? Tout le monde n'est pas rentier !

Vos textes sont-ils faciles à apprendre pour les comédiens ?
Quand on travaille avec de grand acteurs, si ça ne marche pas, c'est la faute de l'auteur, pas de l'acteur. Si un mot ne sonne pas vrai ou qu'il choque dans sa bouche, il faut le changer. Donc c'est facile à partir du moment où l'on suit la pensée de la scène et du personnage. C'est précis, mais pas difficile.

Il y a unhumour Baer”. Quelles sont ses caractéristiques ?
C'est un humour pas drôle (rires) Moi, je ris à plein de choses. J'aime bien les dialogues, mais pas les punchlines. Je sais que si j'étais spectateur de ce film, il y a des phrases très écrites qui ne me feraient pas rire ou des impros de Luigi qui me laisseraient froid. Luigi croit qu'on peut faire une fumée de mots, qu'on peut mener son monde avec le verbe, jusqu'au moment où ça marche plus — face à un enfant ou à un bébé, par exemple… En fait, j'aime bien les gens qui disent le contraire de ce qu'ils font. Ça vient du théâtre de boulevard, la phrase la plus folle, qui continue à marcher, est celle du mec surpris avec sa maîtresse : « c'est pas du tout ce que tu crois » ou sa variante « — Tu vas rire ! — Non, je ne crois pas… ». Luigi est quelqu'un qui aime bien les accidents, ça l'intéresse d'aller provoquer trois mecs un peu chauds au bout de la rue pour voir ce qui peut se passer, comme un acte surréaliste…

Chaque séquence se joue avec au moins trois personnages — le troisième étant Paris. Comment avez-vous écrit le dialogue de Paris ?
Cette question est déjà une réponse ! (rires) Il ne faut pas se laisser intimider par Paris : on peut être happé par cette capitale monumentale, parce qu'il y toujours dans le champ un bout de tour Eiffel, un immeuble stupéfiant. Le plus joli, ce sont les visages qui se découpent et le temps qui a laissé son empreinte sur tous les murs. Et puis l'été, Paris devient une ville très végétale et ça fait des ombres magnifiques. Mais je traite assez peu Paris : quasiment aucun plan général, à part celui que j'appelle “pour-que-le-film-sorte-au-Japon” avec le singe et la Tour Eiffel. On voit la ville sans la montrer, je ne l'ai pas traitée en dehors des personnages. Même les décors de café sont des décors de visages. On a soigné extrêmement la figuration, avec l'idée que ce soit un Paris ni trop reconnaissable, ni trop chic, ni trop branché, ni trop misérabiliste. Un Paris comme dans un livre de Modiano, où tout a l'air un peu mystérieux.

Au-delà de l'image, vous avez donné à votre film une signature sonore très marquée, notamment grâce à la présence du duo Ibeyi et d'Alain Souchon…
Je voulais qu'on imagine un orchestre de rue tout désaccordé qui passe de temps en temps, avec une trompette trouée, un truc un peu artisanal, hors du temps. J'adore toutes les musiques tsiganes, du flamenco à l'Europe de l'Est : la joie et les larmes sont incroyablement mêlées. Et puis, cela convient à Luigi : c'est un Gitan, un mec qui trimbale sa roulotte avec lui. Les sœurs jumelles d'Ibeyi, je les avais écoutées chanter à un concert un titre qui n'est pas dans leur album, That's what happens, when I get lost in my mind. Ça m'a fait penser à Ultra Moderne solitude, à du Philip Glass ; ça collait à un truc un peu glaçant. Quant à Souchon, je rêvais de travailler avec lui. Mais il n'avait pas le temps parce qu'il était en tournée avec Voulzy. Je lui ai dit : « tu ne fais que des musiques pour Truffaut, tu me méprises » (rires). Alors il est allé voir le film. Et après la projection, ce qui m'a touché, il a accepté d'écrire avec ses fils Pierre et Charles la chanson du générique de fin.

C'est un hommage au monde de la nuit, à l'image du film…
Ah oui, bien sûr ! Aux films de nuit, aux atmosphères un peu mélancoliques des ambiances de nuit ; à ce que j'appelle “la vie de hasard”, “la vie de café”. Sans faire de la sociologie — ce n'est pas mon métier —, quand on voit des documentaires sur les années 1950, tout le monde est tout le temps dehors : le cinéma est l'équivalent du film de 20h30, les gens n'ont pas de chaîne hi-fi, ni Internet sur eux, ni Spotify… Mon personnage vit comme à l'époque du Feu Follet (1963) ou de What's New Pussycat ? (1965) ; il est complètement inversé : sa journée n'est qu'une montée vers la nuit.

Aviez-vous d'autres influences ?
Cassavetes, comme pour beaucoup de gens de ma génération : il nous a autorisés à faire du cinéma. Chez lui, il y a une énergie et une liberté extraordinaires qui dépassent la technique. J'adore Le Meurtre d'un bookmaker chinois, avec un personnage d'une puissance totale et d'un désarroi au moins égal, qui tient sa barque… J'adore aussi les films de coulisses, comme Coups de feu sur Broadway de Woody Allen — c'est tellement bien que ç'en est intimidant. Mais j'essaie d'oublier ça quand je tourne parce que sinon, on essaie d'imiter des plans.

Edouard Baer, repères

1966 Naissance le 1er décembre à Paris — forcément. Puîné du futur chanteur Julien, aîné de la futur scénariste Pauline.

1985 Passage au Cours Florent, fréquentation du Caca's Club (Club des analphabètes cons mais attachants, coterie érudite et mondaine de noctambules présidée par Beigbeder) où il croise Ariel Wizman.

1993 Entrée à Radio Nova, lancement en duo avec Wizman de La Grosse Boule, légendaire émission matinale, puis vespérale.

1994 Entrée à Canal+, lancement en 1997 du Centre de visionnage… dans Nulle part ailleurs.

2000 Sortie de La Bostella, manifeste d'absurde baerien qui ne réunit que 20 000 spectateurs.

2001 Molière de la révélation théâtrale pour Cravate club, naître de cérémonie de la soirée des César, nomination au César du meilleur second rôle l'année suivante pour Betty Fisher et autres histoires de Claude Miller.

2005 Akoibon, deuxième réalisation, avec Jean Rochefort et sa troupe.

2016 Après une quarantaine de films avec Resnais, Chabrol, Blier, Bonitzer, Mordillat (mais aussi Onteniente, Benchetrit) et une demi-douzaine de pièces, renoue avec la radio pour la matinale de Radio Nova.

2017 Sortie de Ouvert la nuit

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Marc Chassaubéné : « Nous avons tout fait pour éviter d'engager des frais à perte »

Biennale design | Le président de la Cité du design, vice-président de Saint-Etienne Métropole en charge du design et adjoint à la culture de la Ville de Saint-Etienne, Marc Chassaubéné, revient pour nous sur la décision de reporter la Biennale internationale design de Saint-Etienne d'une année.

Nicolas Bros | Mercredi 10 mars 2021

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Décaler de quelques mois la tenue de la Biennale n'était pas envisageable ? Cela faisait partie des options qui étaient sur la table, mais il y a plusieurs difficultés. C'est le calendrier des expositions qui s'enchaînent à la rentrée dans les divers lieux de la Biennale, avec des questions de prêts d'œuvres, et des confrontations d'ordre technique. Le report d'un an offre une certaine sérénité par rapport aux conditions sanitaires, même si nous ne sommes plus sûrs de rien malheureusement... La Biennale internationale design de Saint-Etienne devait se dérouler sur 4 mois d'avril à août avec un investissement de 4 M€ et des retombées estimées à hauteur de 8, 5 M€ ? Nous avons donné ce chiffre-là car c'est celui qui était ressorti de l'étude menée à notre arrivée en 2014, avec plus des retombées se situant à plus de deux fois le budget investi dans l'événement. Ensuite, l'ambition de faire se tenir la Biennale sur toute la période estivale correspond à la volonté de donner une dynamique à tout le territoire dans une période de l'année où nous ne sommes pas identifiés jusqu'à aujourd'hui. Le fait d'aller jusqu'à la fin de l'

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Jacques Weber : « C’est la culture qui fait de nous des Hommes »

Entretien | Début novembre, Jacques Weber propose de redécouvrir Victor Hugo, à Saint-Just Saint-Rambert. Rencontre avec l’un des plus grands hommes de théâtre de son temps… Et peut-être même plus.

Cerise Rochet | Mardi 6 octobre 2020

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Avec ce spectacle, vous mêlez un peu toutes les facettes de Victor Hugo, en proposant des lectures de ses textes, lettres, discours, poèmes, romans… Qu’est ce qui vous en a donné envie ? Tout a démarré en 2017, pendant la campagne présidentielle. J’ai constaté que de nombreux candidats citaient Hugo, et j’ai essayé de comprendre pourquoi. Le style épique d’Hugo, son lyrisme, ont ceci d’extraordinaire qu’ils parviennent à faire passer toutes ses idées, et condamnent de fait celui qui écoute à la réflexion. Et puis… J’avais aussi envie de dépiédestaliser cet homme, de le mettre à la portée de n’importe quelle oreille. Donc, je l’ai emmené dans ces endroits pleins d’humanité que sont les bistrots. Des endroits où l’on commente, où l’on s’amuse, où l’on discute. Emmener Hugo au bistrot, c’est aussi permettre à des tas de gens qui ne vont pas au théâtre de le redécouvrir… Il ne faut pas avoir de prétention là-dessus, en se disant qu’on va voir des foules se déplacer. Je crois qu’en France, 1% de la population seulement va au théâtre… Mais oui, d’une certaine manière, on peut malgré tout continuer à espérer que cette prop

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Entretien pop | Il existe des moments d’exception et de plénitude que seuls la culture et l’art peuvent apporter. Le premier album du duo Terrenoire est de ceux-là. Raphaël et Théo Herrerias sont une fierté pour notre territoire stéphanois. De véritables artisans de la subtilité, d’une poésie où la sensibilité et la plénitude ont une place à part. Avec Les Forces Contraires, Terrenoire a envoyé un disque en orbite et tout un pan de vie avec. Rencontre avec des frangins entiers et généreux dans leur art. À l'image des Stéphanois en somme.

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Vous avez reçu un bel accueil médiatique sur votre premier album. Quelle sensation cela vous apporte ? Raphaël : Nous sommes étonnement calmes et sereins. Ce disque était vraiment un gros morceau à sortir d’un point de vue émotionnel mais également en terme de travail, avec des mois et des mois de concentration sur la création. Nous avons éprouvé une certaine fébrilité et une excitation avant la sortie. Les retours que nous avons ne sont que du bonheur, sans vouloir être cliché. Ce sont des moments qui permettent de se souvenir ce pourquoi on fait autant d’efforts pour faire de la musique. On a reçu des mots qui nous font du bien et on s’en souviendra. « Nous avons un rapport émotif, émotionnel et affectif avec ces titres qui est vraiment très agréable. » Cet album, intitulé Les Forces Contraires, regroupe un peu ce qui fait la puissance sonore de Terrenoire, c’est-à-dire un mélange entre ténèbres, amour et lumière. Comment avez-vous construit ce disque ? L’écriture a-t-elle duré longtemps ? Théo : Les premiers titres ont été écrits il

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Thibaud, l'environnement et la musique que tu proposes sont finalement un peu en contradiction avec ton nom de scène et tes paroles qui traitent d'une vie citadine parfois cruelle, sans jamais pourtant sombrer dans le cynisme ? Je pense qu’il y a de tout dans la musique comme dans les paroles. Parfois des paroles tristes sur fond de musique plutôt joyeuse, parfois l’inverse, je n’ai pas trop de règle la-dessus tant que les deux se repondent le mieux possible. Tu avais déclaré à nos confrères de France Info : « J'ai beaucoup de mal à laisser des gens toucher au moindre arrangement, j'ai une idée très précise de la musique que je veux faire ». Du coup, as-tu tout contrôlé dans le détail pour ton album "Les Bruits de la ville" ? Oui beaucoup. Après, j’ai quand même coréalisé le disque avec Antoine Gaillet et Diogo Strauss, mais je suis arrivé en studio avec des morceaux deja très arrangés et très proches de leur version finale. Cela nous a laissé le temps de travailler le son, les textures, et d’aller chercher encore un peu plus loin dans les arrangements pour que chaque morceau transmette le plus justement p

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"Raoul Taburin" : Le supplice du deux-roues

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Vincent Raymond | Jeudi 13 septembre 2018

Emmanuel Mouret, Cécile de France, Édouard Baer : « Pour moi, le cinéma est dans les ellipses, dans ce que l’on suppose »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? EM : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments…

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"Mademoiselle de Joncquières" : Mensonges et trahisons (et plus si affinités)

Relations textuelles | Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination (...)

Vincent Raymond | Jeudi 13 septembre 2018

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, Mouret dépasse la cru

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Jumelles

MUSIQUES | Filles d’Anga Diaz, percussionniste du Buena Vista Social Club, Lisa-Kaindé et Naomi se sont taillées en quatre années à peine une solide renommée avec Ibeyi, (...)

Niko Rodamel | Mardi 4 septembre 2018

Jumelles

Filles d’Anga Diaz, percussionniste du Buena Vista Social Club, Lisa-Kaindé et Naomi se sont taillées en quatre années à peine une solide renommée avec Ibeyi, leur duo-phénomène. Après un EP annonciateur du raz-de-marée, les frangines ont sorti deux albums studios en trois ans, multipliant les tournées à travers la planète. Sur fond de culture yoruba, elles mitonnent un savant cocktail de soul, de hip hop et de R&B, dans un habillage ambiant plutôt classieux. Ibeyi, vendredi 30 novembre à 20h30, le Fil

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Ibeyi à Saint-Etienne en novembre

MUSIQUES | Les jumelles d'Ibeyi viendront défendre leur deuxième album "Ash" sur la scène du Fil le 30 novembre prochain. Révélé par le titre River en 2014, (...)

Nicolas Bros | Lundi 4 juin 2018

Ibeyi à Saint-Etienne en novembre

Les jumelles d'Ibeyi viendront défendre leur deuxième album "Ash" sur la scène du Fil le 30 novembre prochain. Révélé par le titre River en 2014, le duo n'arrête plus de séduire à travers le monde : participation à un défilé Chanel, au film Lemonade de Beyoncé... Lisa-Kaindé et Naomi Díaz sont incontournables. Un concert dont les places devraient s'arracher rapidement. Ibeyi, vendredi 31 novembre à 20h30 au Fil

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Haroun : « L'humour ne doit pas vexer »

Humour | Incontournable sur YouTube où il a successivement "cassé la télé", organisé une "tournée des barbeuks" et mis en ligne des sketchs et spectacles inédits, le jeune humoriste Haroun est désormais en tournée. Il passera au Centre des Congrès pour le festival des Arts Burlesques avec un seul mot d'ordre : #OnRigoleBienSaintEtienne !

Nicolas Bros | Mardi 6 février 2018

Haroun : « L'humour ne doit pas vexer »

Vous avez débuté par l'impro et la danse hip-hop. Comment en êtes-vous arrivé à l'humour ? Haroun : J'ai toujours voulu faire de l'humour. L'idée a germé assez tôt dans ma tête. Un jour, un ami m'a inscrit en secret à un festival de café-théâtre étudiant. J'ai eu un mois pour écrire un sketch, je l'ai fait et cela a très bien marché. J'ai eu envie de poursuivre sur le format "seul-sur-scène", en stand-up. Le stand-up correspond à la contrainte de devoir jouer dans différentes scènes ouvertes, avec seulement un micro. Cette simplicité m'a plu et j'ai commencé à me produire dans ces salles presque tous les soirs au cours de l'année 2015. Vous êtes passé par le Jamel Comedy Club et d'autres scènes. Qu'est-ce que cela apporte ? Le Jamel Comedy Club correspond à un moment où j'avais déjà une expérience scénique avancée. C'est en faisant des scènes ouverte, avec très peu de spectateurs, que l'expérience se forge. Il faut essayer de capter un public qui ne vous attend pas forcément, en quelques minutes, au milieu d'une liste d'humoristes qui se succèdent. C'est là que l'on apprend à jouer avec les silences, avec son rythme, a

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Rone : "Faire un album plus solaire"

Electro | Le funambule électronicien Rone est de retour avec "Mirapolis", un quatrième album plus coloré et aux sons mêlant encore davantage électronique et organique. Sublimé par une pochette et un univers dessiné par Michel Gondry, cet opus est une envolée dans les méandres d'une ville magique où Erwan Castex (vrai nom de Rone) nous guide.

Nicolas Bros | Mardi 28 novembre 2017

Rone :

Mirapolis est beaucoup moins sombre que Creatures, votre opus précédent. Pourquoi un tel changement ? Il y a une part d'inconscient là-dedans. Les compositions sont très liées à des périodes de ma vie. Pour Creatures, je traversais un moment un peu difficile et je pense que cela a déteint sur ma musique. En commençant Mirapolis, je souhaitais faire un album plus solaire car je m'étais rendu compte qu'il existait une certaine noirceur dans Creatures. Mais je ne suis finalement pas totalement maître de cela. Quand je compose, je me laisse porter par la musique. Le résultat peut inclure de la mélancolie. D'ailleurs, Mirapolis contient tout de même une grande part de mélancolie... Oui, mais je pense que ce disque est plus contrasté que le précédent. Il possède quelque chose de mélancolique tout en tirant vers le haut, en étant plus joyeux. Vous vous êtes encore entouré de nombreux artistes dont Saul Williams, Baxter Dury ou John Stanier (B

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CharlÉlie Couture : « J'ai souvent comparé mon activité à celle d'un triathlète »

Interview | Avec "Lafayette", son vingtième album studio enregistré en Louisiane, CharlÉlie Couture, artiste touche-à-tout (peinture, photo, littérature et bien entendu musique) a sorti un album fort qui marque le retour "haute-couture musicale" pour le plus Américain des Nancéens. Explications de texte avant son passage en novembre à la Forge pour les Oreilles en Pointe et en janvier au Théâtre des Pénitents à Montbrison.

Nicolas Bros | Mardi 31 octobre 2017

CharlÉlie Couture : « J'ai souvent comparé mon activité à celle d'un triathlète »

Quelle a été la motivation vous ayant poussé à aller enregistrer cet album en Louisiane ? Il y a eu plusieurs motivations à ce choix. La première était que, installé aux États-Unis, à New-York, depuis une quinzaine d'années, je porte en moi cette double appartenance à la culture française et américaine. Par ailleurs, avec le nom de CharlÉlie qui est le mien, les gens me demandaient d'où je venais, imaginant qu'avec un tel nom je pouvais être cajun ou autre... Enfin, la "pulse" que j'ai dans la main gauche est davantage du Sud que de la Côte Est des USA. Toutes ces choses ont fait que j'avais envie d'aller voir en Louisiane à quoi cela ressemblait. Cet album est une sorte de concentré de toute votre carrière, avec un côté très personnel ajouté à une belle ouverture ? Je crois qu'il y a ce que l'on est et ce que l'on représente. Je me suis efforcé tout au long de ma carrière d'expérimenter des choses très diverses, aussi bien quand j'ai fait la musique de Tchao Pantin que lorsque je travaillais des musiques

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Brigitte Giraud : « Je suis devenue écrivain pour écrire ce livre »

Rencontre | Avec Un Loup pour l'homme, nominé pour les prix Goncourt et Fémina, Brigitte Giraud livre le roman qui l'habitait depuis toujours et l'histoire dont elle est issue. Celle d'Antoine, un appelé d'Algérie qui découvre en soignant les autres les horreurs de cette guerre dont tout le monde tait le nom. Et de sa femme venue donner la vie sur ce théâtre de mort.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 octobre 2017

Brigitte Giraud : « Je suis devenue écrivain pour écrire ce livre »

Un Loup pour l'homme romance l'expérience de votre père durant la guerre d'Algérie et de votre mère qui l'a rejoint pour vous mettre au monde. Comment ce qui était au départ un sujet familial est devenu un sujet littéraire ? Brigitte Giraud : De plus en plus, je pense être devenue écrivain pour écrire ce livre. Sur ma carte d'identité, il est écrit « née à Sidi-Bel-Abbès, Algérie » et ce mot, Sidi-Bel-Abbès, est devenu quelque chose de très intime. J'avais ça dans un coin pas tellement reculé de ma tête mais cela m'effrayait d'ouvrir la boîte noire contenant ce qui s'était passé pour mon père pendant la guerre d'Algérie. Il fallait que je prenne le temps de parler avec lui. Ce n'était pas impossible ou tabou mais parfois il faut des années pour s'embarquer sur une voie aussi forte. Il fallait aussi que je me sente un peu plus armée en tant qu'écrivain pour construire un objet littéraire à partir de cela. Et d'un autre côté, ce qui m'a fait ouvrir cette boîte, c'est que je voulais le faire pendant qu'il était temps. Vous n'en aviez jamais parlé avec votre père ? Mon père disait simplement qu'il n'avait ja

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Arnaud Meunier : « Rendre vivant le théâtre populaire »

SCENES | Directeur de La Comédie de Saint-Étienne depuis 2011, Arnaud Meunier a fait de l’ouverture à la diversité et de la programmation d’auteurs vivants sa marque de fabrique. Il nous explique comment La Nouvelle Comédie lui donne les moyens de plus grandes ambitions.

Houda El Boudrari | Mardi 12 septembre 2017

Arnaud Meunier : « Rendre vivant le théâtre populaire »

Que symbolise cette nouvelle Comédie pour la ville, sa politique culturelle et son rayonnement national, voire international ? Cette nouvelle Comédie s’inscrit pleinement dans le renouveau de l’image de Saint-Etienne à travers trois grands marqueurs que sont le design, le sport et la culture, avec sur ce dernier volet une importance singulière pour le théâtre. Car il ne faut pas oublier que la ville a été pionnière dans la politique de décentralisation menée après-guerre avec la création par Jean Dasté de La Comédie de Saint-Etienne en 1947, juste après le CDN de Colmart. La visibilité du théâtre stéphanois se mesure au nombre de représentations des spectacles produits par La Comédie de Saint-Étienne et au prestige des lieux qui les accueillent. Truckstop 1, a été programmé l’année dernière au In du festival d’Avignon pour la première fois depuis 45 ans. Grâce aux moyens techniques de notre nouveau bâtiment, nous pourrons désormais produire des spectacles de plus grande envergure, qui représenteront dignement le théâtre stéphanois. Ma

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Mathieu Boogaerts : « La chanson, je l’ai au bout de la langue »

MUSIQUES | Vous avez déclaré pouvoir « passer plus de 25 heures à parler de vos chansons », est-ce vrai ? Tout à fait, j’en parle bien dans le sens où je maîtrise le (...)

Nicolas Bros | Vendredi 2 juin 2017

Mathieu Boogaerts : « La chanson, je l’ai au bout de la langue »

Vous avez déclaré pouvoir « passer plus de 25 heures à parler de vos chansons », est-ce vrai ? Tout à fait, j’en parle bien dans le sens où je maîtrise le sujet, je suis très loquace et j’aime bien expliquer ce que je fais. Par contre, il demeure une zone de mystère, à savoir pourquoi j’ai envie de faire ça, pourquoi ce que je fais ressemble à ça et pas à autre chose. Je n'ai pas d’explication sur le fait que la musique que je fais est ce qu’elle est et pourquoi je ne fais pas du hard-rock ou encore de la boucherie ou de la peinture de bâtiment. Je n’en ai aucune idée. À propos de votre dernier album Promeneur, j'ai lu que vous avez mis plus d'une année à l'enregistrer. Est-ce votre manière habituelle de fonctionner ? C’est faux, je n’ai pas mis plus d’un an. Pour moi, un disque correspond à deux choses. Tout d’abord écrire un répertoire de chansons. La deuxième étape, c’est de fixer ce répertoire, de l’enregistrer, de le photographier... En ce qui concerne l’écriture des chansons, cela m’a pris le même temps que d’habitude, c’est difficile à quantifier car quand je commence à écrire, je ne pars pas de r

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20 Syl : « Le nom AllttA a été un déclic visuel »

Interview électro/hip-hop | Après Hocus Pocus et C2C, le Dj et beatmaker nantais 20Syl s'est lancé dans un nouveau projet electro/hip-hop au nom très spirituel : AllttA. Aux côtés de Mr J. Medeiros (du groupe The Procutions), ils ont dévoilé The Upper Hand, un opus de belle facture qui secoue les têtes et fait vibrer les mollets. Rencontre.

Nicolas Bros | Mardi 6 juin 2017

20 Syl : « Le nom AllttA a été un déclic visuel »

Est-ce que vous pouvez nous expliquer la rencontre avec Mr J. Medeiros ? C'était en 2004 ou 2005, lorsqu'on était en studio avec Hocus Pocus en train d’enregistrer l’album 73 Touches. On a vu The Procussions, le groupe de Jason en concert et nous avons eu un vrai coup de cœur. Nous les avons invités le temps d’une journée "off" sur leur tournée à nous rejoindre en studio et dans notre émission de radio. La connexion s’est faite comme ça et depuis nous sommes restés en contact jusqu'à monter AllttA ensemble. Est-ce plutôt vous ou lui qui êtes à l’initiative du projet AllttA ? C'est "J" qui m’a proposé ce nom AllttA et ça a été le déclic visuel pour moi. J’ai réussi à me projeter, à imaginer les choses qu’on allait pouvoir décliner à partir de là. J’ai besoin de ce côté visuel pour me lancer dans un projet musical. À partir de là, nous avons commencé à réunir toute la matière que nous avions déjà échangée dans le but de sortir un EP ou un album. Lorsque l'on écoute votre album The Upper Hand, on sent un côté sonore très organique et hip-hop malgré le fait qu'il y ait beaucoup d’électro. C

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Valérie Lemercier : « Patrick Timsit, c’est l’homme idéal »

Interview | Cinquième long-métrage de Valérie Lemercier, "Marie-Francine" est sans doute le plus réussi. Et n’est pas (uniquement) une comédie. Rencontre avec la coscénariste/réalisatrice/interprète.

Vincent Raymond | Mardi 30 mai 2017

Valérie Lemercier : « Patrick Timsit, c’est l’homme idéal »

Est-il facile de signer une comédie romantique ? Valérie Lemercier : C’est ma première histoire d’amour au cinéma, et elle est venue malgré moi. À l’écriture avec Sabine Haudepin, je redoutais que ce soit "uc-uc". Le sujet était la résurrection de Marie-Francine, je ne voulais pas qu’elle soit trop victime : les victimes, on a envie de leur en remettre un coup, c’est humain. Alors j’ai beaucoup raccourci au montage. Il y a une évidence entre Patrick Timsit et vous à l’écran. Comment est né ce couple ? Cette évidence était évidente pour moi ! Elle ne l’était probablement pas sur le papier, mais je savais que le choix de Patrick serait bon, car il me plaisait dans la vie – ce n’est pas plus compliqué que cela. Il a du charme, c’est l’homme idéal, il a l’âge du rôle, il pouvait faire portugais… Et je voulais qu’on voie ce que moi j’avais vu – même si je ne l’avais jamais vu sur scène avant de lui proposer le rôle. Je voyais bien qu’il pouvait être Miguel et que ce ser

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Flavia Coelho : « Toujours garder du positif »

Sono mondiale / Festival | La chanteuse brésilienne Flavia Coelho possède cet optimiste ultra-communicatif, au quotidien mais aussi et surtout sur scène. Avec son troisième album Sonho Real, elle continue son petit bout de chemin pour proposer une lecture musicale unique, avec un son rythmé et mélangé tout en possédant un caractère engagé. Rencontre.

Nicolas Bros | Mercredi 7 juin 2017

Flavia Coelho : « Toujours garder du positif »

Il paraîtrait que Sonho Real, votre dernier album sorti en 2016, n'était pas réellement prévu et que votre maison de disques vous a poussé à le faire. Comment la composition de cet album s'est-elle déroulée ? Flavia Coelho : La composition s'est faite comme d'habitude avec Victor Vagh, mon producteur depuis le début de mes aventures musicales. En fait, ce qui s'est passé avec cet album, c'est que la maison de disques était très contente du deuxième album et m'a dit: « c'est très bien Flavia, on n'a pas besoin d'album, rentre à la maison, fais ta vie ! » Avec Victor, nous nous sommes retrouvés dans notre studio et nous avons commencé à composer de nouveaux titres, mais sans pression, puisque nous ne devions pas sortir de nouvel album... Quelques mois sont passés et la maison de disques est revenue à la charge en nous disant qu'elle aimerait finalement un nouveau disque mais pas un EP, un album complet. Nous avions déjà une dizaine de titres composés. C'est vrai que nos chansons se sont créees au fil de la tournée car nous n'arrêtons jamais. Nous allons d'ailleurs fêter no

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"Les Fantômes d’Ismaël" : critique et entretien avec Arnaud Desplechin

Le film de la semaine | Arnaud Desplechin entraîne ses personnages dans un enchâssement de récits, les menant de l’ombre à la lumière, de l’égoïsme à la générosité dans un thriller romanesque scandé de burlesque, entre John Le Carré, Bergman, Allen et Hitchcock. Vertigineusement délicieux.

Vincent Raymond | Mercredi 17 mai 2017

Revoici Desplechin en sa pépinière cannoise, là où il a éclos et grandi. Qu’il figure en compétition ou pas importe peu, désormais : les jurys l'ont, avec une constance confinant au gag, toujours ignoré. De par sa distribution glamour internationale, Les Fantômes d’Ismaël convient à merveille pour assouvir l’avidité multimédiatique d’une ouverture de festival. Il allie en sus les vertus quintessentielles d’un film d’auteur — d’un grand auteur et d’un grand film. Ismaël en est le héros paradoxal : inventeur d’histoires, ce cinéaste se trouve incapable de tourner après que Carlotta, son épouse disparue depuis vingt ans, a refait surface dans sa vie. Plus fort que ses fictions, ce soudain coup de théâtre a en outre provoqué le départ de sa compagne Sylvia… Du grand spectral Si Desplechin exprime ici un désir frénétique de romanesque, il montre que l’imprévisibilité de l’existence surpasse par son imagination la plus féconde des machines à créer… dans le temps qu’il démultiplie les déploiements

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Spagg (Le Peuple de l'Herbe) : « C'est joli de pouvoir durer »

Interview | Huitième album et 20 ans de carrière, Le Peuple de l'Herbe arrive à se renouveler et à continuer d'exister malgré les années qui passent... Spagg : Oui, on (...)

Nicolas Bros | Mercredi 5 avril 2017

Spagg (Le Peuple de l'Herbe) : « C'est joli de pouvoir durer »

Huitième album et 20 ans de carrière, Le Peuple de l'Herbe arrive à se renouveler et à continuer d'exister malgré les années qui passent... Spagg : Oui, on peut dire que c'est pas mal. C'est assez joli de pouvoir durer comme ça. Nous essayons de nous renouveler. C'était déjà le cas sur l'album précédent en 2014, où il y avait un nouveau guitariste et un côté rock un peu plus présent. Sur ce huitième disque, Varou, le guitariste, s'est réellement adapté et est complètement intégré. Et le grand changement sur ce nouvel album, c'est l'arrivée d'Oddateee au chant. C'est une évolution significative pour nous, car la venue d'un nouveau chanteur c'est important. Il s'est intégré au groupe assez facilement. Il est originaire du Bronx à New-York mais il vit à Lyon depuis longtemps. Il est là pour toutes les répétitions. Oddateee a été lié pendant un temps au groupe High Tone, qui est assez proche de vous. Est-ce la raison de sa venue dans le groupe ? Pour le septième album, nous n'avions plus que JC 001 au chant. Auparavant, Sir Jean était notre deuxième chanteur depuis longtemps. Nous avions l'habitude d'avoir de

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Rover : « Enregistrer sur un chant céleste »

Pop-rock | Après l'impressionnant Aqualast, le vagabond Rover, revenu de tout et surtout de partout, a passé avec succès l'épreuve de la confirmation avec Let it Glow. Réussissant le tour de force, aux commandes de cette étrangeté apatride qui fait sa singularité, de faire plus avec moins et de sonner cosmique avec des méthodes d'enregistrement terre à terre. Rencontre du troisième type et du second album. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 1 mars 2017

Rover : « Enregistrer sur un chant céleste »

Avec votre premier album Aqualast, vous êtes passé en quelques mois d'une vie à reconstruire après votre expulsion du Liban, au succès, à la médiatisation, aux récompenses, à des centaines de dates. Comment avez-vous encaissé ça ? Rover : Il y a une forme de violence dans ce passage de l'intimité de l'écriture à une exposition plus large, mais elle est assez positive, d'autant que ça n'a pas été un succès radical basé sur un seul titre. J'avais déjà connu l'exposition médiatique, même si elle était moindre, avec mon groupe au Liban : ça a été moins brutal que si j'avais eu 20 ans et aucune expérience. C'est beaucoup de joie qu'un label vous accorde la possibilité de faire un disque, de pouvoir s'y exprimer sans contrainte. On est pris dans une espèce de tourbillon, il y a une ampleur médiatique qui nourrit le projet. Une forme de reconnaissance aussi : les Victoires de la Musique, la télévision. On s'installe un peu dans le paysage et c'est une situation très confortable pour envisager un deuxième disque. Justement, après la réclusion de l'écriture d'Aqualast, dans quelles conditions et quel état d'espr

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Olivier Peyricot : « Le design est un acteur de poids dans la société »

3 questions à... | Directeur Scientifique de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2017, Olivier Peyricot est également directeur du pôle Recherche de la Cité du design. Il revient pour nous sur la thématique et les orientations de cette 10ème édition entre mutation du design objet vers un design d'usage et la volonté de mettre en lumière l'expérimentation.

Nicolas Bros | Jeudi 9 mars 2017

Olivier Peyricot : « Le design est un acteur de poids dans la société »

Pourquoi avoir choisi la thématique des mutations du travail ? La question du travail est un sujet en tension dans la société. Il est affleurant un peu partout. Avoir un travail pour avoir une présence sociale, cela compte beaucoup dans notre mode de vie. Il y a également de nombreuses tensions économiques et politiques autour du travail. L'actualité est très forte autour de ce sujet. Il suffit de se tourner vers la loi El Khomri et d'observer tout ce que ce changement cristallise. Il y a aussi une différence à entrevoir entre "travail" et "emploi". Ce n'est pas forcément fait dans les médias ou par les politiques. L'emploi, tel qu'on l'a connu, disparaît. Ce qui n'est pas le cas pour le travail. Ce dernier est en train de muter avec l'arrivée du numérique ou de nouvelles organisations sociales et innovantes... Les choses changent et c'est ce que nous allons essayer de pointer durant la Biennale. Sachant que le design change également. « Le design est sous influence des usages.» Nous passons d'un design d'objet à un design d'usage ? Le design est sous influence des usages. Il y a eu

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Aristide Tarnagda : « L’universel passe par l’intime »

Rencontre | Avec Et si je les tuais tous madame ?, l’auteur et metteur en scène burkinabé nous offre un spectacle poético-politique, mêlant la violence d’un texte incisif au rythme de la musique hip hop du groupe Faso Kombat. Propos recueillis par Houda El Boudrari.

Houda El Boudrari | Mercredi 1 février 2017

Aristide Tarnagda : « L’universel passe par l’intime »

Quelque part dans le monde, un homme sur le trottoir d’une ville interpelle une conductrice qui attend que le feu passe au vert. Dans ce moment de suspension, Lamine dévide son histoire, celle de sa famille, et les tourments de son exil. Comment raconter toute une vie le temps d’un feu rouge ? Aristide Tarnagda : Au départ, j’avais écrit ce texte pour l’acteur qui le joue, Lamine Diarra, en réponse à une première pièce Les larmes du ciel d’août qui donnait la voix à la femme restée seule au pays à attendre le père de son enfant. Mais pendant la mise en scène, j’ai ressenti la nécessité d’introduire de la musique pour donner corps à ce texte, et incarner cette parole portée par plusieurs voix : Lamine, l’ami d’enfance Robert mort de n’avoir pas pu soigner son paludisme, le père, la mère. Pour la scénographie, j’ai décidé de faire confiance à la magie des mots et l’intelligence du spectateur. Le feu n’est donc pas représenté, pas de signe de voiture, rien qu’un plateau nu : que des mots, le corps, la voix, et l’énergie de l’acteur devraient participer à créer l’illusion de la rue. On a l’impression que le "ciel d’

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Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

4 questions à... | Après avoir campé dans Steve Jobs un créateur d’ordinateur, Michael Fassbender endosse pour l’adaptation du jeu vidéo Assassin’s Creed le double rôle de Cal et d’Aguilar, coiffant en sus la capuche de coproducteur. Il mise gros jeu…

Vincent Raymond | Mercredi 4 janvier 2017

Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

Êtes-vous adepte des jeux vidéo ? Je ne suis pas un gamer, mais je me suis mis à Assassin’s Creed après avoir accepté d’entrer dans ce projet — par respect pour les gens d’Ubisoft d’une part, de l’autre parce que j’avais envie de connaître ce monde qu’ils avaient créé et qu’ils m’avaient tellement bien expliqué. Pour m’inspirer également de la “physicalité” du personnage que je devais interpréter, dans ses mouvements pour les combats, dans sa pratique du parkour… Mais je ne suis pas le seul à m’être totalement immergé dans cet univers : ma partenaire de jeu Ariane Labed a été plutôt hardcore dans sa préparation : elle allait tellement fort dans les combats avec les cascadeurs qu’elle a fini avec la main en sang ! Votre personnage est amené à puiser au fond de sa “mémoire génétique”. Avez-vous déjà éprouvé ce besoin pour un rôle ? Je suis pas sûr que cela soit le cas. En général, j’interprète à l’écran des personnages existant ou ayant existé ; je puise alors des informations sur eux en regardant des vidéos sur Youtube ou en lisant des livres qu’ils ont écrits, pour avoir

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Ouvert la nuit : À la Baer étoile !

ECRANS | Farandole joyeusement erratique à travers un Paris nocturne sublimé, cette déambulation d’un directeur de théâtre aussi fantasque qu’impécunieux signe le retour du cinéaste-interprète Edouard Baer pour un film-synthèse superlatif : la plus mélancolique, hilarante, aboutie et (surtout) réussie de ses réalisations.

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Ouvert la nuit : À la Baer étoile !

Inconséquent charmeur jonglant avec les mots et les promesses, épris de l’instant et du talent des autres, Luigi gère depuis vingt ans un théâtre parisien grâce à de l’argent qu’il n’a pas. À la veille d’une première, il doit pourtant en trouver en urgence. Ainsi qu’un singe. Le voici en cavale dans la capitale, escorté par une stagiaire de Sciences-Po au caractère bien trempé. La nuit est à lui ! Accompagner Édouard Baer n’a pas toujours été chose aisée : les délires de ses personnages de dandys logorrhéiques en semi roue libre au milieu d’une troupe de trognes, nécessitaient d’être disposé à l’absurdité, comme à l’humour glacé et sophistiqué cher au regretté Gotlib. Mais de même que Jean-Pierre Jeunet a réussi à cristalliser son univers dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, Baer est parvenu à réunir ici la quintessence du sien. Si les deux auteurs partagent, outre la présence d’Audrey Tautou à leur générique, le plaisir d’entretenir une troupe fidèle et une affection certaine pour le Paris d’antan, les différences s’arrêtent là : Baer n’aime rien tant que faire en voler les contraintes et les cadres, voir jaillir la vie et les imprévus, quand Jeunet se c

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Face (à face) à la nouvelle année

Panorama janvier | Les distributeurs ont l’esprit joueur. Ou plutôt jouteur : à la manière des programmateurs des chaînes de télé, ils ont composé un janvier truffé de petits duels et de combats singuliers. Une manière très… confraternelle de (se) souhaiter la bonne année…

Vincent Raymond | Mercredi 4 janvier 2017

Face (à face) à la nouvelle année

Comme si les vraies rivalités et les confrontations sérieuses du monde réel ne suffisaient pas : voilà qu’on invente des escarmouches pour les files d’attente des cinémas ! Et qu’on ne brandisse pas, pour les justifier, le prétexte d’une fréquentation à stimuler par “l’émulation” : revendiquant plus de 210 millions d’entrées réalisées en 2016, le secteur s’est rarement aussi bien porté. De telles chicaneries, ça vous a tout de même un petit air de cour de récré, non ? Biopics et collegram Rayons enfantillages, Hélène Angel ouvre le bal avec Primaire (4 janvier) qui fait de Sara Forestier une instit’ surinvestie — sans doute trop, et certainement plus que ses collègues —, prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestante de graves signes d’abandon… au grand dam de son propre fils. On retrouve, actualisé, l’un des thèmes de L’Argent de poche (1975) de Truffaut, centré ici sur l’enseignant et amendé d’une inutile fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. Plus convaincant est Jamais contente de Émilie Deleuze (11 janvier), adaptation de Marie Desplechin sur les désarroi

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1000 Chevaux Vapeur : « De l'amour pour la musique »

MUSIQUES | Il a la fougue de la jeunesse et propose une musique sans pression. Théo Herrerias, petit-frère de Raphaël, propose, avec son projet 1 000 Chevaux Vapeur, un univers musical baignant dans une electronica très actuelle, où sa voix côtoie les sons synthétiques doux et colorés. Une découverte stéphanoise qui devrait faire parler d'elle, notamment en étant le seul artiste stéphanois retenu dans la sélection Rhône-Alpes pour le Printemps de Bourges 2017. Rencontre avec le jeune homme de 20 ans qui vient de sortir son premier EP Animals.

Nicolas Bros | Jeudi 1 décembre 2016

1000 Chevaux Vapeur : « De l'amour pour la musique »

Comment en êtes-vous arrivé jusqu'au projet 1000 Chevaux Vapeur ? J'ai aujourd'hui 20 ans mais j'ai commencé à faire de la réalisation, des productions depuis que j'ai 14 ans. Tout cela avant de monter le groupe ARTFKT, dans lequel je chante et je joue du saxophone. Du coup, j'avais un profil sur soundcloud qui était mon labo d'expérimentation sur lequel je partageais mes créations perso. Cela m'a permis d'obtenir des avis sur ce que je faisais mais également d'être repéré par David Rivaton de l'agence WAB. L'idée ensuite était d'ancrer un projet musical avec un nom, une orientation. D'où l'aventure 1000 Chevaux Vapeur. Dans 1000 Chevaux Vapeur, vous continuez à jouer du saxo ? Oui, même si c'est moins présent que lorsque je joue avec ARTFKT par exemple. Je trouve intéressant le fait que quelqu'un qui soit derrière les machines puisse aussi jouer d'un instrument organique sur scène. C'est important. Comment êtes-vous arrivé au saxophone ? La véritable raison est une BD de Martine... Je me souviens d'une illustration d'un saxophone dans une page de Martine à la fête foraine

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Dub Inc, le grand périple

MUSIQUES | Après la sortie de son sixième album So What en septembre dernier, Dub Inc repart sur les routes d'Europe et du monde pour une nouvelle tournée avec quatorze nouveaux titres toujours aussi punchy. Avant le très attendu concert au Zénith de Saint-Etienne le 17 décembre, nous avons rencontré deux membres incontournables du collectif, tout d'abord, Komlan, chanteur.

Niko Rodamel | Mercredi 30 novembre 2016

Dub Inc, le grand périple

Avec son reggae ravageur métissé de dancehall, de musique kabyle et diverses autres influences world, Dub Inc s'est imposé comme la formation la plus emblématique du genre, à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières de l'Hexagone. La production discographique régulière du groupe permet de relancer de façon quasi-ininterrompue de longues séries de concerts, lesquelles font à leur tour la preuve d'un succès qui ne cesse de grandir et de s'exporter sur les cinq continents. Komlan tente d'expliquer les raisons d'une telle longévité. « Dub Inc est né il y a dix-huit ans et je pense que l'on a su garder un certain équilibre entre nous. On reste un groupe de potes qui aiment faire de la musique ensemble, comme une seconde famille au sein de laquelle tout le monde est au même niveau, sans aucune hiérarchie. Le fait que notre travail porte ses fruits facilite pas mal les choses, l'aventure continue dans une émulation toujours positive. Et puis, avec le temps, on a su s'entourer de gens qui ont une énergie plutôt cool, avec qui on est humainement en phase. C'est très important. » Le tout nouvel album semble apporter un vent de fraîcheur au collectif, avec des sonorités inéd

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Stéphane Buriez : « Le metal, c'est ma vie »

Loudblast | Loudblast, c'est plus de trente ans d'existence et six albums aussi furieux les uns que les autres. Un groupe de trash et de death metal, pionnier du genre en France, qui continue de représenter fièrement la scène française dans le monde et qui n'est - bizarrement - jamais passé à Saint-Étienne. L'occasion était belle de parler de ce genre souvent mis de côté à tort par les médias. Rencontre avec Stéphane Buriez, fondateur, chanteur et guitariste du groupe, qui présente également la seule émission metal du PAF : Une Dose 2 Metal.

Nicolas Bros | Mardi 1 novembre 2016

Stéphane Buriez : « Le metal, c'est ma vie »

Comment la scène metal a-t-elle évolué depuis 30 ans en France ? Stéphane Buriez : Je t'avouerais qu'il y a 30 ans, on n'appelait même pas ce style du "metal" mais du "hard rock". Quand on a débuté avec Loudblast, en 85, nous étions un groupe de lycéens, de potes. Nous avons commencé à faire ça en tant que fans de musique, nous avons appris à jouer de nos instruments et de fil en aiguille nous sommes devenus professionnels. Aujourd'hui, le metal est un style musical parmi les plus prolifiques. On a tendance à dire que le metal reste le même genre de musique, avec les clichés qui s'y rapportent : des mecs aux cheveux longs qui jouent sur des grattes saturées et qui font du bruit... Mais c'est surtout un grand sous-ensemble du rock'n'roll, tout simplement. Quand tu es ado, tu es attiré par le côté le plus extrême de cette musique et tu évolues en grandissant. C'est d'ailleurs ce qui est génial avec ce style. Si tu creuses un peu, les grands-parents du metal étaient Elvis, Deep Purple ou encore Black Sabbath. J'ai eu la chance d'avoir un oncle qui m'a donné toute sa collection de disques et des amis de mon grand-frère qui écoutaient AC/DC, P

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Arno : « Il n'y a plus de rock'n'roll »

MUSIQUES | Après trente-deux albums studio, Arno est revenu en humain, tout simplement. Recentré sur la voix, la guitare, la basse et la batterie, Human Incognito est un album qui laisse apparaître une certaine nostalgie mais qui conserve l'énergie qui a fait le succès du plus grand rocker belge. Rencontre épique avec le très direct Arno, avant sa venue aux Oreilles en Pointe 2016.

Nicolas Bros | Lundi 7 novembre 2016

Arno : « Il n'y a plus de rock'n'roll »

Vous dites que vous êtes un voyeur de l'être humain et que vous absorbez tout ce qui se passe autour de vous. C'est tout ceci qui vous aide à écrire ? L'être humain est mon inspiration pour faire de la musique et pour écrire des textes. Comme je l'ai toujours dit, je suis influencé par tout ce qu'il fait de bien mais aussi de mal. Tout le bazar qu'il peut faire. On vit peut-être pour le moment comme dans les années 30. Je n'ai pas vécu cette décennie mais de ce que je sais de l'histoire, on se retrouve dans le même bazar... Le conservatisme est en érection comme la Tour Eiffel. Mais ce n'est pas seulement en Europe. Quand tu regardes ce qu'il se passe en Amérique, avec une figure comme Donald Trump pouvant devenir président des États-Unis... il y a cinq ans c'était impossible. « Quand je m'ennuie, je suis dans les bars et c'est très mauvais pour mon foie. » Est-ce que les attentats ont provoqué une réaction des artistes du côté de la Belgique ? Il n'y a rien eu du tout. Nous ne sommes pas dans les années 60... Aujourd'hui, il n'y a plus de rock'n'roll. Il n'y a plus de révolution d

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The Dizzy Brains

3 questions à | Quatuor venu de Madagascar, The Dizzy Brains fait sensation depuis six mois par des prestations scéniques incandescentes où garage rock à la Stooges mâtiné de french pop sixties se mêlent pour en faire l'un des groupes les plus excitants du moment. Propos recueillis par Sébastien Broquet

Sébastien Broquet | Mardi 5 juillet 2016

The Dizzy Brains

Qu'apportez-vous de plus pour susciter un tel engouement depuis les Transmusicales ? Dans notre musique, rien : on a pris du vieux pour faire du neuf. Rien ne se crée plus dans le rock, il faut juste que tu aies les bonnes bases pour faire du bon rock. Mais la chose que l'on a apporté, c'est le fait de montrer, que ce soit aux yeux de Madagascar ou aux yeux du reste du monde, que les Malgaches font aussi du rock. C'est possible. Comment êtes-vous perçus à Madagascar ? Quand on a commencé à faire des petits tours dans les bars de Tana (ndlr : Antananarivo, la capitale), on nous montrait du doigt comme étant des mauvais garçons (qui n'ont pas réussi leurs vies, qui sont là à fumer devant une guitare) ; mais malgré tout, on n'a jamais voulu abandonner, on organisait nos concerts. Même s'il n'y avait personne. Après, on a commencé à être "connus" dans le pays parce qu'on jouait aux Transmusicales de Rennes. Là tout d'un coup, la majorité des Malgaches s'étonnent et aiment ce que l'on fait... Un phénomène qui parfois nous énerve, mais en même temps nous fait chaud au cœur : rien de tel comme public que tes compatriotes. Mais

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Nicolas Winding Refn : « La créativité n’a aucune limite »

ECRANS | Revenu bredouille de Cannes, The Neon Demon avait pourtant tout pour plaire à George Miller : c’est un film d’horreur adolescent. Explications par ce pince-sans-rire élégant qu’est Nicolas Winding Refn.

Vincent Raymond | Mercredi 8 juin 2016

Nicolas Winding Refn : « La créativité n’a aucune limite »

Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur le milieu de la mode ? En fait, je ne l'ai pas choisi, je voulais faire un film sur la beauté. Tout le monde a un avis sur cette notion : soit pour la considérer comme étant dépourvue d’intérêt, soit comme étant une valeur absolue. Même si elle apparaît largement dans de nombreuses facettes de notre vie, c’est évidemment dans l'univers de la mode qu’elle est la plus célébrée. Nous vivons dans un monde totalement obnubilé par la beauté, elle est devenue une obsession artistique et générale. Cette “monnaie” n’a jamais été dévaluée, mais sa durée de vie devient de plus en plus éphémère et se récolte de plus en plus jeune. The Neon Demon n’est-il pas plus particulièrement un film sur l’intoxication par la beauté — ce qui, au passage, vous a fait encourir un risque de surdose en dirigeant Elle Fanning ? (rires) Il n’y aurait pas de film sans Elle, c’est sûr ! La diversité d’opinions qui existent sur ce thème est très intéressante. Les gens partent du

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Oum : « Je me contente de refléter ce que je suis »

MUSIQUES | Avec son dernier album Zarabi - "Tapis" en arabe - enregistré en partie dans le désert, la chanteuse marocaine Oum tresse des fils soyeux et chatoyants entre rythmes jazzy, langueurs orientales et percussions africaines. Rencontre avec une artiste dont les poésies envoûtantes chantent le désir féminin et exaltent un hédonisme empreint de sagesse.

Houda El Boudrari | Mardi 31 mai 2016

Oum : « Je me contente de refléter ce que je suis »

Vous incarnez l’image d’une femme arabo-musulmane libre, à la fois fière de sa culture et ouverte sur le monde. Avez-vous conscience du symbole que vous représentez dans le contexte actuel d’exacerbation des replis identitaires ? Oum : Oui, c’est une image que j’assume parfaitement, sans pour autant l’avoir préméditée. Je me contente de refléter ce que je suis, dans la diversité de mes composantes identitaires : mes racines sahraouis, mon ancrage africain, ma culture arabo-musulmane, ma francophilie et mes influences occidentales. Je suis consciente qu’en tissant une synthèse apaisée de ces identités, j’offre un autre visage de la femme marocaine et arabe, loin des représentations stéréotypées du voile et de la soumission. Je me donne pour mission de porter cette réalité-là aussi auprès des Marocains, afin de les réconcilier avec leurs identités plurielles, et peut-être modestement contribuer à forger d’autres modèles d’identification féminine. Votre musique puise dans la soul, le jazz, les percussions africaines, la musique orientale et même le rythme afro-cubain, et pourtant le résultat de cet assemblage hétéroclite est d’une harmonieu

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Élie Chouraqui : « On a le droit et le devoir de montrer ”l'immontrable“ »

ECRANS | Choc des Rencontres cinématographiques du Sud d’Avignon, où il a été projeté en avant-première, L’Origine de la violence a été présenté par un Élie Chouraqui combatif et serein.

Vincent Raymond | Mercredi 25 mai 2016

Élie Chouraqui : « On a le droit et le devoir de montrer ”l'immontrable“ »

Y a t-il de la violence en vous ? Avez-vous réussi à en déterminer l’origine ? Il y en a, oui. J’ai fait un peu d’analyse, je me suis fait “suivre”, comme on dit, parce que j’avais des questions auxquelles personne n’avait répondu. Des vides dans mon passé, des inquiétudes, des angoisses — qui m’habitent toujours, qui ne sont pas complètement dissipées — m’empêchant parfois de “bien” vivre. J’avais tendance à me mettre dans des situations désagréables alors que ce n’était pas du tout indispensable. J’ai compris pourquoi. Maintenant, je vais mieux (rires). Je suis beaucoup plus apaisé. Vous évoquez à travers le film les interdits pesant sur la représentation des camps d’extermination — et l’impossibilité de montrer des déportés en train de rire. C’est rare… Ce principe de Claude Lanzmann, selon lequel on ne montre pas l’immontrable, c’est comme un lieu commun, c’est stupide. Pardon pour Lanzmann, pour lequel j’ai beaucoup de respect, mais il n’est pas question de garder les choses mystérieuses, sans en parler. Il faut au contraire tout montrer et tout analyser — si possible avec talent et intelligence. On a non seulement l

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Feu! Chatterton : « Une certaine idée de la beauté »

MUSIQUES | Fascinante hydre pop à cinq têtes, Feu! Chatterton est la créature la plus singulière du rock et de la chanson depuis des lustres. Entre transe(s) musicale(s) et textes ébouriffants, elle a su imposer un style aussi unique que volatile. Entretien avec son chanteur et parolier Arthur Teboul, avant le concert au Fil dans le cadre du festival Paroles et Musiques. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mai 2016

Feu! Chatterton : « Une certaine idée de la beauté »

Dans le groupe, vous avez tous des profils, des goûts musicaux très différents. Pourtant, vous produisez quelque chose d'à la fois singulier et cohérent. À quel moment vous êtes-vous dit : le style musical, les textes, l'image, tout concorde ? Arthur Teboul : Ce n'est jamais vraiment arrivé. C'est encore une quête. Assembler des pièces pour former un tout, c'est ce qui est assez excitant. L'ambition est venue tardivement. Si on essaie de se mesurer immédiatement à quelque chose de très élevé, on est pétrifié. Il y a toujours un moment où, comme tout jeune groupe, on se dit « je veux être cool » mais c'est une fois qu'on parvient à se débarrasser de cette idée qu'on fait quelque chose d'original. Le fait de s'amuser, de tâtonner ensemble, de s'écouter, d'apprendre de l'autre, le respect mutuel... si tu fais cet effort, à la fin, il y a un beau cadeau : c'est ce moment que tu vas vivre sur scène, charrié par une intention, un travail, une relation, parfois même ce qu'on n'aime pas chez l'autre, parce que c'est important. Votre style et

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Grand Blanc : « Opérer un grand écart »

MUSIQUES | Parmi les multiples artistes de la "relève" de la scène musicale française programmés au festival Paroles & Musiques cette année, Grand Blanc vient avec son très attendu premier album Mémoires Vives. Sur cet opus, leur cold wave post-industrielle se colore d'esthétique plus pop. Cœur d'acier avec les doigts et entretien avec Benoît David, chanteur charismatique. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mai 2016

Grand Blanc : « Opérer un grand écart »

Après vos EP, très orientés indus / cold wave, l'album Mémoires vives semble marquer une ouverture esthétique, comme si vous passiez, à l'image des pochettes de vos disques, du noir et blanc à la couleur. Avez-vous profité du long format et de l'expérience accumulée pour vous affranchir de votre image et de votre marque sonore initiale ? Benoît David : La seule consigne que l'on s'est donné en faisant cet album, c'est de ne pas se brider. On est quatre à composer, on a bossé de manière très foisonnante, sans trop se poser de questions. Chacun a mis ce qu'il voulait et ça donne un disque d'autant plus ouvert. Sur un LP, on avait une place plus large pour s'exprimer. Sur les EP, on a beaucoup cherché une proposition musicale qui nous satisfassent tous les quatre, c'était peine perdue. Notre groupe était foutu de telle manière qu'il ne fallait pas chercher à harmoniser les choses. Il nous a semblé intéressant de ne pas travailler cet album à partir d'un corpus fermé. Le jeu est de savoir jusqu'où

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Bel est Sébastien...

MUSIQUES | Menant sa carrière avec passion, patience et sagacité, Sébastien Guèze, ayant conquis le monde, revient à Saint-Étienne, en « ténor frémissant », comme il lui plaît de se définir. Propos recueillis par Alain Koenig

Alain Koenig | Mardi 1 mars 2016

Bel est Sébastien...

En consultant le calendrier très chargé de votre carrière "exponentielle", un rôle semble vous coller à la peau : Rodolfo... Pour vous avoir entendu dans la production de Bordeaux avec Nathalie Manfrino, ainsi qu'à Saint-Étienne, on dirait que Puccini l'a écrit pour vous sur mesure... Mais est-ce le ressenti de l'interprète ? N'y-t-il pas un risque à être identifié à un rôle ? J'ai chanté Rodolfo dans une quinzaine de productions à ce jour, et avec le recul, je suis moi-même surpris de ce nombre. Sur dix ans de carrière avec les autres rôles au milieu, cela me semble intense. Mais c'est une grande histoire d'amour depuis le début. Je me souviens précisément de la première fois où on me l'a proposé ; je n'y croyais pas. Pour moi, ce rôle était le grand rôle du répertoire de ténor, à chanter un jour, le "tube" incontournable. Et cela m'arrivait: c'était incroyable ! Je sortais du conservatoire, je venais d'être primé au concours Opéralia Placido Domingo, je marchais dans les rues de Paris, il était 18h, j'allais voir un spectacle à Bastille, et soudain un coup de téléphone. Mon agent me dit : « veux tu chanter Rodolfo à l'Opéra d'Athènes dans u

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Encore heureux

ECRANS | De Benoît Graffin (Fr., 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, Bulle Ogier…

Vincent Raymond | Mercredi 27 janvier 2016

Encore heureux

Quand des petits-bourgeois s’attellent à l’écriture d’une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d’être pesé : on suit ici une famille dont le père, cadre-sup’ au chômage depuis 2 ans, squatte un studio des beaux quartiers parisiens) en faisant l’économie d’un "script doctor", la vraisemblance et la dignité en prennent pour leur grade. Quelques exemple à la volée ? L’histoire est censée se passer autour du réveillon de Noël, de surcroît en week-end ; or tout est ouvert fort tard, y compris les administrations, qui n’hésitent pas à menacer, d’ailleurs, d’expulsion… en pleine trêve hivernale. Un besoin urgent d’argent se fait sentir ? La mère s’en va troquer ses faveurs contre un chèque auprès d’un bellâtre de supérette – ah, le romantisme de la prostitution occasionnelle ! Même en ajoutant un macchabée voyageur en guise d’hypothétique ressort macabre (au point où l’on en est…), le scénario continue de tirer à hue et à dia, atteignant à peine la cheville brisée de la moindre pochade d’humour noir belge. Miséricorde pour les comédiens ; ils devaient avoir faim… VR

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Mélina Tobiana : "Chanter était ce qui me motivait le plus dans la vie"

MUSIQUES | Avec un timbre de voix très doux, la jeune Mélina Tobiana s'impose parmi la relève du jazz vocal sans œillères, allant jusqu'à fureter du côté du rythm'n'blues ou de la pop. Entre son quintet (avec lequel elle passera aux "Jazzeries d'Hiver", la formation "Bloom" ou même des "side projects" tels que le livre CD "Nanan !", Mélina Tobiana est une artiste ultra-dynamique. Rencontre avec cette étoile montante avant son passage stéphanois. Propos recueillis par Niko Rodamel

Niko Rodamel | Mardi 5 janvier 2016

Mélina Tobiana :

Vous avez à peine trente ans et déjà une grosse expérience de la scène : quel parcours ! Durant mon enfance mes parents m’ont beaucoup emmenée au théâtre, mais c’est seulement à dix-huit ans, après douze ans de piano classique, que j’ai pris conscience que chanter était ce qui me motivait le plus dans la vie. Je suis alors entrée à l’Institut Art Culture Perception à Paris, tout en chantant le plus souvent possible dans des clubs, des cabarets ou des cafés-concerts. J’ai notamment travaillé pendant deux ans avec le batteur Leon Parker, avec qui j’ai beaucoup appris. On vous retrouve sur divers projets musicaux : est-ce une nécessité d’évoluer simultanément au sein de plusieurs formations ? Toutes ne tournent pas forcément beaucoup, ni simultanément ! Mon quintet m’a pris beaucoup de temps, c’est un gros projet avec des compositions originales. La formation Bloom est plus légère car nous sommes trois filles, les tâches sont partagées et c’est autre chose que de devoir gérer quatre mecs ! (Rires). Quant à Nanan !, c’est un spectacle jeune public sur lequel je ne suis qu’invitée, je ne suis là que lorsque l’on a bes

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Barcella : « J'aime l'idée que les chansons reflètent nos vies »

MUSIQUES | Propos recueillis par Nicolas Bros

Nicolas Bros | Mardi 5 janvier 2016

Barcella : « J'aime l'idée que les chansons reflètent nos vies »

Comment qualifieriez-vous votre univers pour des personnes ne vous connaissant pas ? Barcella : Les gens ont en général du mal à me ranger dans une catégorie et c'est une belle fierté pour moi. J'ai donc le sentiment que je possède une réelle identité. On peut dire évidemment que je suis dans le monde de la chanson. Après on peut dire que je tire mon côté atypique de mon éclectisme. J'aime autant aller piocher dans le style des chansons d'hier tout en « urbanisant » un peu le tout. C'est un micmac un peu intemporel. La qualité première de ce que j'essaie de proposer aux gens est incluse dans les textes, mon amour des mots et les histoires que je veux proposer. Je ne m'interdis rien musicalement. Comment se déroule votre travail de composition ? Je travaille d'abord entièrement seul, en guitare-chant. Ensuite j'essaie de faire aboutir mes idées de bases en matière d'arrangements. Puis je fais intervenir un réalisateur pour mettre au point l'album. Par exemple, j'ai fait deux albums avec Jeff Delort, qui a travaillé avec Higelin, Pauline Croze ou encore Tété. C'est avec lui que l'on va réellement habiller l

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Yuval Pick : « On n'a pas besoin de créer davantage mais de réorganiser ce qui existe »

SCENES | Rencontre avec Yuval Pick, chorégraphe de talent, avant la présentation de sa nouvelle création "Are frinds electric?" à la Comédie de Saint-Étienne, sur une musique de Kraftwerk. Propos recueillis par Monique Bonnefond.

Monique Bonnefond | Mardi 1 décembre 2015

Yuval Pick : « On n'a pas besoin de créer davantage mais de réorganiser ce qui existe »

L'attention à l'autre, l'idée de fraternité, le rapport entre l'individu et le groupe, la survie de l'homme dans un environnement urbanisé et mécanisé vous importent énormément. Rien de ce qui est humain ne vous est étranger. Est-ce tout cela qui est au cœur de votre création ? Yuval Pick : Oui, il y a beaucoup de ça. J'ai choisi la musique de Kraftwerk, les pères de la musique électronique parce que le son était analogique et pas encore digital. Cela touche une mémoire collective avec laquelle la musique pop permet de converser, de définir les rapports entre l'individu et le collectif. J'ai trouvé dans les albums de la période de 1974 à 1978 comme Autobahn, Trans-Europe Express et Die Mensch-Maschine des rythmes qui m'évoquent les battements d'un cœur, un mouvement de respiration, une marche, quelque chose de très romantique qui naît. Un nouveau romantisme européenréinterprétant la relation de l'homme à son environnement, un environnement urbanisé et toujours plus mécanisé qui aliène l'homme. Devant l'accélération encore plus démentielle des rythmes et le constat que la machine se grippe, comm

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Le Fils de Saul

ECRANS | Comment raconter une tragédie intime au sein de l’une des plus immenses et indicibles tragédies de l’histoire humaine ? László Nemes s’y risque dans son premier long métrage. Grand Prix à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

Le Fils de Saul

Représenter la Shoah figure parmi les pires casse-dents pour un artiste, en particulier au cinéma. Trop peu montrer la réalité des camps d’extermination, c’est risquer d’en minorer l’abomination, voire de la nier à force de prendre des précautions : il faut avoir le sens de la symbolique comme Costa-Gavras dans Amen et être capable d’activer un hors-champ suffisamment puissant pour faire comprendre, par l’absence ou à travers les réactions des observateurs directs, ce que la monstruosité provoque. Mais trop montrer, c’est encourir l’obscénité et la spectacularisation de l’horreur — soit, sa banalisation. Pendant près de trois quarts de siècle, les cinéastes ont rivalisé d’acrobaties éthiques pour parvenir à une mise en image digne dans des films à vocation historique. Peut-être parce qu’il appartient à une toute jeune génération, bien à distance des faits (il a 38 ans), László Nemes ose se servir de ce contexte douloureusement sacré pour y installer une fiction — qui n’a rien d’anodine. Membre des Sonderkommandos (ces détenus en sursis chargés de "l’entretien" des fours crématoires d’Auschwitz), Saul reconnaît son fils parmi les corps qu’il doit brûler. Avec o

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